jeudi 13 juin 2024

dimanche 2 juin 2024

Hiroshima

mardi 14 mai 2024

Du Nominalisme en Amérique


La bise au camarade Lionel D. !

mardi 30 avril 2024

≪L'exploitation est la force de tout changer≫ (trois hypothèses)

(Une sortie de métro, Paris, fin mars 2024)

De trois choses, l'une. 
Soit il existe, chez la France soi-disant insoumise, de très mauvais colleurs d'affiches. 
Soit, il existe, chez la France soi-disant insoumise, des saboteurs internes d'origine situationniste, à tendance désespérée-cynique et haut potentiel comique-subversif.
Soit il existe vraiment une dialectique de la nature (c'est pas une blague !)

Trois hypothèses. 
Pas une de plus.

mardi 9 avril 2024

Comment des classes sont-elles possibles ? (8) Dialectique médiévale

La dernière fois qu'un cardinal vous a fait cet effet, à vous ? 

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≪ Le chien et les animaux de la même espèce sont unis à cause d'une commune nature spécifique [note du MB : aujourd'hui, on parlerait d'ADN] qui se trouve en eux, nature spécifique qui, de toute façon, serait contractée en eux même si l'intellect de Platon ne s'était pas forgé les espèces par la comparaison des similitudes entre les individus. L'intelliger est donc postérieur à l'être et au vivre quant à son opération, puisque, par son opération, l'intelliger ne peut donner ni l'être ni le vivre, ni l'intelliger même ; mais du point de vue des choses intelligées, l'intelliger de l'intellect lui-même suit aussi par analogie l'être, le vivre et l'intelliger de la nature. C'est pourquoi les universaux qu'on fabrique en comparant entre eux les individus sont similaires aux universaux contractés dans les choses particulières ; et ces universaux sont déjà dans l'intellect même de façon contractée, avant même que celui-ci ne les développe, par son acte d'intellection (qui est son opération propre) dans l'extériorité où ils sont connus. On ne peut en effet rien intelliger qui ne soit pas déjà en soi-même de façon contractée. En intelligeant, l'intellect développe, au moyen de notions et de signes comparatifs, un monde de similitudes qu'il contracte en lui. 
≪ Les péripatéticiens ont, d'une certaine façon, raison de dire que les universaux n'existent pas en acte en dehors des choses. Seul le singulier est en acte, lui en qui les universaux sont, sur le mode de la contraction, le singulier même. Les universaux ont pourtant, conformément à l'ordre de la nature, un certain être universel, susceptible d'être contracté par le singulier, non pas que les universaux soient en acte avant la contraction, ce qui serait contraire à l'ordre de la nature (puisque l'universel susceptible d'être contracté n'a pas de subsistance propre), mais ils sont en acte dans ce qui est en acte ; ainsi le point, la ligne, la surface précèdent, selon un ordre progressif, le corps dans lequel seul ils sont en acte. En effet, les universaux (...) ne sont pas seulement des êtres de raison, bien qu'on ne puisse pas les trouver en acte en dehors des singuliers, de même que la ligne et la surface, bien qu'on ne puisse les trouver en dehors des corps, ne sont pas pour autant de simples êtres de raison, puisqu'ils sont dans les corps comme les universaux sont dans les choses singulières. Cependant, l'intellect les fait exister en dehors des choses au moyen de l'abstraction (...) et c'est cette abstraction qui est un être de raison.≫
(Nicolas de Cues, La docte ignorance, 1440)

lundi 8 avril 2024

Vous avez un (nouveau) message !

Ci-dessus : Le second message, 
par Mahmûd Muhammad Taha (publié en 1981)

≪Le livre de Taha tranche d'une manière radicale entre la part vive ─ encore valide ─ et la part périssable ─ obsolète ─ du Coran. Les révélations mecquoises, signalant la dimension métaphysique, ethnique, eschatologique (le versant "mont des Oliviers, en somme) peuvent encore nourrir et structurer les âmes, tandis que l'organisation médinoise, plus juridique, politique, militaire, constitue la part conjoncturelle, archaïque, adaptée aux mentalités d'une époque révolue, dépassée par l'évolution humaine. Cette distinction rend caduques les légitimations de l'esclavage, de la polygamie, du voile, du droit de succession différent selon les sexes, de l'interdit de l'adoption, du vin ; exit la loi du talion ainsi que les hudûd, ces châtiments corporels assimilés aux peines pénales (appelant à couper la main du voleur, à lapider à mort l'adultère, etc) ; exit le jihâd, la guerre sainte, la jizya, l'impôt humiliant qui enferme le minoritaire, le dhimmi, le "protégé", dans un statut inférieur. Et de demander qu'on adopte, à la place de ces lois archaïques, les acquis de l'habeas corpus, préalable à l'adaptation aux avancées du droit positif occidental. 
En somme, l'auteur renverse le procédé technique de l'abrogé et de l'abrogeant utilisé dans l'exégèse traditionnelle, laquelle résout, comme nous l'avons vu, les contradictions coraniques en donnant aux versets postérieurs ─ médinois ─ la capacité d'abroger les versets antérieurs ─ mecquois ─, qui sont plus doux, moins exclusifs, parce qu'ils n'ont pas été inspirés dans une position de pouvoir. Par l'effet de cette inversion, les dispositions scripturaires qui symbolisent les revendications polémiques des intégristes sont situés par Mahmûd Muhammad Taha dans la part caduque du Coran. Là où nos intégristes radicalisent et systématisent le procédé de l'abrogeant et de l'abrogé, il le déconstruit en le retournant.

(Mahmûd Muhammad Taha, 1909-1985)

Voici un exemple illustrant ces deux manières opposées. Les intégristes estiment que le verset qui affirme : Pas de contrainte en religion (Coran II, 256) est abrogé par un autre verset qui appelle à combattre les infidèles (en incluant parmi ces derniers les monothéistes et les païens) : Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu ni au Jour dernier, ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Apôtre ont déclaré illicite, ceux qui ne pratiquent pas la religion vraie, parmi ceux qui ont reçu l'Écriture ! Combattez-les jusqu'à ce qu'ils paient la jizya d'une main et qu'ils soient ainsi humiliés (Coran, IX, 29). N'établissant pas de distinction entre monothéistes et idolâtres, ce verset est censé abroger toutes les dispositions antérieures autorisant une attitude patiente et tolérante à l'égard des adeptes des autres religions ─ polythéistes, chrétiens, juifs, sabéens, zoroastriens. Dans la logique de Taha, le verset antérieur et tolérant (II, 256) a la permanence pour lui et abroge le verset postérieur et militant (IX, 29), rendu au contexte médinois et à sa conjoncture politique sédimentée par le temps, ramenée au circonstanciel, au révolu. De tels renversements ne peuvent qu'aider à distinguer entre le principe universel et le principe conjoncturel, afin de sauver l'Islam en éliminant ses archaïsmes. Il me paraît utile de transmettre le message de Mahmûd Muhammad Taha et de le réhabiliter, lui qui fut un homme religieux formé dans le soufisme ainsi qu'un opposant politique encombrant. Pour se débarrasser de lui, l'autorité officielle invoqua en effet ses positions théologiques "hérétiques" ; excommunié, accusé d'apostasie, il fut conduit au gibet par le pouvoir militaire allié aux Frères musulmans. Il se présenta alors courageux et digne devant ses juges, leur déniant toute autorité en matière d'excommunication ─ en raison d'absence d'Église en Islam ─, toute légitimité pour son arrestation ─ en raison de l'absence d'instances démocratiques ─, comme toute légalité pour son procès et sa condamnation ─ faute d'indépendance des juges... 

(Abdelwahab Meddeb, Contre-prêches, 2003-2006) 

Précision du Moine Bleu : Nous sommes parfaitement conscients tant de la complaisance de Abdelwahab Meddeb, décédé en 2014, à l'égard de la junte post-bourguibiste tunisienne ayant régné de 1987 à 2011, que de la raison sociale et politique bien particulière des attaques encore dirigées contre lui à ce sujet, et émanant, pour l'essentiel, des mêmes inévitables raclures tiers-mondistes genre Monde diplomatique, transcendantalement acoquinées avec le frérisme ≪anti-impérialiste≫. Meddeb fut, d'ailleurs, lui-même, assez clair et honnête en définitive, au moment (après la Révolution tunisienne) de faire retour sur ses propres attitude et parcours. Il reconnut, notamment dans un entretien fameux donné au Courrier de l'Atlas, avoir toujours, en effet, privilégié dans sa détestation et sa haine l'ennemi mortel islamiste, le bénalisme dictatorial (jumeau du sarkozysme dans sa vulgarité autoritaire ploutocrate, précisait-il dans la foulée) ne mobilisant guère chez lui que son mépris de conservateur cultivé, issu d'une vieille lignée patricienne de théologiens et artistes, et certes pas son engagement militant. La chose est néanmoins quelque peu embêtante, lorsqu'on en appelle, à raison d'ailleurs, comme Meddeb le fait dans l'extrait que nous citons plus haut, au respect inconditionnel de l'état de droit devant être associé à celui de la liberté de conscience. Oserons-nous rappeler que Meddeb ne fait hélas ! ici que prolonger une tradition ancienne, et fâcheuse, propre au rationalisme musulman, remontant aux mu'tazilites, puis à Averroès lui-même et tant d'autres encore : la passion philosophique et leur défense non seulement de la Raison mais aussi de la beauté et de la culture, se superposant volontiers chez eux à des positions de classe conservatrices, tendant souvent au despotisme oriental éclairé, dont le néo-destourisme offrit une triste et parfaite illustration. Mais le retour de bâton littéraliste (hanbalite et salafiste) semble donc compris de manière immanente, impliqué par l'expression dominante conjoncturelle même d'un tel rationalisme, ce dont témoigne, à vrai dire, selon tant d'autres modalités historiques, tout libéralisme bourgeois dont ≪l'ouverture sociétale≫ tous azimuts prélude, semble-t-il désormais invariablement, au clap de fin fasciste, signant la fin de l'orgie indécente des classes supérieures. En somme, le moment historique d'une alliance entre liberté, Raison et justice sociale est définitivement passé : les anarchistes, entre autres, les communistes anti-autoritaires les plus intransigeants, et donc sophistiqués, incarnaient ce moment, aujourd'hui évanoui. Gageons que de telles opportunités reviendront. Mais, pour nous autres, il est à craindre que nous mangions alors les pissenlits par la racine, et de longue date. Ce qui n'est pas trop grave. D'ici là, nous aurons relu, avec plaisir et intérêt, moult des écrits, chroniques ou poèmes de l'élégant soufi Abdelwahab Meddeb.                

dimanche 7 avril 2024

≪Le bain est-il prêt ? ≫ (ou : éloge involontaire, par l'un de ses détracteurs même, du byzantinisme pourvoyeur d'hérésie)

 
(Ci-dessus : noyade artisanale d'anabaptiste, 
Suisse, seizième siècle)

≪La croyance officielle à Constantinople était bien la croyance romaine sur le Christ fait homme pour le salut du genre humain, mais les discussions populaires allaient bon train sur sa "nature" : humaine ? divine ? humaine et divine ? humaine et/ou divine ? Déjà, au siècle précédent, Grégoire de Nysse, mort vers 395 et qui sera considéré plus tard comme l'un des Pères de l'Église, était exaspéré par le "byzantinisme", à savoir la passion mise par tout un chacun à se prononcer, à tort ou à raison, sur les nuances les plus subtiles de la question religieuse : 

"Si tu demandes à quelqu'un, énonce-t-il, combien cela fait d'oboles, on te dogmatise sur l'Engendré ou l'Inengendré. Si tu demandes le prix du pain, on te répond : le Père est plus grand et le Fils lui est subordonné. Si tu demandes : le bain est-il prêt ? On te répond : le Fils a été tiré du néant". 

Climat favorable donc à toutes les spéculations, même les plus affinées, et qui aboutira à des conceptions nouvelles, traitées d'hérétiques par le pouvoir central. ≫

(Salah Stétié, Mahomet)

mardi 2 avril 2024

Ravages de la drogue (les images choc)

La colline du crack (détail)

samedi 16 mars 2024

Refus d'obtempérer. Peine de mort.

 
Tu roules sans casque, donc on te poursuit.
On te rentre dedans, donc tu meurs.
Car tu n'as pas de casque, 
ce pour quoi on te poursuivait.

dimanche 10 mars 2024

samedi 9 mars 2024

Pas mieux.

(Paris, Place de la République, 8 mars 2024)

vendredi 8 mars 2024

Socialisme ou Barbarie (ou les éditions de la fabrique)

(Précision utile : 
Ceci n'est pas une publicité airb'n'b 
pour un loft très lumineux, avec jardin,
 du côté de Belleville)

dimanche 3 mars 2024

Encore un agent d'Elon Musk, au service indécent du patriarcat cis-blanc antipopulaire et s'abaissant volontiers, par transphobie manifeste, au niveau théorico-pratique du café du commerce (publicité)


Note du Moine Bleu : Nous souscrivons entièrement au point de vue exprimé ci-dessous, extrait d'une recension du livre de la camarade Vanina, désormais fameux, voire infamous, dans certains milieux stalino-militants de la gôche contemporaine. 
Signalons en complément utile, concernant le même texte, les réflexions de Freddy Gomez, qui s'égare bien trop souvent sur la question de l'Ukraine mais dont nous partageons, à part cela (ce n'est pas rien), l'essentiel des analyses, des contentements et des haines, la plupart du temps, sur tout. C'est ICI ! 

***  

≪Ce livre est rédigé par une militante communiste libertaire. Il a pour axe principal une critique de la «théorie queer» et des analyses intersectionnelles, à la mode dans les courants militants d’extrême gauche et même libertaires. Actuellement, toute critique du «queer» tend à y être volontairement assimilée à l’extrême droite, justifiant les actes de violence contre qui la porte. Vanina sait donc qu’elle risque d’en subir «des désagréments». Et c’est donc un livre militant salutaire d’une camarade inscrite dans le courant anarchiste depuis le milieu des années 1970. Elle n’a pas la prétention de développer des aspects théoriques mais plutôt, posant un point de vue matérialiste militant, de développer son regard personnel sur différents axes associés à la «théorie queer» afin d’inciter à la réflexion dans l’objectif de mieux lutter contre «le système capitaliste et patriarcal».

Pour Vanina, le capitalisme et le patriarcat sont deux systèmes différents, mais le premier s’appuie sur le second et ils sont donc à combattre ensemble. Sur cette base, elle revient sur le mouvement dit féministe actuellement dominant, ses cadres théoriques, son vocabulaire. Les chapitres du livre sont thématiques. Il se lit très facilement car le discours tenu rappelle, de façon claire, en ligne de fond l’évolution des rapports politiques et sociaux. Par ailleurs, le texte est agrémenté d’une multitude de citations qui, analysées de façon lucide et intelligible, donnent de la chair à des raisonnements souvent trop abstraits dans d’autres ouvrages. 

Le premier chapitre revient sur l’histoire du mouvement féministe avec ses différents courants. Vanina rappelle qu’au début des années 1970, «les hommes et les femmes sont [considérés comme] deux catégories qui composent la société humaine et qui se distinguent par leurs organes sexuels. C’est à partir de cette différence physiologique que le système d’oppression patriarcal a assis la domination des hommes sur les femmes». 
Le chapitre 2 revient sur le postmodernisme, courant de pensée où c’est le discours qui forge la réalité, et donc il faudrait déconstruire les discours pour redéfinir le réel. Par une lecture historique et politique, Vanina montre la convergence de vues entre le postmodernisme et le néolibéralisme  : le courant postmoderniste critique tout projet politique d’envergure, sacrifiant la classe sociale à l’individu, les raisonnements se centrent dès lors sur la personne et ses émotions, oubliant les structures sociales et les classes sociales ; en conséquence, l’objectif devient d’améliorer l’existant plutôt que de le chambouler. Le troisième chapitre pose une critique de l’intersectionnalité telle que pratiquée aujourd’hui. Si l’intersectionnalité a raison de considérer que dans la société coexistent de multiples rapports d’oppression, ce cadre théorique renforce dans sa pratique militante l’atomisation qui empêche une conscience collective de contestation contre les structures sociales capitalistes. Le quatrième revient sur les développements théoriques de Butler pour qui le genre construit le sexe. L’objectif de Butler est de brouiller les identités de genre et de sexe, théorie fondatrice de ce qui deviendra la «pensée queer». Vanina expose avec nuance et de façon intelligible une critique de ce que Butler expose. 
Les deux chapitres suivants questionnent donc la «théorie queer». Pour cette dernière, l’ennemi devient l’hétéronormativité. Le «queer», qu’il est difficile de définir tellement ce terme est approprié de différentes ma- nières, renvoie en quelque sorte à un réformisme citoyenniste sous prétexte d’un nouvel insurrectionnalisme. En effet, les transgressions, affirmées radica- les, impulsées par le «queer» au travers de la déconstruction du genre se veulent le levier d’une transformation radicale de la société, mais sont en définitive bien inoffensives pour modifier les rapports sociaux. Ce courant, essentiellement composé d’intellectuel·les ou de personnes issues des classes moyennes, tend à ignorer l’importance de la sexualité et de la procréation dans l’oppression des femmes. Tout le vocabulaire est modifié car aujourd’hui, même au niveau institutionnel, un homme devient par simple ressenti et déclaration «femme» («transfemme»). Il n’y a plus bipolarité sexuelle, nous sommes sur un «continuum» sexuel et chacun·e peut se définir selon son envie sur ce continuum : homme, femme, agenre, non-binaire, pansexuel… Les questions sociales sont ramenées à des reconnaissances d’identité individuelles. Vanina pose dès lors une critique de cette dilution du social dans un ensemble composite, fluide et extensible à l’infini. 
De là, les chapitres 7 et 8 font une synthèse de ce qu’est la «transidentité» dans le monde, permettant un regard large et clair. Sont évoqués ensuite le courant «woke» et la «cancel culture» avec tout le regard critique que l’on doit y porter. 
Le livre prend alors un tournant : le chapitre 9 développe le concret de la GPA (gestation pour autrui) dans le monde actuel et la marchandisation des utérus de femmes pauvres ; le chapitre 10 est une synthèse actualisée et bienvenue de la réalité de l’oppression et l’exploitation des femmes sur le terrain socio-économique ; le chapitre 11 offre un panorama des mouvements féministes dans le monde, avec toutes leurs disparités sociales et politiques. L’autrice questionne, dans le dernier chapitre, les limites des tentatives de convergence entre matérialisme et intersectionnalité, marxisme et «queer».

La conclusion est un appel à dépasser les théories postmodernes en vogue aujourd’hui. Il faut noter que le regard est toujours social et politique, ainsi Vanina ne pose pas de critique sur le choix individuel d’une personne qui décide de «transitionner» vers une autre «identité de genre», mais questionne les dynamiques sociales et politiques derrière ces actes individuels. La régression idéologique que marque le postmodernisme s’inscrit dans une régression sociale depuis les années 1980. Les analyses intersectionnelles ont mis au second plan la lutte des classes. La «théorie queer» «a recyclé la notion de genre en un formidable instrument contre les femmes» car elle «n’analyse rien en termes de rapports sociaux. Elle pointe à raison l’invisibilisation de la norme hétérosexuelle, mais sans se préoccuper des structures sociales hiérarchisées qui imposent cette norme». Or, «le combat contre le patriarcat oblige à identifier les rapports existant entre l’Etat, l’économie et des structures de pouvoir matérielles (la famille, l’école, l’entreprise, la médecine […]) et idéologiques». L’atomisation des individus favorise la recherche des identités individuelles et permet ainsi de ne pas questionner les problèmes de fond de notre société, qui sont structuraux. Aujourd’hui, «être “révolutionnaire” paraît consister à additionner les «anti» (on est antiraciste + antisexiste + antifasciste + anticolonialiste, etc.) sans forcément chercher à avoir une vue d’ensemble». Toutes ces théories postmodernes «reflètent en grande partie les aspirations et modes de fonctionnement autocentrés et consuméristes chers aux «classes moyennes». Vanina rappelle que «c’est en raison de leur sexe biologique que la plupart des femmes sont opprimées et doublement exploitées dans les sphères privée et publique ; et c’est au «sexe social», rebaptisé un temps : «genre» qu’il faut se réattaquer». Catégoriser «femmes» des hommes qui se sentent «femmes» parce que s’assimilant aux codes féminins ne sert en rien la cause des femmes, bien au contraire, car une telle approche réinscrit les femmes dans le carcan normatif du «sexe social». S’il faut combattre l’oppression subie par des hommes qui ne se conforment pas aux normes masculines, cela ne doit pas nous amener à nier le sexe biologique à la source de l’oppression sexiste. «Le problème, avec les postmodernes, est qu’ils/elles brandissent les libertés individuelles pour «régler» des questions sociales, ne veulent voir ces questions qu’au prisme de ces libertés, et prétendent trop souvent «silencier» qui ne cède pas à leurs volontés ».

En conclusion, Vanina estime qu’«on ne réglera pas la question de l’oppression féminine en évacuant celle de l’exploitation économique. La lutte contre le capitalisme ne peut, à elle seule, venir à bout du patriarcat ; mais, sans elle, le féminisme restera dans l’impasse des leurres postmodernes ».

(RV, Organisation Communiste Libertaire, 7-11-2023) 

vendredi 23 février 2024

Mais pourquoi ?! Pourquoi, au juste, le macronisme leur paraît-il à ce point détestable et répugnant ?! Pourquoi ?!

 

Shabbat Shalom !

(L'indépendant, 23-02-2023)
≪... et, le septième jour, il chôma, 
après tout l'ouvrage qu'il avait fait.≫
(Genèse, 2, 1-3)

jeudi 22 février 2024

Pour un nazisme inclusif !

Ci-dessus : quelques suggestions d'images proposées par le service d'≪Intelligence≫ artificielle (IA) de Google, correspondant à la demande suivante : 
≪Soldat allemand 1943≫

On aurait évidemment tort de ne voir là qu'une simple ≪erreur technique≫. Tel est en effet le sens d'une telle ≪intelligence≫ automatisée que le passé et l'Histoire, s'ils ne correspondent pas à ce que le présent doit être, doivent l'un et l'autre se voir méthodiquement éliminés par elle, le premier comme souvenir, la seconde comme méthode. Sous couvert de tolérance et de relativisation des normes, cette norme relativiste elle-même se voit posée comme transcendante, ce qui la condamne à l'autocontradiction, au suicide logique, au diapason parfait de la pulsion de mort partout à l'oeuvre ici bas. Reconnaître l'existence d'un passé vis-à-vis duquel des évolutions normatives (positives ou non) ont eu lieu serait reconnaître l'existence d'un futur éventuel où les normes extrêmement contingentes d'aujourd'hui en matière de relations sociales, pourraient bien, elles aussi, avoir disparu. La normalité promue par une telle ≪intelligence≫ ne peut se permettre de tolérer l'Histoire sans risquer de reconnaître un mieux, un plus loin, ou, dans l'autre sens de la flèche du temps, un avant, débordant d'un mal désormais corrigé et sur la nature duquel l'humanité pourrait objectivement s'accorder. L'erreur n'est pas technique, et elle n'est pas une erreur. Dans le monde réel, les nazisme, fascisme, racisme, sexisme, patriarcat, obscurantisme mondialisés gagnent en effet partout du terrain, nourri d'un grand désir autoritaire généralisé, dont Google, X et compagnie se font déjà les hérauts progressistes, en fractionnant ce désir, en le métastasant, en l'acclimatant (ou l'≪indigénisant≫) à mesure que toute rationalité, toute prétention à la possibilité d'atteindre une vérité et une éthique universelles se trouvent, elles, davantage battues en brèche. Que le fascisme poutinien soit ainsi devenu le paradigme contemporain de l'anti-impérialisme tiers-mondiste et que, demain, il soit voué, sous ses divers avatars, à dominer le monde, montre assez l'inclusivité sans dehors de ce modèle politique, de ce nazisme à visage divers qui se retournera très bientôt contre ses idiots utiles.