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mardi 27 août 2024

D'un désespoir l'autre

 

«Le désespoir de la nature est toujours féroce, frénétique, sanguinaire, il ne cède pas à la nécessité, à la chance, mais veut l'emporter par lui-même c'est-à-dire à ses dépens, par sa mort, etc. Un autre désespoir, placide, tranquille, résigné, par lequel l'homme, après avoir perdu tout espoir de bonheur, qu'il s'agisse en général de l'espèce humaine, ou en particulier de sa propre condition, néanmoins, s'adapte à la vie, à la tolérance du temps et des ans, cédant à la nécessité admise, ce désespoir, quoi qu'il dérive du premier, n'est toutefois presque propre qu'à la raison et à la philosophie et donc spécialement et singulièrement propre aux temps modernes, et maintenant, en effet, on peut dire que n'importe qui possédant un certain degré de talent et de sentiment, ayant fait l'expérience du monde, et en particulier, du reste, tous ceux qui, étant tels et arrivés à un âge mûr sont malheureux, tombent et restent jusqu'à la mort dans cet état de tranquille désespoir. État presque entièrement connu des Anciens et aujourd'hui encore de la jeunesse sensible, magnanime et malheureuse. Une conséquence du premier désespoir est la haine de soi (car il reste encore dans l'homme assez de force d'amour-propre pour qu'il puisse se détester) mais le souci et l’estime des choses. Du second, c'est l'insouciance et le mépris et l'indifférence envers les choses, et envers soi un certain amour languide (car l'homme n'a plus assez d'amour-propre pour avoir la force de se détester), qui ressemble à l'insouciance, mais est pourtant de l'amour, toutefois tel qu'il ne porte pas l'homme à s'angoisser, à se morfondre, à ressentir de la compassion pour ses propres malheurs, et encore moins à faire des efforts ni à rien entreprendre pour soi, considérant les choses comme indifférentes, ayant presque perdu le tact et le sens de l'esprit, et ayant recouvert d'un cal toute la faculté sensitive, désidérative, etc., bref : les passions et affections de toute sorte, et presque perdu, à cause d'un long usage et d'une longue et forte pression, presque toute l'élasticité des ressorts et des forces de l'âme. Ordinairement, le plus grand souci de ces personnes est de conserver l'état présent, de mener une vie méthodique, et de ne rien changer ni innover, non pas par naturel pusillanime ou inerte, car elle sera tout l'opposé, mais par une timidité qui dérive de l'expérience des malheurs, qui porte l'homme à redouter de perdre, à cause des nouveautés, cette part de repos, de tranquillité ou de sommeil, dans lequel, après de longs combats et résistances, son esprit s'est enfin assoupi et recueilli, et presque tapi. Le monde est plein, de nos jours, de désespérés de cette seconde sorte (comme chez les Anciens, très fréquents étaient ceux de la première espèce). On peut donc aisément voir ce que doivent y gagner l'activité, la variété, la mobilité, la vie de ce monde ; quand tous, peut-on dire, les meilleurs esprits, parvenus à une certaine maturité, deviennent incapables d'action, et inutiles à eux-mêmes, et aux autres. »

(Giacomo Leopardi, Zibaldone, 6 février 1821)

dimanche 22 octobre 2023

Danse de mort (on achève bien les chômeurs)


On imagine sans peine les prochaines étapes : ≪Ouvre tes chakras, masse ton patron≫ ; ≪La cuisine de l'insertion≫ ; ≪Le DRH est dans le pré≫... 
Jamais, du fait de la collaboration de classe, active et citoyenne, d'une énorme masse d'artistes acéphales, la corruption de l'Éros et la volupté de soumission n'avaient atteint un tel point d'incandescence. 
Merci, France-travail !   

mardi 27 juin 2023

Soft power

Si si, c'est lui...

Quel ennui, décidément, cette dernière Marche des fiertés parisienne, sans émeute ni musique régressive assourdissante, comme autrefois. Il paraît que l'une et l'autre menaçaient trop, cette année, à la fois ≪l'environnement≫ (sic) et la ≪sécurité≫ (re-sic : voir, au sujet de l'absence de tout char baroque pourvoyeur d'ambiance décadente, les explications nébuleusement risibles de l'inter-LGBTIQIA+, en association avec la Ville de Paris, la Préfecture de Police et autres organismes humanistes et citoyens). On en serait presque venu à regretter les derniers cortèges funèbres de la CGT chargés d'expédier la lutte contre la réforme des retraites, bien moins sinistres ─ à tout prendre  que ce pathétique défilé de Tom, bien atones, of Finland. Fort heureusement, l'imagination humaine ne se trouve jamais dépourvue de ressources moqueuses et de mauvais esprit comique (voir ci-dessus) dès lors qu'il s'agit de fuir cette langueur affreuse, antichambre du néant, dont le très regretté Blaise Pascal tenta d'établir jadis la nomenclature sommaire des procédés divertissants permettant justement de lui échapper. Certains y ajoutent, aujourd'hui, le Celebrity Hunting : la chasse aux people de tout genre, en situation urbaine. Voilà donc à quoi nous nous adonnâmes. Ma foi, on passe le temps comme on peut. Mais quelle surprise, en définitive, ce samedi-là ! Alors, ça y est ? Vous aussi, comme nous, vous l'avez reconnu, en dépit de ses très méritoires efforts clandestins ? Impossible, n'est-ce pas ? À ce point de pénétration et d'infiltration, peut-on encore parler de Soft Power ? Telle est la question stratégique. Chapeau bas, camarades.    

vendredi 14 avril 2023

Y a plus de respect !

(Paris, 13 avril 2023)

dimanche 26 mars 2023

samedi 12 novembre 2022

Ne jamais dire toujours

                        
La Russie est là pour toujours !≫ 
(affiche de propagande en voie de démantèlement, 
Kherson, Ukraine, 11 novembre 2022)

dimanche 16 octobre 2022

Beau comme une prison iranienne qui brûle !

La tristement célèbre prison d'État de Evin, en Iran, est, à cette heure, en feu. S'y trouvent détenus des centaines de prisonniers ≪politiques≫, dont de nombreux émeutiers ayant pris part aux troubles révolutionnaires de ces dernières semaines. Des révoltes semblent avoir éclaté à l'intérieur. Il est à craindre que ces événements débouchent sur un massacre, et à souhaiter qu'ils constituent plutôt le tournant victorieux de l'insurrection. Mort aux tyrans islamistes ! Vive la liberté !

dimanche 2 octobre 2022

"La guerre de la liberté doit être faite avec colère" (qu'ils disaient...)


Manifestation de soutien, conjointe, aux luttes émancipatrices ukrainienne et iranienne en cours, Londres, 1-10-22.  La foule scande : ≪All together, we will win !≫ (Ensemble, nous vaincrons !). Poutine et son pourvoyeur de drones moribond Khamenei en sont-ils aussi convaincus, à cet instant et de leur (mauvais) côté ? On commence à en douter. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que ce genre d'images serait très improbable en France, pays du fromage, du stalinisme pro-russe congénital, de l'intersectionnalité pro-hidjab et donc, désormais, du mépris abyssal d'avant-garde pour tout ce qui ressemblera à la liberté, qu'elle soit formelle ou matérielle, puisque pas d'une sans l'autre.

dimanche 27 mars 2022

Gastronomie occidentale et Rousselisation des esprits

(Des huîtres, de la Côte d'Azur, des soi-disant libertés de genre et d'autres problèmes actuels. 
Discours du 16 mars 2022 de Vladimir Poutine, à retrouver en intégralité ici)

Décidément, avec M. Fabien Roussel, ces temps-ci, c'est bien à une forme de coming-out progressif (disons plutôt rampant) qu'on assiste : celui d'un militant de la liberté occidentalisée, oligarchique et décadente tombant le masque, et manifestement assoiffé, pêle-mêle : de sang, bien évidemment (rappelons que M. Roussel est le chef du Parti Communiste Français) mais également de ≪bon vin, de bonne viande, de bon fromage : c'est ça la gastronomie française≫ (9-01-22). Notons alors le glissement apocalyptique suivant, témoignant d'une cohérence catastrophique mais certaine : ≪Je n'ai aucun problème pour déclarer que Poutine est un dictateur≫ (27-03-22). Une vraie question subsistait : qu'en était-il d'un certain goût éventuel de M. Roussel pour les villas situées à Miami ou sur la Côte d'Azur, et surtout pour les huîtres ? Il semble que, pour ce qui est de ces dernières, la question soit réglée. Quant aux villas sur la Côte d'Azur, on sait depuis deux jours que M. Roussel souffla originairement à Mme Pécresse le projet démoniaque suivant, évoquant les conspirations satanico-pédophiles inspirées chaque jour, par milliers, par les officines secrètes de l'OTAN à travers l'univers : réquisitionner, à l'instant même, les propriétés françaises luxueuses des oligarques russes pour y loger des familles d'exilés ukrainiennes. À l'heure où MM. Macron et Mélenchon, certes bien plus raisonnables, condamnent, eux, au nom d'une stratégie bienvenue de ≪désescalade≫, l'emploi de termes tels que ≪boucher≫, ≪assassin≫ ou ≪dictateur≫ pour qualifier M. Poutine, on regrettera cette radicalisation expresse de M. Roussel, signe chez lui comme chez tant d'autres d'un néonazisme imprégnant de plus en plus dangereusement l'Occident efféminé. Et n'étant pas sans nous rappeler les heures les plus sombres de notre histoire conchylicole.       

samedi 10 avril 2021

Un d'Estaing plus rock'n'roll

«S'aimaient à l'arrière des taxis...»

«Lundi 31 janvier 1977 - (...). En ce moment, Loose Heart est complètement branché sur Talking Heads et ça s'entend dans leur musique. Mais je ne peux pas assister au concert, d'autres mondanités m'attendent : c'est en effet aujourd'hui que Valéry Giscard d'Estaing inaugure le Centre Georges-Pompidou. Une date importante de l'année culturelle.
On est lundi soir, je rêvasse dans le taxi qui me conduit à Beaubourg. Pour cette occasion, j'ai mis ma veste Renoma et un nœud papillon tout ce qu'il y a de plus chic. "Vous allez à la raffinerie de pétrole ?" me demande le chauffeur de taxi. "Oui, c'est à peu près ça." Dès l'arrivée, des flics partout, et il faut jouer des coudes pour arriver à la hauteur du président de la République. M. Giscard d'Estaing porte un veston de bonne coupe en tergal laine et cravate stricte. Il est accompagné de Mme Georges Pompidou en manteau de lainage clair, qui a ressorti pour l'occasion toute sa quincaillerie de chez Cartier. Le président est allé chercher Madame à son domicile du quai de Béthune. Autour d'eux, une cour bruyante et chamarrée : Beaudoin et Fabiola, le grand-duc et la duchesse de Luxembourg, Rainier et Grace de Monaco, le président du Zaïre, le général Mobutu, le président du Sénégal, Senghor, le président de la Côte d'Ivoire, Houphouët-Boigny, Raymond Barre en blazer croisé, Olivier Guichard, Michel Poniatowski, Jean Lecanuet, Jacques Chirac, des généraux inconnus, le torse couvert de décorations, Mme Françoise Giroud un peu pompette, Mme Claustre, Vivienne de chez "Sex", Johnny Rotten, Dave Vanian et Barrie Masters, les architectes italiens et britanniques, Piano, Rogers, Franchini et Sir Ove Arup.
Le service d'ordre est considérable : les gardes républicains, sabres au clair et casques dorés, surmontés d'un plumet rouge flamboyant, une vingtaine de motards qui font vroom vroom sur leurs engins comme des Hell's Angels, et des barbouzes dans tous les coins.
Maxime et Loulou de la Falaise sont en robes longues et boas de couleur vive. Joël Le Bon est très chic, en Saint Laurent comme d'habitude, Olivier Mosset pour une fois n'a pas mis son blouson de cuir mais une veste en velours, Robert Cordier est très sport. Les quatre mille invités se croisent dans les escalators, s'emmêlent les pieds dans les fils électriques qui traînent un peu partout et passent devant des travailleurs immigrés qui n'en finissent plus de faire rugir leurs aspirateurs.»

(Alain Pacadis, Un jeune homme chic)

vendredi 9 avril 2021

Marshall Sahlins et le cauchemar sociobiologique



Marshall Sahlins vient de mourir. Sans nourrir vis-à-vis de son œuvre (c'est le moins qu'on puisse dire) de sympathie particulière, nous aimerions rappeler ici le rôle extrêmement sain qu'il joua, lors d'un des derniers contrecoups récents de ce que certains nommèrent une guerre d'anthropologues (titre français du documentaire brésilien Segredos Da Tribo, réalisé par José Padilha, sorti en 2010, ET DONT ON RETROUVERA ICI LA VERSION INTÉGRALE). 

Un scandale considérable éclata au tournant du siècle dernier, impliquant une bande d'anthropologues, d'ethnologues et généticiens sociobiologistes fanatiques, ayant trouvé en Amazonie de quoi satisfaire ensemble leurs besoins pulsionnels et épistémologiques. Les plus tristement célèbres d'entre eux restent sans doute aujourd'hui James Neel et Napoleon Chagnon, dont les agissements ignobles parmi le peuple des Yanomami firent l'objet du livre de Patrick Tierney, publié aux USA en 2000 et intitulé Darkness in Eldorado (traduction française : Au nom de la civilisation, Grasset, 2002). Le récit de Tierney est peut-être exagéré. Il a déclenché immédiatement de terribles controverses dans le milieu scientifique et, évidemment, au-delà. Il est, en attendant, absolument terrifiant. Nous sommes dans les années 1960. Les susmentionnés Chagnon et Neel, tout occupés à valider in situ leur hypothèse délirante d'un fondement génétique au Leadership social, à la domination finale et nécessaire des individus les plus agressifs et violents au sein d'une population humaine donnée, auraient, durant des années, occupé l'espace social des Yanomami : leurs villages, leurs tribus, dans le but méthodologique d'y déclencher des guerres, des conflits, des querelles artificielles, souvent mortelles et à fort pouvoir spectaculaire (complaisamment, bien entendu, filmées par leurs équipes à fin de propagande, parfois dans des «villages-témoin» entièrement reconstitués pour l'occasion), mais aussi, prétend Tierney, des épidémies mortelles de masse (rougeole, en 1968) sciemment et même méticuleusement diffusées, ainsi que des prélèvements sauvages de sang et d'ADN (destinés, eux, à nourrir des bases de données nord-américaines à usage militaire ou techno-scientifique) sur la masse indigène. Toutes ces horreurs n'auraient eu, au fond et encore une fois, qu'un seul et même objectif : établir et documenter un lien entre une soi-disant agressivité native des Yanomami (présenté par Chagnon comme un «peuple spontanément féroce» : en témoigne le titre de son ouvrage The Fierce People, paru en 1968) et leur capacité supérieure de survie, de reproduction optimale de leur patrimoine génétique (les plus violents des individus mâles accédant de fait, selon Chagnon, au plus grand nombre de femmes, etc). En d'autres termes, Chagnon visait le triomphe d'une version contemporaine de la guerre générale naturelle de tous contre tous, de cet «état de nature» belliqueux défini, pour la première fois par Thomas Hobbes au 17ème siècle et n'ayant jamais fini d'exciter les libéraux intégristes férus d'un Darwin qu'ils ont toujours tellement mal lus. Mais c'est, à dire vrai, l'attitude de l'anthropologie elle-même, de manière (beaucoup plus) générale, qui se trouve dénoncée par Tierney, dans son brulot, comme intrinsèquement invasive, nuisible aux indigènes (via l'introduction, qu'elle rechercherait plus ou moins volontairement, à fin plus ou moins consciente, de mise en situation de crise extrême de sociétés coupées du monde et d'autant plus intéressantes à ce titre dans leurs réactions «authentiques»). On observe surtout, chez ces anthropologues, un effondrement apocalyptique de toute retenue surmoïque, de toute inhibition civilisée, et une émancipation à peu près totale (presque sadienne) des instincts, au nom même de la civilisation (titre français du livre), devant une population considérée comme entièrement «neuve», vierge, enfantine, et transformée, à ce titre, en terrain de jeux et de plaisirs primaires épouvantablement régressifs. L'élève de Lévi-Strauss, Jacques Lizot, lié à Chagnon et Neel, spécialiste internationalement reconnu des Yanomami, y est ainsi présenté comme un prédateur pédophile essentiellement préoccupé de se constituer et renouveler, en permanence, un réservoir de jeunes garçons disponibles. Aucun des protagonistes de ce scandale ne fut jamais, notons-le bien, ni en France ni aux USA ni ailleurs, inquiété le moins du monde par la Justice. Au contraire, les récompenses académiques et symboliques prestigieuses ne leur firent jamais défaut.

Le 23 février 2013, Marshall Sahlins démissionne ainsi de la National Academy of Sciences (Académie Nationale des Sciences) pour protester, pêle-mêle, contre «l’élection de Napoléon Chagnon et les projets de recherche militaire de l’Académie.» Voici la déclaration qu’il publia alors pour expliquer sa démission :

«Comme le prouvent ses propres écrits ainsi que le témoignage d’autres personnes, y compris celui des peuples amazoniens et des spécialistes qui observent cette région, Chagnon a fait beaucoup de mal aux communautés indigènes au sein desquelles il a effectué ses recherches. Parallèlement, ses déclarations "scientifiques" concernant l’évolution humaine et la sélection génétique en faveur de la violence masculine – comme dans l’étude célèbre qu’il a publiée dans Science en 1988 – s’avèrent superficielles et sans fondement, ce qui n’est pas à l’honneur de l’anthropologie. Son élection à l’Académie Nationale des Sciences est, au mieux, une énorme bévue morale et intellectuelle de la part de ses membres. À tel point que ma propre participation à l’Académie est devenue gênante. Je ne souhaite pas non plus me rendre complice de l’assistance, de l’encouragement et du soutien que l’Académie nationale des sciences procure à la recherche en sciences sociales afin d’améliorer les performances de l’armée américaine, étant donné tout ce que cette armée a coûté de sang, de richesse et de bonheur au peuple américain, et les souffrances qu’elle a infligées à d’autres peuples au cours des guerres inutiles de ce siècle. Je crois que l’Académie Nationale des Sciences, si elle s’engage dans cette recherche connexe, devrait réfléchir au moyen de promouvoir la paix et non de faire la guerre.»

mercredi 7 avril 2021

Comment des classes sont-elles possibles ? (5) : une historiette de Freddy Gomez

Au bar-resto clandestin (détail)
 
*** 

 

Texte trouvé et lu sur le précieux blogue  

 «C’est au bar des amis, un soir d’embuscade, qu’une pique lancée par Ada me remit en état d’alerte conceptuelle alors que je récupérais à peine de la longue marche que nous avions accomplie en groupe à travers Paris par un chaud samedi de Gilets jaunes. Elle fondit sur moi, cette saillie, comme une offense à l’intelligence. Or je savais Ada intelligente, et plutôt subtile dans ses jugements. La phrase claqua au vent des passions tristes Elle m’était adressée les yeux dans les yeux : «Mais “la Classe”, mon camarade, est aussi une identité.» Comment traduire par écrit le ton d’une voix ? Par convention, je choisis ici l’italique qui n’est qu’une manière de souligner ce qui le mérite. L’inflexion de sa voix se voulait ironiquement dépréciative. J’y ressentis, en tout cas, une claire volonté d’en découdre : dans sa bouche, le noble nom de «camarade», connotée possessivement, n’annonçait rien d’autre qu’une volonté d’ouvrir les hostilités. Elle venait de m’entendre dire, dans le cadre d’une conversation générale sur laquelle je reviendrai, que je me méfiais de toutes les identités et que je conférais aux Gilets jaunes l’avantage d’avoir parié sur la désidentification. Sachant que les membres de l’assemblée se réapproprieraient la réplique pour y aller chacun de son commentaire, je décidais de passer mon tour en savourant à petites lampées mon verre de brouilly bio. À chacun son vice.

Une marxiste du cheptel, sous vague influence opéraïste, ponctua, apparemment sure d’elle, que la classe n’était pas une identité, mais un processus en formation, composition (et décomposition) permanentes. Un communisateur de derrière les fagots de la Théorie prétendit, lui, qu’elle était une substance, voire une essence, n’ayant d’existence concrète que dans l’action de communisation. Une libertaire bon teint affirma que la classe pouvait être une identité, mais anti-identitaire (peut-être voulait-elle dire anti-autoritaire), une sorte de particularisme en marche vers l’universel. Un déconstruit de la dernière averse déclara qu’elle n’existait, cette classe, que comme antagonisme impuissant puisqu’elle avait cessé d’être le sujet de quoi que ce fût à partir du moment où le sujet avait cessé lui-même d’être. Ce à quoi, mon verre vidé et le déconstruit me sommant d’avoir un avis, je répliquais, un peu bougon, que sa particularité tenait au fait d’avoir toujours été trahie par ses pseudo-représentants et sa prédisposition à l’«antagonisme» d’avoir toujours été matée dans le sang par ses adversaires «de classe». En ajoutant, la voix un peu lasse : «Votre problème réside, camarades, dans votre déficit d’histoire.» Un grand froid plana sur l’assemblée que Mourad, attentif au bien-être de ses hôtes, tenta de réchauffer en annonçant, dans l’allégresse générale, que la tournée suivante serait pour lui.


La question restait ouverte du pourquoi, désormais silencieuse, Ada, ex-adepte d’une «ligne de classe» sans concession, en était venue, par glissements progressifs de perspectives, à ne voir dans «la Classe» qu’une «identité». C’est là qu’il convient d’être à peu près précis sur l’avant. La discussion, à bâtons rompus, s’était ouverte, quelques heures plus tôt, sur la question du «retour des identités» dans la sphère disons radicale pour faire court. Autrement dit, par quels déplacements de la pensée critique, ce qui, un temps, avait été jugé – à tort – dialectiquement dépassable par intégration du particulier à l’universel, nous revenait en boomerang dans la tronche. Et pour quelles raisons, cela n’ayant visiblement pas fonctionné, le projet d’émancipation avait fini par se diluer, par morcellement de fronts de lutte tous sûrs de la justesse de leur cause, dans une «archipellisation» illimitée de combats séparés et parfois concurrents contre «les dominations». On conviendra que, même un soir d’après-manif plutôt chaude, le bistrot n’est pas forcément le meilleur endroit pour faire agora sur un tel sujet, mais on fait ce qu’on peut, là où on peut.

Parce qu’elle est éclairante, l’histoire, qu’il faudrait toujours convoquer à la table du banquet, même comme témoin muet, occupa à vrai dire peu de place dans cette discussion heurtée d’une nuit de printemps tardif. On pourrait s’en étonner, mais c’est ainsi. L’assemblée, plutôt trentenaire à quelques exceptions près, était de son temps, ce présent perpétuel que l’histoire n’irrigue plus que comme acte de naissance, le leur. C’est là un trait d’époque : même chez les radicaux, on est d’un hasard temporel vécu comme constitutif de ce qui ferait génération, une manière d’être au monde, des habitus, des tics et des tocs. Le reste, c’est du passé, un passé dont la postmodernité triomphante, cette idéologie régnante, a fait «table rase», mais pas comme le souhaitait la chanson, comme le souhaite le Capital. À partir du moment où l’on a perdu le fil de l’histoire, celle du projet d’émancipation précisément, et que, par paresse, on ne cherche pas à renouer avec lui, les bases manquent évidemment pour comprendre pourquoi ce retour des identités devenu triomphe des particularités ne marque pas une avancée, mais un net recul. La raison en est pourtant simple : ce qui était supposé relever, du point de vue de la particularité, d’une volonté assumée et revendiquée de se situer contre le mouvement du capital s’est vu, dès les années 1970, très majoritairement intégré à son mouvement infini. Ce fut vrai, sauf cas de résistance peu nombreux, pour le féminisme, pour le mouvement homosexuel et pour l’écologie. Depuis, et jusqu’à maintenant, c’est dans et non pas contre le mouvement du capital que se mène le combat sociétal des post-particularismes : accéder à tous les droits dont il s’estime privé – à la parité, au mariage, à la famille, à la reproduction, et j’en passe – en travaillant à l’institutionnalisation de toutes les identités particulières, dont pourtant certaines s’assumèrent longtemps comme désidentifiables et en rupture radicale avec la famille, la reproduction, l’institution et le capitalisme.

À partir d’un certain niveau d’argumentation, le risque est toujours grand de n’être pas entendu. On le sait et on s’y fait d’avance. Car on connaît les effets qu’ont pu avoir, sur une assemblée plutôt jeune, mixte et intersectionnelle, les effets de la postmodernité. Le plus notable, c’est l’effilochement de tout esprit réellement critique, c’est-à-dire capable d’entrevoir la complexe réalité d’un monde artificialisé et déréalisé où le mouvement du capital n’éprouve aucune gêne, au contraire, à participer du mécanisme général d’émancipation institutionnalisée des «minorités opprimées». Surtout quand, «émancipées», elles jouent à plein le jeu du marché, ce qu’elles font en général. Après tout, il n’y a rien de mieux que l’inclusif pour éviter la sécession, qui reste, pour le capital, un risque majeur.

Dire cela, ce n’est pas s’opposer à la conquête de nouveaux droits, mais simplement faire remarquer, en bonne logique, que la déconstruction illimitée de la sphère privée ouvre un champ infini au mouvement du capital et que, portées à un militantisme de lobbying, toutes les identités sexuelles se sentant ségréguées, aussi variées et changeantes fussent-elles, bénéficieront toujours de son soutien moral – c’est-à-dire, pour lui, qui ne sait que compter, de l’augmentation des prébendes qu’il sait pouvoir en tirer.

Toujours à ce moment-là pointe l’accusation de passéisme. Il faut la prendre pour ce qu’elle est : le point zéro de l’indignation morale, celle qui s’applique à tout désormais, aux animaux qu’on mange encore, aux arbres qu’on abat sans qu’on les protège, à la clope qu’on fume, aux déchets qu’on ne trie pas, à l’écriture inclusive qu’on n’inclut pas à notre logiciel forcément patriarcal, à notre manque d’empathie pour le dolorisme de réseau, à nos moqueries sur l’alternatif bio (mais surtout marchand).


La question de l’identité continuait de titiller l’assistance quand un ami de libation, un peu allumé il est vrai et moins jeune que la moyenne, en vint, pour s’amuser sans doute, à mettre un peu d’huile sur le feu en soulevant la question on ne peut plus épidermique de son variant «racisé». «C’est drôle, dit-il avant de reprendre une goulée de bière, mâles ou femelles, il n’y a que des Blancs ici…» Effet garanti. «On pourrait faire un jeu de rôles…», plaisanta l’insoumise Lise. «C’est un sujet sérieux», répliqua Aristote en tirant sur sa flumette. «On pourrait demander à Mourad de se joindre à nous», dit, mi-plaisantin mi-sérieux, le substantiel Théo. «C’est un vrai sujet», réitéra Aristote, en expulsant un nuage odorant de vapeur de ses narines. On sentait qu’un certain malaise commençait à planer sur les esprits.

Un semblant d’échanges eut, néanmoins, lieu. C’est quoi un «racisé» ? C’est un dérivé du concept sociologique de «racialisation», forgé en 1972 par Colette Guillaumin dans L’Idéologie raciste. L’idée qui le fonde pourrait s’énoncer ainsi : si le racisme repose sur un postulat dénué de toute pertinence biologique d’une division de l’espèce humaine en races distinctes et hiérarchisables, sa disqualification n’a pas entraîné sa fin comme construction sociale imaginaire de groupes ethniquement «majoritaires» qui utilisent la notion de «race» pour «racialiser» leur racisme. Dit par Colette Guillaumin, ça donne ça : «Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale, des réalités.» En clair, le «racisé», c’est, à l’origine, celui que le supposé majoritaire «racialise» de manière à s’auto-identifier, lui, comme majoritaire et à se justifier comme raciste. C’est donc avant tout le regard du raciste qui fait le racisé.

L’affirmation disqualifiante pouvant muter en fière affirmation d’identité – l’histoire, encore elle, est pleine d’exemples de ce type –, c’est aux Indigènes de la République qu’on doit, au début de la décennie 2010, ce retournement de sens. Dès lors, «racisé» est censé désigner toute victime réelle ou potentielle d’un racisme «systémique», dont il doit faire son front prioritaire d’intervention. Ainsi assigné à sa couleur, à sa culture, à son mode de vie, à sa différence, le racisé est essentialisé comme sujet-victime et sujet-sujet. Le mot est entré, en 2018, dans le Robert sous cette définition : «Personne touchée par le racisme, la discrimination». Depuis, jugé politiquement correct par les milieux activistes alors qu’il pue le racisme inversé, il a intégré, en bonne place, comme «non-mixité» et «intersectionnalité», la novlangue inclusive des radicalités d’époque. Au risque, vérifié, de redonner de l’air aux racistes «de souche». Car, dans l’infini combat des identités, la surenchère est sans limites et ses effets toujours mortifères.

Lassé de devoir subir les circonvolutions conceptuelles ou moralisantes d’une partie de l’assemblée bistrotière justifiant, au nom des identités, la police de la pensée qui était en train d’atrophier nos esprits critiques, c’est là que j’ai fait remarquer que les glorieux Gilets jaunes avaient au moins l’insigne avantage de jouer sur le terrain de la désidentification. Quant aux stigmatisations dont on les avait accablés, y compris dans les milieux déconstruits de la militance, ils s’en foutaient comme d’une guigne pour la bonne raison qu’ils ne les fréquentaient pas.

Quand Ada tira sa dernière cartouche – «Mais “la Classe”, mon camarade, est aussi une identité…» –, je me dis que je connaissais des misères et des désespoirs qui n’avaient ni le choix des mots ni le loisir de faire des phrases. Et puis qu’est-ce que j’en avais à foutre de cette «Classe» à majuscule, si longtemps magnifiée par des avant-gardes autoproclamées qui, de révolution en révolution triomphantes, la réduisirent à l’esclavage et éradiquèrent pour longtemps l’idée même d’un communisme désirable. Cette «Classe» fut au mieux, minoritairement et plutôt rarement, une conscience d’elle-même et de sa force, ne pariant que sur son auto-émancipation. Le reste du temps, elle fut le champ de manœuvre de partis qui, en son nom, jouèrent, contre elle, leur propre jeu. Alors, «la Classe» comme identité, Ada, tu m’excuseras… C’était juste une hypothèse, et pas des plus sûres. Désormais, c’est un souvenir. Restent les prolétaires, chaque fois plus nombreux et résolument sauvages. Comme des Gilets jaunes. Une promesse, en somme. À condition de se reconstruire. C’est-à-dire d’être en état de comprendre qu’il n’est aucune émancipation sans désidentification des identités premières».


(Freddy GOMEZ, 5 avril 2021)

mercredi 10 février 2021

Sur « l'affaire Claude Lévêque »

L'article ci-dessous nous paraît important, fondamental même. Par son intensité, et par les questions qu'il pose, sans prétendre les résoudre, toutes. Par l'attitude de souffrance dialectique qu'il exprime, en sorte que cette souffrance se charge de toute une puissance de savoir, de compréhension individuée, d'épistémologie nouvelle. Cet article a été publié, à l'origine, sur le blog de Constantin Alexandrakis, auteur du livre Deux fois né. Nous le reproduisons tel quel, car c'est ainsi qu'il faut faire.


***


Du Claude 
Parce que la plupart des adultes mentent aux enfants la plupart du temps, l’adulte pédophilique semble honnête, quelqu’un qui dit la vérité, le seul adulte justement, prêt à découvrir le monde et à ne pas mentir 
 Lordy, lordy, I do still love that piece of shit
      Andrea Dworkin

C’était un de mes artistes préférés quand j’étais aux beaux-arts. Je dirais qu’il m’a fallu deux secondes pour comprendre de quoi on parlait dans son œuvre. Et ça m’a plu, qu’on me parle, enfin, de ce que je connais bien : le vice, la ruse.  Cette bonne vieille ambiance de vicelard, de dégoûté de la vie :
 
L’homme a toujours su parler aux jeunes, c’est indéniable.
Au début, je l’ai aimé pour son “Scarface”, posé à Belsunce, dans un ancien cinéma porno, des grosses ampoules rouges, qui écrivent SCARFACE, ding ding ding, dans ta face, H.I.P.H.O.P. Eh b-boy, Afrikaa Baambata a lui aussi violé des mômes, si tu ne le savais pas, maintenant tu sais. SCARFACE qui m’a fait découvrir Claude Lévêque, donc, et j’ai kiffé mais total et tout de suite et pour ce que c’était : un truc violent, débile, bizarre.
Ensuite j'ai vu (en photo) ses installations spectaculaires comme du ACDC :
 
 
ou du Michael :
 
ou un clip de R.Kelly :

et ça :

et ça :
 
et le plus que culte :
 
et le plus que plus que culte :
 
La fin de la fête, la haine, le dégoût, Nevers ou la morne pampa, la rigolade, l’idiotie, psychokiller, feu d’artifices, champagne, voilà ce que c’est. D’avoir 14 ans et demi dans sa tête. 
Le gars fout des pneus de tracteurs dorés dans les escaliers de l’Opéra Garnier, en expliquant « c'est comme un carrousel, une invitation à la danse, à la valse », et ça me fait encore éclater de rire et même, je trouve ça beau et cohérent :
 
Alors il ne s’est pas passé grand-chose : vers ma troisième année de beaux-arts, je lui ai écrit une petite lettre séductrice, comme je sais faire. Il me répond avec un texte dépressif où il raconte un concert d'Iron Maiden ou de Slayer vu depuis un corps-mort de 55 ans. On boit un café chez lui, à Montreuil.
Plus tard, on participe à la même expo, à L'impasse. Au vernissage, il traînait avec un gosse de 14-15 ans, comme s’ils étaient potes. Il y avait les parents. J’ai tiqué et dénié dans le même mouvement.
Plus tard encore, j’ai repensé à cette photo :
 
Puis j’ai vu, une de ses œuvres des années 80:
 
Encore encore plus tard, je me suis dit : c’est pour ça qu’on l’invite. C’est notre monde. Pas de surprise. On a grandi là-dedans. Toutes et tous. Les années 80-90. À 8 ans, je lisais Ranx Xerox. À 14 ans, on matait Salò ou les 120 Journées de Sodome en fumant des spliffs avec mes potes. L'été de mes 14 ans, je partais seul sur un bateau avec un pédophile :
 
Tout ça c’était normal, pas vrai ?
Non ?
Alors peut-être qu’on a besoin des artistes, pour qu’ils expriment cette violence, cette haine, peut-être que c’est ça, l’Art, peut-être même que c’est toujours ça, l’art, un renard mort qui passe dans le landau :

C’est tout à fait possible. C’est ce qu’on s’est raconté pendant longtemps. Un jeu où on célèbre les règles du jeu : manger ou être mangé. Ces règles qu’on pense immuables.
Mais souvenez-vous, il y avait un débat, dans les années 70-80 : qui est malade ? Le pédophile ou la société ? Est-ce que le pédophile ne mérite pas lui aussi de sortir du DSM (le manuel des maladies mentales), comme l’homosexuel ?
Et au début des années 2000, Claude Lévêque participait à cette expo, « Présumés innocents », où la partie la plus en place et la plus influente du milieu, ou presque, jouait avec ce thème plus ou moins avoué, le mot de passe préféré des pédos, du Freud détourné : « l’enfant est un pervers polymorphe ». Tous ces boomers infects, au pouvoir, sous le parapluie de 68, et du Marquis de Sade, et du Bataille et du Cioran et du Ginsberg, membre assumé de la NAMBLA (North America, Man/Boy Love Association), la liste est looooooongue, ils ont dû abimer un nombre de gens pas possible, des gens qui sont comme des murs pour eux, où ils écriraient :

Dunkerque, 2002
Photographie couleur
21 x 30 cm
5 exemplaires
Collections privées
On ne parlera pas de la brochure, éditée en 1982 par le ministère de la Jeunesse et des Sports intitulée J’aime, je m’informe et qui recommandait la lecture du Bon Sexe illustré, de Tony Duvert, texte vantant les mérites de la pédophilie et argumentant en sa faveur. C’est loin tout ça.
Enfin, moi, j’habite depuis mes 14 ans de l’autre côté de pédoland*,
[*j’emploie ce terme, d’abord pour la référence à Disney Land et ensuite au Neverland de Michael. Je ne dirais pas qu’il y a vraiment du trafic d’organes dans les parcs à thème,  mais presque, du moins symboliquement. 
Contrairement à d’autres qui emploient aussi ce terme, je ne soutiens pas l’extrême-droite, et je ne crois pas (du tout) qu’il y ait eu un réseau pédophile international derrière Outreau.
Par contre, soit-dit en passant, à propos des States, je pense que c’est très exactement ce que voulait dire Nabokov (le type qui a écrit Lolita) quand il s’adressait aux USA : « vous êtes des mangeurs d’enfants, regardez-vous ». Et les États-Unis ont répondu : « OUAIS ! » et ce bouquin est devenu le colossal succès que l’on connaît. C’est documenté, Nabokov a été absolument horrifié par cette réaction absolument horrifiante. 
Ainsi, que d'aucuns-d'aucunes d’entre nous aient habité une sorte de “pays imaginaire” qué sapelorio pedoland ouais, à l’intérieur du pays réel, ouais, et tant pis si de gros fafs emploient le même terme, j'assume d'avoir un certain territoire en partage avec les tarés, parce que c’est exactement ça, l'effet que ça fait, il y a une vérité vraie là-dedans, on en tire pas les mêmes conclusions, c'est tout.
Et soit dit en (re)passant, Lolita de Nabokov dit presque tout du problème, en tout cas, il s’agit d’un portrait rigoureusement exact de ce qu’est un pédophile (ça ne veut pas dire qu’il faille le lire, juste qu’un pédophile, c’est très stéréotypé)]
Reprenons.
Enfin, moi, j’habite depuis mes 14 ans de l’autre côté de pédoland, du côté solitaire et parano, qui laisse ruminer ad lib, tous des lâches, des ordures, des crapules, personne pour affronter l’ogre, le véritable et authentique monstre mangeurs d’enfants, qui a pourtant une voix très douce, un regard très doux aussi, un de ces freaks immatures comme on en trouve plein les États-Unis, qui est aussi un gars du lumpen, échappé de la Nièvre, dont on peut se demander ce qui l’a rendu comme ça.
Si je n’ai pas été plus loin avec Claude, alors qu’il était franchement facile d’accès, en tout cas pour moi et pas mal d’autres jeunes artistes mâles, si je n’ai pas été plus loin alors qu’il m’attirait comme un aimant et que je l’admirais, c’est que j’avais déjà reçu mon éducation pédophilique, entre mes 9 et 14 ans, et ces choses-là ne s’oublient jamais, n’est-ce pas, alors j’ai fui. J’aurais pu continuer à traîner avec lui, à l’admirer au moins, ou essayer de le revoir, même à 25 piges, mais il m’a fait flipper, c’est aussi simple que ça.
Donc il ne s’est rien passé.
Alors pourquoi parler ? Je ne voudrais pas ici m’approprier les souffrances de ses anciennes victimes, dont on n’a même pas encore vraiment entendu les voix. Simplement, je me sens solidaire, quoique pas exactement comme j'en aurais envie. C’est-à-dire que ça me rend triste, que Claude Lévêque aille en taule, ou qu’il se fasse laminer ou qu’il se suicide. Ça me rend triste par une sorte de fidélité bizarre qui me colle au crâne depuis une semaine. Et j’ai l’impression que, s’il y a une solidarité, elle se trouve là, dans cette espèce de conflit de loyauté, et ce n’est vraiment pas agréable.
C’est peut-être ça, l’éducation pédophilique, qui me fait compter le Claude parmi les miens :

We’re a happy family, 2012
Néon blanc sur canevas encadrés
31.5 x 353 x 6 cm
En tout cas, c’est presque certain que l’éducation pédophilique pose certaine bases : 



Il m’a fallu 25 ans pour comprendre qu’ado, je n’étais pas une petite crapule assoiffée de sexe, mais qu’on m’a rendu comme ça, obsédé, et qu’on a bel et bien exploité ma sexualité naissante, comme celle d'un petit tapin.
Entendez-moi bien : j’espère vraiment que plus personne de moins de 16 ans n’approchera jamais Claude Lévêque. Il me semble que c’est l’objectif de la personne qui a averti la justice, et je respecte grandement cette démarche.
Mais moi, je me pose une autre question, depuis deux semaines maintenant, depuis que la “nouvelle” est tombée. Pourquoi, alors que je devrais être content, alors que j’ai vraiment des raisons personnelles de me réjouir qu’un type que je savais pédophilocriminel depuis fucking forever ne puisse plus continuer à violer des ados, alors que je devrais juste me dire yessss, pourquoi, par je ne sais quelle foutue diablerie, quelque chose me manque ? 
Dans le débat qui semble suivre cette affaire (et les autres) apparaîssent des propositions de lois. Et alors que j'ai longtemps pensé que ça pourrait m'apporter quelque chose, j'ai décidé en questionnant cette affaire-en-cours : l'imprescriptibilité, pour les violences sexuelles, pour moi, je m'en fous. 
En dehors du fait que, de toute façon, semblerait-il, si la loi sur l’imprescriptibilité passe, elle ne sera pas rétroactive, et que pour moi le prescrit, il n'y aura toujours pas de réponse à attendre, en dehors du fait que ce projet soit aussi porté par certaines assos aux méthodes parfois très pénibles, qui ont le mérite d'exister et qui font parfois de bonnes choses, mais dont le défaut majeur est de maintenir les anciennes victimes dans leur statut de victimes souffrantes, presque agonisantes, à moitié ou entièrement détruite, très souvent même détruite à vie, ravagé.es je t'explique même pas, en suivant ces associations, j'ai eut l'impression de revenir du Vietnam, que j'étais semblable à ce danger publique de Rambo, en dehors de cela, et en dehors du fait que personne là-dedans ne semble avoir lu Springora, visiblement, puisqu'on continue à défendre l'idée qu'un enfant ne puisse pas consentir, alors qu'un enfant très souvent consent, bien sûr, le problème c'est qu'on exploite son consentement, je ne sais pas en quelle langue il va falloir le répéter, bref, en mettant de côté tout cela, je me rends compte : ce qu'il y a de bien, ce qu'il y a d'important, peut-être, avec cette espèce de flux ininterompu de scandales, c'est qu'on pourrait, enfin, gagner du temps. 
Le temps de discuter, de réfléchir, d'essayer de sortir du cercle nouveau scandale > on durcit les lois (qu'on appliquait pas) > dodo jusqu'au prochain nouveau scandale > où la réponse sera encore punitive et pénale, pour calmer les foules > les endormir, jusqu'au prochain nouveau scandale > où l'on fabriquera une nouvelle loi encore plus dure, du moins de manière symbolique > symbole qui ne s'adresse finalement presque jamais aux victimes, mais toujours à la société en général, qui condamne, qui n'en peut plus de condamner et de se désolidariser de "ça", l'infamie, comme si cela ne la concernait pas, mais alors pas du tout (j'y reviens de ce pas).
Eh bien moi, je ressens une manière de fidélité pour l’œuvre, ou pour l’homme, ou pour les deux, ou pour la pédophilie elle-même, tiens, cette atrocité certes -- une fidélité peut-être à ce que Claude Lévêque expose mieux encore que Michael Jackson, ce porc, une ambiance ambiguë, sodomie-dragibus, valstar-mobylette-branlette, pull mickey-pastille vichy, viol-fumée, carrelage marron, nique ta mère -- l’ambiance de ces années dans lesquelles on n’a pas choisi de grandir, mais où je suis chez moi, par je ne sais quelle malédiction qui me colle au crâne depuis cinq semaines maintenant.
 
 
Il existe un autre artiste mangeur d’enfants, très populaire dans l’art contemporain, celui-là violeur et assassin de petites filles, s’il n’avait pas eu le dessin et l’écriture comme exutoire, en tout cas, il ne s’est jamais fait prendre, Henri Darger :
 

Je le réunirais bien, avec Lévêque, dans les musées d’art brut, ou dans un grand, très grand, Musée du Viol et des Violeurs (MVV), je les réunirais bien dans mon musée, le MVV (à Tourcoing), en ceci qu’eux, comme Michael, et presque toute la pop de ces 40 dernières années, exposent très bien l’ambiance wind surf, doigt dans le cul, vomi, fond de teint orange qui se déploie, sans complexe, et depuis un bon moment, dans notre monde, en plein soleil même.
 
On va rendre, on va rendre, on va rendre, ton corps humiiiiiiiiiide
On te faire, on va te faire, on va te faire dire ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
et tu va, et tu va et tu va penser à des cochoneriiiiiiiiiiiiiies 
comme moi sur toi et toi sur moi
alors on fait quoi ?
 
 
À chaque fois qu’un morceau de Michaël passe à la radio, on célèbre des psychopathes qui font boire de l’alcool à des enfants pour les sodomiser, voilà les dessous du réel, ce qu’on ne veut pas entendre, pas voir, et que moi, j’ai pas envie d’appeler les dessous du réel, à vrai dire, moi je dis : c’est le réel ça.
MANGE ENCORE, comme faisait dire Pier.
Et voilà même, très exactement, le genre de plaisir qu’on apprend à aimer, quand on est un mec.
Allez, encore l'oracle Andrea Dworkin : les mecs sont des merdes et ils en tirent de la fierté.

À vrai dire, le nombre de choses masculines et culturelles et d’exception, le nombre de gestes artistiques saisissants, pétrifiants, chosifiants, diaboliques, qui rentrent dans mon musée (le MVV, à Tourcoing), c’est colossal. Je demande instamment une subvention (énorme énorme), parce qu’un musée, c’est vraiment l’endroit parfait pour épingler ce genre de papillons, mieux que la prison, les pointeurs (ré)exposés, il y en aura des milliers, de salles, une collection permanente permanente permanente permanente, du genre éternelle, et bien sûr, dans un petit coin caché, qu’on appellera le paradis, une fenêtre d'espoir, avec du Jacques Demy et du Prince dedans, en boucle.
Enfin bref.
C’est peut-être une fidélité à moi-même, en fait, qui me colle au crâne depuis un mois, à ce moi-même qui ne m’appartient pas, à ce genre d’image qu’on a voulu faire de moi :
 
 
Sans titre, 2001
Tryptique, impression jet d’encre sur toile.
120 x 77 (chaque élément)
Exemplaire unique
Collection du Musée d’art moderne de la Ville de Paris
Photo Claude Lévêque 
qui est devenue une grande partie de moi, ou je ne sais pas quoi -- moi c'était plus tôt david hamilton, l'ambiance :
 
Beau gosse hein ?
On touche là un ensemble tout à fait brumeux. Pénible même. Mon expérience me fait dire que ce genre de choses se passent sous la peau. Comme une sorte de squelette, en forme de labyrinthe, qui se découvre petit à petit, au fur et à mesure qu’on vieillit. Et le vertige qui vous prend, au moment de se rendre compte à quel point on a, dans la tête et sous la peau, des choses qui ont été comme greffées en nous lors de notre construction, des choses aussi flippantes que la banalisation de la sodomie des petits gitons de 13 ans, des choses qui, pour moi en tout cas, ne se remboursent pas avec des années de prison, endroit profondément attaché au viol, au moins de manière symbolique, punition qui voudrait répéter le crime, encore et encore, à l’infini, d’une façon parfaitement absurde et insoutenable. 
Parce que finalement, et c'est crucial de comprendre ça, tout ce monstrueux, c’est un peu comme une toile d’araignée : il s’agit d'en sortir.
Si je n'en sort pas, je vais en crever. C'est aussi simple que ça.
Ainsi, la dernière chose dont j'ai envie, c'est d'une vengeance, et ça m’étonne moi-même, alors que ça fait 25 ans que je pense assassiner le mien, de pédo, et que je saisis cette rare opportunité de mise en drame d’une histoire qui n’est pas la mienne pour faire comme si j’allais avoir droit à la justice, et il y a un biais là-dedans, parce que si c’était mon histoire, je ne suis absolument pas sûr que j'aurais cette distance, ni que j’appellerais, non pas à la mansuétude, mais au moins disons, à se questionner sur le châtiment, à prendre un peu le temps de la réflexion. Je le fais parce que ça me semble complémentaire à la phase d’action initiée par d'autres, et j’espère vraiment ne pas blesser ou blesser les gens proches de cette histoire, que je ne connais pas, qui ne sont certainement pas habitués à ma façon de parler, et à qui mes questions ne sont donc pas forcément adressées directement. Je leur souhaite d’abord et avant tout de gagner le combat qu’ils ont initié… Mais justement...
On peut tout de même se réjouir : les pédophiles/pédocriminels ont perdu la bataille de l’opinion depuis assez longtemps maintenant. Au moins 25 ans. Ils sont restés dans le DSM. C’est des malades. Faut les soigner. Le débat est clos depuis un moment, on sait tous que ça ne fait pas du bien aux gosses, ça abime les personnes qu’ils vont devenir, même si certains-certaines échappent au trauma (c’est possible hein), bref, il y a consensus, au moins là-dessus : la pédophilie, c’est du crime. On ne cherche plus à savoir si c’est bien ou mal ou autre chose. Il n’y a plus de doute. Les seuls qui continuent à croire qu’il s’agit d’amour, c’est les pédophiles eux-mêmes, les pédocriminels, les hommes qui violent, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Ils sont persuadés qu’ils aiment les gosses, comme on aime une tarte aux pommes. “Bon appétit” écrit sous une photo d’enfant de cinq ans, à poil, ça pourrait être du Claude Lévêque, sauf que c’était dans P'tit loup, une revue pédophilique des années 80, montée par un des thésards de Barthes.
Alors on peut dire que c'est la fête aux violeurs en ce moment. Il y a deux jours, parmi les cinq premiers titre du monde.fr, Richard Berry accusé d’inceste par sa fille, Asselineau en garde à vue pour agressions sexuelles, Marilyn Manson accusé de viols. Les affaires pleuvent, très bien, tant mieux, big up à toi #metooinceste, big up à toi Genière Garrigou , et ta grande intelligence, big up #metoogay.
En même temps, les loups attendent au coin du bois. Robert Ménard qui se dit solidaire des victimes, les proto-Qanonistes français, qui n’ont qu’un doigt à lever pour prouver que le pédoland belgo-satanoïde est bien total, et, dans un genre plus passe-partout, mais tout aussi naze, KarlZero qui sort un “manifeste” contre la pédocriminalité… “Il y a un sujet” comme dirait l’autre premier ministre. 
Malgré ces vautours, tout le monde à l'air d'y tenir, ça enfle,et bim, un de moins : Gérard Louvin. 
Mais qu'on soit toustes d’accord : il ne s’agit pas de balayer la merde sous le tapis, c’est pas ça l’idée. Il s’agit de faire face. 
Et là, dans le cas du Claude, mais je pense que le symbole vaut aussi pour les autres, les galeristes, les collectionneurs et les musées effacent les traces ? Act up retire de la vente un t-shirt ? Le mamco lave plus blanc que le macval qui parle d’une désormais nécessaire “mise sous silence du travail” ? Un geste de solidarité avec les victimes, peut-être. Peut-être du dégoût sincère de voir se confirmer des “soupçons”. Mais est-ce vraiment tout ce qu’il y à faire ? Ne même pas assumer cette culpabilité collective indéniable ? Parce que, pendant ce temps-là, les autres “maintiennent” les oeuvres-par-respect-pour-la-présomption-d'innocence. On argumente même, sur France culture , voyons, voyons, il faut savoir séparer l’homme de ses néons. Dans les deux cas, personne n’a rien à voir là-dedans ? Personne, dans les milieux avant-gardistes, pour dire des choses autrement plus importantes et jusqu'à présent presqu'inouïes comme : « le gars devrait se faire soigner » ? Ou alors, « comment on fait pour prévenir le passage à l’acte, chez ce genre de type attiré sexuellement par les enfants » ? Ou alors pour se demander, qui a été là pour protéger les familles vulnérables à ce genre de crapules, les familles de monstres, les familles comme la mienne, “monoparentales”, sans fric, pour lesquelles rencontrer une star de l’art contemporain est une chance rare à saisir, comme de faire un voyage en bateau contre des branlettes ?  (oui, il y a un rapport entre mon expérience et celle de la prostitution, soit-dit en passant). Quels moyens on va donner pour que ça change ? Hein Yvon Lambert ? Hein les collectionneurs d'hier ? Vous allez banquer pour les daronnes seules, exposées ? Pour les soins de ces enfoirés et de leurs victimes ? Quelqu’un, juste, pour enfin débloquer des moyens ? Et il en faut, des moyens, parce que ces mecs se comptent par milliers. Là, on nettoie les traces et zou, on passe à autre chose ? On va se battre, maintenant, pour faire disparaître/invisibiliser son travail ? Qu’il finisse en taule ? Qu’il crève ? Je ne comprends pas. On veut tout oublier ? Ne rien retenir ? Que le mec devienne culte chez les pédos du darknet ? Le type t’as dit en pleine face : je suis bad, vraiment vraiment vraiment bad, et toi, au mieux, tu n’as pas voulu le croire. Il faut assumer ça, dès maintenant, dès le départ. C’est très important.
Quand je vois ces appels à la censure ici ou là, je rappelle que Springora n’a jamais exigé la disparition des livres de Matzneff, que c’est Gallimard qui s’achète une conscience en le faisant disparaître de son catalogue.
Par ailleurs, Lévêque, le bien nommé, doit répondre de ses actes les plus récents, mais il mériterait surtout des soins et une gigantesque psychothérapie plutôt que la taule et la censure. Et surtout, bien sûr, le plus vite possible, qu’il ne soit plus jamais proche d’aucun gosse. 
Vous remarquerez que je ne demande même pas comment faire pour que les hommes arrêtent de violer ?
J'ai juste voulu proposer vite fait une petite révision de l'oeuvre de Claude Lévêque, au moins pour celleux qui ne connaissaient pas (enfin revoir ce que j’expose ici, sans autorisation, pas les trucs franchement pédoporno de ses débuts (là, ce n’est pas exactement nécessaire et de toute façon, tout a "disparu" (mais le type produit cela au moment (début 1980) où, je (re (re))répète, le ministère de la jeunesse et des sports conseille de lire Tony Duvert, (le pédoland qui nous a vu naître est alors absolument total)))), revoir ces œuvres donc, en sachant ce que l’on savait déjà, certes plus ou moins, mais en sachant au moins que le type n’était pas là pour rigoler et qu’il nous parlait bien de choses sombres et dégueulasses. Et qu’on l’a célébré pour ça, jusqu’à hier.


PS : J'ai aussi voulu dire que pour moi, prison, punition, vengeance, et la mise en spectacle judiciaire, telle qu'elle se pratique aujourd'hui, rien de tout cela ne me satisfait. Rien de tout cela n'est à la hauteur du crime, alors que ça devrait quand même être posssible, vu la banalité de la chose.
Je n'ai, hélas, pas de solutions à proposer. J'essaye de toutes mes forces d'exclure l'assassinat ciblé, réalisé par les premiers-premières concerné.es. De sortir du monstrueux. Alors, il me reste les bases : les soins, l'éducation, et la culture, une toute autre culture que celle-là même que j'expose ici, à mettre en partage.
Sans titre, 1997
Booster dans barrière sélective
170 x 120 x 170 cm
Collection du FRAC Pays de la Loire
Photo Claude Lévêque

 
La nuit du chasseur, 2016 
Carcasse de landau, renard empaillé
76 x 96 x 50 cm / 29.92 x 37.8 x 19.69 in.
Je suis une merde, 2001 
Néon mauve
Ecriture Claude Lévêque
35 x 408 cm 
Collection de l’artiste