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dimanche 22 juin 2025

Cérémonie des Césars

≪ Je tiens à remercier tout le monde, 
et en particulier Dieu. ≫ 

(Donald Trump, 
clôturant la fête de la Musique, 
USA, 
22 juin 2025)

dimanche 3 décembre 2023

Des Tchândâla d'Allah (génie du nietzschéisme)


≪Le christianisme nous a frustrés de l'héritage du génie antique, il nous a frustrés plus tard de l'héritage de l'islam. La merveilleuse civilisation maure de l'Espagne, plus voisine en somme de nos sens et de nos goûts que Rome et la Grèce, cette civilisation fut foulée aux pieds (─ je ne dis pas par quels pieds ─), pourquoi ? puisqu'elle devait son origine à des instincts nobles, à des instincts virils, puisqu'elle disait oui à la vie, et encore avec les magnificences rares et raffinées de la vie mauresque !... Les croisés luttèrent plus tard contre quelque chose qu'ils auraient mieux fait d'adorer dans la poussière (...). En somme on ne devrait même pas avoir à choisir entre l'islam et le christianisme, tout aussi peu qu'entre un Arabe et un Juif. La décision est prise ; personne n'a plus la liberté de choisir. Ou bien on est tchândala, ou bien on ne l'est pas...

(Friedrich Nietzsche, L'Antéchrist)

dimanche 3 avril 2022

Boutcha


≪Le nom de Boutcha, autrefois paisible banlieue de Kiev, restera sans doute comme un des symboles de l'horreur de la guerre en Ukraine. Près de 300 morts ont été retrouvés dans cette ville après le retrait de l'armée russe, a témoigné son maire Anatoly Fedorouk samedi 2 avril. Sur les images prises sur place, des dizaines de corps gisent dans les rues. Redéployés dans l'est du pays, les soldats russes laissent derrière eux, dans les villes qu'ils occupaient près de Kiev, un terrible tableau de destruction et de mort, progressivement découvert par les Ukrainiens et les journalistes. Les premières images parvenues de Boutcha, samedi, étaient filmées depuis des véhicules forcés de slalomer entre des cadavres étendus sur la chaussée d'une des rues principales de la ville. Un journaliste de l'AFP y a dénombré une vingtaine de morts, tous des hommes. Impossible de déterminer dans l'immédiat s'ils ont été "abattus d'une balle à l'arrière de la tête", comme l'affirme le maire de la ville. Mais au moins un de ces hommes présente une blessure à la tête. Un autre a les mains liées derrière le dos. Un cadavre est toujours sur le vélo sur lequel il se trouvait à sa mort. Ils semblent être là depuis plusieurs jours≫. 

(Le Monde, 3 avril 2022)

≪La Russie nie toute exaction : à la suite des dénonciations de la communauté internationale, le ministère de la défense russe a nié que soldats russes aient commis de telles exactions à Boutcha. "Où sont passées ces images pendant quatre jours ? Le fait qu’elles étaient absentes ne fait que confirmer qu’il s’agit d’un faux", affirme-t-il sur sa chaîne Telegram, ajoutant que les militaires russes ont quitté Boutcha le 30 mars. Pour le ministère de la défense russe, une de ces vidéos tournées à Boutcha montre des signes de falsification car, à deux moments, les cadavres de la vidéo bougent (sic). Nous n’avons, quant à nous, constaté aucun mouvement de corps sur la vidéo mise en doute, tout comme nos confrères de la BBC qui l’ont également visionnée≫.
(id.)

vendredi 22 octobre 2021

Très russe !

mercredi 24 juin 2020

L'ingénierie du chaos (It's alive !)



«Il se peut qu’un jour prochain, Le Monde découvre que les "sauveurs" étaient coupables. Ou bien, que l’on découvre les "partenariats" qui rendent Le Monde si bienveillant à l’égard de Shi Zhengli et du laboratoire P4 de Wuhan (...). Nous ne le saurons peut-être jamais. Cependant même la prestigieuse revue Nature commence à se couvrir. Un article du 5 juin concède : 

"Le laboratoire (NdR : de Wuhan) possède des coronavirus liés au SARS-CoV2, il est donc possible que l’un se soit échappé, peut-être si un laborantin a été infecté par un échantillon de virus ou un animal, puis l’a transmis à quelqu’un hors du bâtiment. (…) plusieurs scientifiques disent que, bien qu’ils ne croient pas que le virus se soit échappé du laboratoire, les études donnent des résultats limités sur son origine (…)."


Mais il y a déjà de longs articles et des livres sur la corruption des revues scientifiques».

(Pièces et Main d'Oeuvre, 8 juin 2020)

mercredi 15 avril 2020

Deep Virology

L'agent Smith, Didier Lallement en mode 
puissance destituante.



Il n'y a pas de sex-appeal chez les bactéries.
(François Jacob)




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Tupanvirus appartient à la famille des virus géants. Sa structure est assez voisine de celle de Mimivirus, découvert en 2003 par le fameux Dr Chloroquine : le professeur Didier Raoult, de Marseille. Avant cette date, les bactéries, reconnues les plus petits organismes vivants, étaient réputées de taille nécessairement plus importante que les virus, ce qui se révélait faux. Ce n'est évidemment pas l'unique découverte ayant incité les spécialistes de virologie à remettre en question leurs certitudes quant à leur bel objet d'étude. Tupanvirus, de découverte encore plus récente (2018) et prospérant dans les zones aquatiques les plus hostiles de notre planète (lacs de soude, sédiments abyssaux), présente ainsi une particularité susceptible de retenir l'attention : celle d'accuser un génome extrêmement fourni, auquel il ne manquerait plus que des ribosomes pour pouvoir, comme le moindre protozoaire, synthétiser à volonté une multitude de protéines. Cerise sur le gâteau, Tupanvirus arbore une queue extrêmement impressionnante, mesurant presque trois fois sa taille (soit 2,3 micromètres, tout de même). Or, il en va des virus à longue queue comme des virus à tête couronnée (les désormais célèbres «coronavirus») : comment s'étonner de la fascination qu'ils exercent, ces temps-ci, sur toutes sortes d'imaginations fiévreuses, débridées et fertiles ?

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Soumises durant d'interminables jours et nuits à un confinement strict (éprouvant il est vrai horriblement les nerfs), certaines de ces imaginations en vinrent très récemment à la production publique de phantasmes virologistes à prétention subversive, campant volontiers sous forme d'un héros, sûr de lui et dominateur, l'amas de grosses molécules spectaculaires nommé SARS-CoV-2 pourrissant actuellement l'existence de milliards d'êtres humains confinés. Nous faisons en particulier référence au texte, désormais célèbre, publié le 21 mars dernier sur le site blanquiste d'avant-garde Lundi-Matin, et intitulé Le monologue du virus. Ayant eu vent de cette belle tentative, nous aimerions contribuer à l'essai en cours, en rebondissant sur lui, comme disent les journalistes, tels des atomes épicuriens innocents, sans malice ni mesquinerie partisane aucune, car ce ne sont pas nos méthodes, ce ne l'a jamais été. Précision liminaire utile, donc : notre but actuel ne saurait être en aucun cas d'insister en détail ni sur l'autoritarisme clérical délirant, ni sur le sadisme inconscient de lui-même, ni sur l'aristocratisme terrible à force des plus méchantes trivialités, constitutifs – entre autres pathologies socialement induites – de ce morceau de bravoure. Ce qui nous intéressera ici plus précisément, c'est le pathos biologique constituant pour ainsi dire le substrat de sa très profonde détestation de l'humanité (l'anti-humanisme, rappelons-le, n'étant nullement un terme injurieux mais le nom d'une sous-spécialisation disciplinaire de l'Université Française, régnant sans partage sur le champ philosophique depuis maintenant près de cinquante ans). 


Disons-le tout net. Pour nous, l'interrogation radicale sur la limite extérieure du vivant et sur ses différenciations internes, constituera toujours une urgence intellectuelle a priori. Le corollaire problématique en est la conscience accrue d'une homogénéité de toute la matière vivante, homogénéité certes impénétrable car paradoxalement indexée sur les éléments physiques inertes de celle-ci : ses atomes. Tous les vivants sont ainsi identiquement vivants en tant que semblablement émergents d'une même matière «morte». Tous les vivants, en leur stupéfiante différenciation de formes, dimensions et complexité, n'en sont pas moins à nos yeux d'égale valeur, d'égale étrangeté, d'égale curiosité à l'aune de cette même genèse élémentaire incompréhensible. Or, le Monologue du virus méprise d'entrée, avec une rare suffisance réductionniste, la pertinence de toute distinction interne au vivant, effaçant (tant qu'à faire) d'un même mouvement glorieux la limite du vivant et de l'inanimé, et assénant plutôt aux hommes une litanie de lignages hétérogènes, mais comiquement hiérarchisés : «Nous sommes vos ancêtres [c'est le virus qui parle, s'adressant aux hommes qu'il exhorte à se soumettre à sa tyrannie bienveillante] au même titre que les pierres et les algues, et bien plus que les singes». Certes, un beau jour, même les pierres crieront, mais tout de même. L'absurdité d'un emploi abstrait de termes aussi vagues qu'ancêtre, pierre ou singes apparaît pour sa part bien trop immédiatement criante. On aimerait tant obtenir quelques précisions là-dessus, de la bouche de ce virus hautain. Car au compte d'une telle imprécision fondatrice, quelle valeur autre que rhétorique accorder à cette expression finale : «et bien plus que les singes» ? Certes, nous ne «descendons» pas brutalement des singes, ces vieux cousins suivant leur propre chemin évolutif, en dépit de l'immense proximité animale (morphologique et génétique) que nous ne pouvons que constater avec certains d'entre eux. Il est néanmoins établi qu'une certaine souche, autrement dit une forme d'ancêtre, commune aux hommes et aux singes : les Hominoïdes, apparue il y a 20 millions d'années se sera ensuite scindée en Homininés (lignée humaine) et Paninés (lignée des chimpanzés). Mais peu importe. Acceptons pour l'instant l'idée étrange que les singes soient «bien moins» nos ancêtres que les virus, les algues, les pierres. Notre virus ne s'embarrasse guère ici de logique car, ma foi, on est ancêtre ou on ne l'est pas. Comment être plus ou moins ancêtre de qui que ce soit ? Tout dépend alors, certes, de ce que vous entendrez par ancêtre. L'ancêtre est-il davantage un lointain qu'un prochain, un même qu'un autre, ce dont on se distingue, ce contre quoi l'on se construira ou, à l'inverse, ce à quoi l'on s'affiliera plutôt avec force pour s'y reconnaître essentiellement ? Sommes-nous, et si oui, de quelle façon, davantage virus que singe ? Notre «ancêtre» ne serait-il pas (singe ou autre, et dans quelque famille qu'on puisse bien le dénicher) du moins un ancêtre animal ? Sinon, autant reconnaître comme ancêtre, à ce compte, la première grosse molécule d'intérêt biologique qui passe. Nous formulerons donc deux hypothèses quant au sens de cette formule définitive employée par notre virus de choc : 1°) Celle d'une ironie, irrésistible, déployée par lui à fin de séduction, l'humour et la capacité d'auto-dérision faisant alors le fond stratégique de tout apprenti-dominant. Le virus mentirait de manière hénaurme quant à sa généalogie, et l'antériorité chronologique, en particulier, revendiquée par lui et les siens, sur tous les êtres cellulaires. En sorte que serait en réalité ici moquée et satirisée cette habitude fâcheuse des chefs politiques en mal d'esclaves. 2°) Hypothèse hélas ! plus crédible : les auteurs du texte éprouvent une telle antipathie – un peu adolescente et niaisement surjouée – pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à un être humain (un être humain en soi, bien hâtivement assimilé au sous-produit historique dont le capitalisme mondialisé offre le spectacle atroce) que tout être présentant, vis-à-vis de lui une certaine similitude morphologique, devrait se voir frénétiquement préservé dans sa différance, comme le dirait, ou plutôt l'écrirait le regretté Jacques Derrida. C'est ainsi que les singes «ressemblant» fort à l'être humain se trouveraient violemment découplés de l'Homme, au contraire des virus ou des pierres. Ainsi s'expliquerait notamment cette dernière sentence elliptique suivant, de peu, l'exposé lapidaire de notre théorie fumeuse «des virus, des algues et des pierres» : «Tant pis pour vous [vous, les sous-merdes humaines. NB] si vous ne voyez dans l'univers que ce qui est à votre semblance !». Pourquoi, alors, ô grand virus, nous chercher des ancêtres glorieux, voire même des conditions biologiques transcendantales de possibilité, en la personne de vous-mêmes, et ne pas se satisfaire simplement de quelque Différence absolue qui séparerait, par exemple, le vivant du non-vivant, l'être humain (ou le singe) de la pierre ? On n'en demanderait pas mieux. Ce diable de virus post-moderne entend décidément gagner sur tous les tableaux de la post-vérité. Il a dû faire ses études à Paris 8. Mais pour en revenir (et en finir avec elle) à cette notion fourre-tout et identitaire-virale d'«ancêtre», certains imbéciles, impropres sans doute à recevoir les doctes leçons de notre virus à couronne, seraient quant à eux plutôt d'avis que ni les pierres ni les virus ne sont à proprement parler des vivants, ne pouvant donc (pas plus que les singes, pour d'autres raisons) être nos ancêtres. À moins de définir ce dernier terme plus sérieusement, lui et tous les autres. À quelles «pierres» exactement, par exemple, notre chef auto-proclamé ferait-il ici référence ? Serait-ce à la sédimentation, désormais visible en son aspect pierreux, de quelque activité vivante primitive de bactéries, ayant débouché après l'extinction de ces dernières sur ce témoignage de vie que sont, par exemple, les stromatolites, ces roches fossiles australiennes datant de plus de trois milliards d'années ? Ces édifices bio-construits sont-ils seulement des pierres ? Il eût fallu développer un peu, mais va-t-en expliquer ça à un virus millénariste extrêmement pressé d'accomplir sa mission historique, de déployer toute sa «stratégie», mais pas plus bête pourtant, en cette matière, qu'une pierre ou toute autre «forme-de-vie» comparable car, comme le constate sobrement un peu plus tard Le monologue du virus : « il y a une intelligence immanente à la vie ». On n'en doute pas. 

Les virus, donc, au même titre que les pierres, seraient nos grands ancêtres, à qui nous devrions le respect, car c'est l'usage relativement aux ancêtre : «Nous autres virus, depuis le fond bactériel du monde, sommes le véritable continuum de la vie sur Terre. Sans nous, vous n'auriez jamais vu le jour, non plus que la première cellule». Formule un peu douteuse que ce «fond bactériel du monde» : le fameux LUCA (Last Universal Common Ancestor), première de toutes les formes de vie recensées dans l'ordre chronologique, précède en effet nécessairement (comme fond) tant les procaryotes, êtres vivants à cellules sans noyau (bactéries et archées) que les eucaryotes tels que vous et moi, parmi lesquels se répartit le vivant actuel. Vous cherchiez un ancêtre ? Voilà, en prime, un fond du monde. Quant à la deuxième phrase de notre passage, difficile de savoir ce qu'avait en tête notre virus au moment de sortir pareille rodomontade. Reprend-il ici à son profit l'hypothèse dite de la «panspermie», popularisée dans les années 1970 par Chandra Wickramasinghe, et selon laquelle l'origine de la vie serait extra-terrestre, des nucléotides azotés, sources d'ADN et d'ARN ou des virus (donc) convoyeurs de matériel génétique annexe, ayant voyagé à travers les galaxies, juchés sur quelque comète ou météorite pour venir finalement ensemencer notre monde déchu ? Évoque-t-il plutôt avec orgueil l'activité des virus bactériophages connue sous le nom de transduction génétique ? : un virus infecte une bactérie, introduit en son sein son propre ADN pour se faire reproduire par son hôte (ne possédant en effet pas, en tant que virus, des outils nécessaires à cette reproduction, les ribosomes : ces «usines d'assemblage» indispensables à la cellule vivante car traduisant, pour elle, en carburant, en protéines, l'ARN, c'est-à-dire le script génétique, la copie de travail issu de l'ADN). L'opération réussit, produit en série des «bébés-bactériophages», lesquels finissent par quitter la cellule premièrement atteinte pour s'en aller vers d'autres cellules, afin de recommencer... pour durer. La transduction génétique consiste en ce fait que le virus sur le départ, ayant en réalité intégré à son propre génome des fragments de celui de la bactérie primo-parasitée, effectue ainsi de manière connexe, en en parasitant une suivante, un transfert génétique, qualifié d'horizontal, de bactérie à bactérie. De sorte que les virus contribuent bien évidemment, de manière décisive, aux processus d'enrichissement, de complexification et donc d'évolution bactérienne. De là à nous associer à l'évolution en question («Sans nous, vous n'auriez jamais vu le jour»), pourquoi pas ! Après tout, nous descendons bien autant des bactéries que des pierres. 

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Reste, toutes ces belles qualités productives ou nuisibles ayant été reconnues, la question qui fâche. Et là, notre maître viral aura beau tonner et nous menacer et nous couvrir d'injures méprisantes, il subsistera, malgré tout, à nos yeux, et à notre avantage, un hiatus infranchissable entre Sa Majesté et nous, les humains. Cette différence aura beau le vexer au plus haut point : le vexer comme un pou ; à l'instar du pou, justement, nous sommes vivants et pas les virus. André Lwoff (grand ami des virus, bien avant que les gens de Lundi-Matin n'existassent même à l'état de projet biologique) note en ce sens au début des années 1960 : «Tout se ramène à une question de définition. Si un organisme [vivant] est défini comme un système indépendant de structure et de fonctions intégrées et interdépendantes, le virus n'est pas un organisme, pas plus qu'un chromosome ou une mitochondrie. Mais si l'organisme est défini comme l'unité élémentaire d'une lignée continue possédant une histoire évolutive individuelle, alors les virus sont des organismes» (in L'ordre biologique, 1962). C'est donc ici l'autonomie qui fournit le critère essentiel de la vie. Tous les virus ont un sérieux problème avec l'autonomie. Est vivant 1°) ce qui croît par soi, 2°) ce qui possède un métabolisme propre (en clair : ce qui échange avec son milieu, y respire, effectue diverses synthèses à partir des prélèvements qu'il y effectue) et 3°) ce qui est apte à se reproduire tout seul, c'est-à-dire, d'un point de vue cellulaire, ce qui possède des ribosomes capables de donner corps, d'exprimer matériellement un programme génétique. D'autres biologistes, certes, insistent aujourd'hui sur le deuxième terme de l'alternative déjà posée par Lwoff à son époque, estimant  toute entité vivante dès lors qu'elle s'intégrerait de manière fonctionnelle à un système vivant. Il serait cocasse de constater que les gens de Lundi-matin se trouvassent, sur cette question de forme-de-vie virale, en plein accord avec le Conseil de l'Union Européenne, lequel donna en date du 7 février 1994 la définition suivante de la matière vivante : «Est réputée "matière biologique" au sens de la première directive toute matière contenant une information génétique qui est autoreproductible ou reproductible (...). La matière biologique est brevetable.» D'un même élan dialectique sublime, on octroie donc la vie au parasite, d'une part, en reconnaissant officiellement, d'autre part, le parasitage marchand de la vie comme susceptible de remplacer celle-ci. 

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MM. Salomon, Macron et Véran vous le répètent assez tous les soirs, entre deux appels officiels à applaudir le personnel soignant : un simple lavage de main suffit à vous débarrasser du SARS-Cov-2, lequel prétend pourtant, via son organe Lundi-Matin, à rien de moins qu'une domination sans partage sur l'Humanité. Cette extrême inconsistance tient à une raison simple : le virus n' a pas de soi biologique. Il ne consiste qu'en une membrane lipidique recouvrant, telle une mauvaise occasion historique tissée de hasard, des intérêts et molécules strictement indépendants. Chacun de ces éléments amène dans l'aventure parasitaire, un certain capital individuel, un héritage, des actifs. La soi-disant vie virale ne se révèle ainsi qu'une réunion extérieure, purement occasionnelle, de patrimoines associés, que l'on ne saurait confondre avec le soi biologique de la plus humble bactérie. Que ladite aventure entreprenariale (qu'elle soit ultra-gauchiste ou plus classiquement libérale) en vienne à tourner court, et chacun reprendra sa mise de départ pour aller foutre le camp ailleurs histoire de parasiter quelque chose. Prenez un virus tel que la mosaïque du tabac (son simple nom est parlant). «Le fait, écrit Anne Fagot-Largeault, qu'on l'obtienne sous forme cristallisée montre qu'il n'est rien d'autre qu'une molécule complexe : une nucléoprotéine. On peut d'ailleurs dissocier chimiquement les éléments de cette molécule. Mais si on remet en solution l'acide nucléique et la protéine, le virus se reforme spontanément et retrouve son "pouvoir pathogène", c'est-à-dire sa capacité à infecter le tabac» («Le vivant», 1995). Autant alors présenter comme anarchiste individualiste une cellule privée de récepteurs et tournant en tumeur à force de ne plus limiter son processus de division. Les virus ont aussi peu d'intérêt révolutionnaire que le cancer, tout en étant, pour certains, aussi ennemis que lui de la vie. Chez un virus, les parties finissent toujours par supplanter le Parti (dès lors sans aucun doute ici purement imaginaire). Et pour achever de traduire tout cela en termes agambéniens que notre néo-maître à capside pourra parfaitement entendre, le virus entendu comme Communauté qui vient ne pourra jamais signifier que la plus profonde solitude à plusieurs, «l'exil d'un seul auprès d'un seul». Notre SARS-Cov-2 se trouve donc parfaitement fondé à honnir bruyamment tout ce qui ressemblerait à une unité de projet, autrement dit un sujet biologique uni, tout comme les structuralistes détesteront toujours à bon droit l'idée d'un sujet de classe révolutionnaire. Mais qu'il ne tente point, alors (o absurdité) de nous faire croire à ses tendances «stratégiques» de schmitt foucaldien («Nul besoin d'être un sujet pour disposer d'une mémoire et d'une stratégie») et en première personne encore (Moi moi moi...). Il s'exposerait dans ce cas au ridicule, qui ne tue pas, certes, et puis de toute façon les virus ne sont pas vivants. Voilà, en attendant, une poignée de raisons stratégiques d'hésiter encore un petit peu à l'idée d'accorder à notre cher Cojonado le titre d'empereur de tous les mondes (oui, car il y a plus qu'un monde aux yeux de notre virus qui y insiste dans son Monologue : il y a des mondes, immensément nombreux, dont toute la question est sans doute de savoir comment les habiter, etc, mais bon là n'est pas le sujet. On n'est pas dans la Forêt-Noire, chez quelque ancien nazi berger de l'être viral). Imaginez-vous seulement vous soumettre sans conditions à un bête agrégat graisseux d'éléments que quelques gouttes à peine de faux savon de Marseille suffiraient à désintégrer (on vous rappelle l'importance des gestes barrière) ? Vous imaginez-vous Gengis Khan ou Alexandre le Grand potentiellement soumis à pareil bolossage, à pareille fragilité, et cependant respectés encore par leurs troupes ? Notre virus a beau pérorer, en son soliloque du pauvre, que «seuls les systèmes sont vulnérables», avouons que comme système faiblard, lui-même se pose un peu là. Nous lui accorderons bien volontiers, en revanche, ce statut qu'il revendique d'«envers mortel du monde» (quelque contradiction que cette expression implique avec le reste de son prêche, on n'en est plus là), de miroir du capitalisme mondialisé, agissant (nuisant) de concert avec ce dernier. Le SARS-cov2 s'avère en effet, toutes proportions gardées, mêmement nuisible à l'humanité qu'un open space de macroniens déters, tendus, dans l'accomplissement de leur tâche «stratégique», vers un objectif identiquement inepte, savoir la perpétuation de leur start-up. Tels ne se connaissaient pas la semaine d'avant, réunis par hasard au gré de quelque embauche parfaitement contingente, mais à qui, désormais, la prospérité symbiotique de leur «collectif» fait office de but existentiel transcendantal, inquestionnable. Persévérer ainsi dans son être, aveuglément, pulsionnellement, voilà bien la consigne théorique la plus autoritaire, la plus totalitaire, la plus effrayante de toute l'histoire de la pensée. Or, ce projet abstraitement vital, vitaliste, persiste à fasciner en sa pureté immédiate tous les ennemis radicaux de la rationalité subjectiviste émancipatrice, tous les intellects déchus trouvant, en cette déchéance même, un plaisir inavouable. Unies en tant que séparées, comme dirait Hegel (lequel s'y connaissait un brin en matière de séparation propice à la révolte philosophique systématisante) : tel serait donc le statut de ces particules élémentaires constituant notre nouveau maître, passant pourtant son temps à dire moi moi moi, tout en méprisant à l'envi sujets ou systèmes intégrés lesquels, pourtant, seuls (en dépit de sa prose fleurie), définissent la vie émergente, la vie déterminée et qualifiée, la vie différenciée.



         

lundi 14 mai 2018

Un massacreur de génie


« Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Moltke, a répondu un jour, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici : " La guerre est sainte, d'institution divine ; c'est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments : l'honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme." (...)

Nous l'avons vue, la guerre. Nous avons vu les hommes, redevenus des brutes, affolés, tuer par plaisir, par terreur, par bravade, par ostentation. Alors que le droit n'existe plus, que la loi est morte, que toute notion du juste disparaît, nous avons vu fusiller des innocents trouvés sur une route et devenus suspects parce qu'ils avaient peur. Nous avons vu tuer des chiens enchaînés à la porte de leurs maîtres pour essayer des revolvers neufs, nous avons vu mitrailler par plaisir des vaches couchées dans un champ, sans aucune raison, pour tirer des coups de fusil, histoire de rire.

Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme. »

(Guy de Maupassant, Sur l'eau)

lundi 30 octobre 2017

Fantassins et stratégie



(à partir de 0'44) :
« - Au moins, ils sont morts pour une bonne cause...
- Ah ouais ? Laquelle, au juste ?
- La liberté, non ? (...)
- Tu crois que c'est pour la liberté qu'on bute des bridés ? C'est un massacre, nom de dieu... Et si je dois me faire péter les valseuses pour un simple mot, autant que ce soit pour : Craque-boume-hue »

(Full Metal Jacket, Stanley Kubrick)

mardi 12 janvier 2016

Visages de l'effroi


Le timing n'est pas mauvais. Grands massacres en fin d'année dernière, expositions anxiogènes - à commissaires - pour commencer l'année nouvelle. Ces Visages de l'effroi, en l'occurrence, sont présentés au public jusqu'au 28 février 2016 (7 balles la place, 5 si vous allez également voir L'estampe visionnaire au Petit-Palais). Pas de quoi se relever la nuit, si vous nous passez l'expression. Tout de même, quelques pièces fort impressionnantes et originales. Retour amer, d'abord, et cruel, typique de l'époque du Directoire, sur la Terreur à peine terminée : ce Triomphe de la Guillotine, par exemple, Allégorie satirique révolutionnaire (ou Triomphe de Marat aux enfers,  par Nicolas Antoine Taunay, 1795-99), plus loin une terrifiante Matière à réflexion pour les jongleurs à tête couronnée (sic) que nos amis royalistes devraient particulièrement apprécier (Louis Villeneuve, 1842), ainsi, dans le même esprit riant, que Les formes acerbes (Charles-Pierre Joseph Normand, 1795) et leur sympathique bourreau s'abreuvant sans penser à mal de sang chaud dégoulinant sous son outil de travail. La Révolution, paraît-il, transforme les hommes en loups. À quoi les loups auraient bien des choses à rétorquer, mais bon, faudrait déjà qu'ils soient entrés dans Paris pour cesser d'être complètement inaudibles. Revenons à nos moutons : la répression terroriste d'État trouve ici autrement témoignage dans Le massacre de la rue Transnonain (15 avril 1834), de Daumier. Louis Boulanger se concentre, lui, sur le fantastique pur. Outre sa magnifique lithographie (également visible à L'estampe visionnaire) La ronde du sabbat, citons Les spectres sans tête et Les fantômes. À noter également, une oeuvre très inhabituelle, et émouvante, de sa part : naïvement sadique, serait-on tentés de dire, Les amants transpercés (1830), à l'encre de Chine sur papier, décrivant une prouesse homicide de souplesse et d'horreur : un homme, à caractère de flic quelconque, étreint avec un plaisir visible (et hélas ! communicable, ce dont il ne sert, somme toute, à rien de s'indigner), le scalp d'un desdits amants, sans doute surpris à forniquer inopportunément, cependant qu'il les transperce tous deux - même trou d'entrée et de sortie - de sa pique et de l'autre main.
Sans fanfare ni trompette, Géricault, est présent en force (à tous points de vue) : sa série sur la mort de Fualdès, fait divers impliquant l'assassinat violent et méthodique de quelque notable d'importance régionale, ayant marqué l'époque, vaut le passage (comme, du reste, le traitement du même sujet par Sébastien Coeuré : ce dernier présente notamment une physionomie de voyou aux yeux exorbités - et au fusil cassé, sous le bras - extrêmement efficace et angoissante, ayant sans doute permis à la bourgeoisie de son temps de fantasmer adéquatement la racaille). Au rayon crapulerie, signalons aussi un Meurtrier d'enfants anonyme (plume et encre brune) rappelant justement que l'expressionnisme allemand d'après-guerre ne saurait conserver le monopole de l'ultra-violence ordinaire, de même qu'aujourd'hui, la ville de Cologne ne saurait écraser indûment le marché international de l'agression sexuelle miséreuse. Mais revenons à Géricault (l'artiste, voulons-nous dire, sinon c'est trop compliqué) dont le Portrait à l'agonie (par Alexandre Corréard) vient clore la propre étude graphique de morceaux de barbaque glauquement désunis, dont vous nous direz des nouvelles (voir ses études pour le Radeau de la méduse et sa Tête de jeune homme mort, 1819). Juste avant cette série rafraichissante, effet de contraste thermique : une splendide Desdémone maudite par son père, de Delacroix (1852), laisse bouleverser, alentour et conjointement, le sang palpitant de sa toge et le double brillant de ses broche et bracelet. Vous retiendront peut-être aussi, plus loin, un très beau Satan (l'habite) de Feuchère (1833), bronze au visage triste et à la virilité baudelairienne à moitié maintenus dans l'ombre (l'éclairage étant, au Musée de la vie romantique, fort délicat et agréable), ce qui permet de jouir comme il convient de la brillance trouble de ses cuisses entrecroisées. Une Décollation de Saint Jean-Baptiste (Jeanron, 1846) ravira, quant à elle (et quant à lui), nos castristes habituels (nous ne parlons point ici des partisans du régime cubain actuel, dit socialiste), cependant que - de sortie dominicale, par exemple (ou mardicale, si vous êtes chômeur parasite de la société, avec marmaille qui plus est) - la famille au complet, donc, petits et grands réunis, communiera dans la joie et l'admiration du trait redoutable de Léon Cogniet (Scène du massacre des Innocents, 1824), que l'on ne saurait comparer, céans, en termes d'intensité, qu'à l'Athalie ordonnant le massacre des enfants de la race royale de David (1824) ou - ses yeux, ses yeux ! - à la Folie de la fiancée de Lammermoor (Émile Signol, 1850). On terminera par une note d'humour, celle du Caron d'Élie Montagny bastonnant de sa lourde pagaie, sous l'oeil de Dante et Virgile, les très infortunées Âmes retardataires soucieuses d'embarquer dans son raffiot pourri (1808).
Après quoi, il sera temps de rentrer chez soi en métro ou en RER, dans un froid glacial, une brume lunaire, et l'enthousiasme de ces jours désormais rapidement achevés, c'est l'hiver, où sourd à ce point l'espoir dessous l'écho maintenu, dans la conscience, des rafales d'armes automatiques charriant partout la vertu de l'avenir.


Maintenant, évidemment, il s'agit d'estimer au plus juste ce que ce genre d'exposition peut et ne peut pas nous apporter. L'horreur, assure le colonel Walter Kurtz, dans Apocalypse Now, l'horreur a un visage. Autrement dit, elle ne serait pas sans forme, et même nous ressemblerait diablement, au point qu'il serait possible, donc, de la dévisager, de chercher à la connaître, comme on dit : sous toutes les coutures, qu'il serait possible par là même de la maintenir en respect, ou à distance, avec une morgue spécialisée et ricanante. Ce que nos amis-commissaires «romantiques» de la Petite-Athènes parisienne paraissent (voir le titre qu'ils ont choisi à l'événement) corroborer.
Mais l'effroi aurait-il, plus profondément, même potentiellement, partie liée avec la théorie de la connaissance ?
Il entre assurément dans sa définition une part essentielle d'étonnement, en quelque sorte porté au sublime, si l'on entend par «sublime» ce point d'incandescence de l'expérience extrême indicible et la capacité de celui-ci à projeter le sujet qui l'atteint (et le dépasse) au sein d'un monde neuf, de références définitivement chamboulées et reconfigurées. La sidération terrorisée, certes, semble interdire par principe autant la pensée que toute réaction pratique immédiate, s'apparentant ainsi à une forme étrange de méditation, de simple présence vertigineuse au monde : nouvelle dans son inutilité totale, inédite en son désintéressement absolu.
Dès lors qu'on couperait, cependant, le lien entre connaissance et entendement (ou plutôt qu'on le restaurerait à l'aune d'un partage des tâches humaines mieux défini entre ces deux dernières instances), la terreur et l'effroi seraient facilement reconnus comme les éducateurs décisifs qu'ils sont, incontestablement. La grande peur ne laisse en effet rien d'intact dans l'âme, elle secoue ses cadres sensoriels ordinaires, lesquels tombent littéralement en ruine, fondant les conditions d'une nouvelle mémoire et de nouvelles expériences chaque fois axées sur ce traumatisme élémentaire : «chaque fois», car semblable traumatisme se répète, à des degrés divers, tout au long de l'existence, sans que soit jamais vraiment résolue la question de savoir s'il procéderait soit d'une pure relance, d'une pure répétition traumatique originelle, soit d'une nouveauté radicale lui fournissant, au contraire, chaque fois, sa puissance de sidération. Dans tous les cas, ce traumatisme de l'effroi, après coup, aura informé, généré cette espèce de connaissance dont nous parlions initialement. Pensons à la capacité d'adaptation et de résistance vitale soulignée par Ferenczi chez les femmes par principe (dans ce monde infâme) victimes d'agressions sexuelles, et provoquant chez elles un exhaussement significatif de l'intelligence, dont la supériorité intellectuelle ordinaire des femmes sur les hommes, comme celle de toute victime sur son bourreau, serait la conséquence évidente. Une conséquence succédant, bien sûr, à l'éclatement sur le moment du psychisme dans la terreur, éclatement malgré tout conservateur puis, donc, (re)fondateur et renforçateur.
Chez certains mystiques anciens, comme Jakob Boëhme, l'effroi (Schrek) est carrément considéré comme un des stades de connaissance au sens phénoménologique : l'Effroi est le moment précédant immédiatement la Lumière (l'éclair - à la fois terrifiant et éclairant - de l'orage figurant cette ambivalence). Nous voilà revenus sur notre terre familière de la raison sensible, ou du sens rationnel, comme vous voudrez. Il est en effet envisageable qu'existe - et subsiste - aux sources de la psychologie humaine autant que de toute logique même (celle-ci imposant qu'il y ait de l'être pour pouvoir commencer à manipuler des catégories rationnelles) quelque nécessaire excès radical : quelque fond (Grund) à proprement parler sans fond (Ungrund), lui-même inconditionné, situé dans la nuit absolue, hors toute rationalité quoique prétendant, volontiers, à la rationalité après la première secousse, un premier mouvement «irrationnel» capable de projeter ce fond obscur à la lumière, à la vie, à l'être. Tel serait, chez un Jakob Boehme, donc, mais aussi chez un Schelling ou d'autres mystiques et philosophes de la Nature (et, problématiquement même, négativement, jusque chez un Hegel pourtant notoirement désireux, lui, de tout donner à maîtriser, de manière totalitaire, au Concept), cette nécessité première, non-conceptuelle, du Concept, cette logique de Grand Fond Obscur disponible pour tout raffinement intellectuel (ou, selon les points de vue, toute altération ou détérioration, en tous les cas toute sortie de soi) postérieur de la Substance primitive indivise : Dieu, en clair (ou en obscur).
Au prétendu sommeil de la raison, enfantant, comme chacun sait, des monstres, des terreurs, de l'effroi, correspondrait ainsi, en réalité, la veille la plus hautement active de l'esprit, lequel engendrerait et déposerait là comme l'éclair des cadres de pensées bientôt condamnés à l'obsolescence, l'esprit s'ennuyant, en quelque sorte, dans l'identité d'avec soi (on est devenu tout entier ce que l'on comprend), ce qui le pousserait à sortir, tout comme vous-mêmes sortez le samedi soir (la chouette de Minerve ayant, bien entendu, pris son envol) histoire de voir du monde, et de la différence. Je vais encore sortir ce soir, nous a ainsi, par exemple, récemment confié, en exclusivité, M. Étienne Daho, qui «le regrettera sans doute», il est vrai, mais à qui ce regret, du moins (M. Daho s'étant tenu, évidemment, à bonne distance du quartier du Bataclan, le treize novembre dernier) pemettra de ruminer. Car le regret nourrit, contrairement au néant qui, certes, en sa tranquillité, ne connaît ni terreur ni pitié, mais rien d'autre non plus.
De même, donc, que l'angoisse révèle sans retard certain désir profond réprimé, de même l'effroi, par la tétanisation des muscles qu'il occasionne, et l'impuissance qu'il manifeste, renverrait peut-être au projet paradoxalement homéostatique de sortie de soi perpétuelle pour elle-même (méditative) de la matière, d'insatisfaction permanente de celle-ci, de désespoir accusé par toute forme restée trop longtemps identique à elle-même. Son identité authentique ne pouvant précisément être que transitoire, l'organique désirerait ainsi faire retour à l'inorganique via d'autres formes destinées à s'abolir, sitôt passé le cycle de leurs transformations vitales successives.
Bref : cette indécision fondamentale, cette tension, cette souffrance dialectique propre à la matière, Jakob Boehme l'aperçoit, de manière poétiquement géniale, dans son ignorance illuminée même de prolétaire de la Renaissance, en cordonnier analphabète qu'il était, dégagé du lexique dominant de la philosophie et de la religion de  son temps. Il fait ainsi dériver au gré d'une étymologie purement fantaisiste (c'est-à-dire absolument sérieuse), la notion de Qualité (en allemand : Qualität) - en l'écrivant avec un ou deux L -  des termes Qual («tourment») et Quellen («gonfler»). La Qualité n'est plus une simple catégorie logique, servant à gérer, à administrer un univers formel statique et impersonnel, elle reflète le tourment subjectif d'un Principe premier (ici, Dieu) condamné, par ce tourment même, par cet ennui, cette géhenne, à sortir de son identité vide. De même, l'effroi (Schrek) sera condition de la connaissance et de la socialité humaines. De telles intuitions géniales étaient, on le voit bien, réservées à un ignorant selon les critères ordinaires de l'entendement : « Une fois de plus, écrit Ernst Bloch, Böhme recourt à une catégorie psychique, l'effroi, et l'identifie totalement à ce que la philosophie naturaliste considère, comme une catégorie qualitative, au feu qui effraie, et qui pour cette raison même ne provoque pas seulement, quand il se présente sous l'aspect de la foudre, une frayeur primitive, mais qui est lui-même frayeur. Ce feu négatif guette au fond de toutes les choses et se manifeste à la première occasion comme agent destructeur. Pour Jakob Böhme, chaque grand orage est une répétition de la fin du monde ; mais l'éclair est aussi une manifestation fulgurante du OUI, un retournement dialectique. Car c'est ce même feu qui, outre la frayeur, enfante aussi chaleur et lumière. Le feu dévorant devient la flamme dans l'âtre qui rassemble les humains. Dans l'univers il est le feu du milieu qui réchauffe et éclaire tout, le brasier du soleil qui nous apporte le printemps, qui fait éclore la vie, qui se manifeste par la chaleur et la chose la plus plaisante, la lumière - c'est donc le feu qui, libéré, donne naissance à la cinquième force foisonnante, à la lumière : le monde s'éclaire» (in Philosophie de la Renaissance, Payot, p. 106-107).
Que l'effroi, donc, paralyse vraisemblablement autant qu'il incite à sortir apparaît donc capital. Dans un cas comme dans l'autre, quelque conduite que le terrorisé choisisse d'adopter, l'effroi, irrémédiablement, instruit à mesure même qu'il empêche de faire.
M. Boucheron disserte, paraît-il, ces jours-ci, sur la peur et la terreur de masse, au Collège de France et ailleurs. La peur, l'effroi seraient ainsi, selon lui, pour peu qu'on les étudie sérieusement, dans leur phénoménalité historique, susceptibles d'étonnants enseignements, progrès ou résistances de civilisation. Apprendrait-on quelque chose de valable, tirerait-on quelque puissance insoupçonnée de l'effroi ? La proposition a de quoi rebuter. Les économistes, en particulier, et les politiciens n'ont pas de mots assez durs contre cette logique de l'effroi, qui achèverait, nous répètent-ils ad nauseam, de donner raison aux terroristes. Mais qu'on prenne cinq secondes pour observer, et ne serait-ce que s'amuser de cette dernière expression triviale. La répression terroriste ou anti-terroriste, en dépit de son aspect science-fictionnesque, monstrueux, extraordinairement étranger, recèle toujours, en réalité, une faiblesse, un point faible prosaïquement trop humains : ses très ordinaires buts et finalités économiques. Que ce soit du point de vue de M. Hollande ou de Daech, pas de répression intéressante sans un marché à faire tourner à pleine cadence, gonflé d'agressivité morbide subtilement agencée et optimisée par les maîtres économiques. Pas d'effroi terroriste sans finalité productive. C'est d'ailleurs la raison pourquoi le jihadisme aigü sera bientôt vaincu, dépassé dans la productivité et ravalé au rang de moment d'ajustement, et qu'il cédera in fine la place au seul type de productivité (moralement conservatrice) acceptant d'intégrer à son colossal profit les ressources seulement instrumentalisables de la terreur.
Mais la sidération improductive de la terreur, elle : celle dont on reconnaît avec jouissance, au Musée de la vie romantique ou ailleurs, la trace sensible organiquement humaine, disséminée dans certaines oeuvres d'art des temps passés, ne serait-elle pas l'autre face, paradoxalement prometteuse, de semblables instrumentalisations ? Les Français, entre autres, finiront-ils, un de ces beaux jours sombres, par refuser d'aller bosser de terreur, tout comme le film l'An 01 postulait jadis - autres temps autres moeurs ! - un refus consciemment vitaliste, volontaire, de l'absurdité économique ? En toutes choses, après tout, c'est bien le grain de sable dans les rouages, quelle que soit sa couleur, et le pas de côté, ou la seconde décisive d'arrêt et de stupeur, qui compte. Il n'y a pas loin, au fond (Grund), de la jouissance et du repos des bienheureux, à la mort, à l'inactivité et au nirvana. Ce serait alors dans l'effroi sans fin, dans son assomption esthétique comme début de ce progrès mental, simplement humain, qu'il occasionnerait désormais (car désormais aperçu en pleine lumière) vers l'essentiel de la vie, la haute valeur, la beauté de celle-ci enfin intuitionnée pour elle-même (L'Homme qui dort, de Perec, cette fois pour une bonne raison : reprendre des forces, tel un ours, au coeur glacé de l'hiver terroriste) que reposerait la solution méditative, subversive, aux problèmes de notre temps. Un tel effroi, en somme, comme impulsion désorganisatrice, féconde en désertions absolues, remplacerait avec avantage les effrois nihilistes instrumentaux dont nous risquons sinon, ici bas, de souffrir longtemps la bride répugnante, jusqu'à ce que mort s'ensuive. 

vendredi 20 novembre 2015

L'amour fou


« À de telles minutes, l'inconscient et le conscient, sous votre forme et sous la mienne, existaient en pleine dualité tout près l'un de l'autre, se tenaient dans une ignorance totale l'une de l'autre et pourtant communiquaient à loisir par un seul fil tout-puissant qui était entre nous l'échange du regard. Certes ma vie alors ne tenait qu'à un fil (...) Et pourtant vous me reteniez par ce fil qui est celui du bonheur, tel qu'il transparaît dans la trame du malheur même. »

(André Breton, L'amour fou)

mercredi 18 novembre 2015

Rien à ajouter

                             
« Un groupe de croyants des soldats du Califat (…) a pris pour cible la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe, Paris (...) et le bataclan où étaient rassemblés des centaines d’idolâtres dans une fête de perversité (...). Puis ils ont déclenché leurs ceintures d’explosifs au milieu de ces mécréants après avoir épuisé leurs munitions.  » 

(extraits du communiqué de l'État Islamique, 
14 novembre 2015)

À l'heure sinistre où se profile parmi la gauche politicarde, et spécialement gauchiste, l'ignoble et ahurissant distinguo moraliste opposant, pour la faire courte, d'un côté les blasphémateurs racistes de Charlie-Hebdo, l'ayant au fond bien cherché, ce qui leur arrive, à-dessiner-comme-ça-le-prophète, et puis, de l'autre, les victimes 100 % correctes des massacres cette fois injustifiables du vendredi 13 novembre 2015 à Paris, le texte ci-dessous a l'immense mérite de remettre les pendules à l'heure, des pendules anarchistes, en l'occurrence, denrée semble-t-il devenue exceptionnelle par les temps qui courent, jetées ici sans façon dans la gueule pestilentielle des loufiats innombrables de la vermine cléricale. Nous partageons, de ce texte, l'essentiel. Nous remercions les camarades l'ayant élaboré. Nous leur adressons notre salut le plus fraternel. Vivez, nom de dieu !

                      ***

 COMME TOMBÉS DU CIEL

Qu’ils soient « modérés » ou « extrémistes » : 
Contre tous les dieux, contre tous les maîtres !

(trouvé sur le site NON FIDES
mardi 17 novembre 2015)


13 novembre, 2015, quelques fous de dieu descendent de leur ciel sur Paris pour tirer dans des foules et massacrent environ 130 personnes. Quelques jours auparavant, deux d’entre eux se sont fait sauter dans un quartier chiite de Beyrouth, tuant plus de 40 autres. Quelques semaines plus tôt ils explosent dans une manifestation à Ankara, provoquant 102 morts. C’est de la terreur. Même les plus endurcis se sentent poussés à avouer que, en fait, ils ont peur. Peur d’être au mauvais endroit au mauvais moment la prochaine fois que ça arrivera. Peur de perdre un proche pour une mort si fortuite. Même si on a du mal à l’avouer, l’État n’est pas le seul terroriste qu’il y ait. Il y en a d’autres.

Après les attentats de Paris, tout l’éventail des déclarations politiques s’est fait jour. C’est la guerre, les représailles seront impitoyables, l’état d’urgence, nouvelles mesures sécuritaires, l’union nationale. Tout cela est déjà devenu banal. Il en va de même pour les indignations, les protestations et les communiqués issus des milieux libertaires et gauchistes qui sont maintenant indissociables d’un tel genre de tragédie. Solidarité, crainte des pogroms anti-musulmans et anti-arabes, montée de l’extrême droite… Il y a une part de vérité dans tout cela, même si la tonalité et le niveau de réflexion ne font que ressembler à ceux du pouvoir. Chaque petit groupuscule, chaque organisation se pressant en vautours à sortir une déclaration. Comme si ça importait de balancer leurs sigles dans nos gueules, comme si ça importait de dire tout ce qu’on a entendu plusieurs milliers de fois. Comme s’il s’agissait d’autre chose que d’un geste politicien et opportuniste, pour rameuter des adeptes grâce à une tragédie, peu importe si c’est fait consciemment ou non. Les compagnons nous poussent, nous encouragent chaque fois à garder notre sang froid, à prendre le temps de réfléchir, de ne pas se hâter à tirer des conclusions. Bon, donnons nous du temps pour réfléchir, pour nous poser la question d’où viennent ces événements horribles, quelles sont leurs causes, comment est-ce qu’on pourrait les combattre.
Et à quoi bon alors ? Qu’est-ce qu’on a à raconter après ces moments de réflexion ?

La CGA de la région parisienne, par exemple, nous dit que « [l]es massacres de Paris commis par les fascistes religieux de Daesh sont la conséquence des politiques guerrières et impérialistes des grandes puissances politiques du monde au Proche-Orient depuis une bonne dizaine d’années ». La CNT aussi nous explique pourquoi les malheureux ont été tués : parce qu’ils se trouvaient « sur le chemin des assassins de Daesh qui a décidé d’étendre le conflit du Moyen-Orient sur le sol français, cette guerre à laquelle l’Etat français participe activement ». C’est tout pour la réflexion, merci pour votre attention, on peut passer aux pétitions de principes.
 
Bref, les attentats ont eu lieu pour des raisons géopolitiques. Bref, pour des affaires d’hommes en cravates. Rien à voir avec ces mecs misérables qui sont petit à petit devenus des fous d’Allah prêts à massacrer ceux et celles qui ne les supportent pas. Rien à voir avec les individus qui ont pris la décision de porter des armes, de les utiliser contre n’importe qui et de se faire sauter pour envoyer en enfer autant de gens que possible, assurant leur passage au paradis. Eux, les fous de dieu, ils sont tombés du ciel.
Mais l’histoire n’est elle qu’une affaire de « processus », de conditions objectives ? Mais les individus n’ont-ils aucune place dans tout cela ? Mais les individus, munis d’armes de guerre et de ceintures explosives, qui ont tués tous ceux et toutes celles qu’ils ont pu tuer ces derniers jours, n’ont-ils vraiment rien à voir dans tout ça ?

Si la question vous paraît trop complexe, vous n’avez qu’à relativiser, nous expliquer que Daesh et la république sont de même nature et de même fonction, que c’est la guerre, et qu’« on » l’avait bien cherché, que l’État est le seul terroriste, que l’employé de la CAF qui vous a coupé le RSA provoque la même terreur que quelques Amoks transits par leurs kalachnikovs. Que la religion n’a rien à voir dans tout ça ou presque. Puis nous sortir vos analyses automatiques, déjà « valables » en 1871, probablement toujours valables en 2071. Puis continuez comme ça, de toute manière la vérité est de votre coté, vos idéologies confinent à la science.

Il paraît que Daesh est d’une autre opinion. C’est vrai, les frappes en Syrie étaient invoquées par ses soldats, et dans le communiqué qui est sorti. Tout cela on le sait. Mais cela n’explique pas pourquoi et comment ces individus se sont justifiés, pour eux-mêmes, une telle violence contre des gens qui ne donnent pas d’ordres à des militaires, qui ne pilotent pas des avions de guerre, qui ne savent même pas tirer, mais qui sont tout simplement allés boire un coup avec des amis, voir un concert d’un groupe de rock, un match de foot, ou même qui ne faisaient que passer par hasard. Et bah Daesh nous explique ce que la CGA-RP et la CNT (et tant d’autres) n’expliquent pas : Paris, c’est-à-dire ses simples habitants, étaient pris pour cible parce que c’est « la capitale des abominations et de la perversion ». Voila pour vos analyses géopolitiques, les amis.
Daesh est une organisation dégueulasse dont l’existence, ou au moins l’émergence, dépend largement de la situation géopolitique au Moyen-Orient : le vide de pouvoir provoqué par des guerres civiles en Syrie et en Irak, l’arsenal des armes américaines dont ces forces de dieu pouvaient s’emparer, le régime discriminatoire contre les sunnites après l’occupation de l’Irak en 2003, et autant d’autres raisons qui étaient invoqués par beaucoup d’autres et qu’on peut consulter sans difficulté. Tout cela est valide, on est d’accord que les pays occidentaux ont joué leur part. Mais on ignore encore pourquoi s’attaquer aux gens qui n’ont rien à voir avec tout ça. Ce sont des fous, des « malades », des « barbares » ? Ah oui, peut-être, mais même les prétendus « fous » ont leurs raisons. Des raisons qu’on passe sous silence.

Disons-le finalement : les gens dans différents lieux de Paris ce 13 novembre étaient visés parce qu’ils ont mené une vie abominable et perverse ; ceux et celles qui étaient massacrés à Beyrouth quelques jours auparavant étaient pris pour cible parce qu’ils étaient des mécréants, des chiites en l’occurrence ; les jeunes d’Ankara en octobre ont été massacrés parce qu’ils étaient « athées ». Nous, les anarchistes, disons tout le temps que les moyens déterminent les fins, et il faut l’affirmer encore une fois : même si ces gens pathétiques visent la France pour ses guerres au Moyen-Orient, le Hezbollah pour ses positions stratégiques, les forces kurdes à cause de prétentions géopolitiques dans la région, ils justifient les tueries de gens qui ne sont qu’indirectement impliqués, ou pas impliqués du tout, parce que ces gens sont des pêcheurs, des mécréants, des sodomites, des apostats, des profanes, tout simplement. Tout comme tous ceux et toutes celles qui se sont fait décapiter, torturer, fusiller ou arrêter dans les régions sous contrôle des forces islamistes. Comment peut on se perdre dans des analyses géopolitiques d’étudiants en première année de sciences politiques et passer à coté de ces quelques faits têtus ?

Ces mecs, ces chiens de garde du sacré dont la responsabilité est souvent silencieusement diminuée par des analystes froids, ont joué leur part aussi – tout comme leurs imams, leurs mosquées et leur « communauté » des croyants. Avant de crier pour ne pas qu’il y ait d’amalgame entre les « modérés » et les « radicaux », posons nous les questions suivantes : combien d’entre ces « modérés » se sont inclinés lorsqu’on leur disait qu’aller boire un coup dans un bar de Paris est une abomination ? Combien étaient d’accord qu’écouter de la musique dans une salle de concert est une perversion ? Que l’homosexualité est le pire des péchés ? Combien d’entre eux ont osé protester à voix haute pour affirmer que ce n’est pas le cas ? Et que croire ou pas, comme nous l’expliquent tant d’âmes bienveillantes, n’est qu’une affaire personnelle  ? Une conviction personnelle parmi d’autres dans le supermarché des convictions personnelles ? À quoi bon répéter sans cesse qu’ils sont terribles, les moyens, si on est d’accord avec les fins, et notamment que les pécheurs doivent finalement être punis, sur terre ou ailleurs ?

Qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, les croyants dits « modérés » et ceux dits « extrémistes » ne divergent que sur un point, certes important : les moyens, les pratiques, les degrés. Entre le chrétien, le juif et le musulman « modéré » qui manifeste en 2013 parce que l’homosexualité est une abominable perversion, et le chrétien « extrémiste » qui, dans les rues américaines chasse l’abomination avec son fusil à pompe. Entre le juif « modéré » qui pense que les femmes n’ont rien à faire aux cotés des hommes pour cause d’impureté, et le juif « extrémiste », qui, dans les rues de Jérusalem, plante sa lame dans le cœur d’une adolescente trop « libérée » à son goût. Y a-t-il une différence fondamentale entre ces « modérés » et ces « extrémistes » ? Si vous pensez que les moyens sont sans importance, alors probablement que non… Mais ce n’est pas notre cas.

Notre problème n’est pas tant les « extrémistes » religieux ou les « modérés », notre problème n’est pas tant l’islam, le judaïsme ou le christianisme, mais bien LA RELIGION. Et quiconque n’analysera les événements en cours qu’en fonction de raisonnements géopolitiques, historiques, sociologiques ou même psychologiques, quiconque refusera d’analyser le caractère religieux de ces événements devra être accusé et questionné sur sa complaisance avec les religions, sa démagogie envers les « croyants » et son rapport populiste et politicien au monde.
Rappelons-nous que la religion, quelle qu’elle soit, est un système moralisateur qui justifie les massacres. Elle n’est pas seulement un archaïsme du passé, une duperie qui cache les véritables conditions de l’existence matérielle ou un manque d’intelligence rationnelle. Non, elle est un système de pensée qui condamne des gens à l’enfer, et il n’y a qu’à attendre que certains représentants du ciel ne prennent la justice en leurs propres mains. Et avant de faire état que la croyance est une affaire personnelle de chacun, il faudrait demander s’il en va de même pour le croyant.
Ceci n’est pas un appel à la violence inter-communautaire. Ceci n’est qu’un petit rappel du fait que la religion, toutes les religions, sont une des causes principales de la misère sur cette terre. Qu’elle n’est pas réductible aux explications économiques ou géopolitiques. Que, s’il y a des attentats qui sont aujourd’hui perpétrés au nom du sacré, c’est parce qu’il y a ceux qui passent à l’acte pour le garder sur terre, quel que soit le contexte politique, économique, climatique, géographique ou diable sait quoi d’autre.
La misère sur cette terre pousse des gens à faire confiance aux cieux des dieux, au mysticisme, au scientisme, au nationalisme et à ses unités nationales. Cieux de tous qui font oublier que lorsqu’on vend son temps en travail, lorsqu’on pourrit dans la rue ou en taule, lorsqu’on périt aux frontières, lorsqu’on tombe d’une balle dont on ne connaît même plus l’origine, que tout glisse entre nos mains sans même avoir eu la chance de vivre. Cieux qui ne font que nous faire accepter d’attendre la mort, ou des fois, de faire mourir les autres.
Pour vivre enfin, crachons donc sur le sacré et sur tous les dieux. Partons à l’assaut des cieux et encourageons les autres à faire pareil. Parce que les fous de dieu ne tombent pas du ciel, mails ils ne tarderont pas à le faire tomber sur nos têtes.

Il n’y a pas de religion des opprimés, seulement des religions qui oppriment.
Qu’ils soient « modérés » ou « extrémistes » : Contre tous les dieux, contre tous les maîtres.
Le 17 novembre 2015,
Des anarchistes d'ici et d'ailleurs.