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dimanche 23 janvier 2022

Di questo pianeta

 
≪Ah ! on s'en souviendra, 
de cette planète...≫ 

(citation de Villiers de l'Isle-Adam, 
sur la tombe de Leonardo Sciascia, Racalmuto, Sicile)

vendredi 10 avril 2015

La Révolte


Hier soir, La Révolte, de notre cher, notre adoré Villiers de l'Isle-Adam, aux Bouffes du Nord. On pourra discuter la pertinence du choix d'Anouk Grinberg, très émouvante, sans doute, mais dont le timbre adolescent, presque hystérique, se serait peut-être effacé avec bonheur derrière la gravité de quelque voix cassée d'adulte, à la fois résolue et nostalgique de son foyer inconnu. En même temps, bien sûr, le fait que nous la trouvions hystérique nous juge assez - nous ! - et pose l'état même d'hystérie féminine dans sa vérité sociale et politique, ce qui est un résultat non-négligeable. Sous la voix qui tremble couve en effet un discours extrêmement ferme, que nos préjugés nous masquent alors certainement, ne serait-ce que l'espace d'une seconde. Et c'est en cela que la position féminine, ramenée par nous, hommes, à ce genre de mesquineries et de subtilités honteusement physiologiques, est ici intelligemment présentée. Quant à Hervé Briaux, l'antagoniste mâle, il est tout simplement extraordinaire. 

Vit-on jamais triomphe plus intensément, plus douloureusement, plus ignoblement ressenti du principe philistin de réalité, du principe de rendement ? Et - sans paradoxe aucun - fut-il, avec cela, jamais produit justification moins outrancière de cette nécessité historique, objective que constituera, jusqu'au bout, la dissidence romantique vis-à-vis de la bassesse bourgeoise ? Qu'on la brime, qu'on la moque, qu'on la juge impossible, la révolte trouvera son chemin, voilà tout. Que nous importe qu'elle soit encore invictorieuse, pour être survenue, peut-être, à la fois trop tard et trop tôt ? Son heure demeure notre heure, toujours. Nous ne la découragerons jamais. Ce serait railler, avec l'ignoble Félix, ce salopard de mari qui exulte ici au retour de la fugitive, ridicule à ses yeux d'avoir cru à « l'applicabilité des rêves » : des rêves de fuite, en l'occurrence. Certes, cette femme (Elisabeth) qui commence par quitter son mari sur un coup de tête, autant que lui et ses semblables, de toute éternité, auront laborieusement déserté la vie, cette femme, donc, revient en fin de compte au foyer, au mari, à l'enfant et à toute la norme pourrie : vaincue, désabusée, définitivement morte à l'espoir. Trop tard, lâche-t-elle. C'était trop tard. Pour partir. Le porc l'avait déjà castrée, et de cette castration imaginaire et sensible, elle n'avait pas pris la mesure tragiquement exacte. Le porc avait en vérité achevé le lent travail de ses père et mère, lesquels lui enjoignaient - petite fille - de ne reconnaître que l'argent, de n'admirer dans le monde que les fils électriques et les ouvrages de génie civil, qui sont la seule beauté bourgeoise. Comment revenir de pareil traumatisme, de semblable déracinement a priori ? Comment commencer enfin à vivre derrière un traitement primo-orthopédique de cette qualité, bannissant le rêve dans son Tartare d'improductivité et de vice ? Élisabeth n'aura ainsi d'abord pas su où aller, où passer la première nuit du grand refus, puis les suivantes immédiates, ni (au-delà de cela) où retrouver, refonder le simple désir de vivre et de respirer en liberté, dont le vide de terreur, soudain, l'aura assaillie, comme il saisit parfois ces chevaux affolés par l'immensité des plages, et qui se cabrent, alors, en panique. Quelle liberté ? La liberté, pour une femme de la fin du dix-neuvième siècle ? Tu veux rire, mon frère. C'est, encore une fois, un rêve, à tous les sens du terme. Tel est le discours ambivalent, révolté et réaliste, que nous tient Villiers de l'Isle-Adam. Existe-t-elle aujourd'hui, cette liberté, de tout plaquer, tout lâcher, comme suggéraient naguère poétiquement les bons conseilleurs surréalistes, pour partir sur les routes ? Cette liberté, qui, d'évidence, n'existe aujourd'hui pour personne, ou si peu, existait bien sûr encore moins à l'époque, pour ce sous-sujet, mineur juridique, qu'Élisabeth représente ici. L'aliénation, le malheur, la solitude mortelle, ici ou ailleurs, de fait, pour elle ce sera pareil. Il n'y a pas d'ailleurs de la bourgeoisie. Le seul ailleurs de la bourgeoisie, c'est son plus tard, sa disparition inéluctable dans le temps, sa volatilisation sociale hors de l'univers, laquelle débarrassera de sa présence infâme l'humanité entière ou personne, et sûrement pas telle ou telle femme, ou tel autre porteur de (mauvais) rêve identitaire : le noir, le jaune, le juif, le musulman, l'homosexuel ou le végétarien. C'est nous tous ou personne, nous dit Villiers de l'Isle-Adam. C'est nous tous - y compris ce con de Félix, le mari - ou rien. Pauvre homme, murmure Élisabeth en ponctuant, de ces derniers mots terribles, le triomphe inquestionnable de son ennemi mortel.


                            NOTE TERMINALE DU MOINE BLEU

On ne comprendra pas la haine spécifique vouée par Villiers à la bourgeoisie, si l'on ne se rappelle pas le destin particulier de cette pièce : La Révolte, littéralement assassinée, en 1870, par les critiques plumitifs aux ordres. La Commune de Paris, à peine postérieure, pour laquelle Villiers s'engagera assumera ainsi, à ses yeux, une fonction de grande justice divine dont il remercie le Peuple de Paris, célébré dans son Tableau de Paris sous la Commune (éd. Sao Maï, 2008), à l'occasion duquel nous écrivions voilà quelques années, dans nos notes explicatives, les lignes suivantes : 

« En mai 1870, un souci égal de reconnaissance et de mise en pièces des valeurs de son temps le pousse à présenter au public la Révolte, drame en un acte évoquant pour certains [Richard et Cosima Wagner, entre autres] Ibsen et sa Maison de poupée. Une jeune femme dissidente, et rêveuse, y refuse le sort – l’ennui comptable à perpétuité - auquel son mariage la destine, cette critique implacable de l’emmurement conjugal se déroulant - tel est son intérêt piquant - dans le cadre formel du théâtre de boulevard, dont Villiers détourne pour l’occasion les codes, subvertissant ainsi l’espace d’ordinaire apprécié, et hanté, de ses adversaires. Ceux-ci ne le lui pardonnent pas : la pièce, qui n’aura au total que cinq représentations, est étrillée par la critique, un certain Francisque Sarcey en tête, auquel Villiers vouera dès lors une haine tenace, et fameuse. Son humiliation, cependant, et sa tristesse sont immenses. De même que son désir de vengeance. C’est justement fort peu de temps après que surviennent la guerre de 1870 avec la Prusse, l’effondrement - provoqué par celle-ci - du ridicule Second-Empire, puis l’avènement de la République, et enfin la Commune, proclamée le 28 mars 1871. » 

Le Tableau de Paris proprement dit commençant presque par ces mots : « Le soleil brille sur la Révolte », l'allusion était, du point de vue de Villiers, parfaitement transparente. Voilà pourquoi nous précisions alors un peu plus loin que se jouait là une : 

« référence évidente à la pièce, maudite, du même nom, écrasée par la critique et qui eut en mai 1870 cinq représentations, lesquelles rapportèrent à son auteur, Villiers, la somme dérisoire de trente francs. Le soir de la dernière, demeuré « seul avec un ami éprouvé, il éclata en sanglots. » (Henry Roujon). À la chute de l’Empire, déjà quelque peu vengé, il écrivit à François Oswald : « La Révolte était simplement une prédiction qui s’est réalisée deux mois plus tard, voilà tout. » 

mercredi 26 novembre 2014

Borges sur Villiers de l'Isle-Adam


 Villiers, par Henry de Groux

« Jean Marie Mathieu [sic] Philippe Auguste, comte de Villiers de l'Isle-Adam, naquit en Bretagne le 7 novembre 1838 et mourut à Paris, à l'hôpital des Frères de Saint-Jean-de-Dieu, le 19 août 1889. L'irresponsable et généreuse imagination des Celtes fut l'un des dons que lui conféra le hasard ou le destin, de même que l'illustre naissance - il descendait du premier Grand maître des Chevaliers de Malte, - le sonore dédain de la médiocrité, de la science, du progrès, de son époque, de l'argent et des gens sérieux. Son Ève Future (1886) est l'un des premiers exemples de fiction scientifique qu'enregistre l'histoire de la littérature, et c'est aussi une satire de la science. Le drame Azel [Axël] recrée le thème de la pierre philosophale. La Rébellion [La Révolte], jouée pour la première fois à Paris en 1870, devance la Maison de poupées d'Ibsen. Romantique à la manière rhétorique des Français, il déclare que le genre humain se divisait en romantiques et en imbéciles. Les moeurs de son époque exigeaient qu'un écrivain fût prolixe non seulement en phrases mémorables mais aussi en épigrammes impertinentes. Anatole France rapporte qu'il alla le voir un matin, chez lui, pour lui demander des détails sur ses ancêtres. Villiers lui répondit : «Vous voulez qu'à dix heures et en plein soleil je vous parle du Grand maître et du célèbre Maréchal ?»
Assis à la table de Henri V, aspirant au trône de France, et l'entendant critiquer quelqu'un qui avait tout sacrifié pour lui, il lui dit : «Sire, je bois à la santé de Votre Majesté. Vos titres sont décidément indiscutables. Vous avez l'ingratitude d'un roi». 
Il était grand ami de Wagner. Comme on lui demandait si sa conversation était aimable il répondit durement : «La conversation de l'Etna est-elle aimable par hasard ?» 
Dans sa vie comme dans son oeuvre, il est quelque chose de très bouffon ; le fait d'être aristocrate et très pauvre favorisait, il est vrai, cette attitude. On peut penser aussi que Villiers, par l'image qu'il essaie toujours de projeter face à la société parisienne, se défendait essentiellement. Sa petite taille ne le mortifiait sans doute pas moins que sa pauvreté, laquelle atteignit parfois la misère.
Jusqu'où un poète peut-il, aussi riche soit son imagination, s'évader de sa date dans le temps et de son lieu dans l'espace ? Il est évident que la Vérone de Roméo et Juliette n'est pas précisément située en Italie ; il est évident que les mers magiques de la Ballade du vieux marin de Coleridge sont le rêve magnifique d'un poète méditerranéen de la fin du XVIIIème siècle, non la mer de Conrad, non la mer de L’Odyssée. Écrirai-je moi-même un jour un poème qui ne se situe pas à Buenos Aires ? Il en est de même de l'Espagne et de l'Orient de Villiers ; ils sont aussi français que la laborieuse Salammbô de Flaubert.
Le meilleur récit de notre série est l'un des chefs-d'oeuvre de la nouvelle : La Torture par l’espérance. L'action se passe dans une Espagne très personnelle et la date en est vague. Villiers n'en savait pas beaucoup sur l'Espagne, tout comme Edgar Allan Poe ; pourtant La Torture par l’espérance et Le Puits et le pendule sont pareillement inoubliables, l'un et l'autre connaissant la cruauté que peut atteindre l'âme humaine. Dans Poe, l'horreur est d'ordre physique ; Villiers, plus subtil, nous révèle un enfer d'ordre moral. À l'incroyable Espagne de La Torture par l'espérance succède l'incroyable Chine de L’Aventure de Tsé-i-La. Le récit porte en épigraphe : «Devine ou je te dévore», que Villiers attribue ingénieusement au Sphinx. Cet artifice a pour objet de tromper le lecteur. Tout le récit est basé sur la superbe des deux personnages et sur l'atroce cruauté de l'un d'eux ; la fin nous révèle une générosité insoupçonnée, qui renferme une humiliation. L’Enjeu cache une affirmation de toutes les sectes protestantes ; sa force réside dans le fait que l'homme qui la révèle nous avoue implicitement que son âme est perdue. Le thème de La Reine Ysabeau est, une fois de plus, la cruauté des puissants, enrichie ici par la passion de la jalousie. Le dénouement, inattendu, n'en est pas moins atroce. Le Convive des dernières fêtes commence délibérément de manière frivole ; rien de plus futile que de joyeux fêtards sans soucis décidés à s'amuser jusqu'à l'aube ! L'apparition d'un nouveau participant assombrit l'histoire et la mène jusqu'à une horreur où, incroyablement, convergent la justice et la folie. De même que le parodique Don Quichotte est un livre de chevalerie, Sombre récit, conteur plus sombre est, tout à la fois, un conte cruel et la parodie d'un conte cruel. De toutes les pièces de Villiers, Véra est, sans doute, la plus fantastique et la plus proche du monde onirique de Poe. Pour consoler sa tristesse, le protagoniste crée un monde hallucinatoire ; cette magie reçoit une récompense, un objet minuscule et oublié qui renferme une ultime promesse.
Villiers, à Paris, voulait jouer avec le concept de la cruauté, tout comme Baudelaire jouait avec le mal et le péché. Aujourd'hui, malheureusement, nous nous connaissons trop pour jouer avec eux. Contes Cruels est à présent un titre ingénu ; il ne l'était pas lorsque Villiers de l'Isle-Adam, mi-grandiloquent, mi-ému, le proposa aux cénacles de Paris. Ce grand seigneur presque indigent, qui se sentait le protagoniste endeuillé de duels imaginaires et d'imaginaires fictions, a imposé son image dans l'histoire de la littérature française. Moins qu'à Véra, moins qu'au Juif aragonais, moins qu'à Tsé-i-La, il est vrai, nous pensons et continuerons de penser à Villiers de l'Isle-Adam. »

(Jorge Luis Borges, introduction au recueil de Villiers édité par ses soins pour le compte des éditions FMR-Panama, dans la Bibliothèque de Babel, qu'il dirigeait alors, en 1978).

lundi 13 janvier 2014

Romantisme

« Il y a les romantiques et les imbéciles.»
(Villiers de l'Isle-Adam)

                              

mercredi 8 janvier 2014

Vorspiel

« Il fait nuit… Les premières mesures solennelles sont à peine distinctes. Le Rhin immense, l’ancien des fleuves, roule silencieusement ses flots, premiers-nés du monde, et les brumes des Eddas, les visions des vieilles cosmogonies, plus lointaines que les traditions des hommes, s’éveillent. Et toujours des flots sur des flots… Puis les larges montagnes humides s’écroulent et se mêlent, et les cercles des vagues, confondus avec l’espace, s’étendent, se prolongent, se perdent, poussés par de nouveaux flots qui montent, grossissent et disparaissent, dans le tumulte de l’eau surnaturelle… L’eau, comme un poids harmonieux, oppresse les sens subjugués, le murmure initial est devenu tonnerre, car les ondes sacrées baignent maintenant les pieds de la montagne des dieux. La toile s’enlève brusquement sur l’intérieur même du fleuve, et parmi les flots crépusculaires, des voix de cristal se répondent. »

(Villiers de l’Isle-Adam, L’Or du Rhin, dans L’Universel du 21 septembre 1869).  
                      

vendredi 25 octobre 2013

Villiers de l'Isle-Adam, un 25 octobre...


Dans le premier billet émis sur ce blogue, voilà deux ans, nous présentions une lettre de Villiers de l’Isle-Adam, et contions la fâcheuse et désespérante, quoique hilarante, aventure à laquelle  la missive en question faisait référence. Dans cette autre lettre, ci-dessous, datée d’il y a exactement 127 ans, jour pour jour, Villiers exhorte son ami Huysmans à venir partager, en compagnie de Léon Bloy, dernier des trois malheureux « Hypocondres », un repas de fête imaginaire. Villiers et Bloy sont alors dans une panade complète. Huysmans, seul, rentre quelque argent régulier. Le menu délirant que Villiers propose à son invité a de quoi ouvrir l’appétit. Le plus beau déjeuner du monde, en quelque sorte…

Les orthographe, syntaxe, grammaire et dispositions aberrantes diverses de Villiers ont été évidemment respectées, avec un plaisir intense. Les furtives notes intempestives explicatives sont de nous-mêmes ou de Daniel Habrekorn, éditeur, chez Thot, des Lettres, correspondance à trois (1980).




Ce 25bre 86

Venez, mon cher ami ; ce sera le déjeuner des trois Hypocondres. – Si nous rédigions d’avance, le menu de la conversation ?… Pourquoi, puisque tout est régulier de nos jours, ne pas mettre en regard de la carte des choses à manger celle des propos à tenir ? De cette sorte on aurait d’avance la couleur morale d’un repas.

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Essayons : – Potage queues-de-mots (Words-tails) – Entrées – Poissons et Venaisons. – 
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Wolf au vent, Scholl normande, bien claDelpicée (1) – Racot fumé. Abattages d’oies lyriques, aux Livets. Salade de museaux de muffles. Weiss de nonnes, – etc.

ASSEZ !
– Rôts –

1°) Pères de l’Église en daube, sauce exégèse, par le professeur de scatologie comparée, Jérémie Bloy, dit l’extatique Tombeur de-muffes ; – enfin je ne peux pas écrire le mot Tombeur de cons qui est le mot juste.
2°) Gamines à la petite liqueur, sauce sarcanthus (2), préparées par le professeur Huysmans l’Admirable, docteur ès-Tristesses, dilettante du découragement, en partie double, Virtuose de la désolation-névrosée, maî­tre-écrivain des côtés radieux de ces inutiles et doulou­reux phénomènes éternels, grand poète prochain du château de l’Ours (3).

Troisième service

Anas, ressassés et recuits dans leurs jus, sauce aux conserves de 1840, par l’éminent professeur Villiers, docteur ès frivolités littéraires, journaliste sans porte­feuille, grand déverseur de malices cousues de fil noir.

Légumes et dessert

1°) Fatras philosophique, à la Pascal, sauce Swift, par le même (4).
2°) Symboles confits au vinaigre, sauce verte ; Visées hyper-sublimes sautées sur le gril, frisant le schisme et sentant le fagot, – suivis d’un coulis de Sombres­-Aperçus, (sorbet) par Marchenoir (5) l’Illuminé.
3°) Pralines incrustées de pierreries, petits maque­reaux d’or, perles géminées à la gelée de Nidulariums, fromages d’Assyrie par les trois professeurs réunis.
Ca... (d’autoda)fé, par Léon Bloy, torréfié, et Eau de vie de St Marc ; (Girardin).
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Je suis à peine convalescent, et c’est avec un doux sourire, en remuant la tête de haut en bas, que j’écris tout cela tranquillement et avec le plus grand plaisir.

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Je reprends ma lettre : il est tard et j’y vois mal. Mon cher ami, n’omettez pas, je vous en prie, de m’apporter soit l’Homme de Hello, soit Rusbrock, puisque je ne puis me les procurer ni dans un seul cabinet de lecture, ni chez les éditeurs les plus illustres. – (chose naturelle, d’ailleurs.)
Notre déjeuner serait ainsi conçu : 3 litres d’excel­lente bierre de Müller, prise le matin, par mes soins. (A moins que mon quartaud de vin pur, vrai médoc du médoc, ne soit arrivé.) N’y comptons pas trop. – Une demi-langouste, avec bonne sauce, et un beau poulet, bien rôti, sauce moirée. – Café Corcelet, chester authentique.
Poires de Mouillebouche et bonne fine champagne.
Je pense que Mallarmé viendra nous serrer la main, car il déjeune si peu, le pauvre cher, que je n’ose guère l’inviter. Je vais lui en écrire tout de même.
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J’ai été bien, bien malade. Le Docteur Albert Robin m’a fait manger et boire – devinez ! Je copie son ordonnance que je vous montrerai samedi.
l°) Poudre d’yeux d’écrevisses (! ! !)
2°) Chlorhydrate de morphine.
3°)Teinture de fève de St Ignace.
Cela m’a guéri en trois jours. Notre pauvre Catulle (6), qui, déjà, me pleurait, va être

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Venez : Je vous dirai mon nouveau poème en un vers, intitulé Résumé de l’Histoire du Moyen-âge. - Au fait, le voici :
« Pour un oui, pour un non, les peuples écoppaient »
méditez-le.

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Est-ce que vous avez reçu quelque donnée sur la mélinite, le nouvel explosif, au ministère (7) ? ... J’espère que vous l’apporterez, alors. 
Je vous serre bien la main, ainsi qu’à Bloy.
Villiers de l’Isle Adam




(1) Jeu de mot laid construit sur les noms de Léon Cladel et Albert Delpit.
(2) Allusion à un parfum extrait de l’orchidée du même nom, utilisé pour des Esseintes dans A Rebours ; étymologiquement : « fleur de chair ».
(3) Allusion au château de Lourps (voir En rade, de Huysmans).
(4) Cf. A Rebours, p. 258.
(5) Célèbre personnage de Léon Bloy, et Léon Bloy lui-même.
(6) Catulle Mendès.
(7) Villiers prépare alors son récit L’Etna chez soi, sur une conspiration anarchiste visant à rayer Paris de la carte. Il demande des renseignements à Huysmans, scribouillard au Ministère de l’Intérieur.

lundi 10 juin 2013

L'Enfer, enfin !

Et, regardant, avec une fixité froide, les brillants écouteurs, il prononça, d’une voix plus basse, mais qui sonna comme un coup de glas, cette damnable, cette fantastique parole : - Le secret de l’Église ?… C’est… C’EST QU’IL N’Y A PAS DE « PURGATOIRE ».
(Villiers de l’Isle-Adam, L’enjeu).



Les trésors de Satan, Jean Delville.

                             

lundi 8 avril 2013

Comme un lundi




« Ma stupeur a toujours dominé ma colère.»
(Villiers de l'Isle-Adam)

lundi 27 février 2012

Le quinté de Mylène





A propos dartistes, de quels créateurs aimeriez-vous être la muse ?
- De Villiers de lIsle Adam : j’aime son désir dabsolu et son style décriture métaphorique. Rilke, quitte à voler son homme à Lou Salomé ! Sans oublier David Lean, Jérôme Bosch, Baudelaire. Comme lui, je pense que le Beau est bizarre. Il suscite des sensations indéfinissables, donc étranges. Il peut faire pleurer. 

Mylène Farmer, interview Lyon-Matin, 11 mai 1989.

lundi 30 janvier 2012

Longue vie aux sauvages !


« La Science aura beau m’expliquer à sa façon les lois de tel phénomène, je veux continuer à ne voir, moi, dans ce phénomène, que ce qui peut M’AUGMENTER l’âme et non ce qui peut l’amoindrir. Si les mystiques s’illusionnent, qu’est-ce qu’un Univers inférieur même à leur pensée ? »
Villiers de l'Isle-Adam, Tribulat Bonhomet.









vendredi 21 octobre 2011

Une bouffonnerie


« Il semble que la seule œuvre collective aboutie à laquelle Villiers eût participé, sans qu’on connaisse toutefois le degré de son implication véritable, soit Le Moine Bleu, une bouffonnerie dont les Œuvres Complètes de Charles Cros conservent la trace, et qui semble avoir eu plusieurs représentations chez Nina de Villard, à fin de distraire les habitués de son excellent salon. »

Avant-propos au Tableau de Paris sous la Commune (Sao Maï, 2008).


jeudi 20 octobre 2011

Villiers de l'Isle-Adam et l'argent




En septembre 1887, c’est la dèche totale chez les Villiers de l’Isle-Adam, c’est-à-dire – quoique le mariage entre Villiers et sa douce n’ait pas encore eu lieu (il interviendra sous la pression de Mallarmé, sur le lit de mort de son poète maudit de copain, deux ans plus tard) – chez Villiers, donc, sa compagne Marie Brégeras, née Dantine, une femme de ménage analphabète qui partage sa vie misérable depuis 1880, et enfin l’enfant de cette calamiteuse union : Victor-Philippe-Auguste, dit « Totor », alors âgé de six ans.

La situation de Villiers est paradoxale : jamais il n’a autant approché la gloire, et pourtant la galère ne lui laisse aucun répit véritable. Désormais un auteur reconnu, en France et en Belgique, et même un glorieux exemple pour toute une génération d’écrivains et poètes en vue : de Rodenbach à Lucien Descaves, de Camille Mauclair à Ephraïm Mikhaël ou Maurice Maeterlinck, il vient en même temps (à l’été 1887) d’être expulsé de son logement de la rue Pigalle pour impayé de loyer. Depuis des années, quand il n’est pas franchement SDF au point de passer ses journées au bistrot puis dormir dans des immeubles en construction, il change du moins de logement très régulièrement, subissant à chaque fois les brimades, les humiliations, les saisies de ses diverses crapules de propriétaires.

Certes, il parvient sans trop de problèmes, depuis 1883, année de parution de ses Contes Cruels, à placer contes et chroniques auprès de divers organes de presse (le Figaro ou, à partir de l’été 1884, le Gil Blas, lequel l’embauchera jusqu’à la fin 1888, moyennant un versement de près de 150 francs par œuvre livrée). Mais son quotidien demeure extrêmement précaire, surtout - évidemment - depuis qu’il est soutien de famille. Et s’il est reconnu comme un maître du style, voire un génie littéraire, ses œuvres ne s’en vendent guère plus (les Contes Cruels), ni ne connaissent un succès tel que Villiers se pourrait croire bientôt sauvé : la représentation de sa pièce Le Nouveau Monde est à peu près contemporaine de la publication des Contes Cruels (19 février 1883, au Théâtre des Nations), ce qui aura contribué bien sûr à entretenir sa réputation de littérateur. Le souci, c’est que ladite représentation, déjà intervenue après des années de retard, négociations, palabres et tergiversations de tous les acteurs en présence (directeurs de théâtre, comédiens, Villiers lui-même…) se solde par un quasi-fiasco : 17 représentations seulement, et un résultat catastrophique sur le plan financier. Quant à Tribulat Bonhomet, enfin, paru chez Stock en mai 1887, il fait, d’après son ami Huysmans dans une lettre à Arij Prins, datée du 11 septembre 1887, un « four » énorme, au point de couper « pour quelque temps » chez Villiers « tout espoir. »

Voilà donc quelle est la - déplaisante - situation lorsque Léon Bloy décide, pour aider son ami (et tant qu’à faire lui-même) de passer à l’action.

Ami de Villiers peut-être depuis 1880 et le salon de Nina de Villard, plus certainement depuis leur fréquentation conjointe du Chat Noir de Salis (au cours de l’année 1884), Bloy entend tout partager avec celui qu’il considère comme un être supérieur, donc – et là, dans son esprit, nulle absurdité – légitimement tyrannisable et persécutable par ses soins hystériques. Ceux-ci se voient justifiés par la perspective d’un retour impératif au droit chemin, lequel ne saurait être, du point de vue de ce « scatholique » intraitable (dixit Villiers himself) que la fin des séductions hérétiques, hégéliennes ou wagnériennes exercées sur l’esprit de son camarade, autant que la reconquête des gloires intégrales de Villiers, la cessation de sa pauvreté, sa reconnaissance artistique, bref le dévoilement universel de son génie.

En attendant, pour les deux potes qui galèrent affreusement, le partage est d’abord celui du pain quotidien, arraché dans les plus effroyables, quoique minuscules, batailles. La mémoire restera à jamais de ces sombres lettres successivement adressées par chacun des trois amis aux autres (Huysmans s’étant progressivement lié aux deux premiers, au cours de cette maudite année 1884) et invitant, tour à tour, au gré d’invisibles mouvements de fortune, à passer faire son affaire de la maigre côtelette, de la dérisoire soupe que l’on vient juste de toucher et dont, tel soir, on entend régaler le frangin.
Bloy - c’est entendu - est habitué comme personne, et depuis toujours, à soutenir avec la dernière véhémence indignée les rafales du guignon, de la chkoumoune, des coups du sort les pires, des insultes afférentes crachées dessus ce beau bouquet immonde par la foule grouillante des puissants d’édition, des canailles d’argent et autres raclures propriétaires des trois mondes.

Or, en ce mois de septembre 1887, justement, dans la perspective brillante de se hisser pour de bon au-dessus de cette ligne de flottaison de merde habituelle, Bloy croit avoir une idée géniale.

Bloy à Villiers,
22 septembre 1887 :

« Mon cher ami,

Quand tu tiendras cette lettre, je te prie d’exiger le parfait silence autour de toi, de t’installer avec confort dans un coin de fenêtre et de me lire fervemment. Je voudrais te voir aujourd’hui, déjeuner chez toi et te parler. Tout bien considéré, je t’écris, je choisis de t’écrire, parce qu’il est terrible de te parler. Tu écoutes mal, comme font les tigres, alors qu’on voudrait de toi l’acoustique respectueuse des éléphants. La redoutable équivoque d’un seul mot te déracine de mes harangues les plus nutritives et fait aussitôt verser ton esprit dans le sauve-qui-peut des calembredaines.
Voici donc –
Il est absolument nécessaire, Villiers, que nous en finissions avec l’agonie de notre misère. Nous crevons de la façon la plus visible et la plus certaine. Il s’agit de prendre ce que Dieu nous donne et Dieu nous donne certainement une occasion.
Je parle assez clairement de ton voyage à Dieppe, n’est-ce pas ? (…) »

Voyage ? Dieppe ? De quoi s’agit-il exactement ?

Bloy à Louis Montchal,
23 septembre 1887 :
« (…) Écoute ceci. Lord Cecil, marquis de Salisbury est à Dieppe pour trois semaines. Il s’agit de trouver une somme complémentaire ; il y a moyen et je m’en occupe aujourd’hui même avec une rage d’activité. Il s’agit d’habiller notre ami en trois jours et de partir avec lui pour Dieppe. Je resterai ignoré du lord, mais dans la coulisse, je dirai à Villiers des choses viriles que seul je peux lui dire et qu’il ne peut accepter que de moi. Il faut que ce maître de l’Angleterre lui fasse une situation quelconque, mais une vraie situation et que, en attendant, il lui donne un petit capital que nous rapporterons à Paris. Salisbury a dix millions de revenu et des territoires grands comme un royaume. Il peut faire ce qu’on lui demande pour Villiers dix fois comte et dix fois chevalier. On s’arrangera pour lui faire comprendre qu’il le doit.
Je suis profondément convaincu que cette démarche menée par moi doit réussir. J’ai le génie des sièges et j’ai fait plus fort. Mais notre ami est une machine de guerre difficile à manœuvrer (…) »

Le marquis de Salisbury, à l’époque Prime Minister conservateur pour la deuxième fois et, en effet homme grassement fortuné, dispose depuis 1873 d’un confortable pied-à-terre dans les environs de Dieppe. L’idée de Bloy est de pousser, en quelque sorte devant lui, son ami Villiers de l’Isle-Adam, aristocrate issu d’une des plus illustres familles d’Europe, par-là même prétendant virtuel à tout un tas de titres et distinctions rutilants, et de l’envoyer à Dieppe pour qu’il y capte, comme par hasard, l’attention, la sympathie, puis enfin – tout de même – les thunes de l’honorable lord britannique.
Pour ce faire, il s’agit, donc, d’abord de le rendre présentable (c’est-à-dire de le débarrasser de ses nippes de clochard et de lui en trouver d’autres un tant soit peu reluisantes), de lui procurer un billet de train, de trouver encore l’argent nécessaire à son logement, à sa subsistance sur place tant que durera « le siège », etc.

À l’arrache, Bloy parvient à lui obtenir (c’est du moins ce qu’il prétend à Louis Montchal) une avance de 500 francs d’un éditeur (La Librairie Moderne, alors en négociation avec Villiers pour la publication prochaine des Histoires Insolites).
Mais Villiers, sans franchement s’opposer à Bloy, rechigne.
Sans doute craint-il de devoir apparaître devant Salisbury flanqué de son crasseux et tonitruant compère, quoique ce dernier prétende vouloir rester invisible (tout en l’accompagnant, ce qui paraît effectivement peu vraisemblable) :

Bloy à Villiers,
22 septembre 1887 :
« Il faut donc partir et même partir avec moi. Cela me paraît indispensable. Il va de soi que je dois être ignoré de ton lord que je suis peut-être appelé à juger et à faire exécuter quelque jour. Mais je serai dans la coulisse pour te chuchoter des choses que je tirerai pour toi des lieux profonds « de abysso jacente deorsum. » Et nous reviendrons, j’ose en répondre, avec ta délivrance et la mienne. Seulement, prends garde, l’occasion va fuir et l’argent va se dissiper. Il n’y a pas une seconde à perdre. Tu m’as écouté hier et tu t’en trouves bien.
Écoute-moi donc encore aujourd’hui.
Il est clair que la somme que tu as entre les mains ne suffit pas.
Arrange-toi avec Marie (Dantine, n. du Moine Bleu) pour être sordide pendant trois ou quatre jours. Cours chez un tailleur, presse le Figaro, porte Midas (conte finalement non-publié dans les Histoires insolites, id.) à Baschet (directeur de l’Illustration, id.). D’après mes informations, il te paiera sur ta copie que tu dois avoir en ce moment. Mais, au nom du ciel, que tout cela soit très rapide. Il faut que nous puissions partir dès le commencement de la semaine prochaine. »

Mais « la semaine prochaine », personne ne part à Dieppe.
Villiers est malade, assez salement.
Bloy aussi : il s’apprête à passer sur le billard (« Je profite de la bonne volonté d’un ami (…) pour me débarrasser enfin d’une saleté que je traîne depuis ma naissance et qui m’incommode chaque jour davantage », lettre à Huysmans, 30 septembre 1887).
Retour, pour les trois frères, au désespoir ordinaire (« Quelle triste, lamentable soirée nous avons passée hier chez Huysmans, en compagnie de Villiers ! Nous avons ensemble repassé tous nos déboires, le néant de nos efforts, l’inanité effroyable d’une vocation stérilisée par l’indifférence ou l’hostilité universelle. Et cela sans aucune issue probable, sans aucun rêve plausible, avec l’exténuation de nos énergies et la vieillesse proche », Bloy à Montchal, décembre 1887).
Le début de l’année s’écoule ainsi, dans cette ambiance riante.
Puis, soudain, contre toute attente, Villiers obtient - notamment via Jules Destrée, que Huysmans a prié de soutenir son ami -  l’un des premiers (l’un des seuls) grands succès publics de sa carrière : le cycle de conférences et de lectures qu’il part donner en Belgique, fin février 1888.
Villiers est alors reconnu, admiré, célébré, gâté par une foule de jeunes adorateurs. Il reproche à Baudelaire d’avoir été si injuste envers les belges. Il revient enchanté (avril 1888) muni d’un peu d’argent dont il fait bien sûr immédiatement profiter sa famille exsangue ainsi que son goût extrême du faste, et quelques mois plus tard se brouille définitivement avec Bloy, qui lui reproche avec violence de le négliger, et de lui mesurer maintenant qu’il est riche (ce qui est évidemment faux) son soutien, notamment financier.
Bien entendu, l’argent des conférences et autres contrats d’édition belges est prestement claqué par Villiers, qui se retrouve, dès la première quinzaine de septembre 1888, plus raide qu’un piquet de bois mort.

C’est alors que resurgit dans son esprit le plan Salisbury.
Villiers, c’est décidé, entreprendra et réussira, seul, ce que Bloy n’imposait qu’ensemble.
Il réunit ses derniers sous, file à Dieppe.
Il y arrive le 21 septembre.
Puis :

Villiers à Marie Dantine,
22 septembre 1888 :
« (…) J’ai vu le château Cecil. Je verrai, je pense, le marquis de Salisbury aujourd’hui même. Je t’en écrirai demain. Si tout n’était pas ici plus horriblement cher, ce serait un délice. Je suis content de n’avoir pas emmené Totor pour cette fois. Il a le temps d’attendre des jours heureux ; moi je n’ai que le devoir de tâcher de les lui faire. Pour toi, nous aurons bien tous deux notre moment ! J’ai bon espoir. »

L’espoir fait vivre, la chose est entendue.

Villiers à un ami inconnu (qu’il informe du fait que le marquis est passé le voir à l’hôtel),
26 septembre :
« Motus, cela va sans dire. Je te conterai le reste qui en vaut un peu la peine. »

Le reste, c’est-à-dire la nature précise, et savoureuse comme on va le voir, de « l’entretien » entre le richissime Prime Minister et le poète crevant de faim, le voici :

Lettre de Villiers (date et destinataire indéterminés) :
« Lord Salisbury a été parfait. Je crois l’avoir conquis ; positivement je l’ai fasciné. Après dîner, nous nous sommes retrouvés tête à tête, dans sa bibliothèque. J’ai parlé pendant cinq heures. Il me regardait avec une attention bienveillante, et semblait boire mes paroles. Je crois qu’il n’a jamais rien entendu de pareil, et que nous pouvons tout espérer. Je lui ai dit adroitement ce que nous attendions de lui, il souriait doucement, et m’approuvait. Et puis je lui ai parlé encore, il était tellement captivé que pas une fois il ne m’a interrompu. »

Et pour cause.
Ce que Villiers apprendra peu après (« Et voilà ma veine ! ») c’est que le Marquis de Salisbury était complètement sourd.

Villiers à un ami,
28 ou 29 septembre :
« Arrivé hier de Dieppe avec moins de 25 francs (…).

Suis plus que pauvre et cela VA CESSER. »