vendredi 28 février 2025
Un communiqué des éditions PLON !
jeudi 26 septembre 2024
L'autonomie (pour les nuls)
jeudi 11 juillet 2024
Le Norman Ajari nouveau est arrivé !
vendredi 5 juillet 2024
Pratico-inerte
lundi 26 juin 2023
Une interview de Susan Neiman
lundi 20 décembre 2021
La vérité est-elle un «effet de pouvoir» ?
«Pour un réaliste comme Frege, ce qui fait de la vérité une vérité est aussi ce qui fait que la vérité ne peut pas être "l'effet" de quoi que ce soit, et surtout pas du discours. Il peut certes y avoir une histoire de la croyance ou de la connaissance de la vérité, mais sûrement pas de la production de la vérité et pour finir de la vérité elle-même. Et il peut aussi, bien entendu, y avoir une politique de la recherche et de l'utilisation de la vérité, mais sûrement pas ce que Foucault appelle une "politique de la vérité", une expression à laquelle j'ai toujours été, je l'avoue, incapable de donner un sens quelconque. Il ne serait sans doute pas difficile de montrer que la plupart des expressions foucaldiennes typiques dans lesquelles le mot "vérité" intervient comme complément de nom ─ "production de la vérité", "histoire de la vérité", "politique de la vérité", "jeux de vérité", etc ─ reposent sur une confusion peut-être délibérée entre deux choses que Frege considérait comme essentiel de distinguer : l'être-vrai (das Wahrsein) et l'assentiment donné à une proposition considérée comme vraie (das Fürwahrhalten), une distinction qui entraîne celle des lois de l'être-vrai et des lois de l'assentiment. Ce qu'un philosophe comme Frege reprocherait à Foucault est probablement de n'avoir jamais traité que des mécanismes, des lois et des conditions historiques et sociales de production de l'assentiment et de la croyance, et d'avoir tiré de cela abusivement des conclusions concernant la vérité elle-même.»
(Jacques Bouveresse, Nietzsche contre Foucault ; sur la vérité, la connaissance et le pouvoir)
vendredi 27 novembre 2020
De la vérité comme «effet de pouvoir»
mardi 17 novembre 2020
C'est bien la peine d'avoir été situ (pour finir con comme un foucaldien)
«Sur quoi s'érigeait le pouvoir patriarcal, la tyrannie du père, la puissance du mâle ? Sur une structure hiérarchique, le culte du chef, le mépris de la femme, la dévastation de la nature, le viol et la violence oppressive. Ce pouvoir, l'histoire l'abandonne désormais dans un état avancé de délabrement : dans la communauté européenne, les régimes dictatoriaux ont disparu, l'armée et la police virent à l'assistance sociale, l'État se dissout dans l'eau trouble des affaires et l'absolutisme paternel n'est plus qu'un souvenir de Guignol.»
(Raoul Vaneigem, Avertissement aux écoliers et lycéens)
lundi 9 novembre 2020
La véritable mesure
«Combien de vérité supporte, combien de vérité ose un esprit ? C'est ce qui est devenu pour moi, de plus en plus, la véritable mesure des valeurs».
(Nietzsche)
dimanche 13 septembre 2020
Les aventures de la post-vérité au pays du matérialisme

lundi 1 juin 2020
Faudra raconter ça à Georges Floyd (et à tous les autres)
«C'est la prise en charge de la vie, plus que la menace du meurtre, qui donne au pouvoir son accès jusqu'au corps.»
mercredi 20 mai 2020
La Guerre des Diadoques (pour en finir avec la «biopolitique»)

« ... une révolution en comparaison de laquelle la Révolution Française n'est qu'un jeu d'enfants, une lutte mondiale qui fait paraître mesquins les combats des Diadoques. »
«Nous n'avons pas ici, faute d'espace, la possibilité d'aborder la lecture agambénienne de Carl Schmitt. Qu'il nous soit seulement permis de remarquer la distance totale qui existe entre la pensée schmittienne et les analyses foucaldiennes. À partir du moment où la pensée de Foucault est reformulée par le "tournant biopolitique", le philosophe multiplie parallèlement les critiques contre la double réduction qui consisterait à ne penser les rapports de pouvoir que dans le cadre (au demeurant historiquement déterminé) de la genèse de l'État moderne, ou dans celui d'une analyse de la souveraineté. Dire l'émergence de la biopolitique, c'est pour Foucault dire aussi l'effacement d'une rationalité politique qui était essentiellement celle de la raison d'État, et le passage à une véritable économie politique ; c'est-à-dire aussi le passage d'un instrument de gouvernement (la règle juridique comme expression de la souveraineté) à un autre (la norme comme dispositif de gouvernement des populations). A contrario, faire de la biopolitique - comme l'affirme Agamben - le corollaire d'un État toujours plus affirmé (jusqu'à en devenir totalitaire), ou d'une souveraineté toujours moins limitée (jusqu'à inclure en elle-même une exception qui en serait à la fois la limite et la véritable nature) nous semble problématique pour au moins trois raisons : parce que c'est exactement le contraire de ce que Foucault lui-même en dit ; parce que la genèse de l'État moderne, celle de la souveraineté et celle de la biopolitique ne coïncident pas d'un point de vue historique ; enfin, parce que l'on ne peut pas faire comme si la biopolitique n'avait pas d'histoire.
La déshistoricisation de la biopolitique, outre les effets d'anachronisme, a pour conséquence immédiate de faire oublier que celle-ci n'est pas pensable en dehors de l'intervention d'une économie politique nouvelle fondée sur la recherche permanente de l'accroissement productif. Comme le dit Foucault lui-même de manière très claire : "C'est un type de pouvoir qui suppose un quadrillage serré des coercitions matérielles et définit une nouvelle économie de pouvoir dont le principe est qu'on doit être à même de faire croître à la fois les forces assujetties et la force et l'efficacité de ce qui les assujettit" (Cours du 14 janvier 1976, Dits et Écrits, vol. 3, p. 184-187). Or si l'on "décroche" cette nouvelle analytique des pouvoirs de son contexte d'émergence, c'est-à-dire si l'on pense la biopolitique indépendamment de la recherche nouvelle de la "croissance" (y compris des forces assujetties elles-mêmes), de la production, du surplus de valeur, alors, il devient possible d'en imaginer le retournement absolu, c'est-à-dire aussi la mystification : non plus la biopolitique comme mise au travail et exploitation de la puissance de la vie, mais au contraire comme entropie radicale, comme thanato-politique, comme suppression de la vie.
C'est alors qu'il importe à Agamben que le camp [Auschwitz] devienne le paradigme de la biopolitique : la biopolitique y est considérée comme une production où la vie et la mort finissent par s'équivaloir - en ce que la biopolitique a préalablement réussi à réduire la vie à sa pure nudité, c'est-à-dire au point d'indistinction où la vie et la mort se confondent. Mais si l'on y pense, ce n'est que parce que la biopolitique a été préalablement vidée de sa propre historicité que le tour de passe-passe est possible (...).
Or précisément produire la mort est une proposition qui n'a pas de sens. Le camp n'est pas le paradigme de la biopolitique, parce que la biopolitique, y compris dans ses formes les plus monstrueuses, reste un dispositif de production. Le camp d'extermination nazi, avec sa caricature de productivité, avec son "Canada", avec sa volonté de faire croire que la destruction et la création sont la même chose, que le Bios et le Thanatos peuvent, un jour, devenir indiscernables - ce camp d'extermination-là ne ressemble à aucun autre. Il fait voler en éclats la pseudo-matrice du camp en tant que tel : il dit l'horreur d'avoir à penser le moment où un pouvoir politique découvre le Règne par l'entropie. Le monde concentrationnaire en général peut bien être atroce, mais il n'est pas le monde d'Auschwitz élevé au rang de paradigme général (n'en déplaise, hélas, à tous les Soljenitsyne du monde). Ou alors qu'on appelle cette sortie de l'histoire par son nom : révisionnisme.
Dans l'une des pages de son livre [Ce qui reste d'Auschwitz], Agamben cite une formule que Heidegger emploie en 1949 pour définir les camps d'extermination. Heidegger parle alors de la "fabrication de cadavres" : "Ils meurent ? Ils périssent. Ils sont éliminés. Ils meurent ? Ils deviennent des produits manufacturés, dans une fabrication de cadavres. Ils meurent ? [...] mais mourir signifie endurer la mort dans son être propre." C'est en réalité à la mort, soutient-il, que ces victimes-là n'ont pas eu droit.
Quand on lit ces mots, on se dit que le nazisme de Heidegger est tout entier dans cette citation : dans la volonté de maintenir l'illusion que l'extermination produisit quelque chose d'autre que la mort (une "fabrication de cadavres") ; dans la conviction que la mort, elle, n'est pas un anéantissement parce qu'elle s'endure, qu'elle est un passage dont il faut être digne. Si l'on osait, on dirait que pour Heidegger, bien mourir, c'est mourir droit dans ses bottes - et tant pis si le bruit des bottes dérange un peu notre vague conscience politique.
Or, encore une fois, "Produire la mort" n'est pas produire, c'est simplement supprimer la vie. Les philosophies du négatif ne sont pas les philosophies de la puissance, la biopolitique n'est pas la thanato-politique, l'homme n'est pas un animal, tous les camps ne sont pas les mêmes, tous les événements ne sont pas équivalents, tous les anachronismes ne sont pas permis. Il faut apprendre à nouveau à penser dans l'histoire - dont Agamben était paradoxalement sorti ; mais pour cela, il faudrait cesser de lire Foucault à l'ombre de Heidegger ».
(2017)
vendredi 15 mai 2020
mercredi 15 avril 2020
Deep Virology
puissance destituante.
Il n'y a pas de sex-appeal chez les bactéries.
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Soumises durant d'interminables jours et nuits à un confinement strict (éprouvant il est vrai horriblement les nerfs), certaines de ces imaginations en vinrent très récemment à la production publique de phantasmes virologistes à prétention subversive, campant volontiers sous forme d'un héros, sûr de lui et dominateur, l'amas de grosses molécules spectaculaires nommé SARS-CoV-2 pourrissant actuellement l'existence de milliards d'êtres humains confinés. Nous faisons en particulier référence au texte, désormais célèbre, publié le 21 mars dernier sur le site blanquiste d'avant-garde Lundi-Matin, et intitulé Le monologue du virus. Ayant eu vent de cette belle tentative, nous aimerions contribuer à l'essai en cours, en rebondissant sur lui, comme disent les journalistes, tels des atomes épicuriens innocents, sans malice ni mesquinerie partisane aucune, car ce ne sont pas nos méthodes, ce ne l'a jamais été. Précision liminaire utile, donc : notre but actuel ne saurait être en aucun cas d'insister en détail ni sur l'autoritarisme clérical délirant, ni sur le sadisme inconscient de lui-même, ni sur l'aristocratisme terrible à force des plus méchantes trivialités, constitutifs – entre autres pathologies socialement induites – de ce morceau de bravoure. Ce qui nous intéressera ici plus précisément, c'est le pathos biologique constituant pour ainsi dire le substrat de sa très profonde détestation de l'humanité (l'anti-humanisme, rappelons-le, n'étant nullement un terme injurieux mais le nom d'une sous-spécialisation disciplinaire de l'Université Française, régnant sans partage sur le champ philosophique depuis maintenant près de cinquante ans).
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MM. Salomon, Macron et Véran vous le répètent assez tous les soirs, entre deux appels officiels à applaudir le personnel soignant : un simple lavage de main suffit à vous débarrasser du SARS-Cov-2, lequel prétend pourtant, via son organe Lundi-Matin, à rien de moins qu'une domination sans partage sur l'Humanité. Cette extrême inconsistance tient à une raison simple : le virus n' a pas de soi biologique. Il ne consiste qu'en une membrane lipidique recouvrant, telle une mauvaise occasion historique tissée de hasard, des intérêts et molécules strictement indépendants. Chacun de ces éléments amène dans l'aventure parasitaire, un certain capital individuel, un héritage, des actifs. La soi-disant vie virale ne se révèle ainsi qu'une réunion extérieure, purement occasionnelle, de patrimoines associés, que l'on ne saurait confondre avec le soi biologique de la plus humble bactérie. Que ladite aventure entreprenariale (qu'elle soit ultra-gauchiste ou plus classiquement libérale) en vienne à tourner court, et chacun reprendra sa mise de départ pour aller foutre le camp ailleurs histoire de parasiter quelque chose. Prenez un virus tel que la mosaïque du tabac (son simple nom est parlant). «Le fait, écrit Anne Fagot-Largeault, qu'on l'obtienne sous forme cristallisée montre qu'il n'est rien d'autre qu'une molécule complexe : une nucléoprotéine. On peut d'ailleurs dissocier chimiquement les éléments de cette molécule. Mais si on remet en solution l'acide nucléique et la protéine, le virus se reforme spontanément et retrouve son "pouvoir pathogène", c'est-à-dire sa capacité à infecter le tabac» («Le vivant», 1995). Autant alors présenter comme anarchiste individualiste une cellule privée de récepteurs et tournant en tumeur à force de ne plus limiter son processus de division. Les virus ont aussi peu d'intérêt révolutionnaire que le cancer, tout en étant, pour certains, aussi ennemis que lui de la vie. Chez un virus, les parties finissent toujours par supplanter le Parti (dès lors sans aucun doute ici purement imaginaire). Et pour achever de traduire tout cela en termes agambéniens que notre néo-maître à capside pourra parfaitement entendre, le virus entendu comme Communauté qui vient ne pourra jamais signifier que la plus profonde solitude à plusieurs, «l'exil d'un seul auprès d'un seul». Notre SARS-Cov-2 se trouve donc parfaitement fondé à honnir bruyamment tout ce qui ressemblerait à une unité de projet, autrement dit un sujet biologique uni, tout comme les structuralistes détesteront toujours à bon droit l'idée d'un sujet de classe révolutionnaire. Mais qu'il ne tente point, alors (o absurdité) de nous faire croire à ses tendances «stratégiques» de schmitt foucaldien («Nul besoin d'être un sujet pour disposer d'une mémoire et d'une stratégie») et en première personne encore (Moi moi moi...). Il s'exposerait dans ce cas au ridicule, qui ne tue pas, certes, et puis de toute façon les virus ne sont pas vivants. Voilà, en attendant, une poignée de raisons stratégiques d'hésiter encore un petit peu à l'idée d'accorder à notre cher Cojonado le titre d'empereur de tous les mondes (oui, car il y a plus qu'un monde aux yeux de notre virus qui y insiste dans son Monologue : il y a des mondes, immensément nombreux, dont toute la question est sans doute de savoir comment les habiter, etc, mais bon là n'est pas le sujet. On n'est pas dans la Forêt-Noire, chez quelque ancien nazi berger de l'être viral). Imaginez-vous seulement vous soumettre sans conditions à un bête agrégat graisseux d'éléments que quelques gouttes à peine de faux savon de Marseille suffiraient à désintégrer (on vous rappelle l'importance des gestes barrière) ? Vous imaginez-vous Gengis Khan ou Alexandre le Grand potentiellement soumis à pareil bolossage, à pareille fragilité, et cependant respectés encore par leurs troupes ? Notre virus a beau pérorer, en son soliloque du pauvre, que «seuls les systèmes sont vulnérables», avouons que comme système faiblard, lui-même se pose un peu là. Nous lui accorderons bien volontiers, en revanche, ce statut qu'il revendique d'«envers mortel du monde» (quelque contradiction que cette expression implique avec le reste de son prêche, on n'en est plus là), de miroir du capitalisme mondialisé, agissant (nuisant) de concert avec ce dernier. Le SARS-cov2 s'avère en effet, toutes proportions gardées, mêmement nuisible à l'humanité qu'un open space de macroniens déters, tendus, dans l'accomplissement de leur tâche «stratégique», vers un objectif identiquement inepte, savoir la perpétuation de leur start-up. Tels ne se connaissaient pas la semaine d'avant, réunis par hasard au gré de quelque embauche parfaitement contingente, mais à qui, désormais, la prospérité symbiotique de leur «collectif» fait office de but existentiel transcendantal, inquestionnable. Persévérer ainsi dans son être, aveuglément, pulsionnellement, voilà bien la consigne théorique la plus autoritaire, la plus totalitaire, la plus effrayante de toute l'histoire de la pensée. Or, ce projet abstraitement vital, vitaliste, persiste à fasciner en sa pureté immédiate tous les ennemis radicaux de la rationalité subjectiviste émancipatrice, tous les intellects déchus trouvant, en cette déchéance même, un plaisir inavouable. Unies en tant que séparées, comme dirait Hegel (lequel s'y connaissait un brin en matière de séparation propice à la révolte philosophique systématisante) : tel serait donc le statut de ces particules élémentaires constituant notre nouveau maître, passant pourtant son temps à dire moi moi moi, tout en méprisant à l'envi sujets ou systèmes intégrés lesquels, pourtant, seuls (en dépit de sa prose fleurie), définissent la vie émergente, la vie déterminée et qualifiée, la vie différenciée.















