vendredi 27 octobre 2023
Et ma diagonale du vide, c'est du poulet ?
vendredi 18 novembre 2022
L'hiver du siècle
dimanche 28 août 2022
mercredi 3 août 2022
Libertés formelles, libertés réelles
(in Jacques Bellon, Le droit soviétique, 1963)
***
≪Le droit, dans son expression institutionnelle (les tribunaux, avec leur théâtre de classe et leurs procédures de classe) ou dans son personnel (les juges, les avocats, les justices de paix), peut être très facilement assimilé aux institutions et aux agents de la classe dirigeante. Mais tout ce qui est contenu dans ≪le droit≫ n'est pas subsumé dans ces institutions. Le droit peut aussi être considéré comme une idéologie, c'est-à-dire comme un ensemble de règles et de sanctions particulières qui sont dans un rapport actif et défini (souvent champ de conflit) avec les normes sociales ; enfin, il peut être considéré en fonction de sa logique, de ses règles et de ses procédures propres, c'est-à-dire simplement, en tant que droit. Et il est impossible de concevoir une société complexe sans droit.
Par ailleurs, si nous examinons de près ce contexte agraire, la distinction entre le droit, d'un côté, conçu comme élément d'une ≪superstructure≫, et les réalités des rapports de force et de production, de l'autre, devient de plus en plus intenable. Car le droit était souvent la définition d'une pratique agraire réelle, observée ≪depuis des temps immémoriaux≫. Comment pouvons-nous distinguer entre l'activité extractive ou agricole et les droits sur telle ou telle carrière ou parcelle de terre ? Le fermier ou l'habitant de la forêt, dans son activité quotidienne, évoluait au sein des structures visibles ou invisibles du droit : la borne qui marquait la division entre des lopins de terre ; le vieux chêne — où , aux Rogations (4), l'on se rendait en procession — qui marquait les limites du pâturage paroissial ; ces autres souvenirs impalpables (mais puissants et dont on pouvait parfois obtenir le respect au moyen du droit) quant au fait de savoir si telle ou telle paroisse avait ou non le droit de prélever de la tourbe sur telle ou telle friche ; ce coutumier, écrit ou non, qui décidait du nombre de parts de terres communes et de leurs attributaires — les copyholders et les freeholders seulement, ou tous les habitants ?
Le ≪droit≫ était donc profondément imbriqué dans la base même des rapports de production, qui, sans lui, auraient été inopérants. En outre, ce droit, en tant que définition ou en tant que règle (règle et définition dont les formes institutionnelles légales ne permettaient d'assurer le respect que de façon imparfaite), s'appuyait sur des normes qui se transmettaient avec obstination à travers la collectivité. Il y avait des normes concurrentes ; c'était un terrain non de consensus mais de conflit. On ne peut donc pas se contenter de désigner la totalité du droit simplement comme une idéologie et l'assimiler entièrement à l'appareil d'État d'une classe dirigeante≫.
(Edward P. Thompson, La guerre des forêts, 1977)
Notes
1) En 1723, le Parlement anglais adopte la loi dite du Black Act, qui punit de pendaison le braconnage des cerfs dans les forêts royales et les parcs seigneuriaux. La peine de mort est bientôt étendue au simple fait de venir y ramasser du bois ou de la tourbe.
mercredi 22 septembre 2021
La vie sensible
Il y a dans toute cette vogue philosophique de la pureté du vivant, de la vie à défendre comme vie, de la vie sensible, etc, outre l'anti-intellectualisme universitaire conjoncturel dont elle procède, quelque chose de plus substantiellement navrant au plan critique : l'absence de ce pessimisme bien trempé devant toujours, à notre goût, faire écho, chez le penseur valable, au très inamovible, pour ne pas dire presque transcendantal maintien de la société de classes, avec ses barbaries afférentes, réactionnaires ou progressistes. Morizot peut bien ainsi nous parler, avec talent et inspiration, des pisteurs de brousse africains et puis de la vie sauvage et de toutes les nouvelles alliances stratégiques que cette vie sauvage, à condition de la saisir comme telle, pourrait susciter, etc ; Renaud Garcia (que nous aimons beaucoup) pourra bien fustiger, avec toute cette énergie indéniable que nous avons désappris d'envier au spectre des militants actuels, le «catastrophisme collapsologique» ambiant, c'est hélas ! ce dernier qui nous paraît avoir raison, et conserver pour lui la force imparable du dernier râle désespéré et inarticulé. Ni l'un ni l'autre de ces auteurs intéressants, par manque de réalisme, sans doute, ni aucun de ceux ou celles qui leur ressemblent, les lisent, et les apprécient, au point de se battre et de souffrir avec courage pour cette Nature qui se défend, ne nous semblent en veine d'effectivité. C'est le désastre qui a la main, partout. C'est lui qui la conservera vraisemblablement jusqu'au bout, à force de n'être pas compris, ce désastre, précisément comme tendance vitale, purement vivante et naturelle. À force que raison et nature fusionnent et se battent au sein de l'homme même. À force que les gens, qui sont des êtres rationnels, aiment de ce fait même, d'un enthousiasme vital, ce désastre et désirent, au plus profond d'eux-mêmes, avec la dernière excitation, qu'il aille à son terme et remplisse sa mission tragique.
samedi 7 août 2021
Panthère nébuleuse (Neofelis nebulosa)
jeudi 20 août 2020
« Qu'est-ce que ça veut dire d'être une chauve-souris ? »

(Dominique Lestel, «De Jakob von Uexküll à la biosémiotique»)
mardi 11 août 2020
Critique de la faculté de juger téléologique

mardi 9 juin 2020
Les Guerres d'Indochine de Khubilaï Khan (7) T'y penses toujours, à l'Indochine...
En 1986, Taï Luc, chanteur de La Souris Déglinguée, n'était pas encore le grand spécialiste universitaire de la linguistique Tay qu'il deviendrait bientôt. Ça ne l'empêchait certes pas de penser, toujours, à l'Indochine. Sept siècles très exactement plus tôt, Khubilaï Khan, était quant à lui déjà l'Empereur de toute la Chine, mais ne pouvait davantage décrocher. C'en était même devenu une véritable obsession. Et pour cause : par deux fois déjà (1258 puis 1285 ― voir nos épisodes précédents), au Đại Việt et au Champa, ses armées y avaient connu d'humiliantes défaites, lors même qu'elles faisaient trembler, et avaient soumis, une grande partie du reste de l'Asie. Y en a certains, faut vraiment qu'ils arrêtent. Mais que voulez-vous ! Le produit (le Pouvoir) est bon, quoique tellement fort et dangereux sous couvert d'émollience. Il fait voir les choses autrement, trop périlleusement sans doute. Il donne la fièvre. Il fait oublier qui l'on est au juste, d'où l'on venait et pour y faire quoi, et puis les forces ou capacités spéciales, d'analyse, d'intelligence et d'adaptation qui étaient, à ce titre, et dans ce but déjà oublié, les nôtres. Khubilaï pensa ainsi jusqu'au bout à cette Indochine orientale qui se dérobait à lui, à moins que ce ne fût l'Indochine qui le pensa en définitive (de même que le papillon rêvait peut-être, en définitive, le fameux sage de l'histoire). Elle le perdit, en tout cas, comme stratège de pointe, de même que la Chine impériale (étape préliminaire du processus) l'avait auparavant digéré comme Mongol nomade, recrachant ensuite très loin de lui la puissance d'intuition pastorale ayant jadis été la sienne.
Fin 1287, Toghan franchit à nouveau la frontière à Lạng Sơn, à la tête d'une armée de terre de 500 000 hommes épaulée, si l'on en croit les annales officielles Việt, d'une flotte de 620 jonques de guerre. D'après Lê Thành Khôi (cf son Histoire du Vietnam des origines à 1858, p. 188), le nombre de fantassins Yuan pourrait plus modestement être évalué autour de 100 000. L'idée est donc, cette fois, de mener conjointement les opérations sur terre et mer, et de prendre en tenaille les Trần entre le nord du bassin du Fleuve Rouge et la baie d'Hạ Long. C'est justement là, à Vân Đồn, près de l'actuelle Hong Gai, qu'une flotte de ravitaillement mongole se fait surprendre par le général Trần Khánh Dư, qui prive ainsi, d'entrée de jeu, l'armée Yuan d'une énorme quantité de matériels, de vivres et de combattants. Les prisonniers sont relâchés, en sorte que la nouvelle de leur défaite démoralise un peu plus Toghan, déjà soumis, dans les terres, aux rigueurs du climat et de la guérilla (id., p. 189). Le général mongol ne tarde d'ailleurs pas à ordonner la retraite générale. Et pour ce qui concerne la partie navale de celle-ci, il est prévu qu'elle s'effectue via l'estuaire de Bạch Đằng, bras septentrional du delta du Fleuve Rouge.
(Ci-dessus : Situation générale de la zone de Bạch Đằng. Sur la carte de droite, la croix noire sur fond rouge situe approximativement le lieu de l'engagement décisif).
C'est alors que, renouant avec un stratagème qui avait déjà fait ses preuves contre les Chinois trois siècles auparavant, le général Trần Hưng Đạo fait truffer le Bạch Đằng (précisément au croisement actuel des rivières Chanh et Nam et du cours principal de l'estuaire) de gigantesques pieux acérés généreusement garnis de pointes de métal (voir l'image ci-dessous).

À marée haute, la marine mongole passe au-dessus des champs de pieux (invisibles), provoquée par une flotille Việt insolente qui invite l'ennemi à se lancer à sa poursuite en remontant l'estuaire. À marée basse, les Việt font soudain volte-face et contre-attaquent avec violence, faisant refluer en désordre les navires Yuan, qui s'encastrent sur les pieux, se disloquent et coulent.
Notre vieille connaissance, le général Omar (O-ma-nhi, pour les Việt) est fait prisonnier. Il sera, immédiatement après, victime d'un très étrange accident maritime (et plus vraisemblablement exécuté discrètement, par noyade, les Trần lui reprochant depuis la guerre précédente de 1285 un certain nombre d'atrocités gratuites commises sur les champs de bataille). 100 jonques sont détruites, 400 autres capturées.
Dans la foulée, le roi Trần Nhân Tông, en position de force pour négocier, envoie à Pékin une mission chargée du port du tribut. Puis, dès l'année suivante, en 1289, il relâche tous ses prisonniers. Il semblerait alors que Khubilaï se soit lassé de ces dernières déconvenues militaires et qu'il ait accepté faute de mieux le tribut Trần. Mais il semble en même temps (comme dirait l'autre crétin) qu'il préparait encore au moment de sa mort, en 1294, une nouvelle expédition contre le Đại Việt, et que ce dernier projet n'ait été ajourné que par son petit-fils Timür, qui lui succéda (1295-1307) sur le trône impérial. La guerre interlignage faisait alors toujours rage entre les descendants de Gengis Khan. L'ögödeïde (c'est-à-dire : descendant d'Ögödeï, troisième fils de Gengis Khan) Qaidou menaçant depuis 1275 la suprématie du Khan de Chine (Khubilaï est issu, lui, de la lignée de Tolui, plus jeune fils de Gengis Khan), il appartenait à Timür de continuer contre lui la lutte intrafamiliale cruciale que son grand-père n'avait pu achever. Les sources s'accordent en tout cas à présenter comme durablement pacifiées, voire même amicales, les relations que le Đại Việt et la Cour mongole entretiendront désormais (voir là-dessus, entre autres références modernes, Grousset, L'empire des steppes, op. cit., p. 358, et le stalinien Nguyễn Khắc Viện, Viêtnam, une longue histoire, op. cit., p.50).

ÉPILOGUE
Lorsqu'en 1292-93, Khubilaï lança contre Java une grande expédition navale (qui devait d'ailleurs échouer lamentablement, les unités Yuan se trouvant forcées de réembarquer en catastrophe, trahies qu'elles furent par Raden Vidjaya, précédemment leur allié dans la lutte contre un premier adversaire, et futur fondateur de la l'Empire de Madjapahit), il était sans doute formellement le «maître des côtes de l'Indochine», comme l'écrit Jean-Paul Roux, dans son Histoire de l'Empire mongol (p. 389). Mais à quel genre de «maître» exactement interdit-on, comme le firent alors les Cham, un libre accès à ses propres terres ? «Au moment de l'expédition punitive contre Java en 1292, note ainsi D.G. Hall, les Cham veillèrent à ce que les éléments composant la flotte mongole descendent le long de leurs côtes sans jamais débarquer sur leur territoire» (in A History of South-East Asia, p. 208). Comparons une telle situation à celle en vigueur à la même époque dans d'autres possessions de l'Empire : en Corée, par exemple. Celle-ci ne «fut plus dès lors (les années 1260) qu'une province mongole sous des rois indigènes. Ceux-ci, mariés à des Mongoles, fils de mères mongoles, conseillés par des résidents mongols, étaient, au bon plaisir du Khan, appelés à Pékin, exilés, déposés. Ils parlaient la langue, portaient le costume des Yuan, ils n'avaient plus rien de coréen» (Courant, cité par Grousset, in L'Empire des steppes, op. cit., p. 356). De fait, la résonance très contemporaine de l'emploi par Grousset du terme d'«expéditions coloniales» pour qualifier l'intervention khubilaïde en Asie du Sud-Est est impressionnante. Qu'on rapine, ou qu'on défende ensuite le fruit de sa rapine, il s'agit toujours dans une expédition coloniale d'assujettir des populations radicalement différentes et hostiles, tentées ou pas d'assumer un quelconque «destin national», une souveraineté formelle rien moins qu'automatique. Le piquant de la chose est qu'un tel désir, frappant d'abord les «élites» bourgeoises et lettrées de ces populations (le camarade Ngô Văn a écrit, pour ce qui est du Vietnam, des pages fort éclairantes à ce sujet), ledit désir se voit immanquablement exacerbé et diffusé par la réalité insupportable de la pression et/ou de l'occupation étrangères. Voilà ce que Khubilaï, au nom de la domination chinoise sur cette partie de l'Asie, qu'il prétendait assumer, dut affronter au Champa, au Đại Việt, chez les Birmans ou les Shan.
Autant de difficultés, voire d'échecs, certainement. Autant aussi, justement, de poids et d'influence durables sur la recomposition régionale concernant ces zones. La terre birmane revient bientôt aux Tay, l'Indonésie change de maître, le Đại Việt et le Champa, ennemis pourtant irréductibles, se réconcilient quelque temps sur le dos des Yuan, passant pour la première fois des alliances matrimoniales au sommet : La princesse Huyền Trân est ainsi promise en 1301 par Trần Nhân Tông à Chế Mân (l'ex-prince résistant Cham Harijit) au grand dam de la partie la plus xénophobe de la noblesse et des lettrés, dénonçant l'union d'une Việt et d'un «barbare». Le Champa cède même deux districts aux Việt, au nord du Col des Nuages, ce qui ― pour installer présentement la paix ― ne manquera pas, plus tard, de déclencher la guerre.
Autant de conséquences, directes ou indirectes, de la présence mongole en Chine du Sud, puisque la victoire de Khubilaï sur celle-ci impliquait dialectiquement que ce dernier se soumît à elle, que la Chine absorbe en quelque sorte le négatif mongol (pastoral) s'exerçant d'abord offensivement sur sa civilisation sédentaire, agricole, centralisée et bureaucratique. Des armées chinoises, ou au moins sino-mongoles (comme l'indiquent toutes les sources), voire même sino-coréennes, voilà ce qui déferla sur l'Indochine comme sur le Japon, avec le même (manque de) succès militaire à long terme mais un même impact diplomatique : l'influence maintenue d'un Empire Chinois, unifié, pour la deuxième fois de son histoire, et cette fois à la faveur d'une invasion étrangère, «barbare». L'Histoire, comme dirait Hegel, et n'en déplaise à tous les nationalistes de l'univers (aux staliniens chinois actuels, en particulier) a parfois de ces ruses et de ces ironies. Le temps de Khubilaï ne fut donc certainement pas pour la Chine le temps de l'éclipse hors de ses frontières terrestres. Et les Ming, sitôt remis en selle, à la chute finale des Mongols, auront beau jeu de repartir à l'assaut du Đại Việt. Ils s'y casseront d'ailleurs, eux aussi, les dents.
En ce qui concerne la figure singulière de Khubilaï elle-même, les contretemps indochinois susmentionnés ne sauraient faire oublier sa double réussite essentielle, à savoir la maîtrise totale en Chine et, presque totale, sur les siens. Arik-Böke, le premier frère lésé (voir les premiers épisodes), puis Qaidu (avec qui la guerre ne s'éteint pas du vivant du Khan mais qui est, au moins, maintenu en respect) incarnent deux réactions violentes au transfert historique du centre de gravité impérial mongol, suivies toutes deux, finalement, de leurs cruels désastres et désaveux. Timür, le petit-fils, «dernier homme de valeur de la dynastie mongole en Chine» (Grousset, L'Empire des steppes, op. cit., p. 391), jouira encore, peu de temps, jusqu'à sa mort en 1307, du rêve réalisé par son grand-père. Un rêve auquel il aura ajouté de vivre à peu près en paix avec ses fougueux voisins.
samedi 16 mai 2020
Les guerres d'Indochine de Khubilaï Khan (5) : Sát Thát («Mort aux Mongols !»)


L'ordre, émis par ces derniers, de se déclarer vassal, parvint au Champa en 1280. Immédiatement, le maharajah Indravarman IV s'y soumit. Et immédiatement, il fut désavoué par son peuple qui, partout, se souleva, enragé, contre cette décision.

Celui-ci s'avance jusqu'à Tay Kêt, sur le Fleuve Rouge. Les annales Việt, déjà mentionnées, confondent ici les deux généraux : «Le troisième mois, peut-on y lire, le général en chef Sögètü entra dans le Laos par le Yunnan avec 500 000 hommes et se dirigea vers le Champa. Il fit sa jonction avec les troupes Yuan au district d'O-Ly, puis s'empara des districts de Hoán et de Ai. Il poussa jusqu'à Tay-Kêt où il établit son camp, se donnant, pour soumettre notre royaume, un délai de trois ans» (l'erreur est rectifiée par les traducteurs contemporains des Annales classiques, Bùi Quang Tung et Nguyêñ Huong, qui confirment : «Sögètü avait emmené ses troupes au Champa par la voie maritime. Tay Kêt se trouvait sur le Fleuve Rouge [au Viêt-Nam Nord, donc] dans la sous-préfecture de Khoái Châu»).

Dans l'intervalle 1282-1285, les subtils empereurs Trần avaient, de leur côté, à la fois préparé sérieusement l'affrontement armé, considéré comme inévitable à terme, et envoyé une mission à Pékin dans le but de «travailler à retarder la guerre» et «sonder les intentions mongoles» (Lê Thành Khôi, op. cit., p. 185). À l'automne 1284, le général suprême Hưng Đạo passe en revue ses troupes à Đông Bộ Đầu, sur le Fleuve Rouge, à l'endroit même de la défaite mongole de 1257. Il galvanise, à cette époque, ses soldats par un certain nombre d'écrits et de proclamations restés célèbres dans l'Histoire vietnamienne comme des monuments de l'époque Trần, à la fois politiques, culturels, littéraires. C'est le cas, surtout, du Binh thư yếu lược («Proclamation aux officiers») où Hưng Đạo recourt efficacement, au plan psychologique, aux grands souvenirs des guerres et des héros passés, appelant tout le peuple à défendre une même terre et un même héritage historique. Nous avons là affaire à une matrice incontournable du nationalisme vietnamien traditionnel, dont la force stratégique interclassiste, quoi qu'on en pense (et nous n'en pensons évidemment pas du bien) a cependant, depuis, maintes fois fait ses preuves sur le terrain : «Si les Mongols submergent le pays (...) alors, vous et moi gémirons sous la botte de l'ennemi. Non seulement je ne jouirai plus, moi, de mes apanages, mais vous aurez, vous aussi, perdu tous vos privilèges ; ma famille sera dispersée, mais vos femmes et enfants seront également dans le malheur ; les temples ancestraux des rois seront piétinés, autant que les sépultures de vos aïeux...» (traduction du très stalinien Nguyễn Khắc Viện).
dimanche 10 mai 2020
Les Guerres d'Indochine de Khubilaï Khan (4) L'orient sera rouge de sang !


jeudi 30 avril 2020
Les Guerres d'Indochine de Khubilaï Khan (3) Aventures en Birmanie


«Quand les Tartares [les Mongols] les virent venir, ils ne firent point semblant d'être ébahis de rien, mais montrèrent qu'ils étaient preux et hardis durement. Car sachez sans erreur qu'ils se mettent en marche tous ensemble, en bon ordre et sagement vers l'ennemi ; mais quand ils en sont proches et qu'il n'y a fors que de commencer la bataille, alors les chevaux des Tartares, quand ils ont vu les éléphants, si énormes avec leurs châteaux, et tout rangés de front, ils en ont une telle épouvante que les Tartares ne les peuvent mener en avant vers les ennemis, mais toujours ils tournent bride et s'enfuient. Et le roi et ses gens, avec les éléphants, vont toujours de l'avant. Quand les Tartares voient cela, ils en ont grande ire et ne savent que faire : car ils voient clairement que leurs chevaux sont si épouvantés, ils en descendent, les mettent dedans le bois et les attachent aux arbres ; puis mettent la main aux arcs, dont ils sont si habiles, encochent les flèches et vont à pied vers les éléphants, qu'ils commencent à arroser de leurs flèches. Ils en lancent tant que c'en est merveille, et bien des éléphants sont blessés durement, et bien des hommes aussi» (op. cit., chap. 123-124).


jeudi 23 avril 2020
Les guerres d'Indochine de Khubilaï Khan (2) Victoire totale en Chine









