lundi 16 mars 2026

In Memoriam (Habermas contre la Théorie Crtitique)


≪Le désaccord fondamental d'Habermas avec la théorie critique apparaît déjà dans le dicton de Horkheimer selon lequel les meilleurs "commentaires de l'humanité bourgeoise" auraient été formulés à travers la chronique des révoltes dans les maisons de redressement, par les insurrections populaires et les guerres coloniales (in L'État autoritaire, 1942). La théorie habermassienne fait abstraction de ces violations des droits de l'homme, ce qui fait son succès, sa prospérité et sa diffusion en temps normal. Tout se passe comme si la radicalité, la négativité critique et l'empirisme cru que la Théorie critique a déployés pour prendre en charge les barbaries humaines au milieu du siècle étaient trop encombrants pour la pensée de Habermas, qui aime organiser le monde de manière logique, raisonnable et pacifique. Heide Berndt, ancienne doctorante adornienne aussi méconnue qu'excellente, a exhumé la correspondance inédite Adorno-Horkheimer de 1958, où les fondateurs de l'École de Francfort tombent d'accord que l'impétrant Habermas se montre trop taraudé par des schèmes de pensée issus du marxisme dogmatique. Ironie de l'histoire, le jeune Jürgen trouve un point de chute à Marbourg dès 1959, chez le marxiste conseilliste Abendroth, qui encadre alors son habilitation devenue célèbre, publiée sous le titre L'espace public. Lorsque l'Institut de Francfort lui propose finalement de prendre sa direction, Habermas refuse. Il ne s'approprie pas un héritage qui ne lui appartient pas. La question de savoir s'il aurait agi en renégat, en traître ou en contre-révolutionnaire ne se pose pas. Ainsi il passe d'une acception assez classique du marxisme, considéré comme un dogme, à son rejet en bloc.

Dans la pensée habermassienne, les grands conflits, révolutions, guerres et violences sont systématiquement conjugués au passé, pas au futur antérieur, alors que la délibération raisonnée et l'éthique politique auraient vocation à organiser l'évolution sociale dans la durée. C'est la raison pour laquelle Steiner considère que le discours habermassien se base sur une "sociologie du village" (Kleinstadtsoziologie), où tout est ordonné, tout peut se discuter et tout peut s'arranger. Il est vrai que là où Adorno a connu la souffrance de l'exil, Habermas n'a connu que les derniers jours de la guerre, puis a grandi dans la prospérité à Gummersbach, étudié à Göttingen et à Bonn, villes moyennes plutôt provinciales. Lorsque Heide Berndt critique l'urbanisme en tant qu'idéologie, Habermas loue la ville comme espace d'autonomie. La pensée universelle s'accommode d'une mentalité tranquille. Là où Benjamin comprend que l'Histoire permet le pire au milieu du XXème siècle, Habermas théorise l'évolution sociale à partir du déploiement de la bourgeoisie éclairée au XVIIIème siècle. Là où Horkheimer mettait en garde contre les tendances autoritaires du capitalisme, Habermas décèle un développement vers la liberté individuelle. Là où Adorno avait montré le caractère régressif des mass-medias, Habermas voit la clé de la démocratisation. Marcuse s'indigne de l'appauvrissement psychique de l'homme moyen, de l'homme unidimensionnel, mais Habermas salue la démocratisation de l'information. Fromm s'alarmait des mutilations psychiques qui mènent à l'asservissement, Habermas se soucie avant tout de l'adhésion des citoyens au système. Lorsque Oskar Negt propose de partir de l'expérience prolétarienne, Habermas idéalise l'espace public bourgeois. Plus tard, Nancy Fraser critique la limitation sexiste de l'espace public, alors que Habermas part du potentiel libérateur de la bourgeoisie et de son public politique qui est alors exclusivement masculin. Le projet habermassien n'est pas de prolonger le programme de la Théorie critique, focalisée sur une émancipation de tous les sujets qui sont asservis, dominés ou méprisés dans le capitalisme global et son monde bureaucratique. Son projet est autre depuis le départ (...). 

La conceptualisation habermassienne de l'espace public bourgeois ne comporte aucune trace de la lutte pour l'abolition de l'esclavage, des répressions anti-prolétariennes ou des guerres coloniales, ni du mouvement des femmes pour sortir de la sphère domestique. [Habermas] se met à négocier le "tournant linguistique" et culturaliste en sciences humaines pour s'éloigner définitivement de la conceptualisation du travail, de la servitude et de la lutte. La clé de voûte de sa construction nouvelle est la théorie de l'agir communicationnel. La critique du travail salarié y cède la place à l'interaction, à la communication et à la délibération. Le conflit politique et la violence sont résorbés dans le jeu des systèmes monétaires, des administrations et la discussion publique. À la faveur de ces déplacements, il a rétabli les postulats d'Émile Durkheim à l'encontre de Marx et de la critique adornienne, la primauté de la morale et de l'État devant la lutte des classes, la sociologie traditionnelle contre la théorie critique. Alors qu’Adorno avait introduit la sociologie de Durkheim en langue allemande pour mieux l'exposer à la critique, Habermas y voit un modèle scientifique incontesté : le patriotisme constitutionnel, principe qui doit guider l'Europe post-nationale de demain, s'appuie sur l'adhésion morale à l'État tel que Durkheim l'imagine, sur une base à la fois libérale (contre l'intervention publique dans l'économie capitaliste) et institutionnelle (la démocratie à travers l'État et non à partir du peuple ou des citoyens en mouvement). Tout le projet européen, et tout son dilemme, réside dans ce choix sociologique fondamental. Alors que Adorno avait soulevé le caractère métaphysique du langage de Durkheim, qui parle d'une conscience collective mais ne tient jamais compte des citoyens particuliers, Habermas pense que le sociologue français est un appui dans sa théorie de l'agir communicationnel. C'est le choix de l'abstraction contre l'expérience vécue, de la morale contre le conflit, de la raison philosophique contre la grève sauvage, de l'État contre l'insurrection populaire (...). Habermas introduit une théorie sociale de l'évolution à l'encontre des conceptualisations conflictuelles de Marx, Benjamin Marcuse ou Castoriadis (...), prend position pour les pensées modérées ou conservatrices à l'encontre des critiques radicales que la théorie critique avait propulsées. De même qu'il relance Durkheim contre Marx, il préfère le libéralisme politique de Hannah Arendt au marxisme libertaire et conseilliste de son ancien directeur de thèse Abendroth, il recycle la sociologie américaine de Mead contre la sociologie critique et la dialectique négative d'Adorno, et préfère la théorie de la communication aux analyses empiriques qui donnent à voir les affres de la culture bourgeoise (...). Habermas ne suit jamais les pensées radicales, pas même celle de ses anciens mentors : Adorno aurait eu tort d'attaquer la sociologie traditionnelle et les mass médias, Horkheimer se serait trompé en associant développement capitaliste et potentiel fasciste, Abendroth aurait exagéré quand il conditionnait la liberté au socialisme. Habermas imagine la démocratie mondiale à la suite et au-delà de la philosophie cosmopolite de Kant, il théorise l'espace public bourgeois avec les constitutionnalistes libéraux, convoque le patriotisme constitutionnel avec Durkheim et pense la solidarité européenne en sollicitant la doctrine sociale de l'église catholique et de la social-démocratie historique. Il discute publiquement avec le cardinal Ratzinger (futur pape Benoît XVI), le chancelier Schröder et l'actuel vice-chancelier Gabriel pour faire avancer son projet. Il se bat contre toutes les transgressions du consensus républicain qui se veut universel, en formule la théorie et l'incarne en pratique. Son idéal est la République des savants, esquissée par Kant, au centre de laquelle il se voit lui-même, un peu comme ce vieux Hegel qui pensait que l'histoire universelle trouvait son point d'aboutissement à Berlin au dix-neuvième siècle, se confondant avec sa propre existence. Et cependant, il met en garde contre cette vue « totalisante de l'esprit, contre les ramifications de ce qu'il a appelé le "marxisme hégélien".≫

(Alexander Neumann, La théorie critique n'a pas dit son dernier mot, 2017)

lundi 9 mars 2026

Trumpostinobitchgoulagoskaiachtaine

≪Parce qu'à prononcer, vos noms
sont difficiles...≫

(Louis Aragon, L'affiche rouge)

dimanche 1 mars 2026

Les héros sont fatigués

Seum décolonial (détail)

«Il n’y a pas d’homosexuels en Iran.” C’est Ahmadinejad qui parle. Cette réplique m’a percé le cerveau. Je l’encadre et je l’admire. (…) Ahmadinejad, mon héros. (…) La Civilisation est indignée. (…) Et moi j’exulte. »

(Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous
Éditions de la Fabrique, 2016)

mercredi 21 janvier 2026

vendredi 16 janvier 2026

dimanche 4 janvier 2026

Dry January

samedi 4 octobre 2025

Broyer du noir


≪La Chine a annoncé ce 22 septembre 2025 le lancement d’une nouvelle campagne de surveillance d’Internet. Officiellement, il s’agit de lutter contre les contenus qui "attisent des émotions négatives" et "sèment le pessimisme". Mais en pratique, le texte vise aussi ceux qui critiquent la situation économique du pays : chômage, ralentissement, coût de la vie. Critiquer l’économie revient donc désormais directement à inciter au pessimisme. L’initiative fait suite à l’annonce en septembre de mesures disciplinaires contre des plateformes telles que Kuaishou (vidéos courtes), Weibo (microblogging) ou Xiaohongshu (une plateforme ressemblant à Instagram). La campagne vise les réseaux sociaux, les vidéos courtes et les plateformes de streaming en direct et comprend des "inspections approfondies" des sujets tendance, des recommandations de contenu et des sections commentaires sur les réseaux sociaux. Pour ce dernier point, le texte cite des exemples concrets comme : "travailler dur ne sert à rien" ou "l’éducation ne mène nulle part". Mais la formulation large ouvre la voie à l’interdiction de toute critique du marché du travail ou des politiques économiques.≫
(Numerama, 22 septembre 2025)

Prolos chinois au chômage, ou bossant vingt heures par jour et n'ayant pas pris de vacances depuis un siècle, on vous conseille donc la prudence. 
Le socialisme veille...

dimanche 21 septembre 2025

Bloquons tout !

Fête de l'inanité, 18 septembre 2025

Grâce aux efforts conjoints de l'intersyndicale, équipée de ses services d'ordre, et du Soviet Suprême de LFI, ayant efficacement signifié aux potentiels trouble-fêtes l'interdiction absolue de toute action offensive ces derniers jours, le mouvement Bloquons Tout ! se trouve, comme prévu, effectivement bloqué. Charge, maintenant, aux prolétaires d'attendre avec discipline les prochaines élections. À l'issue desquelles le Front républicain devrait, une fois encore, faire la démonstration de sa pertinence stratégique. Tout se passe conformément au plan. 
Venceremos !

samedi 20 septembre 2025

Affirmatif


« J'en suis arrivé à penser qu’en raison d’un certain nombre de circonstances historiques, être bon n’est plus une option en Israël. Tout est sali, pollué, contaminé. Et je ne dis pas ça parce que je me sens supérieur aux autres. À certains égards, je pense que c’est une expérience universelle. On ne peut plus regarder le monde aujourd’hui sans être choqué trois fois par jour. Et, par faiblesse ou lâcheté, on y consent. « Oui », c’est le mot du présent. Oui, j’y vais. Oui, j’accepte. Oui, j’en fais partie ».

(Nadav Lapid, Le Monde, 20 septembre 2025)

mercredi 27 août 2025

Quartiers Nord


Soso Maness en avait fait l'introduction de son morceau Mistral, en 2020. À l'origine, cette chanson avait été produite en 1982, dans la perspective de la prochaine Marche de l'égalité, par les enfants du collège Albert Camus et leur professeur de musique. 
Aux dernières nouvelles, le collège Albert Camus serait devenu une école de police. 
C'est ce qu'on appelle la continuité pédagogique.

lundi 25 août 2025

Été indien


dimanche 24 août 2025

lundi 18 août 2025

Never trust a hippy !

 

dimanche 17 août 2025

Tapis rouge

≪Quelle connerie, la guerre !≫
(Donald J. Trump)

vendredi 15 août 2025

Des vieux potes...

 

Un seul fascisme.
La même défaite. 
Gloire à l'Ukraine !

jeudi 3 juillet 2025

Réchauffement climatique : menace sur la biodiversité !

Ci-dessus : Mikhaïl Goudkov, ex-général, ex-commandant adjoint de la Marine russe, ex-chef de la 155ème division d'infanterie de marine, et malheureuse victime (hier soir) de l'Anthropocène. Rappelons que M. Goudkov avait été fait ≪Héros de la Russie≫ par M. Poutine en personne, en réaction aux accusations visant le premier, de crimes de guerre, tortures et atrocités systématiquement appliqués par sa glorieuse unité à l'encontre de prisonniers ukrainiens désarmés. Rappelons aussi que M. Goudkov mesurait 1,90 mètres. Ce qui pourrait expliquer le drame.

Les animaux de plus grande taille pourraient être davantage touchés par le changement climatique, ayant généralement besoin de plus grandes étendues d'habitat ininterrompu. 

(Emma Bryce, Live Science, 30-01-2023)

dimanche 22 juin 2025

Cérémonie des Césars

≪ Je tiens à remercier tout le monde, 
et en particulier Dieu. ≫ 

(Donald Trump, 
clôturant la fête de la Musique, 
USA, 
22 juin 2025)