vendredi 15 octobre 2021

De trop philosopher (ou : du mouvement stationnaire)

« ―L'ÉTRANGER : Le mouvement est donc le même et pas le même : il en faut convenir et ne s'en point fâcher. C'est que, lorsque nous le disons le même et pas le même, ce n'est point sous les mêmes rapports. Quand nous le disons le même, en effet, c'est sa participation au "même" par rapport à soi qui nous le fait dire tel. Quand nous nions qu'il soit le même, c'est en conséquence de la communauté qu'il a avec l'autre, communauté qui l'a séparé du "même" et fait devenir non même, mais autre ; aussi avons-nous le droit de le dire, cette fois, "pas le même".  

―THÉÉTÈTE : Absolument. 

―L'ÉTRANGER : Si donc, par quelque biais, le mouvement même participait au repos, il n'y aurait rien d'étrange à l'appeler stationnaire ?

―THÉÉTÈTE : Ce serait, au contraire, parfaitement correct... »

(Platon, Le Sophiste)

***

«C'est reculer que d'être stationnaire. On le devient de trop philosopher

(Charles d'Avray, Le Triomphe de l'anarchie)

jeudi 14 octobre 2021

Au fait : Le Moine Bleu a dix ans !

AMÈNE !

dimanche 10 octobre 2021

Sur le concept de philosophie

Max Horkheimer (street cred)

≪S'il nous fallait parler d'une maladie qui affecte la raison, il serait nécessaire de comprendre que cette maladie n'a pas frappé la raison à un moment historique donné, mais qu'elle a été inséparable de la nature de la raison dans la civilisation telle que nous l'avons connue jusque-là. La maladie de la raison, c'est que la raison naquit de la tendance impulsive de l'homme à dominer la nature ; et son "rétablissement" éventuel dépendra de la connaissance de la nature de la maladie originelle, pas de la guérison de ses symptômes les plus tardifs. La véritable critique de la raison mettra nécessairement à jour les couches les plus profondes de la civilisation. Elle explorera les toutes premières phases de son histoire. Depuis le temps où la raison est devenue l'instrument de domination de la nature humaine et extra-humaine par l'homme ─ c'est-à-dire depuis ses débuts ─ elle a été frustrée de sa propre intention de découvrir la vérité. Cela est dû au fait même qu'elle a fait de la nature un simple objet et qu'elle n'a pas su découvrir la trace d'elle-même dans une telle objectivation, que ce soit dans les concepts de matière et de choses ou dans ceux de Dieux et d'esprit. On pourrait dire que la folie collective, qui s'étend aujourd'hui des camps de concentration jusqu'aux réactions, en apparence des plus inoffensives, de la culture de masse, était déjà présente en germe dans l'objectivation primitive, dans la contemplation intéressée du monde en tant que proie par le premier homme. La paranoïa, cette folie qui bâtit des théories logiquement élaborées de la persécution, n'est pas simplement une parodie de la raison, elle se manifeste, d'une manière ou d'une autre, en toute forme de raison qui n'est que recherche de buts déterminés.
Ainsi le dérangement de la raison va bien au-delà des malformations évidentes qui la caractérisent à l'heure actuelle. La raison ne peut réaliser ce qui est raisonnable en elle que par la réflexion sur la maladie du monde telle qu'elle est produite et reproduite par l'homme. Dans une telle autocritique la raison, en même temps, restera fidèle à elle-même en sauvegardant de toute application pour des mobiles inavoués le principe de vérité dont à elle seule nous sommes redevables. La sujétion de la nature régressera vers la sujétion de l'homme et vice versa, aussi longtemps que l'homme ne comprendra pas sa propre raison et le processus de base par lequel il a créé et maintiendra l'antagonisme qui est sur le point de le détruire. La raison peut être plus que la nature, mais seulement si elle se fait une idée nette et concrète de son "naturel" ─ qui tient dans sa tendance à la domination ─ cette tendance même qui, paradoxalement, l'aliène de la nature. Ainsi, en étant l'instrument de la réconciliation, elle sera également plus qu'un instrument. Les changements de direction, les avances et les reculs de cet effort reflètent le développement de la définition de la philosophie. 
La possibilité d'une autocritique de la raison présuppose tout d'abord que l'antagonisme de la raison et de la nature est dans une phase aiguë et catastrophique ─ et secondement, qu'à ce stade de complète aliénation, l'idée de vérité est toujours accessible».

(Max Horkheimer, «Sur le concept de philosophie», in Éclipse de la raison, 1947) 

mardi 28 septembre 2021

Comprendre, oui. Justifier, non !

(Cathédrale Saint-Étienne de Metz, septembre 2021)

mercredi 22 septembre 2021

La vie sensible

Il y a dans toute cette vogue philosophique de la pureté du vivant, de la vie à défendre comme vie, de la vie sensible, etc, outre l'anti-intellectualisme universitaire conjoncturel dont elle procède, quelque chose de plus substantiellement navrant au plan critique : l'absence de ce pessimisme bien trempé devant toujours, à notre goût, faire écho, chez le penseur valable, au très inamovible, pour ne pas dire presque transcendantal maintien de la société de classes, avec ses barbaries afférentes, réactionnaires ou progressistes. Morizot peut bien ainsi nous parler, avec talent et inspiration, des pisteurs de brousse africains et puis de la vie sauvage et de toutes les nouvelles alliances stratégiques que cette vie sauvage, à condition de la saisir comme telle, pourrait susciter, etc ; Renaud Garcia (que nous aimons beaucoup) pourra bien fustiger, avec toute cette énergie indéniable que nous avons désappris d'envier au spectre des militants actuels, le «catastrophisme collapsologique» ambiant, c'est hélas ! ce dernier qui nous paraît avoir raison, et conserver pour lui la force imparable du dernier râle désespéré et inarticulé. Ni l'un ni l'autre de ces auteurs intéressants, par manque de réalisme, sans doute, ni aucun de ceux ou celles qui leur ressemblent, les lisent, et les apprécient, au point de se battre et de souffrir avec courage pour cette Nature qui se défend, ne nous semblent en veine d'effectivité. C'est le désastre qui a la main, partout. C'est lui qui la conservera vraisemblablement jusqu'au bout, à force de n'être pas compris, ce désastre, précisément comme tendance vitale, purement vivante et naturelle. À force que raison et nature fusionnent et se battent au sein de l'homme même. À force que les gens, qui sont des êtres rationnels, aiment de ce fait même, d'un enthousiasme vital, ce désastre et désirent, au plus profond d'eux-mêmes, avec la dernière excitation, qu'il aille à son terme et remplisse sa mission tragique.  

dimanche 5 septembre 2021

jeudi 2 septembre 2021

Grec (sans salade)

«Das ist kein Mann !» (Siegfried
, Acte III, scène 3)
 

«La rédemption de la femme vers la participation à la nature virile est l'œuvre de l'évolution germanico-chrétienne. Le Grec ignorait le processus d'une évolution de la femme vers une masculinité noble et logique ; toute chose lui apparaissait telle qu'elle se manifestait directement et immédiatement : la femme pour lui était la femme, l'homme était l'homme...»

(Richard Wagner, L'œuvre d'art de l'avenir)

mardi 31 août 2021

Pologne, terre de contrastes !

jeudi 26 août 2021

De l'irrationalité capitaliste

Ci-dessus : point d'explosion contemporain de l'irrationalité marchande, via la reprise synthétique (non-aperçue par Weber) de ses formes historiques précédentes, savoir celles de «l'aventurier» et de «l'artisan routinier», chacun à sa manière avide de démonstration de puissance et de reconnaissance spectaculaire. La Raison, en fin de parcours, revient à ses origines mythiques et de folie dominatrice, validant celles-ci comme son essence profonde.      

1

«On a présenté le "rationalisme économique" comme le motif fondamental de l'économie moderne en général. À juste titre, indubitablement, si l'on entend par là cette extension de la productivité du travail qui, en divisant le processus de production sur la base de points de vue scientifiques, a tiré un trait sur sa dépendance vis-à-vis des limites "organiques" de la personne humaine, qui lui sont données par la nature. Or, de façon tout aussi indubitable, une part conséquente des "idéaux de vie" de la société bourgeoise moderne se voit conditionnée par ce processus de rationalisation à l'œuvre dans le domaine de la technique et dans celui de l'économie (...). C'est tout autant et naturellement l'une des qualités fondamentales de l'économie capitaliste privée que d'être rationalisée sur le fondement d'un strict calcul comptable, d'être planifiée de très sobre façon afin d'atteindre le résultat économique visé ─ rationalisation et planification qui l'opposent en tout à la vie au jour le jour du paysan ainsi qu'à l'activité routinière privilégiée par l'artisan des anciennes corporations, et qui l'opposent aussi à "l'aventurier" capitaliste, qui improvisait en fonction des circonstances politiques et pratiquait la spéculation sans grande rationalité». 

2

«Une chose n'est pas constamment "irrationnelle" en elle-même mais l'est d'un certain point de vue "rationnel". Pour l'irréligieux, toute conduite de vie religieuse est "irrationnelle" ; pour l'hédoniste, toute conduite de vie ascétique l'est tout autant ─ et ce, même si, mesurées à l'aune de leur valeur ultime, elles constituent une "rationalisation"».

3

«Il est même permis ─ et toute étude se confrontant au "rationalisme" devrait s'ouvrir par cette proposition simple et souvent oubliée  de "rationaliser" l'existence en l'envisageant ultimement de manière extrêmement différentes et selon des optiques très diverses. Le "rationalisme" est un concept historique contenant en lui un monde d'oppositions, et il nous faudra précisément déterminer quel esprit a engendré cette forme concrète de pensée et de vie "rationnelles", elles-mêmes à l'origine de cette idée de "profession comme vocation" (Beruf), ainsi que cette manière de se dédier au travail professionnel (manière tout ce qu'il y a de plus irrationnelle, nous l'avons vu, lorsqu'on envisage l'intérêt personnel sous un angle purement eudémoniste), idée et manière qui ont été et demeurent parmi les composantes les plus caractéristiques de notre culture capitaliste». 

4

«Si on les interrogeait [les esprits imprégnés d'une telle culture moderne] sur le "sens" de cette quête inlassable qui, jamais, ne se contente des biens acquis et qui, pour cette raison même, ne peut apparaître que dénuée de sens lorsque envisagée à l'aune d'une orientation existentielle uniment tournée vers l'ici-bas, ils répondraient de temps à autre ─ pour autant qu'ils sachent le faire : "le souci des enfants et des petits-enfants" ; mais, dans la mesure où ce mobile n'est manifestement pas le leur propre, puisqu'il était tout autant celui des "traditionnalistes", ils répondraient plus fréquemment, tout simplement et de façon plus juste, que leurs affaires, le travail incessant qu'elles exigent sont devenus "indispensables" à leurs existences". C'est effectivement là le seul mobile pertinent et qui, dans le même temps, lorsqu'on envisage les choses du point de vue du bonheur personnel, met en lumière l'irrationnel de cette conduite de vie, où l'homme se met au service de ses affaires et non l'inverse».

     (Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme)

mardi 24 août 2021

Ambiance conviviale

«L'histoire de la guerre démontre qu'une armée conviviale de cyclistes et de piétons peut retourner à son profit le déferlement de la puissance anonyme de l'ennemi. Pourtant, maintenant que la guerre est "finie", nombreux sont les Américains qui pensent qu'avec l'argent dépensé annuellement à se faire vaincre par les Vietnamiens, il serait possible de vaincre plutôt la pauvreté intérieure. D'autres veulent affecter les vingt milliards de dollars du budget de guerre au renforcement de la coopération internationale [sic], ce qui en multiplierait par dix les ressources actuelles. Ni les uns ni les autres ne comprennent que la même structure institutionnelle sous-tend la guerre pacifique contre la pauvreté et la guerre sanglante contre la dissidence. Tous haussent encore d'un degré l'escalade qu'ils entendent éliminer».

(Ivan Illich, La convivialité)

dimanche 22 août 2021

Et inversement !

«La maison des méchants sera détruite, mais la tente des hommes droits fleurira»

(Proverbes, 14-11)

samedi 21 août 2021

vendredi 20 août 2021

Percival Everett

  (Merci au camarade Vilbidon de nous avoir montré ceci !)

mercredi 18 août 2021

mardi 17 août 2021

À la plage

«On sait que nous avons reconnu dans la tendance à la réduction, à la constance, à la suppression de la tension d'excitation interne, la tendance dominante de la vie psychique et peut-être de la vie nerveuse en général (principe de Nirvana, selon une expression de Barbara Low) comme l'exprime le principe de plaisir ; nous trouvons là l'un de nos plus puissants motifs de croire en l'existence de pulsions de mort».

           (Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir, 1920)

Jean-Marie Bigard présente

«La "carte verte" [pass sanitaire italien] constitue ceux qui ne l'ont pas en porteurs d'une étoile jaune virtuelle».

(Giorgio Agamben, philologue en vacances, 2021)

Prise de conscience

dimanche 15 août 2021

Comme le temps passe...

samedi 14 août 2021

Dernières news décoloniales


Moustady* a 35 ans, il vient du Mali. Secouru en mer par les équipes sur l’Ocean Viking en juillet 2021, il raconte ce qu’il a vécu en Libye :

«En Libye, tu vas travailler mais ils ne te paient pas. On entend des coups de feu chaque nuit. Une fois, on a été attaqué dans notre appartement, ils sont entrés avec des vraies armes de guerres. Ils tirent sur les migrants chaque jour là-bas, et souvent, il y a des morts. En Libye, un Noir, c’est de l’argent. Ils nous appellent les "diamants noirs". J’étais en prison à Tripoli.  Dans un lieu qui s’appelle Tarik al-Sikka. C’est une prison officielle. On n’y a même pas le droit à un avocat, et puis on nous y frappait jour et nuit. Même les femmes enceintes, même les nouveau-nés, ils tapent tout le monde là-bas. Pour sortir, c’est 500 euros pour les hommes, et 700 euros pour les enfants et pour les femmes aussi. Or, quand on est envoyé en prison, on nous prend tout. L’argent, le téléphone, tout. Donc on passe par un intermédiaire entre la police et nous pour payer. Ce sont les passeurs qui organisent l’échange, mais eux aussi, ils ont encore un intermédiaire. C’est du business, tout le monde profite de nous. On a vraiment trop souffert en Libye. Si tu fuis, ils tirent à balle réelle.»

*le prénom a été modifié

(lu sur le site de SOS Méditerranée, 11-08-2021) 

jeudi 12 août 2021

D'un vandalisme l'autre

(Ci-dessus : la vérité en vacances, Lisbonne, 2021)

«(...) la deuxième raison [des grandes expéditions maritimes lancées par l'Infante Dom Henrique de Portugal, dit Henri le navigateur] fut l'idée que si en ces terres se trouvaient quelque population de chrétiens, ou quelques ports où l'on aborderait sans danger, on pourrait en rapporter au royaume beaucoup de marchandises bon marché par la raison qu'il n'y en aurait point d'autres personnes de ces côtés-ci qui négocieraient avec eux [...]. La troisième raison fut qu'il s'ingénia à envoyer ses gens en quête de renseignements, afin de savoir jusqu'où allait la puissance des infidèles. La quatrième raison fut celle-ci : il désirait savoir si, en ces régions-là, il y aurait quelques princes chrétiens assez forts pour l'aider contre les ennemis de la Foi. La cinquième raison fut son grand désir d'augmenter la Sainte Foi de Notre Seigneur Jésus-Christ et d'amener à elle toutes les âmes désireuses d'être sauvées.»

  (Cannes de Azurara, Chroniques de la découverte de Guinée)

samedi 7 août 2021

vendredi 30 juillet 2021

French Start-Up Touch Nation


👮 Jeu 😎 
Un trou du cul-R-Code s'est malicieusement dissimulé dans ce dessin de Éric Salch. 
Sauras-tu le retrouver ? 

La trahison des clowns

(Ci-dessus : article disponible, ces jours-ci, 
sur le site d'influenceurs Lundi-Matin)

jeudi 29 juillet 2021

Soldes et Conscience de Classe

United colors of Si-on-veut-on-peut ! 
💋💋💋(printemps-été 2021)👍

«Les catégories inférieures ont une propension naturelle à diriger leurs regards et leurs aspirations vers le haut, et cela particulièrement dans les domaines assujettis à la mode, parce que c'est là que l'imitation des apparences est la plus aisée. Ce processus est également à l'oeuvre ─ même s'il est moins visible que dans le cas des relations entre les dames et leurs bonnes ─ entre les différentes sous-divisions que comptent les catégories supérieures. On constate dans maintes situations que plus les groupes d'appartenance sont proches les uns des autres, plus les inférieurs sont fébriles dans leur course à l'imitation et les supérieurs dans leur fuite vers le nouveau. La pénétration grandissante de l'économie monétaire ne peut que rendre plus flagrant encore ce processus en même temps qu'elle l'accélère considérablement, puisque les objets de la mode, qui sont les apparences extérieures de la vie, sont très facilement accessibles à qui possède de l'argent. L'égalité avec la classe supérieure s'y établit donc plus aisément que dans tous les domaines où sont exigés des gages non vénaux de qualité individuelle».

            (Georg Simmel, Philosophie de la mode)

mercredi 28 juillet 2021

Gaule éternelle

Valeurs actuelles

«La religion catholique est formidable : je pèche, je me confesse, je recommence.» 

(Vincent Bolloré)

dimanche 25 juillet 2021

Position délicate

Dérivé pétrolier (détail)

«La difficulté réelle que présente le problème du rapport entre l'esprit et la nature tient à ceci : hypostasier la polarité de ces deux entités est tout aussi inadmissible que le fait de réduire l'une à l'autre. Cette difficulté exprime la position délicate de toute pensée philosophique.»

(Max Horkheimer, Éclipse de la raison)

jeudi 8 juillet 2021

Ainsi squattent-ils (à Amiens)


Et voilà comment on écrit l'histoire. 
En d'autres temps, on appelait ça des enragés :

«Depuis le 14 mai 2019, le bâtiment du 65 rue Thuillier-Delambre, 80136 Rivery est squatté par le Collectif La Brèche. Avant ça, vous aviez peut-être entendu parler de nous… De septembre 2016 à juillet 2017, on occupait la Maison Cozette, 26 place Vogel à Amiens, où on a organisé pas mal de concerts, d’ateliers, débats, projections etc., et qu’on a cloturé par un festival féministe de 3 jours avant de s’en faire expulser manu militari par quelques cars de CRS. Mais bon, on avait prévu le coup, on occupait déjà le lieu suivant : La Pente, 40 rue Bonvallet, à Amiens, qui a duré jusqu’en janvier 2018. C’était plus calme, mais on a bien animé la vie de quartier quand même, avec des spectacles, projections, et d’autres évènements. Expulsion de nouveau. De janvier 2018 à janvier 2019, on occupe alors le 65 boulevard Guyencourt, toujours à Amiens, un grand squat avec un jardin : « Saint Rock Village ». Et puis après 2 bâtiments municipaux occupés, puis 1 appartenant à la Société Immobilière Picarde, on décide de passer carrément au niveau central… En février 2019, on ouvre donc « Le Ministère », 2 rue Debray, un immeuble administratif avec moulures et tutti quanti appartenant… Au Ministère du Travail. Pas mal pour des chômeurs et RSAistes 😉 Bon, on s’en fait virer 1 mois et demi plus tard, l’Etat, c’est pas la même chose. Mais on a quand même eu l’occase d’agrandir le collectif entre temps, d’héberger de nouvelles personnes en galère, et de mobiliser pas mal de solidarité autour de tout ça. Comme on a la flemme d’un gros déménagement, on se dit « Boh, on va pas bouger trop loin ». Allez, on squatte juste à côté, on déménage même à pied : au 4 rue Debray, dit « La Mérule », et qui appartient aussi à l’Etat. Pas de chance, y’a vraiment la mérule, ça nous vaut de passer au tribunal administratif, c’est plié en 1 mois et demi aussi. Enfin ça y est, nous voici de nouveau posé.e.s. Au 65 rue Thuillier-Delambre, à Rivery, donc, périphérie proche d’Amiens (15min de la gare). On repart dans le privé, on cible un multipropriétaire niçois qui collectionne les arrêtés d’abandon parce qu’il laisse dépérir ses baraques.
On est une petite vingtaine aujourd’hui, répartis sur un bon terrain, entre maison, cabane, caravane, camion, et retapage de corps de ferme. Et y’a de quoi accueillir plus ! 😉
On retape un petit peu tout : on a une super salle de concert en sous-sol, fripe (avec cabine d’essayage s’il vous plaît !), free-shop, info-kiosque, salle de jeux, bibliothèque, cabane dans les arbres, un immense hangar pour des spectacles…
Et puis Amiens c’est cool, ça bouge bien. On peut compter quelques autres squats…
Alors si vous passez dans le coin (c’est entre Paris et Lille-Bruxelles !), hésitez pas à faire une halte ! Si vous cherchez un lieu où jouer avec un groupe de zic, pour un spectacle, ou pour toute proposition, on est carrément open !»

A très bientôt !

Squat de Rivery
65 rue Thuillier-Delambre
80136 Rivery 

Lien sur squat.nethttps://radar.squat.net/fr/amiens/collectif-la-breche

Lien vers l’article de squat.net: https://fr.squat.net/2019/11/21/amiens-des-nouvelles-du-squat-de-rivery/#more-43125

mardi 6 juillet 2021

Baccalauréat 2021 (option économie)


Remercions, comme chaque année, la commission pédagogie du MEDEF pour l'excellence du travail fourni. Rappel : le même sujet était également traitable sous l'angle purement métaphysique (option partenariat social).

Toutes nos félicitations 
aux nouveaux employés lauréats ! 

dimanche 4 juillet 2021

vendredi 2 juillet 2021

L'un n'empêche pas l'autre !

Autour de la preuve ontologique (détail)

«Les ennemis de la religion, ces esprits qui ne croient rien, qui se font un titre d'esprit fort de douter de tout, qui cherchent des réponses aux arguments dont on se sert pour prouver l'existence de Dieu, qui raffinent les difficultés que l'on objecte contre la providence, ne sont pas pour l'ordinaire des gens fort voluptueux. Quand on passe toute la journée parmi les verres et les pots, qu'on aime à courir le bal toute la nuit, qu'on en conte et à la blonde et à la brune, qu'on tend toutes sortes de pièges à la pudicité des femmes, qu'on ne cherche qu'à tuer le temps dans la débauche et à prévenir le dégoût des plaisirs par la diversité des objets, on ne se met guère en peine de savoir si M. Descartes a bien démontré dans sa métaphysique l'existence de Dieu et la spiritualité de l'âme, et s'il a bien répondu aux objections qui lui ont été proposées. On ne s'avise point non plus d'examiner la Démonstration évangélique de M. Huet, si pleine d'éloquence et d'érudition, et de chercher de quoi éluder les preuves de la vérité de la religion chrétienne. On ne va point se rompre la tête à étudier les prétendues démonstrations de Spinoza pour tâcher de comprendre que l'univers est un être simple et que nous sommes des modifications de Dieu.»

(Pierre Bayle, Pensées diverses sur la comète)

Non Serviam (Soleil de Tempête)

jeudi 1 juillet 2021

«Le combat contre le bourgeois»

(Page d'accueil d'un blogue fasciste, France, 2020)

«Dans les luttes de classes du XIXème siècle, le mot bourgeois a pris le caractère d'une déclaration de guerre mortelle. Bourgeois signifiait exploiteur, vampire, et cela devait atteindre tous ceux qui avaient un intérêt à la domination du mauvais ordre social. Cette signification a été expliquée et fixée jusque dans les détails par la science marxiste. Mais les adversaires féodaux du capitalisme, tout à fait réactionnaires, ont mis eux aussi – en suivant une tradition du romantisme – un sens méprisant dans ce mot. Les restes d'une telle idéologie ont été repris par les mouvements nationalistes-ethniques [völkisch] de tous les pays. Tous dépeignent le bourgeois à peu près comme la bohème d'avant-guerre, comme un spectre terrifiant, ils opposent au mauvais type humain "bourgeois" de l'époque passée celui de l'homme nouveau de l'avenir. En même temps, ils parlent d'oppositions dans le noyau biologique, la race, la manière de penser, etc.
Pour le grand capital, ce second sens dépravant du mot bourgeois, qui fait abstraction de l'économique, est tout à fait bienvenu. Il aime se servir de l'idéologie aristocratique autant que des officiers aristocrates. Dans le combat moderne contre la mentalité "bourgeoise", le grand capital, justement, est laissé en dehors de la discussion. Ceux qui en disposent ont depuis longtemps abandonné les modes de vie concernés par ce combat. Chez le magnat d'un trust et dans son environnement mondain, "mondialement ouvert", c'est tout juste si l'on retrouverait encore un seul des traits de caractère qui avaient marqué le petit-bourgeois en certaines périodes du siècle passé : luttant pour sa subsistance, pédant, personnellement avide de gain. Ces qualités pénibles ont glissé vers les classes moyennes inférieures, dépossédées, qui se trouvent en position de défense pour sauver leur petit peu de plaisir de vivre. La bonne société vit aujourd'hui à un niveau si élevé, ses sources de revenus sont si dissociées des personnes, que toutes les formes de conscience d'une concurrence mesquine peuvent disparaître complètement. Ainsi, la grande bourgeoisie laisse volontiers ses idéologues enfourcher leur cheval contre le bourgeois, qu'en réalité elle ruine par la concentration effective du capital. 

(Le Monde, 10-05-2018)

Les prolétaires n'ont rien à voir avec ce combat contre le "bourgeois". Quand dominait ce type économique, que le capital aujourd'hui extermine, il fallait qu'ils voient en lui l'ennemi principal. Aujourd'hui, ces couches, dans la mesure où elles ne constituent pas les milices nationalistes-ethniques, doivent être neutralisées ou gagnées. Dans le langage du prolétaire, bourgeois signifie encore et toujours exploiteur, classe dominante. Dans la théorie encore, le combat se dirige avant tout contre cette classe, avec laquelle on n'a rien de commun. Quand des métaphysiciens modernes tentent une sociologie critique de l'histoire de la philosophie comme développement de la pensée "bourgeoise", ce n'est pas pour rechercher lesquels de ses traits le prolétariat devra dépasser. Ces idéologues voudraient ici ne stigmatiser et n'éliminer que les reliquats théoriques de l'époque révolutionnaire de la bourgeoisie. Du déclin des classes moyennes le prolétariat se félicite également, mais pour d'autres raisons que le capital. Pour ce dernier, c'est le profit qui importe ; pour le prolétariat, la libération de l'humanité.
Nous n'avons rien à faire d'une terminologie selon laquelle c'est la jalousie envers son mari d'une petite-bourgeoise privée de distractions, et non la possession d'une Rolls-Royce, qui représente l'expression de la vie bourgeoise.»

(Max Horkheimer, «Le combat contre le bourgeois», in Crépuscule, 1926-1931)

***




(Ci-dessus, de haut en bas : 1) morceau du groupe fasciste Ile-de-France, intitulé Tuer le bourgeois (le tuer... «en chacun de nous», s'entend). On notera par ailleurs l'iconographie explicitement et significativement inspirée, ici, du film Fight Club, de David Fincher) ; 2) Banderole aperçue au cours des premiers actes du soulèvement insurrectionnel des Gilets Jaunes, France, fin 2018) 

mercredi 30 juin 2021

Giflé Décalé

mardi 29 juin 2021

vendredi 25 juin 2021

lundi 21 juin 2021

dimanche 20 juin 2021

Les islamistes, ennemis antédiluviens de la résistance palestinienne...

«[Notre mouvement] sera le parti de Yasser Arafat, de Georges Habache et de cheikh Yassine… LE PARTI DE YASSER ARAFAT, DE GEORGES HABACHE ET DE CHEIKH YASSINE !…»

(Houria Bouteldja, leader des Indigènes de la République
discours au Cabaret Sauvage, 10 décembre 2008)

Ci-dessus : L’islamiste Mansour Abbas 
votant aux élections israéliennes du 23 mars 2021.

On sait que la mainmise politique du Hamas sur les mosquées de Gaza avait été, dès le départ, à la fin des années 1980, soutenue stratégiquement par l'État d'Israël, obsédé par l'idée d'affaiblir la lutte palestinienne, alors incarnée (qu'on le déplore ou non) par la ligne «nationaliste-laïque» (ou baassiste) de l'OLP d'Arafat. C'est sur cette identité profondément collaborationniste de l'islamisme palestinien que Jean-Pierre Filiu revient en détail, dans l'article ci-dessous, publié ce jour par Le Monde. 

***

«Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, un parti identifié à la minorité palestinienne est officiellement associé à la coalition gouvernementale. La victoire est d’importance pour l’islamiste Mansour Abbas, à la tête de Raam, l’acronyme hébreu de la "Liste arabe unie". Activement courtisé par Benyamin Nétanyahou, qui espérait grâce à lui demeurer au pouvoir, Abbas a finalement rallié ses quatre députés à Naftali Bennett, sans pour autant assumer un portefeuille ministériel. Même Itzhak Rabin avait insisté en 1992 pour avoir une "majorité juive" pour la paix, préférant gouverner avec les orthodoxes du Shas plutôt que de dépendre des voix des "partis arabes". Que les islamistes de Raam aient brisé un tel tabou n’aurait cependant pas été possible sans une longue histoire de coopération plus ou moins discrète entre ce courant palestinien et Israël.

LA PRIORITÉ À L’ISLAMISATION

Les Frères musulmans sont bien implantés dans la "bande" de Gaza, où, en 1948, la guerre et l’exode concentrent un quart de la population arabe de Palestine. Le territoire est administré par l’Egypte, qui a refusé de l’annexer, à la différence de la Jordanie à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Gamal Abdel Nasser prend le pouvoir au Caire en 1952 avec l’aide des Frères musulmans, à qui il offre la mairie de Gaza, mais se retourne contre eux, deux ans plus tard. En 1956-57, la bande de Gaza est occupée par Israël durant quatre mois, à la faveur d’une offensive coordonnée avec la France et la Grande-Bretagne dans le canal de Suez. Les islamistes palestiniens se joignent au front commun de la résistance nationaliste, malgré une répression féroce, avec un millier de morts pour 330 000 habitants. Israël se retire sous la pression des Etats-Unis, mais occupe de nouveau la bande de Gaza en 1967, lors de la guerre des Six-Jours. Les Frères musulmans, dirigés à Gaza par le cheikh Ahmed Yassine, refusent cette fois d’adhérer à un front uni contre Israël. 
Yassine considère en effet qu’Israël, en humiliant Nasser, a d’une certaine manière vengé les islamistes des persécutions que le dirigeant égyptien leur avait infligées. Il estime surtout que la priorité doit aller à la réislamisation de la société palestinienne, punie de ses péchés par cette nouvelle occupation, plutôt qu’à la résistance nationaliste. Les autorités d’occupation comprennent le parti qu’elles peuvent tirer d’une telle discorde inter-palestinienne. Elles favorisent de plus en plus ouvertement Yassine, assistant en 1973 à l’ouverture de sa mosquée à Gaza, puis l’autorisant en 1979 à recevoir des financements étrangers. Ces facilités contrastent avec la répression méthodique menée à l’encontre de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) et de ses réseaux. En 1980, les militaires israéliens restent ostensiblement passifs lorsque les islamistes attaquent des bastions du militantisme nationaliste. L’OLP dénonce en retour la collusion entre les Frères musulmans et l’occupant.

LE TOURNANT DU HAMAS

Lorsque éclate, en 1987, l’intifada, soit littéralement le "soulèvement" de la jeunesse palestinienne, Yassine comprend qu’une telle vague risque aussi de le balayer. C’est pourquoi il décide, du jour au lendemain, de transformer les islamistes palestiniens en "Mouvement de la résistance islamique", désigné sous son acronyme arabe de Hamas. Les Frères musulmans, qui accusaient jusque-là les nationalistes de l’OLP de ne pas être assez musulmans, les accusent désormais d’être prêts à des concessions envers Israël. Le Hamas se dote d’un bras armé, le Majd, confié à Yahia Sinouar, l’actuel chef du mouvement à Gaza, et élimine des dizaines de rivaux palestiniens, stigmatisés comme "collaborateurs" ou "corrompus". Les militaires israéliens jouent évidemment de ces dissensions pour affaiblir l’intifada, même si Sinouar est arrêté en 1988 et Yassine en 1989. Il faut attendre 1991 pour que le Hamas bascule dans la "lutte armée" contre Israël, avec la création des brigades Ezzedine Al-Qassam, du nom d’un guérillero islamiste, tombé en Galilée en 1935. En Israël même, le Mouvement islamique, également inspiré des Frères musulmans, profite de la tolérance des autorités en faveur des islamistes palestiniens, qui leur paraissent un contrepoids utile face à l’OLP. Il remporte plusieurs municipalités aux élections locales de 1989, mais se divise sur la participation aux législatives de 1996. Sa "branche Nord" refuse de cautionner ainsi les institutions israéliennes, tandis que sa "branche Sud" franchit le pas et en retire les bénéfices actuels, sous l’appellation de Raam. Ce courant légaliste se joint d’abord aux autres "partis arabes", lors de leur record historique de 2019, avec 15 députés à la Knesset, mais il choisit ensuite de faire cavalier seul. Officiellement, la rupture intervient sur la question de la place des homosexuels dans la société arabe, Raam campant sur une position bien plus rigide que ses partenaires progressistes. De fait, Mansour Abbas préfère négocier le soutien de ses seuls députés pour être le seul crédité des mesures à prendre en faveur de la minorité arabe. Pour l’heure, Mansour Abbas reconnaît "avoir des préoccupations communes avec les partis juifs religieux et la droite conservatrice". Un tel rapprochement au nom de valeurs partagées a beau sembler paradoxal, il est donc loin d’être une nouveauté dans l’histoire des islamistes palestiniens».

samedi 19 juin 2021

Comment des classes sont-elles possibles ?

(Préface au Dictionnaire des idées suggérées par les mots, de Paul Rouaix)

«Pensons encore, en particulier, à la formation des concepts. Tout mot devient immédiatement concept par le fait qu'il ne doit pas servir justement pour l'expérience originale, unique, absolument individualisée, à laquelle il doit sa naissance, c'est-à-dire comme souvenir, mais qu'il doit servir en même temps pour des expériences innombrables, plus ou moins analogues, c'est-à-dire, à strictement parler, jamais identiques et ne doit donc convenir qu'à des cas différents. Tout concept naît de l'identification du non-identique.»

(Friedrich Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral)

mercredi 16 juin 2021

Aristote dans la lagune


Ci-dessous, présentation de l'éditeur, suivie des différents épisodes (en angliche : désolé pour ceux qui y entraveraient que dalle) de ce qui fut, à l'origine, un film passionnant. 

                                   ***
«Armand Marie Leroi, citoyen britannique et professeur de biologie, déniche dans une librairie du vieil Athènes une Histoire des animaux d'Aristote. Il ignore tout du philosophe, mais sa lecture le laisse émerveillé devant le foisonnement et la rigueur de la démarche. Il se lance alors dans une quête passionnée sur les traces d'Aristote. Heidegger, pourtant, nous avait prévenus : "Aristote est né, il a pensé, il est mort". Sans doute… Mais, entre-temps, il a inventé la science. C'est cette prodigieuse découverte que raconte La Lagune. Comment le meilleur élève de Platon, écarté de la succession de son maître, est parti s'installer à Lesbos, dans la lagune de Pyrrha, précisément, pour y mener la première enquête sur le vivant. Des travaux au long cours qui donnent lieu à de stupéfiantes "histoires d'animaux", mais aussi aux premières intuitions sur la naissance de la vie, l'hérédité, le vieillissement, sur l'existence de l'âme ou l'éternité du monde. Ce livre, magnifiquement écrit, est aussi une reconstitution extraordinaire du monde de savoir et de pensée dans lequel a vécu Aristote et de la révolution qu'il y opéra».

vendredi 11 juin 2021

Au mépris des geste-barrière

(Yahoo Actualités, 10 juin 2021)

Geto Boyz

 Salut à C ! Nique l'EHPAD !

jeudi 10 juin 2021

Ils peuvent le faire

«On a une poule historiquement dure 
mais ils peuvent le faire...»
(Emmanuel Macron, encourageant l'équipe de France de football, 10 juin 2021) 

mercredi 9 juin 2021

mardi 18 mai 2021

Terracisés

jeudi 13 mai 2021

Il est sorti !

Le nouvel AMER est sorti et disponible. Nous sommes impatients, forcément. Impatients, comme à chaque fois. Nous embrassons chaleureusement Ian Geay et les âmes-sœurs. Soutenez-les.

mardi 11 mai 2021

Journée de merde !

Jacques Bouveresse (1940-2021)

dimanche 2 mai 2021

Disruption, Agilité, Résilience (DAR)






Rue des boutiques obscures (1er Mai 2023)

« ─ Il avait jamais été question qu'ils le butent, tu comprends ? Les gens avaient autre chose à foutre. L'idée, c'était juste de l'enlever, de le sortir du circuit une bonne fois pour toutes, de le planquer quelque part où on le retrouve plus jamais. Qu'il continue à parler tout seul, à déclamer tant que ça lui chante : à un mur, face à une cuvette de chiotte, peu importe. Mais qu'on l'entende plus, qu'on voie plus sa gueule ! Faut se mettre à la place des gens, aussi ! ils en pouvaient plus. Ils le supportaient plus. Voilà.
─ Et alors ?
─ Alors, rien. C'est comme ça qu'ils l'ont retrouvé, ce premier mai 2023 : exactement dans cette position-là ! avec exactement ce même petit air. Assis comme au tout premier jour. Les mecs n'en croyaient pas leurs yeux. À croire qu'il avait pas remué un poil, lui, depuis le début. À l'arrière de cette bagnole-là. Au coin de la rue des boutiques obscures.»

mercredi 28 avril 2021

Venons-en Ophite !


«Le christianisme contient le dogme, révélé aux hommes par le Christ, de l'unité de la nature divine et de la nature humaine ; ici, homme et Dieu, l'idée objective et l'idée subjective ne font qu'un. Sous une autre forme cette idée se trouve dans l'antique récit de la chute originelle : sur ce point le serpent n'a pas trompé l'homme».

(G.-W.-F. Hegel)

***

«La Bible, rassemblée et rédigée plus tard par les prêtres de manière si orthodoxe, n'affirme aucunement que le fruit ait été une illusion. L'arbre s'appelle bien arbre de la connaissance, non de l'erreur ; aussi bien le serpent, qui d'après la Bible fut envoyé par le père du mensonge, n'a pas été trompeur dans sa promesse, car Yahvé lui-même dit ensuite : Voici qu'Adam est devenu comme l'un de nous, car il sait ce qui est bien et ce qui est mal (Genèse, 3, 22). Hegel insiste particulièrement sur ce verset, et cela dans les contextes les plus variés ; de cette vieille histoire, ce qu'il apprécie n'est en aucune manière l'interprétation purement et simplement négative, celle du péché originel. Avec l'exégèse commune de ce mythe étonnant il ne s'accorde que dans la mesure où il impute au serpent luciférien l'impudence, la chute, le défi, par conséquent ce qui est pour Hegel le mal moral (à un mal réel dans le monde l'optimiste spirituel ne consent pas). Mais en ce qui concerne la liberté comme humanisation, Hegel est du côté du serpent, non du côté de l'aveuglement, de la confortable innocence où le Yahvé biblique prétend maintenir les hommes (...) : "Le difficile est qu'il soit dit que Dieu a interdit aux hommes d'accéder à cette connaissance ; car la connaissance est justement ce qui constitue le caractère même de l'esprit ; l'esprit n'est esprit que par la conscience, et la plus haute conscience est justement dans cette connaissance-là." 

(...)

La comparaison que fait Jésus en personne entre lui-même et le serpent sacré (Jean, 3, 14), les sectes l'ont très largement référée à leur propre sujet. Et à travers la théologie, jusque dans le relatif sauvetage chez Hegel des paroles du serpent, on retrouve une très ancienne trace, la trace de la secte des Ophites, dans l'Antiquité tardive. Les Ophites avaient tout d'abord inversé entièrement le mythe biblique du serpent, identifiant la tentation du Paradis à la tentation par Jésus ; le Christ est pour eux le retour du serpent ; le Christ donne son achèvement à l'Eritis sicut Deus [«Vous serez comme Dieu» : promesse du serpent à Ève, effectuée pour inciter celle-ci à consommer le fameux fruit, pendu à l'arbre de connaissance]. L'homme n'est plus un être asservi au créateur de ce monde mauvais ; une fois sauvé, il devient cet être libéré du monde dont ont parlé tant le serpent que Jésus, tant Jésus que le serpent. La trace, affaiblie, de ce parallèle inouï reparaît dans le pathos du sujet chez les baptistes, dans la pieuse hybris qui les jette au centre même de l'intimité divine de peur que Dieu ne soit pour eux comme un étranger ; le baptisme rejette toute réalité supérieure où l'homme ne serait pas présent. Et, totalement sécularisée, cette trace autonome se manifeste dans un événement qui souterrainement est encore en corrélation avec les mouvements hérétiques : la Révolution française. Cette hybris, par conséquent, que Hegel ne se lassa de définir comme la puissance qui a remis le monde sur la tête, c'est-à-dire sur la pensée. Passage de la servitude, sous toutes ses formes, fût-ce dans ses reflets transcendants, à la libération, au génie de la liberté. Du cri Sus aux tyrans, le jeune Hegel a presque tiré un nouveau calendrier des saints, orienté vers les tyrannicides athéniens Harmodius et Aristogiton, vers Brutus dont Beethoven gardait le buste devant les yeux. D'où cette phrase de serpent : "On enseigne à nos enfants le bénédicité, les grâces du matin et celles du soir. ― Ce n'est pas un Harmodius, un Aristogiton, ceux qui eurent l'éternelle gloire de frapper les tyrans et d'assurer  à leurs concitoyens droits égaux et lois égales, ce ne sont pas eux qui ont vécu dans la bouche de notre peuple, dans ses chants" (Écrits théologiques de jeunesse). Partout se pressent là de tout autres hommages qu'à la béatitude de l'esclave, et ces hommages entretiennent avec le mythe du serpent une relation qui n'a pas échappé à Hegel».  

(Ernst Bloch, Sujet-Objet, Éclaircissements sur Hegel)