jeudi 8 juillet 2021

Ainsi squattent-ils (à Amiens)


Et voilà comment on écrit l'histoire. 
En d'autres temps, on appelait ça des enragés :

«Depuis le 14 mai 2019, le bâtiment du 65 rue Thuillier-Delambre, 80136 Rivery est squatté par le Collectif La Brèche. Avant ça, vous aviez peut-être entendu parler de nous… De septembre 2016 à juillet 2017, on occupait la Maison Cozette, 26 place Vogel à Amiens, où on a organisé pas mal de concerts, d’ateliers, débats, projections etc., et qu’on a cloturé par un festival féministe de 3 jours avant de s’en faire expulser manu militari par quelques cars de CRS. Mais bon, on avait prévu le coup, on occupait déjà le lieu suivant : La Pente, 40 rue Bonvallet, à Amiens, qui a duré jusqu’en janvier 2018. C’était plus calme, mais on a bien animé la vie de quartier quand même, avec des spectacles, projections, et d’autres évènements. Expulsion de nouveau. De janvier 2018 à janvier 2019, on occupe alors le 65 boulevard Guyencourt, toujours à Amiens, un grand squat avec un jardin : « Saint Rock Village ». Et puis après 2 bâtiments municipaux occupés, puis 1 appartenant à la Société Immobilière Picarde, on décide de passer carrément au niveau central… En février 2019, on ouvre donc « Le Ministère », 2 rue Debray, un immeuble administratif avec moulures et tutti quanti appartenant… Au Ministère du Travail. Pas mal pour des chômeurs et RSAistes 😉 Bon, on s’en fait virer 1 mois et demi plus tard, l’Etat, c’est pas la même chose. Mais on a quand même eu l’occase d’agrandir le collectif entre temps, d’héberger de nouvelles personnes en galère, et de mobiliser pas mal de solidarité autour de tout ça. Comme on a la flemme d’un gros déménagement, on se dit « Boh, on va pas bouger trop loin ». Allez, on squatte juste à côté, on déménage même à pied : au 4 rue Debray, dit « La Mérule », et qui appartient aussi à l’Etat. Pas de chance, y’a vraiment la mérule, ça nous vaut de passer au tribunal administratif, c’est plié en 1 mois et demi aussi. Enfin ça y est, nous voici de nouveau posé.e.s. Au 65 rue Thuillier-Delambre, à Rivery, donc, périphérie proche d’Amiens (15min de la gare). On repart dans le privé, on cible un multipropriétaire niçois qui collectionne les arrêtés d’abandon parce qu’il laisse dépérir ses baraques.
On est une petite vingtaine aujourd’hui, répartis sur un bon terrain, entre maison, cabane, caravane, camion, et retapage de corps de ferme. Et y’a de quoi accueillir plus ! 😉
On retape un petit peu tout : on a une super salle de concert en sous-sol, fripe (avec cabine d’essayage s’il vous plaît !), free-shop, info-kiosque, salle de jeux, bibliothèque, cabane dans les arbres, un immense hangar pour des spectacles…
Et puis Amiens c’est cool, ça bouge bien. On peut compter quelques autres squats…
Alors si vous passez dans le coin (c’est entre Paris et Lille-Bruxelles !), hésitez pas à faire une halte ! Si vous cherchez un lieu où jouer avec un groupe de zic, pour un spectacle, ou pour toute proposition, on est carrément open !»

A très bientôt !

Squat de Rivery
65 rue Thuillier-Delambre
80136 Rivery 

Lien sur squat.nethttps://radar.squat.net/fr/amiens/collectif-la-breche

Lien vers l’article de squat.net: https://fr.squat.net/2019/11/21/amiens-des-nouvelles-du-squat-de-rivery/#more-43125

mardi 6 juillet 2021

Baccalauréat 2021 (option économie)


Remercions, comme chaque année, la commission pédagogie du MEDEF pour l'excellence du travail fourni. Rappel : le même sujet était également traitable sous l'angle purement métaphysique (option partenariat social).

Toutes nos félicitations 
aux nouveaux employés lauréats ! 

dimanche 4 juillet 2021

vendredi 2 juillet 2021

L'un n'empêche pas l'autre !

Autour de la preuve ontologique (détail)

«Les ennemis de la religion, ces esprits qui ne croient rien, qui se font un titre d'esprit fort de douter de tout, qui cherchent des réponses aux arguments dont on se sert pour prouver l'existence de Dieu, qui raffinent les difficultés que l'on objecte contre la providence, ne sont pas pour l'ordinaire des gens fort voluptueux. Quand on passe toute la journée parmi les verres et les pots, qu'on aime à courir le bal toute la nuit, qu'on en conte et à la blonde et à la brune, qu'on tend toutes sortes de pièges à la pudicité des femmes, qu'on ne cherche qu'à tuer le temps dans la débauche et à prévenir le dégoût des plaisirs par la diversité des objets, on ne se met guère en peine de savoir si M. Descartes a bien démontré dans sa métaphysique l'existence de Dieu et la spiritualité de l'âme, et s'il a bien répondu aux objections qui lui ont été proposées. On ne s'avise point non plus d'examiner la Démonstration évangélique de M. Huet, si pleine d'éloquence et d'érudition, et de chercher de quoi éluder les preuves de la vérité de la religion chrétienne. On ne va point se rompre la tête à étudier les prétendues démonstrations de Spinoza pour tâcher de comprendre que l'univers est un être simple et que nous sommes des modifications de Dieu.»

(Pierre Bayle, Pensées diverses sur la comète)

Non Serviam (Soleil de Tempête)

jeudi 1 juillet 2021

«Le combat contre le bourgeois»

(Page d'accueil d'un blogue fasciste, France, 2020)

«Dans les luttes de classes du XIXème siècle, le mot bourgeois a pris le caractère d'une déclaration de guerre mortelle. Bourgeois signifiait exploiteur, vampire, et cela devait atteindre tous ceux qui avaient un intérêt à la domination du mauvais ordre social. Cette signification a été expliquée et fixée jusque dans les détails par la science marxiste. Mais les adversaires féodaux du capitalisme, tout à fait réactionnaires, ont mis eux aussi – en suivant une tradition du romantisme – un sens méprisant dans ce mot. Les restes d'une telle idéologie ont été repris par les mouvements nationalistes-ethniques [völkisch] de tous les pays. Tous dépeignent le bourgeois à peu près comme la bohème d'avant-guerre, comme un spectre terrifiant, ils opposent au mauvais type humain "bourgeois" de l'époque passée celui de l'homme nouveau de l'avenir. En même temps, ils parlent d'oppositions dans le noyau biologique, la race, la manière de penser, etc.
Pour le grand capital, ce second sens dépravant du mot bourgeois, qui fait abstraction de l'économique, est tout à fait bienvenu. Il aime se servir de l'idéologie aristocratique autant que des officiers aristocrates. Dans le combat moderne contre la mentalité "bourgeoise", le grand capital, justement, est laissé en dehors de la discussion. Ceux qui en disposent ont depuis longtemps abandonné les modes de vie concernés par ce combat. Chez le magnat d'un trust et dans son environnement mondain, "mondialement ouvert", c'est tout juste si l'on retrouverait encore un seul des traits de caractère qui avaient marqué le petit-bourgeois en certaines périodes du siècle passé : luttant pour sa subsistance, pédant, personnellement avide de gain. Ces qualités pénibles ont glissé vers les classes moyennes inférieures, dépossédées, qui se trouvent en position de défense pour sauver leur petit peu de plaisir de vivre. La bonne société vit aujourd'hui à un niveau si élevé, ses sources de revenus sont si dissociées des personnes, que toutes les formes de conscience d'une concurrence mesquine peuvent disparaître complètement. Ainsi, la grande bourgeoisie laisse volontiers ses idéologues enfourcher leur cheval contre le bourgeois, qu'en réalité elle ruine par la concentration effective du capital. 

(Le Monde, 10-05-2018)

Les prolétaires n'ont rien à voir avec ce combat contre le "bourgeois". Quand dominait ce type économique, que le capital aujourd'hui extermine, il fallait qu'ils voient en lui l'ennemi principal. Aujourd'hui, ces couches, dans la mesure où elles ne constituent pas les milices nationalistes-ethniques, doivent être neutralisées ou gagnées. Dans le langage du prolétaire, bourgeois signifie encore et toujours exploiteur, classe dominante. Dans la théorie encore, le combat se dirige avant tout contre cette classe, avec laquelle on n'a rien de commun. Quand des métaphysiciens modernes tentent une sociologie critique de l'histoire de la philosophie comme développement de la pensée "bourgeoise", ce n'est pas pour rechercher lesquels de ses traits le prolétariat devra dépasser. Ces idéologues voudraient ici ne stigmatiser et n'éliminer que les reliquats théoriques de l'époque révolutionnaire de la bourgeoisie. Du déclin des classes moyennes le prolétariat se félicite également, mais pour d'autres raisons que le capital. Pour ce dernier, c'est le profit qui importe ; pour le prolétariat, la libération de l'humanité.
Nous n'avons rien à faire d'une terminologie selon laquelle c'est la jalousie envers son mari d'une petite-bourgeoise privée de distractions, et non la possession d'une Rolls-Royce, qui représente l'expression de la vie bourgeoise.»

(Max Horkheimer, «Le combat contre le bourgeois», in Crépuscule, 1926-1931)

***




(Ci-dessus, de haut en bas : 1) morceau du groupe fasciste Ile-de-France, intitulé Tuer le bourgeois (le tuer... «en chacun de nous», s'entend). On notera par ailleurs l'iconographie explicitement et significativement inspirée, ici, du film Fight Club, de David Fincher) ; 2) Banderole aperçue au cours des premiers actes du soulèvement insurrectionnel des Gilets Jaunes, France, fin 2018) 

mercredi 30 juin 2021

Giflé Décalé

mardi 29 juin 2021

vendredi 25 juin 2021

lundi 21 juin 2021

dimanche 20 juin 2021

Les islamistes, ennemis antédiluviens de la résistance palestinienne...

«[Notre mouvement] sera le parti de Yasser Arafat, de Georges Habache et de cheikh Yassine… LE PARTI DE YASSER ARAFAT, DE GEORGES HABACHE ET DE CHEIKH YASSINE !…»

(Houria Bouteldja, leader des Indigènes de la République
discours au Cabaret Sauvage, 10 décembre 2008)

Ci-dessus : L’islamiste Mansour Abbas 
votant aux élections israéliennes du 23 mars 2021.

On sait que la mainmise politique du Hamas sur les mosquées de Gaza avait été, dès le départ, à la fin des années 1980, soutenue stratégiquement par l'État d'Israël, obsédé par l'idée d'affaiblir la lutte palestinienne, alors incarnée (qu'on le déplore ou non) par la ligne «nationaliste-laïque» (ou baassiste) de l'OLP d'Arafat. C'est sur cette identité profondément collaborationniste de l'islamisme palestinien que Jean-Pierre Filiu revient en détail, dans l'article ci-dessous, publié ce jour par Le Monde. 

***

«Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, un parti identifié à la minorité palestinienne est officiellement associé à la coalition gouvernementale. La victoire est d’importance pour l’islamiste Mansour Abbas, à la tête de Raam, l’acronyme hébreu de la "Liste arabe unie". Activement courtisé par Benyamin Nétanyahou, qui espérait grâce à lui demeurer au pouvoir, Abbas a finalement rallié ses quatre députés à Naftali Bennett, sans pour autant assumer un portefeuille ministériel. Même Itzhak Rabin avait insisté en 1992 pour avoir une "majorité juive" pour la paix, préférant gouverner avec les orthodoxes du Shas plutôt que de dépendre des voix des "partis arabes". Que les islamistes de Raam aient brisé un tel tabou n’aurait cependant pas été possible sans une longue histoire de coopération plus ou moins discrète entre ce courant palestinien et Israël.

LA PRIORITÉ À L’ISLAMISATION

Les Frères musulmans sont bien implantés dans la "bande" de Gaza, où, en 1948, la guerre et l’exode concentrent un quart de la population arabe de Palestine. Le territoire est administré par l’Egypte, qui a refusé de l’annexer, à la différence de la Jordanie à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Gamal Abdel Nasser prend le pouvoir au Caire en 1952 avec l’aide des Frères musulmans, à qui il offre la mairie de Gaza, mais se retourne contre eux, deux ans plus tard. En 1956-57, la bande de Gaza est occupée par Israël durant quatre mois, à la faveur d’une offensive coordonnée avec la France et la Grande-Bretagne dans le canal de Suez. Les islamistes palestiniens se joignent au front commun de la résistance nationaliste, malgré une répression féroce, avec un millier de morts pour 330 000 habitants. Israël se retire sous la pression des Etats-Unis, mais occupe de nouveau la bande de Gaza en 1967, lors de la guerre des Six-Jours. Les Frères musulmans, dirigés à Gaza par le cheikh Ahmed Yassine, refusent cette fois d’adhérer à un front uni contre Israël. 
Yassine considère en effet qu’Israël, en humiliant Nasser, a d’une certaine manière vengé les islamistes des persécutions que le dirigeant égyptien leur avait infligées. Il estime surtout que la priorité doit aller à la réislamisation de la société palestinienne, punie de ses péchés par cette nouvelle occupation, plutôt qu’à la résistance nationaliste. Les autorités d’occupation comprennent le parti qu’elles peuvent tirer d’une telle discorde inter-palestinienne. Elles favorisent de plus en plus ouvertement Yassine, assistant en 1973 à l’ouverture de sa mosquée à Gaza, puis l’autorisant en 1979 à recevoir des financements étrangers. Ces facilités contrastent avec la répression méthodique menée à l’encontre de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) et de ses réseaux. En 1980, les militaires israéliens restent ostensiblement passifs lorsque les islamistes attaquent des bastions du militantisme nationaliste. L’OLP dénonce en retour la collusion entre les Frères musulmans et l’occupant.

LE TOURNANT DU HAMAS

Lorsque éclate, en 1987, l’intifada, soit littéralement le "soulèvement" de la jeunesse palestinienne, Yassine comprend qu’une telle vague risque aussi de le balayer. C’est pourquoi il décide, du jour au lendemain, de transformer les islamistes palestiniens en "Mouvement de la résistance islamique", désigné sous son acronyme arabe de Hamas. Les Frères musulmans, qui accusaient jusque-là les nationalistes de l’OLP de ne pas être assez musulmans, les accusent désormais d’être prêts à des concessions envers Israël. Le Hamas se dote d’un bras armé, le Majd, confié à Yahia Sinouar, l’actuel chef du mouvement à Gaza, et élimine des dizaines de rivaux palestiniens, stigmatisés comme "collaborateurs" ou "corrompus". Les militaires israéliens jouent évidemment de ces dissensions pour affaiblir l’intifada, même si Sinouar est arrêté en 1988 et Yassine en 1989. Il faut attendre 1991 pour que le Hamas bascule dans la "lutte armée" contre Israël, avec la création des brigades Ezzedine Al-Qassam, du nom d’un guérillero islamiste, tombé en Galilée en 1935. En Israël même, le Mouvement islamique, également inspiré des Frères musulmans, profite de la tolérance des autorités en faveur des islamistes palestiniens, qui leur paraissent un contrepoids utile face à l’OLP. Il remporte plusieurs municipalités aux élections locales de 1989, mais se divise sur la participation aux législatives de 1996. Sa "branche Nord" refuse de cautionner ainsi les institutions israéliennes, tandis que sa "branche Sud" franchit le pas et en retire les bénéfices actuels, sous l’appellation de Raam. Ce courant légaliste se joint d’abord aux autres "partis arabes", lors de leur record historique de 2019, avec 15 députés à la Knesset, mais il choisit ensuite de faire cavalier seul. Officiellement, la rupture intervient sur la question de la place des homosexuels dans la société arabe, Raam campant sur une position bien plus rigide que ses partenaires progressistes. De fait, Mansour Abbas préfère négocier le soutien de ses seuls députés pour être le seul crédité des mesures à prendre en faveur de la minorité arabe. Pour l’heure, Mansour Abbas reconnaît "avoir des préoccupations communes avec les partis juifs religieux et la droite conservatrice". Un tel rapprochement au nom de valeurs partagées a beau sembler paradoxal, il est donc loin d’être une nouveauté dans l’histoire des islamistes palestiniens».

samedi 19 juin 2021

Comment des classes sont-elles possibles ?

(Préface au Dictionnaire des idées suggérées par les mots, de Paul Rouaix)

«Pensons encore, en particulier, à la formation des concepts. Tout mot devient immédiatement concept par le fait qu'il ne doit pas servir justement pour l'expérience originale, unique, absolument individualisée, à laquelle il doit sa naissance, c'est-à-dire comme souvenir, mais qu'il doit servir en même temps pour des expériences innombrables, plus ou moins analogues, c'est-à-dire, à strictement parler, jamais identiques et ne doit donc convenir qu'à des cas différents. Tout concept naît de l'identification du non-identique.»

(Friedrich Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral)

mercredi 16 juin 2021

Aristote dans la lagune


Ci-dessous, présentation de l'éditeur, suivie des différents épisodes (en angliche : désolé pour ceux qui y entraveraient que dalle) de ce qui fut, à l'origine, un film passionnant. 

                                   ***
«Armand Marie Leroi, citoyen britannique et professeur de biologie, déniche dans une librairie du vieil Athènes une Histoire des animaux d'Aristote. Il ignore tout du philosophe, mais sa lecture le laisse émerveillé devant le foisonnement et la rigueur de la démarche. Il se lance alors dans une quête passionnée sur les traces d'Aristote. Heidegger, pourtant, nous avait prévenus : "Aristote est né, il a pensé, il est mort". Sans doute… Mais, entre-temps, il a inventé la science. C'est cette prodigieuse découverte que raconte La Lagune. Comment le meilleur élève de Platon, écarté de la succession de son maître, est parti s'installer à Lesbos, dans la lagune de Pyrrha, précisément, pour y mener la première enquête sur le vivant. Des travaux au long cours qui donnent lieu à de stupéfiantes "histoires d'animaux", mais aussi aux premières intuitions sur la naissance de la vie, l'hérédité, le vieillissement, sur l'existence de l'âme ou l'éternité du monde. Ce livre, magnifiquement écrit, est aussi une reconstitution extraordinaire du monde de savoir et de pensée dans lequel a vécu Aristote et de la révolution qu'il y opéra».

vendredi 11 juin 2021

Au mépris des geste-barrière

(Yahoo Actualités, 10 juin 2021)