jeudi 25 février 2021

Des cannibalo-sceptiques (une histoire de climat idéologique)


À la mémoire de Joseph Ponthus


«Le cannibale n'est absolument pas l'autre. Le cannibale c'est moi comme individu culturel. Ainsi l'anthropocannibalisme fait partie de notre histoire culturelle. Nous sommes tous des êtes culturels. Nous sommes tous des cannibales». C'est sur ces mots que se clôt le petit livre, souvent très intéressant, de Ian Gonzalez Alaña, intitulé Cadavres exquis (Fage éditions, 2020). 

Le fait suivant, rappelé dans l'ouvrage en question, apparaît étonnant : il n'existait aucune preuve suffisante et définitive au plan scientifique de l'existence de pratiques cannibales humaines avant les années 2000. Autrement dit, ce que des siècles de témoignages directs et de travaux anthropologiques en tout genre avaient, semble-t-il, établi de manière certaine (soit pour stigmatiser la «barbarie» de sauvages tout nus qu'un monothéisme conquérant eût tôt fait de civiliser, soit comme pratique culturelle finalement pas plus absurde ou critiquable qu'une autre au plan éthique : on pense ici, bien entendu, au Montaigne des Essais, I, 31, et à ses suiveurs divers), tout cela n'avait donc pas valeur, jusqu'à très récemment, de vérité apodictique. Il semble même qu'il ne fallait pas, aux yeux de certains, que le cannibalisme existât pour de vrai, que le cannibale étant toujours l'autre, l'homme nié comme homme : le sous-homme, conséquemment, le cannibale ne pouvait être qu'une invention, une pure recréation, une construction. À déconstruire, évidemment. Car il en va ainsi (la chose est entendue) des constructions historiques et sociales qu'on se doit de les déconstruire aussitôt que possible, afin de les mieux laisser en place, d'une part, et de ne surtout pas passer pour un con, d'autre part, le con étant défini comme quelqu'un n'ayant rien de nouveau à dire ou à écrire, au plan universitaire s'entend. C'est ainsi, rappelle Ian Gonzalez Alaña, qu'en 1979, un très éminent universitaire du nom de William Arens publie son célèbre ouvrage, intitulé Le mythe du mangeur d'homme, où se voit ouverte «une terrible brèche dans les certitudes anthropologiques au sujet de l'anthropocannibalisme. Faisant endosser à cette pratique le statut de mythe, [Arens] arrache avec force toutes les pages du grimoire de l'anthropologie portant sur l'existence de la consommation de l'humain par l'humain. En pleine fronde contre les origines impérialistes [sic], il semble logique que traiter les autochtones d'anthropocannibales ne fasse qu'appuyer les thèses impérialistes. Ne passant en revue que des témoignages ethnologiques, il conclut que les sources du cannibalisme humain ne sont que des sources de seconde, voire de troisième main, sans véritable preuve et donc incapables de rendre une image objective de la pratique» (op. cit., p. 63). D'autres, plus prudents, certes, en viennent néanmoins à une mise en question comparable du fait cannibale lui-même. Clastres, par exemple, reprend cette idée d'une altérité radicale que l'on s'imposerait par ce biais symbolique et polémique, d'ennemi à ennemi : «Ces affirmations [suivant lesquelles le peuple dont il est question : les Aché ou Guayaki, étaient cannibales] n'étaient pas dignes de crédit car, dans l'un et l'autre cas, on parlait des ennemis, c'est-à-dire de gens que l'on se plaît à charger de tous les opprobres : ils sont toujours laids, lâches, stupides, ne savent pas parler et, par-dessus tout, ils sont des mangeurs d'hommes. Aché Kyravwa : mangeurs de graisse humaine. Comment ajouter foi à des discours aussi véhéments, comment les vérifier ? Le cannibale, c'est toujours l'autre» (id., p. 64). Chez les Konso, peuple du sud-ouest éthiopien (et de semblables exemples doivent être fort nombreux) c'est ainsi le terrible «Homme blanc» qui est réputé anthropophage, c'est lui dont les mères usent comme d'une menace rituelle terrifiante à l'égard de l'enfant indiscipliné. Notons, cependant que, même chez un Claude d'Abbéville, l'un des grands témoins historiques classiques (dont l'authenticité des dires se voit à juste titre souvent questionnée), la même utilité psycho-stratégique, parfaitement aperçue, de la réputation de cannibale n'empêche en rien l'établissement de la pratique elle-même. Ce n'est pas, note ainsi d'Abbéville dans son grand récit de voyage au Brésil de 1614, «qu'ils [les consommateurs de chair humaine] trouvent tant de délice à manger cette chair humaine que leur appétit sensuel qui les porte à tels mets. Car, il me souvient d'avoir entendu d'eux-mêmes, qu'après l'avoir mangée, ils sont quelquefois contraints de la vomir, leur estomac n'étant pas capables de la digérer» (id., p. 66). Et Alaña de préciser ici le sens de cet «appétit sensuel», ou amour de la vie : «D'Abbéville touche ici à une thématique récurrente dans la controverse cannibale, celle de l'utilisation de l'image du supposé cannibale non par envie, mais par besoin de survie. Staden [Marin allemand resté captif, durant deux années, de ces fameux Tupinamba amazoniens sur lesquels brodera Montaigne, Hans Staden dut se trouver particulièrement bien placé, de fait, pour nourrir quelques inquiétudes sur le sort qui lui était explicitement promis par ses «hôtes», et qui lui inspira son best-seller de l'époque Nus, Féroces et Anthropophages (1557)] va en partie dans ce sens quand il affirme que les Tupinamba ne mangent pas de la chair humaine car ils ont faim, mais pour faire peur à l'ennemi "par hostilité, par grande haine". Brandir la menace cannibale serait donc, aux yeux de certains, une vraie arme dissuasive pour éviter que les ennemis ne reviennent» (id. p. 67). Cela étant dit et accepté, il en faut beaucoup plus, néanmoins, pour ôter l'idée au même Alaña, d'une cuisine, voire d'une «gastronomie» cannibale. Car c'est une chose de terrifier l'ennemi, une autre d'accommoder au moins la viande porteuse d'une telle stratégie guerrière, et de faire en sorte qu'elle soit a minima réputée comestible et donc, par extension, réputée cuisinée. En dernière analyse, en effet, le mangé l'était bel et bien (mangé), et qu'il l'eût été suite à une razzia ou un rituel funéraire concernant les membres déjà décédés de son propre clan n'y change pas grand-chose. Une troisième hypothèse, d'ailleurs, tant qu'on en parle, est évoquée par Ian Gonzalez Alaña, avec beaucoup de réserves, certes : la théorie de Michael Harner, auteur du célèbre article «The Ecological Basis for Aztec  Sacrifice», selon laquelle les sacrifices aztèques et leur consommation postérieure de chair humaine auraient revêtu, en réalité, une signification «malthusienne» avant la lettre, le but étant, en période de sécheresse et de disette généralisée, d'amener «les gens à se sacrifier entre eux pour faire baisser la pression démographique, et aussi disposer d'un stock de protéines conséquent» (id. p. 63). Gonzalez Alaña évacue cette théorie, déjà en cours chez les conquérants hispaniques, à l'aune de la relative pauvreté de la chair humaine en protéines, celle-ci n'ayant donc pu suffire à combler quelque pénurie que ce fût : «Bernard Ortiz de Montellano (...), en analysant les besoins d'un peuple comme celui de México-Tenochtitlán, est arrivé à la conclusion que les besoins en viande d'une telle population ne seraient satisfaits, dans le cadre de la consommation anthropocannibale, qu'à hauteur de 6, 5 %» (id., p. 60). Il n'empêche, cependant ! À supposer, pour mettre les choses au présent, que la viande de préfet de police, entre autres exemples de carne répugnante, n'entrât, sous couvert de la plus extrême nécessité, que pour 1% de nos propres besoins en protéines journaliers, serait-ce là une raison valable de ne point s'intéresser du tout aux diverses manières possibles de cuisiner ce type de ressource disponible, après une partie de chasse somme toute réussie, en compagnie des siens, au coin du feu ? C'est bien, au reste, un tel esprit à la fois empirique et pragmatique qui dut avoir cours chez les diverses populations anthropocannibales étudiées dans l'ouvrage de M. Gonzalez Alaña. Essayons ! Cuisinons ! Goûtons ! Nous verrons bien, alors, si (et comment) la barbaque profite. 

C'est, en tout cas, et de quelque manière que les choses aient pu se passer au juste, précisément l'existence d'une telle gastronomie cannibale qui amena, enfin, les preuves historiques du fait cannibale lui-même. 
1°) Preuve pimentée, d'abord, selon Alaña, qui procède en trois temps et commence, donc, par l'étude de cas suivante (convoquée pour confirmer ou infirmer l'hypothèse d'une cuisson cannibale, dont les règles de l'art se trouvent exposées dans certains récits d'explorateurs occidentaux classiques ─ celui de Hans Staden, captif des Tupinamba, en particulier) : «Existe-t-il des traces d'une cuisine cannibale ? Le site Maya de Tlatelcomila, daté du Préclassique récent autour de 700-500 AEC, a peut-être une réponse à nous donner. Le site en question a livré une série de restes osseux humains portant des traces de coloration très prononcées et à couleur variable, parfois rouge, parfois jaune. (...) les premières hypothèses se sont tournées vers des différences de température de cuisson des os. Or la présence de taches jaunes et rouges ne pouvait pas correspondre à une question de température puisqu'elles étaient présentes tant sur des os bouillis que grillés. La cause des colorations ne pouvait être qu'exogène, ce qui a motivé une étude chimique, publiée en 2015. Cette dernière s'est avérée pleine de surprises, puisque c'est la présence d'axiote, de pipián, et de chili ─ des condiments ─ qui ont donné de la couleur aux os. La coloration provenait ainsi de la préparation servant à cuire les os, constituant par là même une trace rare des recettes de cuisine mésoaméricaine» (id., p. 57). Ingrédients pour ingrédients, et recette pour recette, l'auteur note d'ailleurs la persistance étonnante d'une spécialité gastronomique, propre à la zone caraïbe «française», nommée migant. Cette sorte de «plat en purée ou en bouillie» aurait pour origine une préparation anthropocannibale typique, déjà évoquée par le décidément très précieux témoignage du marin allemand Staden, qui la présente en ces termes : «Les femmes prennent les entrailles, les font cuire, et en préparent une espèce de bouillon, nommée mingau, qu'elles partagent avec les enfants» (id., p. 54).  
2°) Il semble à première vue difficile, à l'examen même approfondi de restes humains osseux, de décider si les marques, entailles, brisures, traces diverses portées par lesdits restes peuvent réellement être attribuées à des actes de boucherie, c'est-à-dire des actes de préparation et de mise en forme pré-culinaires. C'est le rôle de la taphonomie (science issue à la base de la géologie et étudiant tous les phénomènes se déroulant au niveau du sol, de la mort à la fossilisation du vivant) de trancher, si l'on peut dire, entre ce qui participerait davantage de la dévoration des insectes, des atteintes dégradantes annexes du milieu naturel et d'une préparation «bouchère» humaine. Or, si cette discrimination restait traditionnellement ardue (et donc l'hypothèse cannibale, impossible à valider formellement), tout change avec la mise au jour d'un phénomène mixte, très caractéristique, d'abrasion et de cuisson connu sous le nom de «pot polish» et que Alaña présente ainsi : «Il y a un cas particulier de trace archéologique liée à la cuisson qui admet peu de débat au sein des différents spécialistes de l'anthropocannibalisme. Certains sites archéologiques (...) ont livré des restes osseux qui présentaient clairement sur certains de leurs bords des traces de polissage. Après avoir mis de côté l'hypothèse d'une cause taphonomique, certains ont conclu à une utilisation de ces os comme des outils, ce qui expliquerait parfaitement le polissage. Cependant, un autre chercheur, Tim White, a lui trouvé une toute autre origine à cette altération si caractéristique. Pour lui, le pot polish devait être le résultat d'un frottement de certaines parties osseuses contre la paroi d'un contenant servant à les faire bouillir. L'action mécanique de l'eau et le frottement des parties saillantes des os crée ce phénomène de polissage. Il a ainsi réussi à obtenir ces mêmes résultats en réalisant des expériences de réplication, montrant ainsi le pot polish comme une des traces directes les plus irréfutables de la pratique anthropocannibales» (id., p. 74).
3°) La découverte de ce pot polish date de 1992. Mais la «preuve en or» restait à venir. Or, l'or, ainsi que Freud l'a parfaitement exposé, ce n'est autre que de la merde. Vérité troublante à laquelle le cannibalisme, en tant que simple modalité alimentaire, n'aura pas échappé. Voilà comment Alaña restitue, avec intensité, toute la généalogie de cette polémique «cannibalo-sceptique» (ou «canniba-sceptique», comme il le dit lui-même) et comment, selon lui, cette polémique trouva sa conclusion définitive : «Paul Bahn écrit, en 1990, dans la prestigieuse revue Nature, un article portant un titre édifiant : "Eating People is wrong" [Manger des gens c'est mal]. À la fin de celui-ci, il écrit une phrase qui tout en semblant ironiquement mettre le doute sur la preuve absolue de l'anthropocannibalisme (...) en deviendra presque prophétique (la traduction est de nous) : "Curieusement, la seule preuve tangible de cannibalisme ─ la présence de restes humains dans des coprolithes humains [des excréments fossilisés] n'a jamais été retrouvée où que ce soit." Cette affirmation sur la présence de preuves tangibles au niveau archéologique, c'est-à-dire suffisantes à elles seules pour parler de consommation humaine de restes humains, va être démontrée deux ans plus tard, en 1992, par White et la découverte du phénomène du pot polish que nous venons de décrire. Mais ce n'est que bien plus tard et grâce aux avancées en termes de technique de fouilles mais aussi en termes de finesse des analyses que la preuve la plus irréfutable d'anthropocannibalisme sera mise à jour. Comble de l'ironie, c'est dans cette même revue, Nature, que cette preuve sera apportée, sous la forme d'un bref article de Richard Marlar ["Biochemical evidence of cannibalism at a prehistoric Puebloan site in southwestern Colorado", Nature 407, 2000, p. 74-78]. Dans cet article, Marlar fait état de la découverte, sur le site de Cowboy Wash, près de Mesa Verde dans le Colorado, de deux éléments d'une importance capitale. D'un côté, la fouille de trois puits a permis de retrouver, parmi des ossements humains portant des traces de boucherie et d'équarrissage, des poteries dans un très bon état de conservation. Les analyses biochimiques réalisées ont révélé la présence de myoglobine humaine à l'intérieur de ces dernières. La myoglobine est une protéine présente dans dans le cœur et dans les muscles, ce qui a confirmé de façon sûre et tangible que de la viande humaine y a été cuite à l'intérieur. Encore mieux, un coprolithe humain portant lui aussi des traces de myoglobine humaine a été retrouvé dans le foyer d'une des maisons fouillées. Comme par une ironie du destin, dix ans plus tard et dans la même revue (...), la phrase de Bahn trouvera ainsi sa réponse. La preuve absolue d'anthropocannibalisme tombe tel un couperet sur le cou des "canniba-sceptiques", dégradant le Man eating myth de Arens au rang des opus dépassés par la preuve empirique» (id., pp. 75-76).
Nous vous ferons grâce, pour l'essentiel et pour ce soir (ou ce matin), des passages les plus savoureux, situés vers la toute fin du petit livre de M. Alaña, consacrés à la dégustation effréné de cervelle humaine chez certains peuples de l'actuelle Papouasie-Nouvelle Guinée, et provoquant chez ces derniers (autre utilisation féconde et auto-validante de l'hypothèse cannibale) des poussées épidémiques régulières de maladies à prions («tremblante», en particulier, dite de Creutzfeld-Jakob, au cours de laquelle une certaine «protéine PrP-c [ingérée avec le cerveau humain du porteur consommé] prend une forme repliée sur elle-même, notée PrP-sc, qui par accumulation rend le cerveau [du consommateur actuel] totalement ramolli, d'où l'appellation "spongiforme" [on parle en effet d'encéphalopathie spongiforme, chez les humains comme chez les bovins : les malheureuses "vaches folles"]» (id., p. 84). Nous nous en tiendrons à cette simple interrogation finale, de béotien, concernant le goût possible que pourrait posséder la viande humaine, certaines hypothèses anthropologiques associant, par exemple, la proscription religieuse transcendantale de consommation de viande de porc et une proximité naturelle, génétique, morphologique existant entre cet animal et l'être humain. Alors, en définitive, «l'homme a-t-il le goût du porc, du bœuf ou du cheval ?» demande Alaña (id., p. 58). Il semble que ledit goût varie (on pouvait s'y attendre) en fonction des préparations, bref : que le goût cannibale relève bel et bien d'une question de culture, impliquant l'acceptation préliminaire de la fameuse dichotomie lévi-straussienne du crû et du cuit (le sauvage absolu étant justement désigné par moult des diverses ethnies cannibales ici mentionnées comme le mangeur de viande crue, sanguinolente, non-préparée et non-cuite). L'homme aurait donc, suivant les techniques de cuisson employées (et les organes concernés) goût de «tortue», de «chimpanzé», de «poulet» ou de «cheval dans certains endroits» (id., p. 59). Néanmoins, soupçonne l'auteur, il devrait plutôt s'agir «d'un goût proche du gibier, [cette viande] serait plutôt à mettre du côté des viandes fortes en goût, à fort caractère, ce qui peut aussi inclure certains goûts mentionnant le porc ou le bœuf qui, dans beaucoup de cultures étaient semi-sauvages» (id., p. 60). 
Du porc ou du bœuf à demi-sauvage, donc. Plutôt que du simple poulet domestique rôti. Hum. Tout ceci demande de plus amples et empiriques vérifications. C'est ainsi que fleurissent sans fin Science et Progrès, depuis l'aube de la civilisation.

(«S'ils s'obstinent, ces cannibales...»)

Crache-Test (ou : de la misère en milieu enseignant)

👍 

(Ouest-France, 25-02-21)

Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que l’enseignant en France est, évidemment après le policier et a fortiori le prêtre, l’être le plus universellement méprisé. Un tel mépris nous apparaît infiniment mérité. 

Je ne le crois pas.

mercredi 24 février 2021

Des nymphes, des femmes et des philosophes

«Dans son petit texte intitulé Nymphes, Giorgio Agamben dévoile la nature véritable de la nymphe : elle est image (...). Chez Boccace, la nymphe "est la figure par excellence de l'objet d'amour" parce qu'elle est précisément image. L'aimée que l'amant emporte partout avec lui, dissimulée dans un bijou ou une bourse, représentée dans un portrait ou cachée dans un poème ou un blason, est désirable pour avoir perdu son corps. L'amant peut ainsi l'intérioriser, la garder en pensée. La nymphe est la femme devenue idée. D'une telle idée, la nymphe florentine est pour Boccace la quintessence. La nymphe abrite ainsi une ambiguïté fondamentale, l'union et et la désunion à la fois du fantasme de la femme et de la femme elle-même. Comme l'insecte en formation, elle se tient à mi-chemin entre la larve et la pleine vie (...). Ainsi les nymphes doivent-elles consommer la relation amoureuse pour s'éveiller à la vie et sortir de l'image.
Mais cette consommation reste à jamais impossible. Comment faire l'amour à une image ? Les nymphes "sont femmes, écrit Boccace, elles leur ressemblent à première vue". Elles leur ressemblent mais il leur manque quelque chose... Boccace a recours à une nouvelle image. "Il est vrai que toutes sont femmes, mais les nymphes, quant à elles, ne pissent pas".
La Muse-nymphe, étant privée d'âme et de corps réel, est aussi privée... mais de quoi ? L'anatomie défaillante de l'époque ne permettant pas de distinguer véritablement entre clitoris, lèvres, vagin et urètre, Boccace réduit la vulve à la miction. Les nymphes sont des femmes "qui ne pissent pas". Agamben considère que Boccace, en s'exprimant ainsi, fait preuve d'un "réalisme brut".
Réalisme vraiment ? S'il est vrai que les nymphes ne reprennent vie qu'à s'unir sexuellement à un homme, la copulation les animera donc en les faisant uriner ? Réalisme, cette confusion entre pisser et jouir ? C'est bien cela, en effet, que signifie "les nymphes ne pissent pas" : les nymphes ne jouissent pas. Elles n'ont pas de sexe, avant que l'homme ne les approche. Et ce sexe, dans l'imaginaire masculin, est doté d'une anatomie fantaisiste. On ne sera pas étonné d'apprendre que Boccace développe une "critique féroce des femmes" et leur préfère les nymphes, privées d'humeurs, moins menaçantes. 
Qu'en est-il quelques siècles plus tard ? Qu'en est-il pour Agamben lui-même, par exemple ? Le clitoris et la vulve sont-ils remis à leur place ? La femme réelle reprend-elle ses droits ?
Le philosophe n'évoque q'une seule fois le sens anatomique des nymphes, dans une brève parenthèse qui mentionne furtivement la nymphomanie. Revenant à Paracelse, Agamben écrit : "Paracelse se rattache ici à une autre tradition, plus ancienne, qui liait indissolublement les nymphes au règne de Vénus et à la passion amoureuse (tradition qui est à l'origine tant du terme psychiatrique de "nymphomanie" que, peut-être, de l'emploi anatomique désignant comme nymphae les petites lèvres du vagin)".
Les nymphae désignaient aussi le clitoris. De cela, Agamben ne dit rien lui non plus. La nymphe se confond ainsi avec l'absence de clitoris qui n'est jamais nommé ni rendu à sa réalité, à l'exactitude morphologique du sexe de la femme. "Le mont de Vénus", si cher à Paracelse, abrite l'énigme d'une éclipse (...). En appelant "nymphe" le clitoris, les anatomistes avaient-ils une idée précise de ce qu'ils désignaient ainsi ? La vulve n'était-elle pas pour eux ce qu'elle demeure encore, très certainement, pour beaucoup de contemporains — philosophes en particulier —, à savoir l'origine indistincte du plaisir, de la reproduction et de la miction tous ensemble ? Sans doute la vie n'est-elle pas le privilège des seuls corps biologiques. Encore faudrait-il, pour l'affirmer, ne pas les priver de vie».

(Catherine Malabou, Le plaisir effacé, Clitoris et pensée, 2020) 

dimanche 21 février 2021

Courage, Frédérique ! On est avec toi !

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jeudi 18 février 2021

mercredi 17 février 2021

mardi 16 février 2021

Fallait y penser avant, bolosse !

«Ma compagne et moi, dans notre égoïsme, avions condamné notre enfant à vivre sur une planète dystopique et je ne voyais aucune façon de la protéger du futur. "Je suis désolé", lui dis-je en pleurant, alors que ses doigts minuscules agrippaient les miens. "Je suis désolé que tu aies à vivre dans ce monde en ruines"».


(Roy Scranton, «Raising a Daughter in a Doomed World», 
in We're Doomed. Now What ?, 2018) 

lundi 15 février 2021

Progressist ParK 😀


                      

Tout s'explique !

dimanche 14 février 2021

«En tremblant de la queue»


  «Viens, venez tous ; il n'y aura de bonheur pour vous que le jour où les grands arbres crèveront les rues, où le poids des lianes fera crouler l'obélisque et courber la tour Eiffel ; où devant les guichets du Louvre on n'entendra plus que le léger bruit des cosses mûres qui s'ouvrent et des graines sauvages qui tombent ; le jour où, des cavernes du métro, des sangliers éblouis sortiront en tremblant de la queue».
                        
(Jean Giono, Destruction de Paris)

samedi 13 février 2021

Chronique d'un naufrage (2) Jalousies, narcissisme, politique.




(Ci-dessus, le fameux happening du 22 avril 1969, organisé durant son séminaire d'Esthétique et censé avoir littéralement tué Adorno, lequel y aurait vu le triomphe final, et désespérant, du fascisme au sein même de la démocratie. Ernst Bloch porte un regard plus nuancé sur les choses. Il ne sera pas le seul. On notera, sur la dernière photographie, une énième tentative de discussion entre les parties en conflit, juste après le «clash»)

«Ensuite, ce fut l'époque de Francfort. Elle révéla un autre Adorno — la tendance au compromis qui le caractérise. Il avait rompu avec Brecht après l'avoir admiré énormément ; il subissait l'influence des bailleurs de fond de l'Institut de recherches sociales et prit de plus en plus ses distances avec la gauche. On ne peut pas dire qu'il inclinait vers la droite, mais on ne percevait plus rien de son élan révolutionnaire antérieur — celui-ci fut-il d'ailleurs jamais vraiment sincère ? Il n'avait pourtant pas disparu, mais s'était drapé dans un bien étrange habit — celui du snobisme et de l'ésotérisme. L'ésotérisme est naturellement une catégorie supérieure au snobisme, mais les deux se mélangeaient chez lui. La fin, tout le monde la connaît : ce fut le jour où il fit appel aux forces de police pour évacuer l'Institut de Francfort, parce que des étudiantes se moquaient de lui et le raillaient ; elles l'apostrophaient systématiquement en l'appelant "Teddy" et, lorsqu'il était en chaire, elles s'approchaient de lui en agitant un éventail, les seins à l'air. Sa mort fut sans nul doute causée par une grande tristesse, elle fut le résultat d'une grande tristesse.» 

(Ernst Bloch, Rêve diurne, station debout et utopie concrète, Lignes, 2016, p. 80)

***  

«Marcuse, dont l'étudiante préférée, Angela Davis, suivit pendant l'été 1967 les cours et séminaires d'Adorno, fut informé des conflits [entre étudiants et professeurs] par différents canaux. Il avait fait rééditer chez Suhrkamp les essais qu'il avait publiés dans la Zeitschrift fur Sozialforschung, mais en attirant l'attention sur la différence historique entre les années 1930 et les années 1960. Il continuait à s'identifier avec Horkheimer et Adorno, comme il le leur avait assuré par lettre au moment du conflit à propos de la préface au livre de Paul Massing, Préhistoire de l'antisémitisme politique. En mai 1967, Adorno percevait à juste titre que la reprise de contact par Marcuse était "plutôt déterminée par la crainte que nous n'en venions, lui et nous, à nous brouiller sérieusement" (Adorno à Horkheimer, in Correspondance, vol IV, p. 602). Horkheimer, dont l'affection pour Marcuse dans les années 1930 avait rendu Adorno véritablement jaloux, se permit avec Pollock, en privé, des remarques très désobligeantes sur Marcuse dans la deuxième moitié des années 1960 (...). Marcuse commençait [alors] à lui disputer la primauté auprès de l'opinion publique. Le narcissisme jouait chez Adorno un rôle plus important que cette vanité que lui supposaient d'autres personnes, comme son ami Fritz Lang. Mais c'était aussi ce qui suscitait l'identification avec ses étudiants, à propos desquels Lang avait bien remarqué qu'Adorno leur avait appris à se rebeller. Si l'on ne recourt pas à la notion d'ambivalence, on comprend aussi peu les rapports entre enseignants et élèves que ceux, fraternels, des penseurs de la Théorie critique entre eux sous le despotisme éclairé de Max Horkheimer, ainsi qu'il avait lui-même qualifié sa direction depuis les années 1930. (...)

Dès le début du mouvement étudiant, ces derniers cherchèrent souvent à discuter avec les étudiants en révolte. En février 1968, après une de ces rencontres, Horkheimer dicta à Pollock au coin du feu les propos suivants : "Les étudiants rebelles sont sans doute pour la plupart très intelligents, ils voient aussi les graves déformations du marxisme dans les prétendus États communistes, mais ils croient fermement à la possibilité de changer la société vers le bien." Horkheimer y voyait autant de naïveté en 1968 que chez Habermas en 1958 mais il ne fut en aucune façon l'ultra-conservateur opposé au mouvement étudiant qu'un public superficiellement informé a voulu voir en lui. Il était sensible aux signes d'anti-américanisme et craignait l'antisémitisme ; aussi était-il très inquiet à propos de la réédition de ses écrits des années 1930 et 1940 qui circulaient depuis longtemps sous forme de copies pirates. Des aphorismes de son livre Crépuscule, publié en 1932 sous le pseudonyme de Heinrich Regius, décoraient notamment beaucoup de murs de l'Université de Francfort. Horkheimer ne craignait rien tant que les malentendus publics, presque inévitables avec une opinion publique échauffée qui n'éprouvait pas la moindre bienveillance envers la Théorie critique de la société. Des bruits courent aujourd'hui encore selon lesquels Adorno serait mort des suites du conflit avec ses étudiants. En ce cas aussi, il vaut mieux faire confiance aux paroles de Horkheimer après le décès d'Adorno qu'à certaines présentations intéressées des faits. Rien ne l'obligeait à envoyer, quelques mois après la mort d'Adorno, une lettre pleine de compréhension aux parents de Hans-Jürgen Krahl, mort dans un accident en janvier 1970. Il ne l'aurait jamais fait s'il l'avait considéré comme responsable de la mort d'Adorno (...).

Pour l'essentiel, la controverse avec Marcuse, que la plupart des étudiants qui se politisèrent après le 2 juin 1967 [jour où l'étudiant Benno Ohnesorg est assassiné par Karl-Heinz Kurras, un policier de Berlin-Ouest qui se révèlera plus tard être un espion de la Stasi est-allemande, lors d'une manifestation contre le chah d'Iran] ne comprirent pas du tout, s'alluma à propos de cette question : si certaines structures ne peuvent être modifiées grâce à une meilleure argumentation, quels moyens sont encore légitimes ? Mais les étudiants, politiquement inexpérimentés, suivaient une logique de l'escalade que Hans-Jürgen Krahl encourageait aussi de manière consciemment provocatrice, comme Adorno le reconnut avec lucidité. Le mouvement étudiant en Allemagne présentait néanmoins un caractère particulier qui menace de passer inaperçu dans le phénomène mondial de 1968. Un de ses moteurs était le poids oppressant du parti nazi dont on croyait pouvoir se débarrasser par de simples slogans et des mots d'ordre comme : "Le capitalisme conduit au fascisme. À bas le capitalisme !". Mais, quand on cite ces slogans quelques décennies plus tard, on ne perçoit plus guère la différence qui existait entre leur invention en 1967, où ils avaient encore une tonalité ironique, et le sérieux mortel avec lequel, en 1968, on débattait sur la "pratique juste". Adorno a essayé assez tôt de montrer à ses étudiants sur l'exemple de Brecht cette confusion entre une présentation à des fins d'agit-prop et la réalité pratique, et il fut profondément effrayé d'observer cette même confusion chez quelqu'un comme Krahl, qui, "est l'un de mes étudiants depuis des années et sans nul doute l'un des plus doués" (Adorno à G. Grass, 4 novembre 1968). Dans une lettre à Günter Grass, qui était hostile au SDS et cherchait à recruter pour le Parti socialiste, Adorno essaya d'expliquer ce qui se passait et pourquoi il ne voulait pas se dissocier de Krahl : "Si vous pouviez l'observer pendant un séminaire, vous ne reconnaîtriez pas l'homme qui hurle dans les haut-parleurs. Cette non-identité a sans doute quelque chose de pathologique. Il avait d'ailleurs à peine terminé son discours qu'il me murmura que je ne devais pas lui en vouloir, que ce qu'il avait dit n'était pas dirigé contre une personne, mais était purement politique" (ibid.)»

(Detlev Clausen, Theodor W. Adorno, un des derniers génies, Klincksieck, 2018)

Faut pas merder

vendredi 12 février 2021

Les Trappistes : des bières de caractère !

(À consommer avec modération et résilience)

mercredi 10 février 2021

Sur « l'affaire Claude Lévêque »

L'article ci-dessous nous paraît important, fondamental même. Par son intensité, et par les questions qu'il pose, sans prétendre les résoudre, toutes. Par l'attitude de souffrance dialectique qu'il exprime, en sorte que cette souffrance se charge de toute une puissance de savoir, de compréhension individuée, d'épistémologie nouvelle. Cet article a été publié, à l'origine, sur le blog de Constantin Alexandrakis, auteur du livre Deux fois né. Nous le reproduisons tel quel, car c'est ainsi qu'il faut faire.


***


Du Claude 
Parce que la plupart des adultes mentent aux enfants la plupart du temps, l’adulte pédophilique semble honnête, quelqu’un qui dit la vérité, le seul adulte justement, prêt à découvrir le monde et à ne pas mentir 
 Lordy, lordy, I do still love that piece of shit
      Andrea Dworkin

C’était un de mes artistes préférés quand j’étais aux beaux-arts. Je dirais qu’il m’a fallu deux secondes pour comprendre de quoi on parlait dans son œuvre. Et ça m’a plu, qu’on me parle, enfin, de ce que je connais bien : le vice, la ruse.  Cette bonne vieille ambiance de vicelard, de dégoûté de la vie :
 
L’homme a toujours su parler aux jeunes, c’est indéniable.
Au début, je l’ai aimé pour son “Scarface”, posé à Belsunce, dans un ancien cinéma porno, des grosses ampoules rouges, qui écrivent SCARFACE, ding ding ding, dans ta face, H.I.P.H.O.P. Eh b-boy, Afrikaa Baambata a lui aussi violé des mômes, si tu ne le savais pas, maintenant tu sais. SCARFACE qui m’a fait découvrir Claude Lévêque, donc, et j’ai kiffé mais total et tout de suite et pour ce que c’était : un truc violent, débile, bizarre.
Ensuite j'ai vu (en photo) ses installations spectaculaires comme du ACDC :
 
 
ou du Michael :
 
ou un clip de R.Kelly :

et ça :

et ça :
 
et le plus que culte :
 
et le plus que plus que culte :
 
La fin de la fête, la haine, le dégoût, Nevers ou la morne pampa, la rigolade, l’idiotie, psychokiller, feu d’artifices, champagne, voilà ce que c’est. D’avoir 14 ans et demi dans sa tête. 
Le gars fout des pneus de tracteurs dorés dans les escaliers de l’Opéra Garnier, en expliquant « c'est comme un carrousel, une invitation à la danse, à la valse », et ça me fait encore éclater de rire et même, je trouve ça beau et cohérent :
 
Alors il ne s’est pas passé grand-chose : vers ma troisième année de beaux-arts, je lui ai écrit une petite lettre séductrice, comme je sais faire. Il me répond avec un texte dépressif où il raconte un concert d'Iron Maiden ou de Slayer vu depuis un corps-mort de 55 ans. On boit un café chez lui, à Montreuil.
Plus tard, on participe à la même expo, à L'impasse. Au vernissage, il traînait avec un gosse de 14-15 ans, comme s’ils étaient potes. Il y avait les parents. J’ai tiqué et dénié dans le même mouvement.
Plus tard encore, j’ai repensé à cette photo :
 
Puis j’ai vu, une de ses œuvres des années 80:
 
Encore encore plus tard, je me suis dit : c’est pour ça qu’on l’invite. C’est notre monde. Pas de surprise. On a grandi là-dedans. Toutes et tous. Les années 80-90. À 8 ans, je lisais Ranx Xerox. À 14 ans, on matait Salò ou les 120 Journées de Sodome en fumant des spliffs avec mes potes. L'été de mes 14 ans, je partais seul sur un bateau avec un pédophile :
 
Tout ça c’était normal, pas vrai ?
Non ?
Alors peut-être qu’on a besoin des artistes, pour qu’ils expriment cette violence, cette haine, peut-être que c’est ça, l’Art, peut-être même que c’est toujours ça, l’art, un renard mort qui passe dans le landau :

C’est tout à fait possible. C’est ce qu’on s’est raconté pendant longtemps. Un jeu où on célèbre les règles du jeu : manger ou être mangé. Ces règles qu’on pense immuables.
Mais souvenez-vous, il y avait un débat, dans les années 70-80 : qui est malade ? Le pédophile ou la société ? Est-ce que le pédophile ne mérite pas lui aussi de sortir du DSM (le manuel des maladies mentales), comme l’homosexuel ?
Et au début des années 2000, Claude Lévêque participait à cette expo, « Présumés innocents », où la partie la plus en place et la plus influente du milieu, ou presque, jouait avec ce thème plus ou moins avoué, le mot de passe préféré des pédos, du Freud détourné : « l’enfant est un pervers polymorphe ». Tous ces boomers infects, au pouvoir, sous le parapluie de 68, et du Marquis de Sade, et du Bataille et du Cioran et du Ginsberg, membre assumé de la NAMBLA (North America, Man/Boy Love Association), la liste est looooooongue, ils ont dû abimer un nombre de gens pas possible, des gens qui sont comme des murs pour eux, où ils écriraient :

Dunkerque, 2002
Photographie couleur
21 x 30 cm
5 exemplaires
Collections privées
On ne parlera pas de la brochure, éditée en 1982 par le ministère de la Jeunesse et des Sports intitulée J’aime, je m’informe et qui recommandait la lecture du Bon Sexe illustré, de Tony Duvert, texte vantant les mérites de la pédophilie et argumentant en sa faveur. C’est loin tout ça.
Enfin, moi, j’habite depuis mes 14 ans de l’autre côté de pédoland*,
[*j’emploie ce terme, d’abord pour la référence à Disney Land et ensuite au Neverland de Michael. Je ne dirais pas qu’il y a vraiment du trafic d’organes dans les parcs à thème,  mais presque, du moins symboliquement. 
Contrairement à d’autres qui emploient aussi ce terme, je ne soutiens pas l’extrême-droite, et je ne crois pas (du tout) qu’il y ait eu un réseau pédophile international derrière Outreau.
Par contre, soit-dit en passant, à propos des States, je pense que c’est très exactement ce que voulait dire Nabokov (le type qui a écrit Lolita) quand il s’adressait aux USA : « vous êtes des mangeurs d’enfants, regardez-vous ». Et les États-Unis ont répondu : « OUAIS ! » et ce bouquin est devenu le colossal succès que l’on connaît. C’est documenté, Nabokov a été absolument horrifié par cette réaction absolument horrifiante. 
Ainsi, que d'aucuns-d'aucunes d’entre nous aient habité une sorte de “pays imaginaire” qué sapelorio pedoland ouais, à l’intérieur du pays réel, ouais, et tant pis si de gros fafs emploient le même terme, j'assume d'avoir un certain territoire en partage avec les tarés, parce que c’est exactement ça, l'effet que ça fait, il y a une vérité vraie là-dedans, on en tire pas les mêmes conclusions, c'est tout.
Et soit dit en (re)passant, Lolita de Nabokov dit presque tout du problème, en tout cas, il s’agit d’un portrait rigoureusement exact de ce qu’est un pédophile (ça ne veut pas dire qu’il faille le lire, juste qu’un pédophile, c’est très stéréotypé)]
Reprenons.
Enfin, moi, j’habite depuis mes 14 ans de l’autre côté de pédoland, du côté solitaire et parano, qui laisse ruminer ad lib, tous des lâches, des ordures, des crapules, personne pour affronter l’ogre, le véritable et authentique monstre mangeurs d’enfants, qui a pourtant une voix très douce, un regard très doux aussi, un de ces freaks immatures comme on en trouve plein les États-Unis, qui est aussi un gars du lumpen, échappé de la Nièvre, dont on peut se demander ce qui l’a rendu comme ça.
Si je n’ai pas été plus loin avec Claude, alors qu’il était franchement facile d’accès, en tout cas pour moi et pas mal d’autres jeunes artistes mâles, si je n’ai pas été plus loin alors qu’il m’attirait comme un aimant et que je l’admirais, c’est que j’avais déjà reçu mon éducation pédophilique, entre mes 9 et 14 ans, et ces choses-là ne s’oublient jamais, n’est-ce pas, alors j’ai fui. J’aurais pu continuer à traîner avec lui, à l’admirer au moins, ou essayer de le revoir, même à 25 piges, mais il m’a fait flipper, c’est aussi simple que ça.
Donc il ne s’est rien passé.
Alors pourquoi parler ? Je ne voudrais pas ici m’approprier les souffrances de ses anciennes victimes, dont on n’a même pas encore vraiment entendu les voix. Simplement, je me sens solidaire, quoique pas exactement comme j'en aurais envie. C’est-à-dire que ça me rend triste, que Claude Lévêque aille en taule, ou qu’il se fasse laminer ou qu’il se suicide. Ça me rend triste par une sorte de fidélité bizarre qui me colle au crâne depuis une semaine. Et j’ai l’impression que, s’il y a une solidarité, elle se trouve là, dans cette espèce de conflit de loyauté, et ce n’est vraiment pas agréable.
C’est peut-être ça, l’éducation pédophilique, qui me fait compter le Claude parmi les miens :

We’re a happy family, 2012
Néon blanc sur canevas encadrés
31.5 x 353 x 6 cm
En tout cas, c’est presque certain que l’éducation pédophilique pose certaine bases : 



Il m’a fallu 25 ans pour comprendre qu’ado, je n’étais pas une petite crapule assoiffée de sexe, mais qu’on m’a rendu comme ça, obsédé, et qu’on a bel et bien exploité ma sexualité naissante, comme celle d'un petit tapin.
Entendez-moi bien : j’espère vraiment que plus personne de moins de 16 ans n’approchera jamais Claude Lévêque. Il me semble que c’est l’objectif de la personne qui a averti la justice, et je respecte grandement cette démarche.
Mais moi, je me pose une autre question, depuis deux semaines maintenant, depuis que la “nouvelle” est tombée. Pourquoi, alors que je devrais être content, alors que j’ai vraiment des raisons personnelles de me réjouir qu’un type que je savais pédophilocriminel depuis fucking forever ne puisse plus continuer à violer des ados, alors que je devrais juste me dire yessss, pourquoi, par je ne sais quelle foutue diablerie, quelque chose me manque ? 
Dans le débat qui semble suivre cette affaire (et les autres) apparaîssent des propositions de lois. Et alors que j'ai longtemps pensé que ça pourrait m'apporter quelque chose, j'ai décidé en questionnant cette affaire-en-cours : l'imprescriptibilité, pour les violences sexuelles, pour moi, je m'en fous. 
En dehors du fait que, de toute façon, semblerait-il, si la loi sur l’imprescriptibilité passe, elle ne sera pas rétroactive, et que pour moi le prescrit, il n'y aura toujours pas de réponse à attendre, en dehors du fait que ce projet soit aussi porté par certaines assos aux méthodes parfois très pénibles, qui ont le mérite d'exister et qui font parfois de bonnes choses, mais dont le défaut majeur est de maintenir les anciennes victimes dans leur statut de victimes souffrantes, presque agonisantes, à moitié ou entièrement détruite, très souvent même détruite à vie, ravagé.es je t'explique même pas, en suivant ces associations, j'ai eut l'impression de revenir du Vietnam, que j'étais semblable à ce danger publique de Rambo, en dehors de cela, et en dehors du fait que personne là-dedans ne semble avoir lu Springora, visiblement, puisqu'on continue à défendre l'idée qu'un enfant ne puisse pas consentir, alors qu'un enfant très souvent consent, bien sûr, le problème c'est qu'on exploite son consentement, je ne sais pas en quelle langue il va falloir le répéter, bref, en mettant de côté tout cela, je me rends compte : ce qu'il y a de bien, ce qu'il y a d'important, peut-être, avec cette espèce de flux ininterompu de scandales, c'est qu'on pourrait, enfin, gagner du temps. 
Le temps de discuter, de réfléchir, d'essayer de sortir du cercle nouveau scandale > on durcit les lois (qu'on appliquait pas) > dodo jusqu'au prochain nouveau scandale > où la réponse sera encore punitive et pénale, pour calmer les foules > les endormir, jusqu'au prochain nouveau scandale > où l'on fabriquera une nouvelle loi encore plus dure, du moins de manière symbolique > symbole qui ne s'adresse finalement presque jamais aux victimes, mais toujours à la société en général, qui condamne, qui n'en peut plus de condamner et de se désolidariser de "ça", l'infamie, comme si cela ne la concernait pas, mais alors pas du tout (j'y reviens de ce pas).
Eh bien moi, je ressens une manière de fidélité pour l’œuvre, ou pour l’homme, ou pour les deux, ou pour la pédophilie elle-même, tiens, cette atrocité certes -- une fidélité peut-être à ce que Claude Lévêque expose mieux encore que Michael Jackson, ce porc, une ambiance ambiguë, sodomie-dragibus, valstar-mobylette-branlette, pull mickey-pastille vichy, viol-fumée, carrelage marron, nique ta mère -- l’ambiance de ces années dans lesquelles on n’a pas choisi de grandir, mais où je suis chez moi, par je ne sais quelle malédiction qui me colle au crâne depuis cinq semaines maintenant.
 
 
Il existe un autre artiste mangeur d’enfants, très populaire dans l’art contemporain, celui-là violeur et assassin de petites filles, s’il n’avait pas eu le dessin et l’écriture comme exutoire, en tout cas, il ne s’est jamais fait prendre, Henri Darger :
 

Je le réunirais bien, avec Lévêque, dans les musées d’art brut, ou dans un grand, très grand, Musée du Viol et des Violeurs (MVV), je les réunirais bien dans mon musée, le MVV (à Tourcoing), en ceci qu’eux, comme Michael, et presque toute la pop de ces 40 dernières années, exposent très bien l’ambiance wind surf, doigt dans le cul, vomi, fond de teint orange qui se déploie, sans complexe, et depuis un bon moment, dans notre monde, en plein soleil même.
 
On va rendre, on va rendre, on va rendre, ton corps humiiiiiiiiiide
On te faire, on va te faire, on va te faire dire ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
et tu va, et tu va et tu va penser à des cochoneriiiiiiiiiiiiiies 
comme moi sur toi et toi sur moi
alors on fait quoi ?
 
 
À chaque fois qu’un morceau de Michaël passe à la radio, on célèbre des psychopathes qui font boire de l’alcool à des enfants pour les sodomiser, voilà les dessous du réel, ce qu’on ne veut pas entendre, pas voir, et que moi, j’ai pas envie d’appeler les dessous du réel, à vrai dire, moi je dis : c’est le réel ça.
MANGE ENCORE, comme faisait dire Pier.
Et voilà même, très exactement, le genre de plaisir qu’on apprend à aimer, quand on est un mec.
Allez, encore l'oracle Andrea Dworkin : les mecs sont des merdes et ils en tirent de la fierté.

À vrai dire, le nombre de choses masculines et culturelles et d’exception, le nombre de gestes artistiques saisissants, pétrifiants, chosifiants, diaboliques, qui rentrent dans mon musée (le MVV, à Tourcoing), c’est colossal. Je demande instamment une subvention (énorme énorme), parce qu’un musée, c’est vraiment l’endroit parfait pour épingler ce genre de papillons, mieux que la prison, les pointeurs (ré)exposés, il y en aura des milliers, de salles, une collection permanente permanente permanente permanente, du genre éternelle, et bien sûr, dans un petit coin caché, qu’on appellera le paradis, une fenêtre d'espoir, avec du Jacques Demy et du Prince dedans, en boucle.
Enfin bref.
C’est peut-être une fidélité à moi-même, en fait, qui me colle au crâne depuis un mois, à ce moi-même qui ne m’appartient pas, à ce genre d’image qu’on a voulu faire de moi :
 
 
Sans titre, 2001
Tryptique, impression jet d’encre sur toile.
120 x 77 (chaque élément)
Exemplaire unique
Collection du Musée d’art moderne de la Ville de Paris
Photo Claude Lévêque 
qui est devenue une grande partie de moi, ou je ne sais pas quoi -- moi c'était plus tôt david hamilton, l'ambiance :
 
Beau gosse hein ?
On touche là un ensemble tout à fait brumeux. Pénible même. Mon expérience me fait dire que ce genre de choses se passent sous la peau. Comme une sorte de squelette, en forme de labyrinthe, qui se découvre petit à petit, au fur et à mesure qu’on vieillit. Et le vertige qui vous prend, au moment de se rendre compte à quel point on a, dans la tête et sous la peau, des choses qui ont été comme greffées en nous lors de notre construction, des choses aussi flippantes que la banalisation de la sodomie des petits gitons de 13 ans, des choses qui, pour moi en tout cas, ne se remboursent pas avec des années de prison, endroit profondément attaché au viol, au moins de manière symbolique, punition qui voudrait répéter le crime, encore et encore, à l’infini, d’une façon parfaitement absurde et insoutenable. 
Parce que finalement, et c'est crucial de comprendre ça, tout ce monstrueux, c’est un peu comme une toile d’araignée : il s’agit d'en sortir.
Si je n'en sort pas, je vais en crever. C'est aussi simple que ça.
Ainsi, la dernière chose dont j'ai envie, c'est d'une vengeance, et ça m’étonne moi-même, alors que ça fait 25 ans que je pense assassiner le mien, de pédo, et que je saisis cette rare opportunité de mise en drame d’une histoire qui n’est pas la mienne pour faire comme si j’allais avoir droit à la justice, et il y a un biais là-dedans, parce que si c’était mon histoire, je ne suis absolument pas sûr que j'aurais cette distance, ni que j’appellerais, non pas à la mansuétude, mais au moins disons, à se questionner sur le châtiment, à prendre un peu le temps de la réflexion. Je le fais parce que ça me semble complémentaire à la phase d’action initiée par d'autres, et j’espère vraiment ne pas blesser ou blesser les gens proches de cette histoire, que je ne connais pas, qui ne sont certainement pas habitués à ma façon de parler, et à qui mes questions ne sont donc pas forcément adressées directement. Je leur souhaite d’abord et avant tout de gagner le combat qu’ils ont initié… Mais justement...
On peut tout de même se réjouir : les pédophiles/pédocriminels ont perdu la bataille de l’opinion depuis assez longtemps maintenant. Au moins 25 ans. Ils sont restés dans le DSM. C’est des malades. Faut les soigner. Le débat est clos depuis un moment, on sait tous que ça ne fait pas du bien aux gosses, ça abime les personnes qu’ils vont devenir, même si certains-certaines échappent au trauma (c’est possible hein), bref, il y a consensus, au moins là-dessus : la pédophilie, c’est du crime. On ne cherche plus à savoir si c’est bien ou mal ou autre chose. Il n’y a plus de doute. Les seuls qui continuent à croire qu’il s’agit d’amour, c’est les pédophiles eux-mêmes, les pédocriminels, les hommes qui violent, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Ils sont persuadés qu’ils aiment les gosses, comme on aime une tarte aux pommes. “Bon appétit” écrit sous une photo d’enfant de cinq ans, à poil, ça pourrait être du Claude Lévêque, sauf que c’était dans P'tit loup, une revue pédophilique des années 80, montée par un des thésards de Barthes.
Alors on peut dire que c'est la fête aux violeurs en ce moment. Il y a deux jours, parmi les cinq premiers titre du monde.fr, Richard Berry accusé d’inceste par sa fille, Asselineau en garde à vue pour agressions sexuelles, Marilyn Manson accusé de viols. Les affaires pleuvent, très bien, tant mieux, big up à toi #metooinceste, big up à toi Genière Garrigou , et ta grande intelligence, big up #metoogay.
En même temps, les loups attendent au coin du bois. Robert Ménard qui se dit solidaire des victimes, les proto-Qanonistes français, qui n’ont qu’un doigt à lever pour prouver que le pédoland belgo-satanoïde est bien total, et, dans un genre plus passe-partout, mais tout aussi naze, KarlZero qui sort un “manifeste” contre la pédocriminalité… “Il y a un sujet” comme dirait l’autre premier ministre. 
Malgré ces vautours, tout le monde à l'air d'y tenir, ça enfle,et bim, un de moins : Gérard Louvin. 
Mais qu'on soit toustes d’accord : il ne s’agit pas de balayer la merde sous le tapis, c’est pas ça l’idée. Il s’agit de faire face. 
Et là, dans le cas du Claude, mais je pense que le symbole vaut aussi pour les autres, les galeristes, les collectionneurs et les musées effacent les traces ? Act up retire de la vente un t-shirt ? Le mamco lave plus blanc que le macval qui parle d’une désormais nécessaire “mise sous silence du travail” ? Un geste de solidarité avec les victimes, peut-être. Peut-être du dégoût sincère de voir se confirmer des “soupçons”. Mais est-ce vraiment tout ce qu’il y à faire ? Ne même pas assumer cette culpabilité collective indéniable ? Parce que, pendant ce temps-là, les autres “maintiennent” les oeuvres-par-respect-pour-la-présomption-d'innocence. On argumente même, sur France culture , voyons, voyons, il faut savoir séparer l’homme de ses néons. Dans les deux cas, personne n’a rien à voir là-dedans ? Personne, dans les milieux avant-gardistes, pour dire des choses autrement plus importantes et jusqu'à présent presqu'inouïes comme : « le gars devrait se faire soigner » ? Ou alors, « comment on fait pour prévenir le passage à l’acte, chez ce genre de type attiré sexuellement par les enfants » ? Ou alors pour se demander, qui a été là pour protéger les familles vulnérables à ce genre de crapules, les familles de monstres, les familles comme la mienne, “monoparentales”, sans fric, pour lesquelles rencontrer une star de l’art contemporain est une chance rare à saisir, comme de faire un voyage en bateau contre des branlettes ?  (oui, il y a un rapport entre mon expérience et celle de la prostitution, soit-dit en passant). Quels moyens on va donner pour que ça change ? Hein Yvon Lambert ? Hein les collectionneurs d'hier ? Vous allez banquer pour les daronnes seules, exposées ? Pour les soins de ces enfoirés et de leurs victimes ? Quelqu’un, juste, pour enfin débloquer des moyens ? Et il en faut, des moyens, parce que ces mecs se comptent par milliers. Là, on nettoie les traces et zou, on passe à autre chose ? On va se battre, maintenant, pour faire disparaître/invisibiliser son travail ? Qu’il finisse en taule ? Qu’il crève ? Je ne comprends pas. On veut tout oublier ? Ne rien retenir ? Que le mec devienne culte chez les pédos du darknet ? Le type t’as dit en pleine face : je suis bad, vraiment vraiment vraiment bad, et toi, au mieux, tu n’as pas voulu le croire. Il faut assumer ça, dès maintenant, dès le départ. C’est très important.
Quand je vois ces appels à la censure ici ou là, je rappelle que Springora n’a jamais exigé la disparition des livres de Matzneff, que c’est Gallimard qui s’achète une conscience en le faisant disparaître de son catalogue.
Par ailleurs, Lévêque, le bien nommé, doit répondre de ses actes les plus récents, mais il mériterait surtout des soins et une gigantesque psychothérapie plutôt que la taule et la censure. Et surtout, bien sûr, le plus vite possible, qu’il ne soit plus jamais proche d’aucun gosse. 
Vous remarquerez que je ne demande même pas comment faire pour que les hommes arrêtent de violer ?
J'ai juste voulu proposer vite fait une petite révision de l'oeuvre de Claude Lévêque, au moins pour celleux qui ne connaissaient pas (enfin revoir ce que j’expose ici, sans autorisation, pas les trucs franchement pédoporno de ses débuts (là, ce n’est pas exactement nécessaire et de toute façon, tout a "disparu" (mais le type produit cela au moment (début 1980) où, je (re (re))répète, le ministère de la jeunesse et des sports conseille de lire Tony Duvert, (le pédoland qui nous a vu naître est alors absolument total)))), revoir ces œuvres donc, en sachant ce que l’on savait déjà, certes plus ou moins, mais en sachant au moins que le type n’était pas là pour rigoler et qu’il nous parlait bien de choses sombres et dégueulasses. Et qu’on l’a célébré pour ça, jusqu’à hier.


PS : J'ai aussi voulu dire que pour moi, prison, punition, vengeance, et la mise en spectacle judiciaire, telle qu'elle se pratique aujourd'hui, rien de tout cela ne me satisfait. Rien de tout cela n'est à la hauteur du crime, alors que ça devrait quand même être posssible, vu la banalité de la chose.
Je n'ai, hélas, pas de solutions à proposer. J'essaye de toutes mes forces d'exclure l'assassinat ciblé, réalisé par les premiers-premières concerné.es. De sortir du monstrueux. Alors, il me reste les bases : les soins, l'éducation, et la culture, une toute autre culture que celle-là même que j'expose ici, à mettre en partage.
Sans titre, 1997
Booster dans barrière sélective
170 x 120 x 170 cm
Collection du FRAC Pays de la Loire
Photo Claude Lévêque

 
La nuit du chasseur, 2016 
Carcasse de landau, renard empaillé
76 x 96 x 50 cm / 29.92 x 37.8 x 19.69 in.
Je suis une merde, 2001 
Néon mauve
Ecriture Claude Lévêque
35 x 408 cm 
Collection de l’artiste