C'était juste histoire de préciser (à l'attention des cons de gauchistes progressistes qui nous lisent encore - c'est dire s'ils sont cons - et que nous conchions strictement autant que les droitards débiles de toutes obédiences) qu'au final, les choses, si on y réfléchit une seconde, eh ben elles changent pas tellement, finalement, les choses.
Dans les villes.
Dans ton monde, et dans ta vie de merde, à toi.
Alors, profite, du coup.
Parce que, paradoxalement, ça risque de pas durer, en ce qui te concerne, un paradis pareil.
L'enfer n'a pas d'ailleurs. Paris est mort. Marseille est mort. Lille ou Toulouse sont morts. Toutes leurs banlieues le sont aussi, comme leurs péri-urbanités débiles, qui refoulent grave le cadavre, à un point tel que ça en devient gênant. Saint-Denis n'est ni une ville d'⋞insoumis≫ (quelle plaisanterie ! insoumis à qui et à quoi ? à Poutine ou à Xi Jinping ?), ni seulement une ville de petit-bourgeois gentrifiés dégueulasses (votant Hanotin, cette merde ridicule) : c'est surtout une ville de zombies, prolétaires ou pas (quelle importance, pour un zombie ?). Le seizième arrondissement de Paris empeste la fosse commune versaillaise, parfumée à la finance internationale masculiniste. La Courneuve, la pauvre ! est presque aussi repoussante, en ses laideurs et pestilences inépuisables, que les quartiers riches faisandés de Bordeaux ou Lyon, où de gentils Quentin-coeur-sur-la-main s'affrontent à d'angéliques Raphaël-Vérité-Justice, se lynchant, plutôt, à terre, alternativement, et en bonne intelligence, histoire de se partager ce territoire qui pue. Et que nous leur abandonnons bien volontiers.
Rendez-vous est pris pour le 29 octobre, au Centre Culturel Libertaire (CCL) Benoît-Broutchoux, 4 rue de Colmar, 59000 Lille, M° Porte-des-Postes...
≪Salut à toutes et tous.
Dix ans de cela en arrière, Lucane Distro se matérialisait dans un attaché case de récup’. Dans les marges de nos emplois du temps plus que débordants, il fallut regrouper les adresses notées à la volée, contacts littéraires et fanzinesques, petits papiers chiffonnés au fond de nos poches ou récoltés dans les méandres de la toile. Nous continuons de trimballer cette même valise dont la poignée grince à chaque pas, et que nous maudissons également à chacun d’entre eux vu son poids !
L’idée de départ était de distribuer à prix libre les fanzines, livres, revues et brochures que l’on voulait soutenir, dont on voulais parler et faire la promotion. La quasi totalité de ce que nous distribuons depuis lors est une affaire de cœur, de passion, de rencontres et de politique. Difficile et même peu opportun pour nous de donner une hiérarchie à ces toutes choses ou d’en questionner la pertinence. On s’était promis de ne pas tourner en label, parce que trimballer une valise de 20Kg c’est une chose, car on avait vraiment pas envie d’avoir en plus un bac de vinyles sur les bras. Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis, Lucane Distro a donc participé à quelques Eps et k7 comme :
#1 : Makach – EP 6 titres, 2014
#2 : Makach – EP 4 titres, 2016
#3 : Angry Silence – demo cassette, 2021
#4 : Angry Silence – LP, 2022
#5 : Psychrophore – LP, 2022
#6 : Bakounine – LP, 2023
Depuis une paire d’années, la distro est accompagnée d’un petit bac de linogravures à prix libre quand la place le permet. Sachez qu’il alimente directement les caisses de la distro et nous permet de gérer nos comptes de manière moins stressante. Rassurez vous, notre slogan originel est toujours valable : Lucane Distro, en déficit depuis 2013 !
Nous menons notre barque au gré de l’inspiration, des hasards et de ce qui nourri et enchante notre quotidien. Nous découvrons, lisons, lions, et si le contenu nous parle alors nous prenons contact et hop : du neuf arrive en distro ! Nous ne sommes pas des spécialistes du monde de l’édition ou de la distribution, mais si nous pouvions augmenter et/ou maintenir le débit de textes, d’idées qui s’élaborent autour de nous, alors nous estimerons avoir bien remplis la mission qui est nôtre. D’autres ont très bien distribués avant nous, continuent de le faire et on espère que certains certaines se saisiront du bâton de relais à l’avenir sans attendre ni validation ni feu vert de personne !
Aujourd’hui c’est l’occasion de célébrer cette signifiante chaîne humaine composée de bonnes volontés et d’acharné-es sans qui nous ne marquerions pas le coup aujourd’hui. Ce n’est pas rien ce qui existe là sous nos yeux ! Nous reprenons une bonne tranche de Punk avec celles et ceux qui sont présentes depuis nos débuts comme avec les derniers arrivés qui font souffler un vent de fraîcheur et de changement dans notre scène. Nous fêtons nos amitiés, ceux et celles qui ne sont pas ou plus là, nos connexions et nos collectifs, et c’est important de prendre un petit moment pour ça ensemble.
Merci à ceux et celles qui continuent d’écrire, qui partagent, qui dessinent, qui cuisinent, qui luttent et qui ne se rendent pas encore à la frigidité du désespoir.
On se retrouve en bas devant les groupes (salut à Chicken’s Call, Camellia Sinensis, Krokodil, Short days !), au buffet ou aux entrées : on va se mettre bien ! ≫
On avait la quinzaine. Et l'on n'oublie rien de ce temps. Rien de la musique de ce temps, qui n'était que musique, et dont chaque seconde d'ambiance, pour notre tristesse et notre mélancolie, reste, à nous seuls, transparente. On pourrait en graver le texte et le jeu, de ces secondes, chacune d'entre elles : reconstituer, à cet effet, tous ces endroits, ces salles, ces bars, ces rues, ces maisons qui n'existent plus, et les nuits, le profond de la nuit où tout cela se donnait, grouillant de désir et chavirant d'ivresse. On pourrait le reconstituer. Avec la plus grande précision. Tout est désespérément là. Le reste, ma foi, soit : le présent, et puis ce qu'on a fait hier, ce qu'on fera dans les vingt prochaines semaines. Bof. Aucune importance, en vérité. On attend autre chose, et depuis bien longtemps. Depuis l'éternité. Renaître. On avait la quinzaine.
Il faut que jeunesse se passe, voilà tout. Et la meilleure jeunesse (≪meilleure≫ au sens de ce qui se réalise, s'actualise, donne et épuise et crache toute l'essence de ce qu'il a à être) est la jeunesse méchante et injuste. Le ≪reste≫ de la jeunesse ne vaut rien, ou pas grand-chose. Les jeunes sont des fils de pute par principe. Ce qui fait leur charme indéniable.
Évidemment, en termes de violence pure, on trouve toujours son maître. Le hooliganisme russe des années 2010, sponsorisé par la voyoucratie fasciste d'État, à tendance MMA, n'avait, d'entrée de jeu, évidemment pas les mêmes moyens (il en avait davantage), que les rescapés très purement prolétaires de l'Inter City Firm de West Ham. Les bolossages de Brits à Marseille, au cours de certaine coupe du monde de football récente, auront entériné ce fait aux yeux du monde. Il est étrange, et même cocasse, qu'à la faveur du déferlement militaire actuel en Ukraine, les échos d'une époque désormais lointaine résonnent d'une certaine séduction mélancolique, romantique, presque démocratique aux oreilles de certains observateurs. Comme si, au fond, les années 1980 en Europe de l'ouest, au regard d'aujourd'hui, semblaient une sorte de paradis nostalgique de liberté absolument impayable. Quelle ironie ! La violence, décidément, aime toujours à se jouer contre elle-même, à se feindre quelque âge d'or et d'honneur. Et les voyous, idem. Qu'ils se démerdent, donc. D'une décennie, d'un siècle, d'un pays de con à l'autre.
N. B. Toute préoccupation politique mise à part (ce qui n'est pas rien), on a toujours préféré cette version originale (≪Orages d'acier≫) du groupe à problèmes déjà ancien Plastic Gangsters à sa reprise par le groupe à problèmes contemporain Paris-Violence, dont le talentueux parolier royaliste Flav est récemment décédé. Pour les archivistes à problèmes ou les simples curieux (à problèmes aussi) désireux d'écouter cette dernière version, c'est là.
***
En ce moment, on pense à l'Ukraine. On pense à la Russie. On pense à Ernst Jünger, et puis à bien d'autres trucs encore, susceptibles de poser problème au plan fasciste-transcendantal : c'est rien de le dire. Il faut avouer qu'en termes de problèmes théoriques, de manière générale, le manque radical se pose un peu là. Un copain trotskiste (personne n'est parfait : et tant d'autres, d'obédiences diverses, soutiennent ce genre de position) nous renvoyait encore récemment, comme dans un livre (y croyait-il seulement ?) les deux ≪impérialismes≫ (le russe et celui de l'OTAN) dos-à-dos, simplement, comme cela. N'étaient-ils pas, en l'espèce et après tout, également responsables, très également coupables et malfaisants ? Livrer des armes à l'Ukraine libérale pro-européenne ne revient-il pas, ajoutait ledit ami, à ≪rajouter la guerre à la guerre≫ ? Rien d'autre de spécifique ni d'original ne semblait donc ici à interroger, à comprendre. Qui comprend vraiment le sens, pour ne s'en tenir qu'à cela, des séductions fascistes actuelles ? Qui comprend que, faute de médiation, de discussion, d'oppositions rationnellement posées (la faute à la pandémie confinesque, bien entendu, mais pas que ! ce serait trop simple), la violence anti-bourgeoise immédiatiste, sans question, a tôt fait d'emporter l'esprit, dans les populations, d'une majorité radicalisée, en mode manifeste-conspirationniste. Le film Boum Boum, de Laurie Lassalle, vu ces jours-ci et consacré, tout ensemble, à l'amour libre et au mouvement des Gilets Jaunes, sans présenter les choses ainsi, possède néanmoins le mérite d'évoquer ces problèmes et ces ambiguïtés, quoiqu'il ne se les coltine guère, ou qu'il se les gère vite. Et qu'il souffre d'autres défauts typiquement gauchistes, encore, affirmant, relayant ou supposant abstraitement beaucoup de choses convenues (sur l'universalisme, ou sur la beauté des révoltes ≪impures≫, dont les Gilets Jaunes fourniraient le modèle). Mais il est vrai que ce film donne avant tout à découvrir des pensées fragiles, en train de se faire ou de se défaire, en crise. Et qu'il est, dans l'ensemble, bon, sain, romantique. Il finit, surtout, par une touche d'espoir et de mer, une espérance de retour de marée subversive qui reviendra forcément, gigantesque, dans la gueule de Macron second et de ses suiveurs. Il a, bien évidemment, raison. C'est juste que bon. Nous préférons poser les choses autrement, sous forme de problème maintenu et de pulsion de mort, nous qui aimons tant la mer pour cette raison précise, le charme du ressac et des problèmes qui durent : pour cette résistance même. Pour l'utopie, toujours meilleure que les réalisations qu'elle provoque. Pour la révolte et ses justesses, toujours supérieures à leur contenu positif (à la fois légitime et contingent). Bref : tout ce qui, hélas ! nourrit aussi la variété de fascisme pourrissant la pensée et la vie d'aujourd'hui, en tout et partout. Notre amertume vient de cela que, peut-être, la chanson emblématique de ces temps sinistres, à parodier méchamment l'Âge d'or de Léo Ferré, pourrait tourner ainsi, vers la fin : ≪Nous aurons Poutine devant tous nos problèmes !≫. Poutine est partout. Il nous voit en ce moment et se moque bien de nous. La seule chose dont il se ne se moque pas, ce sont les Ukrainiens qui veulent rester libres, qui sont attachés aux libertés formelles bourgeoises, comme disent les marxistes sans morale, et qui lui mettent des Javelins dans les chars. Il nous manque, décidément, de ce côté-là du monde, cette compréhension du fascisme de notre temps, de ce poutinisme anthropologique menaçant par principe, de l'Atlantique à l'Oural, le moindre de nos efforts pratiques.