mardi 1 septembre 2026

Les Damnés

≪Je crois que la moitié du monde, 
voire même les trois quarts, seront damnés pour le péché de paresse.≫
(Vincent de Paul, Sermons pour les missions de campagne)
  

mercredi 26 août 2026

Liberté, égalité, Bentham

On considère souvent que le principe ultime de l'utilitarisme consiste en la recherche du plaisir maximal pour le plus grand nombre : le critère de moralité d'une action ne résiderait pas, pour l'utilitariste, dans la correspondance de ladite action à quelque norme universelle, définie a priori par la raison, mais aux conséquences de l'action, jugées a posteriori plus bénéfiques que nuisibles à un maximum d'individus. Cela n'est pas faux, mais mériterait d'être précisé sous peine de trahir la richesse ambiguë d'une telle position philosophique. Mill ou Bentham, en effet, ne sont pas des épicuriens rabattant simplement le concept de bonheur sur le grossier contentement ≪animal≫ des sens. La maxime de Mill est, au reste, connue assurant qu'il vaut mieux être un homme insatisfait qu'un porc satisfait, mieux être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait (L'utilitarisme, 1861). Il semble que de manière implicite, et en dépit de son mépris pour le jusnaturalisme ou droit naturel (et sa conception de valeurs immanentes à l'être naturel-rationnel de l'Homme),   l'utilitarisme retrouve la notion de puissance, de potentialité humaine dans la critique adressée, ci-dessous, par Mill à l'asservissement des femmes. Dans ce texte célèbre, pionnier du féminisme masculin, ce que Mill défend, ce n'est en effet pas tant un très hypothétique Droit des femmes à l'égalité que la fin positive d'un empêchement réel mis à l'épanouissement de la puissance des femmes. Mill ne spécule pas sur l'égalité ou l'inégalité intellectuelle des femmes et des hommes, et c'est l'aspect le plus troublant de son texte : il demande simplement à voir, à pouvoir enfin, de manière pragmatique, lever tous les freins (d'ignorance, d'inertie et de tradition) à l'amélioration tant de la situation particulière d'une partie de l'humanité (sa condamnation de l'esclavage reposant sur le même principe) que de la connaissance théorique universelle découlant de celle-ci. En clair, pas de droits naturels à l'égalité, mais une exigence concrète de libération égale des potentialités, dans la perspective d'une utilité, ou d'un bonheur généralisés. La même ambiguïté existe chez Bentham, grand défenseur de l'émancipation des homosexuels, des esclaves, des animaux non-humains, etc, mais refusant cependant, dans cette noble entreprise, toute fiction≫ de quelque droit naturel à l'égalité ou à la dignité du vivant. En témoigne, par exemple, sa défense utilitariste de la torture, susceptible (à condition, selon lui, de bien l'employer !) d'améliorer la justice pénale, en termes d'efficacité (la peine d'enfermement carcéral ordinaire représentant, d'ailleurs, pour Bentham, une forme bien plus inutilement cruelle de torture que la torture ≪proprement≫ dite (et salement prodiguée...). 

En sorte que si Bentham ou Mill refusent clairement les postulats du droit naturel, on ne saurait néanmoins les présenter comme de purs positivistes juridiques, étant donné leur tendance invincible à réformer le droit tel qu'il est, c'est-à-dire, selon eux, largement irrationnel, inopérant, inefficace.
                 

***

« La loi de la force a toujours paru – à ceux qui ne pouvaient faire appel à aucune autre loi – le plus naturel de tous les fondements pour exercer leur autorité (...). Les esclavagistes du sud des États-Unis] n’ont-ils pas pris Dieu à témoin que la domination du Blanc sur le Noir était "naturelle" ? (...) [Et] quand on connaît un peu la vie au Moyen-Âge, on s'aperçoit que la domination de la noblesse féodale sur les hommes de basse condition apparaissait tout à fait naturelle aux nobles eux-mêmes. Qu'une personne de la classe inférieure réclamât l'égalité avec eux (voire le droit d'exercer sur eux son autorité) leur paraissait une idée contre nature, et c'était aussi – à peu de choses près – l'opinion de la classe soumise. Les serfs et les bourgeois émancipés, même dans leurs luttes les plus farouches, n'ont jamais prétendu à une part d'autorité : ils réclamaient seulement une limitation plus ou moins grande du pouvoir des tyrans. Tant il est vrai que "contre nature" signifie généralement "inhabituel", et que tout ce qui est habituel paraît naturel. La soumission des femmes aux hommes étant une coutume universelle, tout ce qui s'en éloigne apparaît tout naturellement contre nature, mais l'expérience montre à quel point, dans ce cas comme dans tant d'autres, le sentiment commun dépend de la coutume (...). 
Certains pourront prétendre que la domination des hommes sur les femmes diffère de tous ces autres exemples, en disant que ce n'est pas une domination par la force : qu’elle est acceptée volontairement, que les femmes ne s'en plaignent pas et y consentent. D'abord, il convient de répondre à cela qu'un grand nombre de femmes ne l'acceptent pas (...). Il ne manque jamais de femmes pour se plaindre d'être maltraitées par leur mari. Et il y en aurait infiniment plus si les plaintes de cette sorte n’entraînaient un redoublement de mauvais traitements (...). [Mais, par ailleurs], les femmes se trouvent dans une position différente des autres classes soumises, dans la mesure où leur maître, en l'espèce, n'exige pas simplement qu'elles les servent. Les hommes ne veulent pas seulement l’obéissance des femmes, ils veulent en outre être maîtres de leurs sentiments (...) et orientent dans cette direction précise toute la force de l'éducation. Toutes les femmes sont élevées dès leur plus jeune âge dans la conviction que le caractère idéal pour une femme est exactement à l'opposé de celui de l'homme : on leur apprend à renoncer à leur volonté et à leur responsabilité pour se soumettre à la volonté d'autrui. (...). Il est évident que les autres esclavages que l'humanité a réussi à briser existeraient encore aujourd'hui si l'on avait disposé d'un moyen identique de soumettre les esprits et si on l'avait utilisé avec autant d'empressement. »

(John Stuart Mill, L’asservissement des femmes, Chapitre premier, 1869)

jeudi 6 août 2026

Le vampire du Borinage (Rest in Peace)

(Raoul Vaneigem,
1934-2026)

jeudi 23 juillet 2026

jeudi 25 juin 2026

dimanche 21 juin 2026

Alerte canicule !

lundi 15 juin 2026

Russian Windows 26

(No Pasaran ! en Ukraine. Du coup, Pasaran ! par la fenêtre.
Simple. Mais il fallait y penser...)

Triste nouvelle. Nous apprenons, ce jour, via les médias officiels de la Fédération de Russie, la mort tragique du très regretté Oleg Sokolenko, colonel des Forces Armées Russes, et commissaire militaire des districts de Pervomaysky et Proletarsky (sic ! ça doit sans doute avoir un lien avec la notion archaïque de prolétariat). La victime aurait succombé à une chute depuis la fenêtre de son appartement, situé au dixième étage, ce qui fait haut, tout de même (même pour un parachutiste d'élite). D'après la presse russe, le suicide ne fait aucun doute, M. Sokolenko ayant d'ailleurs laissé un message en ce sens, à l'attention du public. Selon nos propres calculs (d'une précision professionnelle à faire pâlir d'envie le Mossad et le FSB réunis), il s'agit, en tout cas, du 512ème haut responsable de l'État russe poutinien (toutes corporations confondues) à décéder ainsi (défenestré) depuis l'invasion de l'Ukraine, au début de l'année 2022. C'est beaucoup, et c'est ballot, finalement : les architectes russes spécialisés ne pourraient-ils, au fond, se contenter de loger systématiquement la fine fleur militaire de leur pays (présente et future) au rez-de-chaussée, avec vue et accès direct au jardin et tout ce qui s'ensuit, histoire de les récompenser enfin dignement, à la hauteur (oserions-nous dire) de ses glorieux états de services antinazis, anti-Otan, anti-LGBT ou décadence occidentale, etc ? Ne pourrait-on soupçonner (et incriminer) là quelque corruption structurelle à tous les étages
Il est vrai que, dans le même temps, 5219 autres morts violentes auront été recensées, concernant le même cheptel de hauts gradés en tout genre du même complexe militaro-industriel, mais étrangement davantage liées, elles, à la consommation de thé non-homologué, voire d'infusions traditionnelles bouriates ou daghestanaises à base de sang de renne ou de bave de crapaud venimeux mal stérilisée. L'imprudence personnelle, de fait, ne serait-elle pas ici tout simplement en question ?
En cette affaire comme en tant d'autres, ainsi que le rappelait récemment le sage Dimitri Peskov, porte-parole du Kremlin : «gare aux théories du complot !». Le sceptique écossais David Hume le rappelait déjà en son temps : établir quelque lien de causalité que ce soit entre deux évènements relève vraiment, par principe, de la gageure, fenêtre ou pas... 
Aucune importance. L'essentiel, camarades ! restant bel et bien la lutte démocratique anti-impérialiste et antinazie qui, en Ukraine, n'en doutons pas un traître instant, se déroule entièrement suivant le plan... 
       
Et un Oreshnik, un !

samedi 13 juin 2026

Hume ! (c'est de l'écossais...)


On sous-estime toujours la légèreté, à mesure que la gravité constitue, elle, ≪le bonheur des imbéciles≫ (selon le mot attribué à Montesquieu). Prenez le scepticisme d'un David Hume, par exemple : venant d'un mondain tel que lui, amateur de conversations, de salons, de banquets partagés entre membres distingués (et des deux sexes) de l'aristocratie éclairée, ce scepticisme ne pouvait être pris au sérieux. À dire vrai, Hume lui-même encourage volontiers une telle lecture, insistant sur le caractère purement spirituel, ludique ou, en tout cas, sans enjeu pratique, au quotidien, d'une mise en question du principe de causalité, entre autres exemples de fondements de la légitimité scientifique. Une conjonction dans le temps (une succession), perçue par les sens, des évènements A et B, ne fait certes pas une connexion logique entre ces deux phénomènes. Le fait d'appeler le premier la cause du second ne relèverait au fond que de l'habitude (custom), et d'une certaine tendance irrépressible qu'aurait l'esprit de dépasser le donné expérimental pour le fonder métaphysiquement. En vérité, tout cela est très profond et Hume est, en dépit de ses protestations, un authentique sceptique, affilié à ce courant philosophique millénaire. Mais il y a plus, encore. Ladite profondeur touche même, çà et là, au pessimisme le plus désabusé, contrariant donc en apparence totalement cette légèreté mondaine par ailleurs revendiquée. C'est ainsi que nos lecteurs retrouveront, dans l'extrait ci-dessous, du Schopenhauer, mâtiné de Simmel, sous la plume de ce légendaire sceptique bourgeois d'après-dîner, seulement≫. Le paradoxe tragique étant, en effet, que si le malheur de l'Homme procède de sa sensibilité supérieure aux chocs et aux scandales de l'existence, le bonheur serait alors une chose de bien peu de prix, puisque imposant une grossièreté, une rusticité de tout l'appareil sensible, apte à tout encaisser sans regimber. Le bonheur, au prix de ne rien sentir. Simmel décrit ainsi l'apparition historique de la figure du blasé contemporain des mégapoles (Berlin ou Paris), soumis à une décharge sensorielle permanente (bruits et stimulations visuelles, d'origine électrique, en tous genres, odeurs fortes et envahissantes, etc) et contraint, pour se préserver de celle-ci, de fermer les écoutilles, de se blinder, de renoncer à se laisser aller à sentir, ou forcé de remonter indéfiniment, tel un toxicomane, son seuil de tolérance perceptif. Bref, la sensibilité, loin d'être un transcendantal, serait un pur produit social et historique. Et un bonheur impliquant l'adjonction d'une carapace sensorielle (d'une cuirasse émotionnelle, préciseraient certains psychanalystes appliqués) ne vaudrait pas grand-chose. En matière de légèreté, nous direz-vous, on repassera. Pour nous, nous n'en cherchons pas d'autre. Et, d'ailleurs, de plus en plus avec le temps, nous ne cherchons rien d'autre.

***
«Tous les biens de la vie réunis ne suffiraient pas à produire un homme très heureux ; tous les maux réunis feraient, en revanche et sans aucun doute, un individu très misérable. Presque n’importe lequel de ces maux (et qui peut prétendre être libéré de tous ?), voire l’absence d’un seul de ces biens (et qui peut prétendre tous les posséder ?) suffit à rendre la vie peu désirable. Si un étranger venait à débarquer tout à coup dans ce monde, je lui montrerais, comme modèles de semblables maux : un hôpital rempli de maladies, une prison encombrée de malfaiteurs et de débiteurs, une scène de guerre recouverte de cadavres, une flotte entière de navires coulant dans l’océan, une nation souffrant sous la tyrannie, la famine ou la peste. Et pour lui présenter le côté joyeux de la vie, et pour lui donner une idée de ses plaisirs, où le conduirais-je ? Au bal ? à l’Opéra ? à la Cour des Rois ? Cet étranger pourrait alors légitimement penser que je n’ai fait que lui montrer divers spectacles de détresse et de chagrin. Il n’y a pas moyen d’esquiver de si frappants exemples, sauf par des justifications qui ne feront qu’aggraver l’accusation. Pourquoi ? (je le demande), tous les hommes, à toutes époques, se sont-ils plaints sans cesse des misères de la vie ? 
– Ces hommes en question n’ont pas de bonne raison (me répondra alors quelqu’un) : ces plaintes ne proviennent que de leur tendance au mécontentement ou à l’inquiétude. 
– Mais dans ce cas (répondrai-je alors), peut-on trouver justement une cause de malheur plus nécessaire qu’un tel infortuné tempérament ? 
– Mais s’ils étaient réellement aussi malheureux qu’ils le prétendent (répondra mon contradicteur), pourquoi alors demeurent-ils en vie malgré tout ? 
– Voilà (répliquerai-je alors, moi) la secrète chaîne qui nous tient en esclavage : nous sommes engagés par terreur, non par séduction, à persister dans notre existence.
 – Ce n’est qu’une fausse délicatesse (pourra insister mon interlocuteur) dans laquelle se complaît un petit nombre d’esprits raffinés. Ceux-là ont ensuite répandu leurs plaintes parmi la race humaine tout entière.
– Et qu’est-ce (demanderai-je alors) que cette «délicatesse» que vous accusez là ? Est-ce autre chose, en vérité, qu’une sensibilité plus grande à tous les plaisirs et à toutes les peines de la vie ? Et si l’être humain porteur d’un tel tempérament, à savoir : délicat et raffiné, du fait même qu’il est plus vivant que le reste du monde n’en est que plus malheureux, alors quel jugement devons-nous porter, en général, sur la vie humaine ? »

(David Hume, Dialogues sur la religion naturelle, Dixième partie)     

dimanche 31 mai 2026

Le réalisme : intégrité morale de l'artiste

«Il est un enseignement important de l'art véritable qui est de nous apprendre à pouvoir regarder et aimer les choses réelles sans nous en emparer ni nous en servir, sans les assimiler à l'organisme vorace du moi. Cet exercice de détachement est difficile et précieux, quel qu'en soit l'objet : être humain, racine d'un arbre, vibration d'une couleur ou d'un son. La contemplation non sentimentale de la nature manifeste la même qualité de détachement : les préoccupations égotistes se dissipent, rien n'existe plus que les choses qui sont vues. Le Beau est l'attracteur de cette espèce particulière d'attention désintéressée. Le rôle, pour l'artiste et pour le spectateur, de l'exactitude et de la juste vision est ici évident : une attention libre de sentiments, détachée, désintéressé et objective. Il devrait être clair que c'est le même genre de vision qui est exigée dans les situations morales. Ce que je voudrais faire comprendre, c'est que l'autorité du Bien nous apparaît nécessaire, car le réalisme (c'est-à-dire l'aptitude à percevoir la réalité) exigé pour être soi-même bon est une forme d'aptitude intellectuelle à percevoir ce qui est vrai, et par là même : à anéantir le moi. La nécessité du bien n'est alors qu'un aspect du type de nécessité impliquée par n'importe quelle technique visant à l'établissement d'un fait. Si l'on traite ainsi le réalisme, chez l'artiste et chez tout autre agent humain, comme une conquête morale, il faut alors admettre une proposition auxiliaire, propre au domaine moral : que la vision véridique est l'occasion d'une bonne conduite. Plus on saisit autrui dans ses caractères distinctifs, et dans sa différence, plus on découvre en l'autre des besoins et des désirs avec leurs exigences propres, plus il devient difficile de traiter la personne comme une chose.»

(Iris Murdoch, La souveraineté du bien
II : De « Dieu » et du « Bien ») 

jeudi 21 mai 2026

vendredi 15 mai 2026

Avantage : Lens




vendredi 8 mai 2026

mercredi 29 avril 2026

De la démocratie (avec beaucoup d'organes des sens)


«Faut-il que ce soit seulement les gens honnêtes qui possèdent le pouvoir souverain sur tous les autres ? Dans ce cas, tous les autres seront nécessairement privés des honneurs publics et des fonctions politiques (...). 

Vaut-il plutôt mieux que ce soit un seul individu (le plus vertueux d’entre eux) qui gouverne ? (...). Il pourrait sembler, de manière générale, que donner la souveraineté à un homme et non à la loi est mauvais, puisque l’âme de cet homme est sujette aux passions. Mais si l'on donne la souveraineté à la loi, quelle différence cela fera-t-il que cette loi soit oligarchique ou démocratique ? (...). 

Dire qu’il faut que la masse des citoyens soit souveraine plutôt que seulement les meilleurs d’entre eux (mais qui sont peu nombreux), cela semblerait apporter une solution qui, certes ! pose des problèmes, mais comporte aussi sans doute du vrai. Car il est possible que de nombreux individus dont aucun – considéré isolé – n'est un homme vertueux, dès que ces individus s'assemblent soient pourtant meilleurs que "les meilleurs" dont il a été question : meilleurs non pas individuellement, mais collectivement, exactement comme les repas collectifs sont meilleurs que les repas organisés aux frais d'une seule personne. Comme ils sont nombreux, en effet, chacun possède alors une part d'excellence et de prudence, et quand les gens se sont mis ensemble, de même que cela donne une sorte d'homme unique aux multiples pieds, aux multiples mains et avec beaucoup d'organes des sens, de même en est-il aussi pour les qualités morales et intellectuelles. C'est aussi pourquoi la multitude est meilleur juge en ce qui concerne aussi bien les arts que les poètes.≫

(Aristote, Les Politiques, III, 11)

***
N.B : Pour celles et ceux que la défense épistémique de la démocratie intéresse (en tant que système générant, par la liberté de discussion qu'il implique, une intelligence collective supérieure à l'intelligence de l'expert isolé), ils se reporteront à cet excellent article de Gweltaz Guyomarc’h qui reprend et commente le célèbre passage du livre 3, chapitre 11, des Politiques.   

vendredi 24 avril 2026

≪ pour le travail, l’éthique et la fraternité ⋙

Ousmane Sonko, anti-impérialiste et anti-fiottes, ces jours-ci.

Aux parlementaires sénégalais auxquels il annonçait, le 26 février, un doublement des peines de prison contre les homosexuels, le chef du gouvernement, Ousmane Sonko, avait fait cet aveu troublant : «C’est la première loi que j’ai déposée, moi-même, à l’Assemblée nationale.»
La première depuis la victoire de son mouvement des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), deux ans plus tôt. C’est peu.

(Le Monde, 23 avril 2026)

lundi 13 avril 2026

Haza !

 

dimanche 12 avril 2026

Sigismond le chevelu (en direct d'Autriche-Hongrie)

(Un pathos universaliste s'est glissé dans cette image. Sauras-tu le reconnaître pour ce qu'il est ? Non ? Normal : tu es un gros con d'électeur pro-russe transcendantal)  

*
≪L'homme est vicissitude, c'est Hérodote qui le dit, mais une idée l'est aussi – ici, l'idée d'empire. Au cours des siècles, en fonction de l'évolution historique, le contenu même de cette idée a changé ; et plus l'empire est privé de tout poids politique réel (qu'il soit mis hors jeu par la puissance autonome des princes ou qu'il se trouve soumis aux intérêts dynastiques, comme ce fut le cas avec les Habsbourg), plus s'affirme, presque à titre de compensation, un pathos universaliste de cette idée d'empire, recouvrant un vide ou une crise de pouvoir (...). Le pathos de l'empire est celui d'une absence, de ce déséquilibre entre la grandeur et l'idée et la pauvreté du réel que D'Annunzio a mis en scène dans le destin de Sigismond le chevelu≫.

(Claudio Magris, Danube)

samedi 11 avril 2026

Des villes mortes (1981)


C'était juste histoire de préciser (à l'attention des cons de gauchistes progressistes qui nous lisent encore - c'est dire s'ils sont cons - et que nous conchions strictement autant que les droitards débiles de toutes obédiences) qu'au final, les choses, si on y réfléchit une seconde, eh ben elles changent pas tellement, finalement, les choses.
Dans les villes. 
Dans ton monde, et dans ta vie de merde, à toi.
Alors, profite, du coup.
Parce que, paradoxalement, ça risque de pas durer, en ce qui te concerne, un paradis pareil. 

dimanche 22 mars 2026

Des villes mortes


L'enfer n'a pas d'ailleurs. Paris est mort. Marseille est mort. Lille ou Toulouse sont morts. Toutes leurs banlieues le sont aussi, comme leurs péri-urbanités débiles, qui refoulent grave le cadavre, à un point tel que ça en devient gênant. Saint-Denis n'est ni une ville d'⋞insoumis≫ (quelle plaisanterie ! insoumis à qui et à quoi ? à Poutine ou à Xi Jinping ?), ni seulement une ville de petit-bourgeois gentrifiés dégueulasses (votant Hanotin, cette merde ridicule) : c'est surtout une ville de zombies, prolétaires ou pas (quelle importance, pour un zombie ?). Le seizième arrondissement de Paris empeste la fosse commune versaillaise, parfumée à la finance internationale masculiniste. La Courneuve, la pauvre ! est presque aussi repoussante, en ses laideurs et pestilences inépuisables, que les quartiers riches faisandés de Bordeaux ou Lyon, où de gentils Quentin-coeur-sur-la-main s'affrontent à d'angéliques Raphaël-Vérité-Justice, se lynchant, plutôt, à terre, alternativement, et en bonne intelligence, histoire de se partager ce territoire qui pue. Et que nous leur abandonnons bien volontiers.