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vendredi 15 mai 2026
jeudi 27 février 2025
L'instant cocktail (2) : le Cosmopolitan
Ingrédients : Vodka, Jus de Canneberge, Citron vert bien pressé,
pointe de missile Javelin (ou NLAW)
≪Vous savez qu’une soirée entre filles n’est pas réussie sans un délicieux Cosmo ! Mais vous remarquerez dès la première gorgée qu’il n’a rien d’un cocktail bonbon, ne vous méprenez par sur sa jolie couleur rose !≫
(Source : 1 ou 2 cocktails, 2025)
Le Cosmopolitain est évidemment chaudement recommandé par Emmanuel K., le bartender le plus badass de Prusse-Orientale :
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Anti-Monde vaincra !,
Fascisme généralisé,
Stone dead forever
L'instant cocktail (3) : Vodka orange
(incomparable Screwed Driver...)
≪En bouche, un côté jus d’orange frais, porté par des huiles de citron assez fortes. La cannelle est plus en retrait mais arrive en fin de bouche, le côté céréalier revient≫.
(Colada, 25 novembre 2016)
rajouter un soupçon de houmous
et 4 ml de jus de citron chiite-libanais
(à consumer sans modération)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Achevons-les !,
Anti-Monde vaincra !,
Fascisme généralisé,
Stone dead forever
L'instant cocktail (4) Moscow Mule
≪ Servi dans son célèbre mug en cuivre, il séduit autant par son look que par sa fraîcheur unique (...). Petite anecdote : malgré son nom évoquant la Russie, le Moscow Mule a été créé aux États-Unis. Pourquoi ce choix ? Mystère ! ≫
(Source : Papilles et pupilles, Août 2019)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Achevons-les !,
Anti-Monde vaincra !,
Stone dead forever
lundi 27 mars 2023
Drame du Chemsex !
Pierre Palmade,
sors de ce car !
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Bonne nouvelle,
Citoyen-flic,
Larbins du Pouvoir,
Recréer du lien social,
Stone dead forever
jeudi 2 mars 2023
Hadji-Lazaro (1956-2023)
On avait la quinzaine. Et l'on n'oublie rien de ce temps. Rien de la musique de ce temps, qui n'était que musique, et dont chaque seconde d'ambiance, pour notre tristesse et notre mélancolie, reste, à nous seuls, transparente. On pourrait en graver le texte et le jeu, de ces secondes, chacune d'entre elles : reconstituer, à cet effet, tous ces endroits, ces salles, ces bars, ces rues, ces maisons qui n'existent plus, et les nuits, le profond de la nuit où tout cela se donnait, grouillant de désir et chavirant d'ivresse. On pourrait le reconstituer. Avec la plus grande précision. Tout est désespérément là. Le reste, ma foi, soit : le présent, et puis ce qu'on a fait hier, ce qu'on fera dans les vingt prochaines semaines. Bof. Aucune importance, en vérité. On attend autre chose, et depuis bien longtemps. Depuis l'éternité. Renaître. On avait la quinzaine.
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
c'est la vie,
Punk'n oï !,
Stone dead forever
vendredi 14 octobre 2022
Où ? Où ? Où ?
Ci-dessus : destruction enthousiaste, par des émeutiers iraniens,
d'une statue de l'imam Khomeini,
dans la ville natale d'Omar Khayyâm (Nishapour), hier.
«Ce palais dont le faîte touchait au ciel — et dont les rois eux-mêmes baisaient le seuil, — j’ai vu sur ses ruines un coucou — perché, qui criait : Où ? où ? où ?»
(Khayyâm, Rubâ'iyat)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Anti-Monde vaincra !,
Bonne nouvelle,
Curetons,
Stone dead forever
mardi 13 septembre 2022
L'armée russe n'a pas dit son dernier mot...
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Achevons-les !,
Chronique d'un naufrage,
Stone dead forever
mardi 31 mai 2022
jeudi 10 février 2022
Lorsque nous sommes entrés dans le troquet (ce soir)
Sorti ce soir, pour se soûler après le travail, tranquillement. Perturbé dans ce projet, par un trio intempestif de gauchistes, à la table d'à côté. Conversation hystérique. Et bruyante. Les références sont de mise. Ça fuse. Look queer mainstream et idéologiquement de type chimérique : mi-lundi-matin, mi-ex-léniniste d'ouverture (bordiguiste ? trotskiste ? va savoir !), mi-Théorie Communiste (horreur !), concédant pragmatiquement (pour le dernier tiers inclus en question) à ses deux camarades certaines vertus pratiques : des résultats [sic !] incontestables en matière de manifs, d'agitations, de pauvres micro-scandales, bref, en termes de rendement spectaculaire (quoi d'autre, de toute façon, depuis ces Thèses sur Feuerbach qui nous font tant de mal depuis tous ces siècles, avec tous ces cons et leur obsession praticiste ?). Pour la substance des choses, ces gens (faut l'savoir, hein !) sont littéralement, qu'on le sache, obsédés par les nazis et leur activité concrète du moment : les nazis contemporains groupusculaires, donc, les Zouaves, leurs conflits, leurs scissions, leurs (Z)emours et ainsi de suite. Babillage très pénible, par exemple (table distante de moins d'un mètre de la nôtre, on le précise ! Bonjour la discrétion des échanges blanquistes conspirationnistes...) concernant les dernières bastons en cours et toutes les autres, prévues (ces trois maigrichons frustrés, tu parles, ça doit pas s'entraîner souvent, tout ça). Alors ? Qui gagne, ces temps-ci ? Qui est le plus fort ? La Jeune Garde de M. Raphael Arnault ? la bande de M. Bernanos et de ses camarades ? La section pro-ukrainienne de Ouest Casual ou plutôt les grand-russes ? Et pourquoi, au juste ? Et qui couche avec qui ? Soral fréquente-t-il vraiment les backrooms aussi régulièrement qu'on le prétend ? Serge Ayoub vaut-il à ce point le coup ? À quels antifas peut-on parler, exactement, sans risquer de s'en manger une ? Plutôt bourrés, pas bourrés ? Quels sont, de manière générale, les antifas les plus accessibles ? Les moins accessibles ? Que faire ? (comme disait l'autre) et avec qui ? Surtout : comment s'organiser ? Comment monter des réseaux ? (les fascistes disent, eux : des équipes). Voilà. Voilà de quoi parlent les gauchistes aujourd'hui. Voilà ce qui les tient. Et voilà (ce qui est beaucoup plus grave) ce qui nous gave, ce qui nous gâche nos débuts de soirée dans des bars pourtant choisis (du moins le pensions-nous niaisement) avec pertinence pour leur remarquable impersonnalité. Ensuite, les mecs enchaînent sur leur projet de thèse, à Saint-Denis. Pendant un quart d'heure. Sans déconner. Non mais vous imaginez le cauchemar ? Débarquer dans un bordel pareil alors qu'on y était entré juste pour boire un godet ? À vous faire regretter les Trotskids, décidément, et leurs patrons de bistrot bretons à l'ancienne (du temps où Zemmour gisait presque encore à l'état de projet dans les couilles de son père, du côté de Montreuil). Ces patrons de bistrots, fantasmés ou pas, mettaient au moins un peu d'ambiance dans le refus de vous accueillir et de vous aimer, en dépit de vos thunes proposées. Ceux d'aujourd'hui sont dramatiquement tolérants. Va falloir trouver d'autres lieux. Mais ça n'existe pas.
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Gauchistes ridicules,
Pends ton propriétaire surtout s'il est de gauche,
Punk'n oï !,
Stone dead forever
samedi 1 janvier 2022
2022 : une première tendance se dessine !
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Recréer du lien social,
Stone dead forever
jeudi 21 octobre 2021
L'important, c'est d'aimer !
≪Je suis un sale bonhomme. Je remarque toutefois une chose : un homme qui, le matin, n'est pas dans son assiette et, le soir, déborde de projets, de rêves et d'énergie, ça c'est un très mauvais homme ; mal fichu le matin, en pleine forme le soir : voilà qui ne trompe pas. Mais dans le cas contraire, s'il est plein d'allant et d'espoir le matin et complètement à plat le soir, là, c'est franchement un pauvre mec, un mesquin et un médiocre. Pour moi, c'est une ordure. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi je trouve que c'est une vraie ordure.
Bien sûr, il y a aussi ceux qui se plaisent autant le matin que le soir, qui sont aussi heureux quand le jour se lève que quand il se couche. Ceux-là, ce sont tout bonnement des fumiers, et ça me dégoûte rien que d'en parler. Quant à celui qui n'est jamais bien, pas plus le soir que le matin, alors là, les mots me manquent : c'est le roi des cons et le dernier des salauds.»
(Vénédict Erofeiev, Moscou-sur-Vodka)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Littérature du temps que ça existait,
Recréer du lien social,
Stone dead forever
vendredi 2 juillet 2021
L'un n'empêche pas l'autre !
Autour de la preuve ontologique (détail)
«Les ennemis de la religion, ces esprits qui ne croient rien, qui se font un titre d'esprit fort de douter de tout, qui cherchent des réponses aux arguments dont on se sert pour prouver l'existence de Dieu, qui raffinent les difficultés que l'on objecte contre la providence, ne sont pas pour l'ordinaire des gens fort voluptueux. Quand on passe toute la journée parmi les verres et les pots, qu'on aime à courir le bal toute la nuit, qu'on en conte et à la blonde et à la brune, qu'on tend toutes sortes de pièges à la pudicité des femmes, qu'on ne cherche qu'à tuer le temps dans la débauche et à prévenir le dégoût des plaisirs par la diversité des objets, on ne se met guère en peine de savoir si M. Descartes a bien démontré dans sa métaphysique l'existence de Dieu et la spiritualité de l'âme, et s'il a bien répondu aux objections qui lui ont été proposées. On ne s'avise point non plus d'examiner la Démonstration évangélique de M. Huet, si pleine d'éloquence et d'érudition, et de chercher de quoi éluder les preuves de la vérité de la religion chrétienne. On ne va point se rompre la tête à étudier les prétendues démonstrations de Spinoza pour tâcher de comprendre que l'univers est un être simple et que nous sommes des modifications de Dieu.»
(Pierre Bayle, Pensées diverses sur la comète)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Il faut être raisonnable !,
Jésus,
Satan m'habite,
Stone dead forever
vendredi 12 février 2021
Les Trappistes : des bières de caractère !
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Recréer du lien social,
Stone dead forever
mercredi 23 décembre 2020
Et surtout la santé ! (bande de grosses merdes)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Anti-Monde vaincra !,
Stone dead forever
mercredi 2 septembre 2020
Gabola Gabola Hey !

«Fondée en 2017 par Tsietsi Makiti pour attirer ceux qui auraient de toute façon été rejetés par les églises catholiques et évangéliques opposées à une trop forte consommation d'alcool, l'église Gabola célèbre généralement ses messes dans des pubs ou des restaurants." Jésus nous a enseigné à pêcher là où il y a du poisson. Ce sont dans les tavernes, les shebeens (bars), qu'on trouve des enfants de Dieu rejetés des autres églises à cause de leur amour pour l'alcool", explique à l'AFP M. Makiti, 54 ans. "Nous accueillons tous ceux qui aiment l'alcool", ajoute-t-il, affirmant que l'église a trouvé des fidèles à l'étranger, au Canada, en Suisse, en Allemagne ou encore au Brésil. Dans la pièce qui tient lieu d'église, les chaises sont espacées d'un mètre, conformément aux protocoles imposés par l'épidémie. Et les fidèles sirotent leur boisson en écoutant le sermon. La chaire improvisée est décorée de bouteilles de gin et de bière. La mitre noire et or du fondateur du mouvement est ornée de deux bouteilles miniatures de whisky et d'Amarula, une liqueur populaire en Afrique du Sud. "Maintenant que l'interdiction de la vente d'alcool est levée, tout est si joyeux. Nous faisons la fête!", lance Tsietsi Makiti, "pape" autoproclamé. "L'alcool est la seule chose qui nous relie à Dieu, car si je suis sous l'influence de l'alcool, je suis sous l'influence du Saint-Esprit", explique-t-il avec le plus grand sérieux. L'interdiction de la vente d'alcool a été une "pilule amère à avaler pour l'église Gabola", qui n'est pas membre du Conseil sud-africain des églises (SACC). "Nous ne reconnaissons pas Gabola comme une église de Jésus-Christ dans l'Esprit Saint. Il existe de nombreuses organisations qui se proclament elles-mêmes églises", relève Mgr Malusi Mpumlwana, secrétaire général du SACC. À Gabola, qui veut dire "boire" en tswana, une des langues officielles en Afrique du Sud, on ne lit pas la Bible. Le fondateur de cette église affirme être en cours d'écriture de sa propre bible. Il n'y a pas non plus d'offrande, ni de quête pendant les offices, les fidèles doivent simplement apporter de quoi boire.
Portia Nzimande a quitté sans regret l'église orthodoxe pour rejoindre la communauté Gabola. "Seul Dieu peut nous juger. Ce que nous faisons ici, c'est notre vie. Nous ne devons aucune explication à personne", assure-t-elle. "Nous nous amusons parce que nous prions et buvons en même temps". Pour certains, ces rassemblements sont juste un prétexte pour boire. Mais "nous avons des membres ici qui ne boivent pas", souligne Siphiwe Mafunisa, 42 ans, "archevêque" de l'église Gabola. "C'est juste une église, une église normale, mais nous l'appelons Gabola parce que la plupart d'entre nous boivent", explique-t-elle. Et pour Ephraim Seliane, restaurateur de 37 ans, "rien ne vaut Gabola, parce que vous êtes parmi des gens qui vous permettent d'être vous-mêmes."»
(source : L'Obs, 2 septembre 2020)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Jésus,
Stone dead forever
vendredi 17 juillet 2020
The Tortilla Flat sessions (1) I'll trade you money for wine !
Corn in the crib won't turn your dollar green
A dollar won't get you high
Some days a drop is all a body needs
Some days the bottle drains dry...
Pockets of change don't drive my worry down
Diamonds don't make me shine
It's a short life (and a long time underground)
I'll trade you money for wine !
I've seen this town from a long black Lincoln, boys
Back when copper was king
Ten years I stood on the same street corner, boys
I never want for a thing
Pockets of change don't drive my worry down
Diamonds don't make me shine
It's a short life (and a long time underground)
I'll trade you money for wine !
Wild were the nights when I was rolling, boys
No hunger unsatisfied
Feared was my name in Elko County, boys
Now they just walk on by
And the banker, he spares a quarter for my cup
His trouble's deeper than mine !
That way of life, boys, there ain't gold enough
I'll trade you money for wine !
See how the rain washes the sulfur dust
Off to the wide blue sea
Freed from the rock, the copper flies to where
No miner ever may see
Shallow your cares, in vain your industry !
So says the wide blue sea
I never burden God on your account
Don't waste your prayers on me !
I've seen a man of wealth and family
Scrimp till his hair's gone grey
Laid in the ground just like I'm gonna be
He might have drunk it away
Pockets of change don't drive my worry down
Diamonds don't make me shine,
It's a short life (and a long time underground)
I'll trade you money for wine !
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Marx,
Recréer du lien social,
Stone dead forever
vendredi 3 juillet 2020
La forme-valeur est abolie, wesh !
Kékçaracave ?
Prologue en angliche :
«Un jour, la longue lutte opposant l'humanité aux forces de l'avarice et de la division trouvera sa conclusion. Et ce jour-là, enfin libres, on lancera une de ces putain de grosses fêtes de fils de pute !»
(Un proverbe très ancien...
... enfin euh... je crois...)
«Il me faut une bouteille de Moët... Garçon !»
(Killer Mike, membre de Run The Jewels)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Debord,
Il faut être raisonnable !,
Marx,
Satan m'habite,
Stone dead forever
dimanche 28 juin 2020
Pourquoi nous ne sommes pas gramscistes...

(Avertissement ! L'observation prolongée de cette image est susceptible de provoquer, chez nos amiEs léninistes de toutes obédiences, de dangereuses émissions éjaculatoires fortement préjudiciables à la production de valeur).
«Il faut remarquer que les industriels (et particulièrement Ford) se sont intéressés aux rapports sexuels de ceux qui sont sous leur dépendance et, d'une façon générale, de l'installation de leurs familles ; les apparences de "puritanisme" qu'a pris cet intérêt (comme dans le cas de la "prohibition") ne doivent pas faire illusion ; la vérité est que le nouveau type d'homme que réclame la rationalisation de la production et du travail ne peut se développer tant que l'instinct sexuel n'a pas été réglementé en accord avec cette rationalisation, tant qu'il n'a pas été lui aussi rationalisé.
L'histoire de l'industrialisme a toujours été (et elle le devient aujourd'hui sous une forme plus accentuée et plus rigoureuse) une lutte continue contre l'élément "animalité" de l'homme, un processus ininterrompu, souvent douloureux et sanglant, de la soumission des instincts (instincts naturels, c'est-à-dire animaux et primitifs) à des règles toujours nouvelles, toujours plus complexes et plus rigides, et à des habitudes d'ordre, d'exactitude, de précision qui rendent possibles les formes toujours plus complexes de la vie collective, conséquences nécessaires du développement de l'industrialisme. Cette lutte est imposée de l'extérieur et les résultats obtenus jusqu'ici, malgré leur grande valeur pratique immédiate, sont en grande partie purement mécaniques et ne sont pas devenus une "seconde nature". Mais chaque nouvelle façon de vivre, dans la période où s'impose la lutte contre l'ancien, n'a-t-elle pas toujours été pendant un certain temps le résultat d'une compression mécanique ?
(...)
Dans l'après-guerre [de 1914-1918], on a assisté à une crise des mœurs d'une étendue et d'une profondeur considérables. Mais cette crise s'est manifestée contre une forme de coercition qui n'avait pas été imposée pour créer des habitudes conformes à une nouvelle forme de travail, mais en raison des nécessités, d'ailleurs considérées comme transitoires, de la vie de guerre dans les tranchées. Cette pression a réprimé en particulier les instincts sexuels, même normaux, chez une grande masse de jeunes gens. La crise s'est déchaînée au moment du retour à la vie normale, et elle a été rendue encore plus violente par la disparition d'un si grand nombre d'hommes et par un déséquilibre permanent dans le rapport numérique entre les individus des deux sexes. Les institutions liées à la vie sexuelle ont subi une forte secousse et la question sexuelle a vu se développer de nouvelles formes d'utopie de tendance «illuministe» [c'est-à-dire rattachées à la philosophie des Lumières, Aufklärung]. La crise a été (et elle est encore) rendue plus violente du fait qu'elle a touché toutes les couches de la population et qu'elle est entrée en conflit avec les exigences de nouvelles méthodes de travail qui sont venues, entre temps, s'imposer (taylorisme et rationalisation en général). Ces nouvelles méthodes exigent une discipline rigide des instincts sexuels (du système nerveux), c'est-à-dire une consolidation de la "famille" au sens large (et non de telle ou telle forme de système familial), de la réglementation et de la stabilité des rapports sexuels.
Il faut insister sur le fait que, dans le domaine de la sexualité, le facteur idéologique le plus dépravant et le plus "régressif" est la conception "illuministe" et libertaire propre aux classes qui ne sont pas liées étroitement au travail producteur, et qui se propage de ces classes à celles des travailleurs.
(...)

La question de l'alcool et la question sexuelle sont liées : l'abus et l'irrégularité des fonctions sexuelles est, après l'alcoolisme, l'ennemi le plus dangereux de l'énergie nerveuse et l'on observe couramment que le travail "obsédant" provoque des dépravations alcooliques et sexuelles. Les tentatives faites par Ford d'intervenir, au moyen d'un corps d'inspecteurs, dans la vie privée de ses employés, et de contrôler la façon dont ils dépensent leur salaire et dont ils vivent, est un indice de ces tendances encore "privées" ou latentes, mais qui peuvent devenir, à un certain moment, une idéologie d'Etat, en se greffant sur le puritanisme traditionnel, c'est-à-dire en se présentant comme un renouveau de la morale des pionniers, du "véritable" américanisme, etc. Le fait le plus important du phénomène américain dans ce domaine est le fossé qui s'est creusé, et qui ira sans cesse en s'élargissant, entre la moralité et les habitudes de vie des travailleurs et celles des autres couches de la population.
La prohibition a déjà donné un exemple d'un tel écart. Qui consommait l'alcool introduit en contrebande aux États-Unis ? C'était devenu une marchandise de grand luxe et même les plus hauts salaires ne pouvaient en permettre la consommation aux larges couches des masses travailleuses : celui qui travaille pour un salaire, avec un horaire fixe, n'a pas de temps à consacrer à la recherche de l'alcool, n'a pas le temps de s'adonner aux sports, ni de tourner les lois. On peut faire la même observation pour la sexualité. La "chasse à la femme" exige trop de loisirs. Chez l'ouvrier de type nouveau on verra se répéter, sous une autre forme, ce qui se produit chez les paysans dans les villages. La fixité relative des unions sexuelles paysannes est étroitement liée au système de travail à la campagne. Le paysan qui rentre chez lui le soir après une longue et fatigante journée de travail, veut la Venerem facilem parabilemque dont parle Horace [l'amour facile et toujours à ma portée, in Satires, Livre II, v. 119] ; il n'est pas disposé à aller tourner autour de femmes rencontrées au hasard ; il aime sa femme parce qu'il est sûr d'elle, parce qu'elle ne se dérobera pas, ne fera pas de manières et ne prétendra pas jouer la comédie de la séduction et du viol pour être possédée. Il semble qu'ainsi la fonction sexuelle soit mécanisée mais il s'agit en réalité de la naissance d'une nouvelle forme d'union sexuelle dépouillée des couleurs "éblouissantes" et du clinquant romantique propres au petit bourgeois et au "bohème" désœuvré. Il apparaît clairement que le nouvel industrialisme veut la monogamie, veut que le travailleur ne gaspille pas son énergie nerveuse dans la recherche désordonnée et excitante de la satisfaction sexuelle occasionnelle : l'ouvrier qui se rend au travail après une nuit de "débauche" n'est pas un bon travailleur ; l'exaltation passionnelle ne peut aller de pair avec les mouvements chronométrés des gestes de la production liés aux automatismes les plus parfaits. Cet ensemble complexe de pressions et de contraintes directes et indirectes exercées sur la masse donnera sans aucun doute des résultats et l'on verra naître une nouvelle forme d'union sexuelle dont la monogamie et la stabilité relative semblent devoir être les traits caractéristiques et fondamentaux».
(Antonio Gramsci, Américanisme et fordisme, 1934)
***
Même époque.
(Tout) autre ton.
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Éros et civilisation française,
Familles je vous kiffe !,
L'économie,
Satan m'habite,
Stone dead forever
samedi 16 mai 2020
Aux habitués de café («puis ils émigrèrent»)
«Il faut croire cependant que cette clientèle restreinte de rêveurs ne suffit pas à faire vivre les cafés qu'ils fréquentent, car le café Caron est mort de misère et a été naturellement remplacé dans la rue des Saints-Pères par un bas zinc ; ses habitués errèrent pendant quelques jours, ne sachant plus que devenir, puis ils émigrèrent dans un lieu presque semblable, mais gâté pourtant par un élément militaire, au café d'Orsay, situé au coin de la rue du Bac et du quai ; ce café moribondait quand ils y vinrent et ils l'achevèrent ; une inéluctable faillite l'emporta ; ce fut la fin de tout. Et depuis lors l'âme des habitués se désempare.»
(Joris-Karl Huysmans, Les habitués de café)
Du coup, je reprendrais bien une tranche de
Décadence symboliste,
Huysmans,
Littérature du temps que ça existait,
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