vendredi 3 juillet 2020

La forme-valeur est abolie, wesh !


Kékçaracave ?
Prologue en angliche :

«Un jour, la longue lutte opposant l'humanité aux forces de l'avarice et de la division trouvera sa conclusion. Et ce jour-là, enfin libres, on lancera une de ces putain de grosses fêtes de fils de pute !»
(Un proverbe très ancien...
... enfin euh... je crois...) 

«Il me faut une bouteille de Moët... Garçon !»
(Killer Mike, membre de Run The Jewels)

Leur écologie et la nôtre


À paraître (octobre 2020)

«Évoquer l’écologie, c’est comme parler du suffrage universel et du repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change. 
La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres. 
C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ? 
Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre [comme se le demande Ivan Illich], dans "un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition" ? (…) Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques, que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus. 
Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo). Chaque complexe combine les facteurs suivants : 

— des ressources naturelles (air, eau, minéraux) qui passaient jusqu’ici pour gratuites parce qu’elles n’avaient pas à être reproduites (remplacées) ; 
— des moyens de production (machines, bâtiments), qui sont du capital immobilisé, qui s’usent et dont il faut donc assurer le remplacement (la reproduction), de préférence par des moyens plus puissants et plus efficaces, donnant à la firme un avantage sur ses concurrents ; 
— de la force de travail humaine qui, elle aussi, demande à être reproduite (il faut nourrir, soigner, loger, éduquer les travailleurs). 

En économie capitaliste, la combinaison de ces facteurs, au sein du processus de production, a pour but dominant le maximum de profit possible (ce qui, pour une firme soucieuse de son avenir, signifie aussi : le maximum de puissance, donc d’investissements, de présence sur le marché mondial). La recherche de ce but retentit profondément sur la façon dont les différents facteurs sont combinés et sur l’importance relative qui est donnée à chacun d’eux. 
La firme, par exemple, ne se demande jamais comment faire pour que le travail soit le plus plaisant, pour que l’usine ménage au mieux les équilibres naturels et l’espace de vie des gens, pour que ses produits servent les fins que se donnent les communautés humaines. (…) 
Mais voici que, dans la vallée du Rhin notamment, l’entassement humain, la pollution de l’air et de l’eau ont atteint un degré tel que l’industrie chimique, pour continuer de croître ou même seulement de fonctionner, se voit obligée de filtrer ses fumées et ses effluents, c’est-à-dire de reproduire des conditions et des ressources qui, jusqu’ici, passaient pour "naturelles" et gratuites. Cette nécessité de reproduire l’environnement va avoir des incidences évidentes : il faut investir dans la dépollution, donc accroître la masse des capitaux immobilisés ; il faut ensuite assurer l’amortissement (la reproduction) des installations d’épuration ; et le produit de celles-ci (la propreté relative de l’air et de l’eau) ne peut être vendu avec profit. 
Il y a, en somme, augmentation simultanée du poids du capital investi (de la "composition organique"), du coût de reproduction de celui-ci et des coûts de production, sans augmentation correspondante des ventes. Par conséquent, de deux choses l’une : ou bien le taux de profit baisse, ou bien le prix des produits augmente. La firme cherchera évidemment à relever ses prix de vente. Mais elle ne s’en tirera pas aussi facilement : toutes les autres firmes polluantes (cimenteries, métallurgie, sidérurgie, etc.) chercheront, elles aussi, à faire payer leurs produits plus cher par le consommateur final. La prise en compte des exigences écologiques aura finalement cette conséquence : les prix tendront à augmenter plus vite que les salaires réels, le pouvoir d’achat populaire sera donc comprimé et tout se passera comme si le coût de la dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des marchandises. 
La production de celles-ci tendra donc à stagner ou à baisser ; les tendances à la récession ou à la crise s’en trouveront aggravées. Et ce recul de la croissance et de la production qui, dans un autre système, aurait pu être un bien (moins de voitures, moins de bruit, plus d’air, des journées de travail plus courtes, etc.), aura des effets entièrement négatifs : les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés ; les inégalités se creuseront ; les pauvres deviendront relativement plus pauvres et les riches plus riches. 
La prise en compte des coûts écologiques aura, en somme, les mêmes effets sociaux et économiques que la crise pétrolière. Et le capitalisme, loin de succomber à la crise, la gérera comme il l’a toujours fait : des groupes financiers bien placés profiteront des difficultés de groupes rivaux pour les absorber à bas prix et étendre leur mainmise sur l’économie. Le pouvoir central renforcera son contrôle sur la société : des technocrates calculeront des normes "optimales" de dépollution et de production, édicteront des réglementations, étendront les domaines de "vie programmée" et le champ d’activité des appareils de répression. (…) 
Direz-vous que rien de tout cela n’est inévitable ? Sans doute. Mais c’est bien ainsi que les choses risquent de se passer si le capitalisme est contraint de prendre en compte les coûts écologiques sans qu’une attaque politique, lancée à tous les niveaux, lui arrache la maîtrise des opérations et lui oppose un tout autre projet de société et de civilisation. Car les partisans de la croissance ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondés sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres. Dans le cadre de l’actuel mode de production, il n’est pas possible de limiter ou de bloquer la croissance tout en répartissant plus équitablement les biens disponibles. 
Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse — pourtant entièrement illusoire — qu’ils cesseront un jour d’être "sous-privilégiés", et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n’est-ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser "au-dessus" des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as "mieux" que les autres. 
Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres».

     (André Gorz, 1974, texte paru initialement dans le mensuel Le Sauvage)

La fête est finie ! (Serguei Chilikov ✝️ 1953-2020)


jeudi 2 juillet 2020

Sociologie


2 policiers en exercice sur 3 auraient voté Front national aux dernières élections régionales. 
(source : Slate, 12-01-16)

mercredi 1 juillet 2020

En mixité carcérale choisie

Never trust a NaziE

(«Miss Hitler», with make-up)

Ces NaziEs sont vraiment des gens pas fiables. Comment prétendre restaurer un Reich de mille ans et protéger avec un minimum de crédibilité la race aryenne menacée par le Grand Remplacement sub-saharien, quand on n'est pas foutuE de manier les bases de Photoshop ou Illustrator afin d'embrouiller le chaland, et d'appâter efficacement en lui le futur fantassin de la néo-SS ? Karl Lagerfeld lui-même n'a-t-il pas suffisamment rappelé qu'on était responsable de son image 24 heures sur 24, fût-ce en dehors des podiums et de la vie trépidante des défilés ? Mentir pour son racket politique, passe encore (tout le monde le fait). Mais ignorer les codes élémentaires de la retouche-photo ou cosmétique casual, par les temps de guerre ethnique qui courent, voilà qui s'avère absolument impardonnable ! Prenez l'exemple de cette jeune incapable de 23 ans, Alice Cutter (voir photo ci-dessus), habitante des Midlands et membre, avec son crétin de boy-friend prénommé Mark Jones, de la soi-disant «Action Nationale», basée à Birmingham. Un coup d'oeil averti aura tôt fait (une fois la donzelle démaquillée et sortie de scène) de repérer sur cette face d'ailleurs étrangement suspecte (voir ci-dessous) nombre d'éléments au moins contre-productifs en termes de propagande, voire carrément rédhibitoires pour ceux-là mêmes que le Parti entendait justement séduire par la pureté du génome ! NaziEs d'aujourd'hui, vous êtes encore très loin du compte. Et on vous le dit comme on le pense, ce grand blond toujours impeccablement télégénique et tiré à quatre épingles qu'était Joseph Goebbels, votre maître, doit s'en retourner dans ses cendres.

(«Miss Hitler», no make-up)

White Brains Matter

Périgore...

«La ville va être maintenant aux mains du PS, des gilets jaunes et des anarchistes de gauche !»

     (Antoine Audi, maire sorti de Périgueux, 28 juin 2020)

Petits métiers d'autrefois. Aujourd'hui : ferrailleur à la Mairie de Saint-Denis (93)

mardi 30 juin 2020

Fermeture de Fessenheim : l'émotion de toute une région...

Kim Jong Aufklärung


«Vous avez tourné le dos à la décroissance, vous ne proposez pas de ne plus produire. (…) Investir, transformer, innover, c’est ce qui correspond à notre pays à cette philosophie des Lumières qui nous a faits !»

(Emmanuel Macron, Grand Soleil de la nation et Etoile polaire de l'humanité, devant la «Convention citoyenne pour le climat», 29 juin 2020)

lundi 29 juin 2020

dimanche 28 juin 2020

Allez, un peu d'hédonisme petit-bourgeois (histoire de respirer)

Pourquoi nous ne sommes pas gramscistes...

(Avertissement ! L'observation prolongée de cette image est susceptible de provoquer, chez nos amiEs léninistes de toutes obédiences, de dangereuses émissions éjaculatoires fortement préjudiciables à la production de valeur).

«Il faut remarquer que les industriels (et particulièrement Ford) se sont intéressés aux rapports sexuels de ceux qui sont sous leur dépendance et, d'une façon générale, de l'installation de leurs familles ; les apparences de "puritanisme" qu'a pris cet intérêt (comme dans le cas de la "prohibition") ne doivent pas faire illusion ; la vérité est que le nouveau type d'homme que réclame la rationalisation de la production et du travail ne peut se développer tant que l'instinct sexuel n'a pas été réglementé en accord avec cette rationalisation, tant qu'il n'a pas été lui aussi rationalisé.

L'histoire de l'industrialisme a toujours été (et elle le devient aujourd'hui sous une forme plus accentuée et plus rigoureuse) une lutte continue contre l'élément "animalité" de l'homme, un processus ininterrompu, souvent douloureux et sanglant, de la soumission des instincts (instincts naturels, c'est-à-dire animaux et primitifs) à des règles toujours nouvelles, toujours plus complexes et plus rigides, et à des habitudes d'ordre, d'exactitude, de précision qui rendent possibles les formes toujours plus complexes de la vie collective, conséquences nécessaires du développement de l'industrialisme. Cette lutte est imposée de l'extérieur et les résultats obtenus jusqu'ici, malgré leur grande valeur pratique immédiate, sont en grande partie purement mécaniques et ne sont pas devenus une "seconde nature". Mais chaque nouvelle façon de vivre, dans la période où s'impose la lutte contre l'ancien, n'a-t-elle pas toujours été pendant un certain temps le résultat d'une compression mécanique ?

(...)

Dans l'après-guerre [de 1914-1918], on a assisté à une crise des mœurs d'une étendue et d'une profondeur considérables. Mais cette crise s'est manifestée contre une forme de coercition qui n'avait pas été imposée pour créer des habitudes conformes à une nouvelle forme de travail, mais en raison des nécessités, d'ailleurs considérées comme transitoires, de la vie de guerre dans les tranchées. Cette pression a réprimé en particulier les instincts sexuels, même normaux, chez une grande masse de jeunes gens. La crise s'est déchaînée au moment du retour à la vie normale, et elle a été rendue encore plus violente par la disparition d'un si grand nombre d'hommes et par un déséquilibre permanent dans le rapport numérique entre les individus des deux sexes. Les institutions liées à la vie sexuelle ont subi une forte secousse et la question sexuelle a vu se développer de nouvelles formes d'utopie de tendance «illuministe» [c'est-à-dire rattachées à la philosophie des Lumières, Aufklärung]. La crise a été (et elle est encore) rendue plus violente du fait qu'elle a touché toutes les couches de la population et qu'elle est entrée en conflit avec les exigences de nouvelles méthodes de travail qui sont venues, entre temps, s'imposer (taylorisme et rationalisation en général). Ces nouvelles méthodes exigent une discipline rigide des instincts sexuels (du système nerveux), c'est-à-dire une consolidation de la "famille" au sens large (et non de telle ou telle forme de système familial), de la réglementation et de la stabilité des rapports sexuels.

Il faut insister sur le fait que, dans le domaine de la sexualité, le facteur idéologique le plus dépravant et le plus "régressif" est la conception "illuministe" et libertaire propre aux classes qui ne sont pas liées étroitement au travail producteur, et qui se propage de ces classes à celles des travailleurs.

(...)


La question de l'alcool et la question sexuelle sont liées : l'abus et l'irrégularité des fonctions sexuelles est, après l'alcoolisme, l'ennemi le plus dangereux de l'énergie nerveuse et l'on observe couramment que le travail "obsédant" provoque des dépravations alcooliques et sexuelles. Les tentatives faites par Ford d'intervenir, au moyen d'un corps d'inspecteurs, dans la vie privée de ses employés, et de contrôler la façon dont ils dépensent leur salaire et dont ils vivent, est un indice de ces tendances encore "privées" ou latentes, mais qui peuvent devenir, à un certain moment, une idéologie d'Etat, en se greffant sur le puritanisme traditionnel, c'est-à-dire en se présentant comme un renouveau de la morale des pionniers, du "véritable" américanisme, etc. Le fait le plus important du phénomène américain dans ce domaine est le fossé qui s'est creusé, et qui ira sans cesse en s'élargissant, entre la moralité et les habitudes de vie des travailleurs et celles des autres couches de la population.

La prohibition a déjà donné un exemple d'un tel écart. Qui consommait l'alcool introduit en contrebande aux États-Unis ? C'était devenu une marchandise de grand luxe et même les plus hauts salaires ne pouvaient en permettre la consommation aux larges couches des masses travailleuses : celui qui travaille pour un salaire, avec un horaire fixe, n'a pas de temps à consacrer à la recherche de l'alcool, n'a pas le temps de s'adonner aux sports, ni de tourner les lois. On peut faire la même observation pour la sexualité. La "chasse à la femme" exige trop de loisirs. Chez l'ouvrier de type nouveau on verra se répéter, sous une autre forme, ce qui se produit chez les paysans dans les villages. La fixité relative des unions sexuelles paysannes est étroitement liée au système de travail à la campagne. Le paysan qui rentre chez lui le soir après une longue et fatigante journée de travail, veut la Venerem facilem parabilemque dont parle Horace [l'amour facile et toujours à ma portée, in Satires, Livre II, v. 119] ; il n'est pas disposé à aller tourner autour de femmes rencontrées au hasard ; il aime sa femme parce qu'il est sûr d'elle, parce qu'elle ne se dérobera pas, ne fera pas de manières et ne prétendra pas jouer la comédie de la séduction et du viol pour être possédée. Il semble qu'ainsi la fonction sexuelle soit mécanisée mais il s'agit en réalité de la naissance d'une nouvelle forme d'union sexuelle dépouillée des couleurs "éblouissantes" et du clinquant romantique propres au petit bourgeois et au "bohème" désœuvré. Il apparaît clairement que le nouvel industrialisme veut la monogamie, veut que le travailleur ne gaspille pas son énergie nerveuse dans la recherche désordonnée et excitante de la satisfaction sexuelle occasionnelle : l'ouvrier qui se rend au travail après une nuit de "débauche" n'est pas un bon travailleur ; l'exaltation passionnelle ne peut aller de pair avec les mouvements chronométrés des gestes de la production liés aux automatismes les plus parfaits. Cet ensemble complexe de pressions et de contraintes directes et indirectes exercées sur la masse donnera sans aucun doute des résultats et l'on verra naître une nouvelle forme d'union sexuelle dont la monogamie et la stabilité relative semblent devoir être les traits caractéristiques et fondamentaux».

       (Antonio Gramsci, Américanisme et fordisme, 1934)

***

Même époque.
(Tout) autre ton.


vendredi 26 juin 2020

Partenariat stratégique

#Resilience2022

jeudi 25 juin 2020

ACAB

(Mauritanie, ces jours-ci)


«ESCLAVAGE ET DISCRIMINATION

Les pratiques esclavagistes et discriminatoires perduraient en toute impunité. Des universitaires, des ONG et des défenseur·e·s des droits humains ont continué à s’inquiéter de la persistance de l’esclavage en Mauritanie. Dans ses observations finales sur le rapport de la Mauritanie adoptées en août 2019, le Comité des droits de l’homme [ONU] a fait part de ses préoccupations au sujet de la persistance de situations d’esclavage et des difficultés que les victimes d’esclavage rencontraient lorsqu’elles portaient plainte en vue de faire valoir leurs droits. Au 1er janvier 2019, les États-Unis ont mis fin à leur accord commercial avec la Mauritanie en raison des pratiques de travail forcé qui y avaient cours et des représailles exercées contre les militant·e·s antiesclavagistes. Le 22 novembre, le tribunal spécial siégeant à Nema, près de la frontière malienne, a déclaré trois personnes coupables d’esclavage et les a condamnées, respectivement, à cinq ans d’emprisonnement avec sursis, 10 ans et 15 ans de réclusion. Elles ont interjeté appel et sont demeurées libres. Le Comité des droits de l’homme s’est également dit préoccupé par la marginalisation dont continuaient d’être victimes "les Haratines et les Négro-Africains […], en particulier dans l’accès à l’éducation, à l’emploi, au logement, à la santé et aux services sociaux, ainsi qu’à la terre et aux ressources naturelles". Il s’est également inquiété des dispositions juridiques discriminant les femmes ainsi que les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles, transgenres ou intersexes. L’article 308 du Code pénal érigeait en infraction les "actes contre nature", passibles de la peine de mort. »

(Extrait du rapport d'Amnesty International intitulé Mauritanie 2019)

Mitigeur en applique (encastré)


«BILAN MITIGÉ :
Euphémisme de rigueur quand on doit, par exemple, concilier l'optimisme obligé des déclarations gouvernementales ou des communications patronales avec de trop décevantes réalités. Anal. : Peiner à. Voir : Communication. «Déjà, les commerçants font leurs comptes et se plaignent d'un bilan mitigé. Beaucoup n'ont pas pu écouler tous leurs stocks malgré des rabais importants, à cause du resserrement des dépenses des ménages lié à une conjoncture économique difficile» (M. Vignaud, Le Point, 23/11/08).»

(Raoul Vilette, La langue du Capital, 2009) 

mercredi 24 juin 2020

Game of Thrones (à la française)

La Restauration, c'est le Progrès (et inversement).

Illustration 1 : L'Immaculée Conception
par Bartolomé Esteban Murillo (Espagne, 17ème siècle)
                 AVANT                                  APRÈS

Illustration 2 : «Ecce Homo»
par Elia Garcia Martinez (Espagne, 1930)
AVANT                               APRÈS



Illustration 3 : La Vacance apprenante
Anonyme (France, vers 2020)
AVANT                             APRÈS

L'ingénierie du chaos (It's alive !)



«Il se peut qu’un jour prochain, Le Monde découvre que les "sauveurs" étaient coupables. Ou bien, que l’on découvre les "partenariats" qui rendent Le Monde si bienveillant à l’égard de Shi Zhengli et du laboratoire P4 de Wuhan (...). Nous ne le saurons peut-être jamais. Cependant même la prestigieuse revue Nature commence à se couvrir. Un article du 5 juin concède : 

"Le laboratoire (NdR : de Wuhan) possède des coronavirus liés au SARS-CoV2, il est donc possible que l’un se soit échappé, peut-être si un laborantin a été infecté par un échantillon de virus ou un animal, puis l’a transmis à quelqu’un hors du bâtiment. (…) plusieurs scientifiques disent que, bien qu’ils ne croient pas que le virus se soit échappé du laboratoire, les études donnent des résultats limités sur son origine (…)."


Mais il y a déjà de longs articles et des livres sur la corruption des revues scientifiques».

(Pièces et Main d'Oeuvre, 8 juin 2020)

Plus qu'assez


«Un père de famille qui, pendant des années et des années, avait été connu et apprécié pour son sens exceptionnel de la famille et qui, un samedi après-midi, par un temps anormalement lourd, il est vrai, avait tué quatre de ses six enfants, s'est justifié devant le tribunal en déclarant que, tout d'un coup, les enfants, il en avait eu plus qu'assez.»

(Thomas Bernhard, L'Imitateur)

mardi 23 juin 2020

Bovid-19 (la classe américaine)

Chez Brigitte et Manu (requiem)


Les fêtes de la Musique, c'est vraiment plus ce que c'était. Pourtant, y a encore pas si longtemps, le Nouveau Monde paraissait méchamment prometteur, en termes d'articulation Genre-Classe-Race, à dominante hype & fun. Vous direz ce que vous voudrez : ça avait quand même plus de gueule que Fromage-Jambon et Choses concrètes, comme programme intersectionnel. 
Et comme robinsonnade.  

vendredi 19 juin 2020

Pièces et Main d'Oeuvre (en manière d'hommage)

(Clique sur l'image si tu aimes les films d'horreur...)

On n'entend plus trop Agamben, ces temps-ci, nous parler du virus SARS-COV2, vous vous rappelez ? cette petite «grippette» pas bien méchante à en croire (selon notre grand-maître ès «biopolitique») les plus sérieux organes étatiques et/ou scientifiques spécialistes de la chose. C'est qu'on a beau pourfendre la science en général, et la médecine en particulier comme la dernière «religion» du moment, on n'en oublie pas moins de le faire, d'une part au nom de la Religion authentique (qui baisait il y a peu de temps encore les pieds des pauvres lépreux tout en enterrant, elle au moins, ses morts dans la dignité, etc) et au nom, d'autre part, de quelque autorité médicale incontestable. Cherchez l'erreur. Cherchez la contradiction insupportable. Cherchez la mauvaise foi absolue. Bref. Aucune importance. M. Agamben s'occupe désormais, aux dernières nouvelles, de sauver «l'esprit universitaire» européen pluri-séculaire menacé par le néo-totalitarisme-biopolitique-numérique. Grand bien lui fasse, après tout. Nous lui souhaitons bonne chance. D'autant que c'est là un sujet qu'il connaît bien, et maîtrise sans aucun doute mieux que la biologie moléculaire.
Du côté de Lundi-Matin, c'est un peu la même chose. Depuis que l'on connaît (et qu'Assa Traoré, entre autres figure radicales, y revient elle-même régulièrement) les ravages terrifiants objectivement causés par cette saloperie de COVID sur les populations les plus misérables de la planète, lesquelles constituent non pas, bien entendu, le coeur de cible de l'engeance métaphysique-critique dont nous parlons, mais à tout le moins son objet-néo-sujet révolutionnaire préféré, plus question, pour notre maudit virus, de bomber le torse et d'exhiber les pectoraux, comme il osait encore le faire voilà quelques semaines via certain «Monologue» dominateur rappelant aux sous-merdes humaines, incapables d'acquérir «forme-de-vie» digne de ce nom, que les virus étant là depuis la nuit des temps, les sous-merdes en question n'avaient certes pas à la ramener, elles, en termes de légitimité à exister comme animaux affublés de ces tares ignobles qu'on appelle Raison ou Subjectivité. Tout cela se trouve donc mis en veilleuse : jusqu'à la prochaine pandémie, ou la prochaine rafale djihadiste de masse en terrasse. La prochaine «Guerre Véritable», en somme. On verra bien. D'ici là, l'affaire est réglée.

Mais il y a autre chose. 
Dans notre propre modeste réponse à toutes ces inepties impardonnables, sans doute avions-nous nous-mêmes perdus de vue l'essentiel. En répliquant pied à pied aux bêtises indécentes de Lundi-Matin, nous acceptions en définitive, de fait, de plaider au fond, comme l'on dit, en défendant comme nous le pouvions la dignité de l'Homme face à celle, qu'on nous opposait, d'un virus que nous désignions, nous autres, simplement et spontanément, comme notre ennemi naturel
Cette pseudo-naturalité de l'ennemi nous aurait-elle égarés et même endormis ? Agamben et ses amis, lorsqu'ils ils en ont assez de fricoter avec Foucault, Heidegger ou autre malfaisant de même acabit, ne voient aucun mal à finir en after avec Guy Debord. Or le génie paranoïaque et rationaliste (nous y insistons, car ces deux derniers éléments sont liés) de ce dernier, que nous avons toujours admiré plus sérieusement qu'eux, ne se serait évidemment pas contenté, lui, des misérables explications officielles ― émanant d'abord de la Chine stalinienne puis reprises comme un seul Walt Disney par l'ensemble du «monde libre» ― quant aux origine et genèse de l'épidémie. Sans parler même, bien sûr, de minorer le danger de celle-ci au nom de quelque Dictature qui vient (Agamben), voire d'en faire carrément l'apologie métaphysique et répressive (Lundi-Matin). Il se trouve que les gens de PMO (Pièces et Main-d'Oeuvre) nous rappelèrent ces jours-ci à semblables réflexes, en nous vraisemblablement anesthésiés. Leur article relatif à cette très probable création «frankensteinienne» du SARS-CoV2, que nous relayons ici, est proprement terrifiant, comme ce monde, dans son intégralité quotidienne. Et quoique nous trouvant en désaccord fondamental avec PMO sur moult sujets, cela ne nous empêche nullement de célébrer, quand il le faut, l'incontestable valeur émancipatrice des travaux de ce collectif, dont la production critique, le temps passant, nous apparaît à la fois de plus en plus vitale et de plus en plus désespérante. La dernière phrase de l'article auquel nous renvoyons ci-dessous est, par exemple, digne de bien des éloges. Il y a, rappelle-t-elle mieux que nous ne saurions jamais le faire, une dialectique de la Raison, de la rationalité, de la science. Tout n'est pas uniment mauvais en elles. Impossible de critiquer leurs ravages massifs (et il est vrai immanents à leur projet) depuis un point de vue autre, cependant, que celui de la Raison elle-même. 

***
« Scientifreak, scientifric, scientiflic : ce que l’épidémie met en évidence, après bien d’autres crises ou événements, c’est le déchaînement de la puissance technocratique. Les scientifiques, la plus haute couche de la classe technocratique, disposent de tous les moyens que nous leur consentons pour assouvir leur volonté de puissance. Ceux qui acceptent de se soumettre à la rationalité techno-scientifique jusque dans son irrationalité, découvrent un jour que leur soumission à cette volonté de puissance met en danger la survie de l’humanité.»

Merci pour ça !

L'article intégral de PMO, intitulé Un virus d'origine scientifreak ?, est à retrouver sur leur site, ICI !

jeudi 18 juin 2020

Un certain sens du timing

(sortie en librairie : novembre... 2019. 
On n'a pas vu le temps passer !)

Et hop !


«Les trois ou quatre gens (sic) 
qui pensent l'existence (re-sic) d'un privilège blanc 
n'ont jamais vu un blanc pauvre !»

(Jean-Luc Mélenchon, L'insoumission, 18 juin 2020)

mercredi 17 juin 2020

La meilleure nouvelle de la semaine !

(Le Monde, 17 juin 2020)

Only the BRAV


(Les terrifiants BRAV-M, champions toutes catégories du 110 mètres-fuite, Paris, 16 juin 2020)

DIDIER, T'ES VRAIMENT LALLEMENTABLE !

Elle s'appelle Farida.

(16 juin 2020, manifestation du Personnel soignant, Paris)

«Cette femme, c’est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le covid. Aujourd’hui, elle manifestait pour qu’on revalorise son salaire, qu’on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55».

***
«This woman above is my mother. She's 50, she works as a nurse ; during 3 months, she worked between 12 and 14 hours per day ; She got COVID-19. Earlier this very day, she was demonstrating for a better wage, for her work to be respected. She's an asthmatic. She weared her medical gown. She's 1, 55 m tall (5 ft 1)».

mardi 16 juin 2020

#Resilience2022

lundi 15 juin 2020

D'un esclavage l'autre !

(Philantrope et bienfaiteur civil se préparant au grand plongeon, Bristol, UK, ces jours derniers).

«Dans les États-Unis du nord de l'Amérique, toute velléité d'indépendance de la part des ouvriers est restée paralysée aussi longtemps que l'esclavage souillait une partie du sol de la République. Le travail sous peau blanche ne peut s'émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri. Mais la mort de l'esclavage fit éclore immédiatement une vie nouvelle. Le premier fruit de la guerre fut l'agitation des huit heures, qui courut, avec les bottes de sept lieues de la locomotive, de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, depuis la Nouvelle-Angleterre jusqu'en Californie».

(Karl Marx, Le Capital, Livre I, III, 10 : «la journée de travail»)

dimanche 14 juin 2020

Check your yellow privilege !


«Laetitia, 19 ans, est venue depuis Franconville (Val-d'Oise) et a rejoint ici deux amies, Alicia et Mimouna, 24 ans, venues des Hauts-de-Seine. Elle brandit une pancarte, rue de Turbigo, où il est écrit d’un côté "Buy black, invest in Africa" et de l’autre "Stop killing us", et s'explique : "On n’est pas contre la police, on est contre les mauvais policiers. On veut que la justice mette en place des dispositifs pour trier les mauvais policiers. C’est tout ce qu’on demande." Les trois amies étaient déjà au Palais de justice le 2 juin. Laetitia a l’impression que les "leaders" se répètent et aimerait qu’ils "parlent plus à leur communauté, aux Noirs". Elles vont reprendre le métro, déçues que le cortège ait été bloqué. "Quand c’est les gilets jaunes, ils peuvent avancer, quand c’est nous, on nous bloque", estiment-elles».

(Le Monde, 13 juin 2020)

La ligne 6 en deuil


Le Moine Bleu apprend aujourd'hui la mort, survenue hier, de l'écrivain légitimiste de grand style M. Jean Raspail, souvent surnommé Le Roi des Camps par ses admirateurs littéraires. Nous nous associons évidemment à la douleur de ses proches. M. Raspail ne sera pas grandement remplacé.   

Le colonel Moutarde, sans aucun doute (avec le Chandelier)

UFC 1956 (Rumble in the Theorical Jungle) : round one !


Les mesquineries, 
coups de vice sous la ceinture, 
et prises de tête en tout genre 
sont, bien entendu, 
formellement autorisées.

***

Une réponse à Erich Fromm
(Traduction : Le Moine Bleu).

«En s'efforçant de réfuter les arguments exposés dans mon article Les implications sociales du "révisionnisme" freudien (cf la revue Dissent, été 1955), Erich Fromm, dans sa réponse de cet automne à la même revue (réponse baptisée par lui Les implications humaines du "radicalisme" pulsionnel), bâtit de toutes pièces — afin de la démonter — une thèse qui n'a jamais été la mienne. Bien que sa méprise puisse être dans une large mesure liée au fait que mon ouvrage  Éros et civilisation (auquel mon premier article en question se référait) n'a pas encore été publié, je pense néanmoins que quelques corrections sont d'ores et déjà à l'ordre du jour.



1°) Pour commencer, Fromm attribue à Freud (ou à ma propre reformulation de la théorie de Freud) les idées suivantes voulant : a) que le bonheur consiste dans la satisfaction de l'instinct sexuel, et "spécifiquement dans le désir d'un libre accès à toutes les femmes disponibles" ; b) que l'amour coïncide "dans son essence même" avec le désir sexuel (ou "soit identique" à lui) ; c) que l'Homme éprouve un "désir inhérent de satisfaction sexuelle illimitée" et que "l'émancipation de l'Homme repose dans la satisfaction complète, sans restriction, de son désir sexuel." 
Or, bien loin d'identifier bonheur et "satisfaction sans restriction" de l'instinct sexuel, Freud soutenait en réalité que "la liberté sexuelle illimitée des origines aboutit à un manque de satisfaction", et que la "valeur" des besoins érotiques "s'effondre à l'instant même où leur satisfaction devient aisément accessible", considérant la "possibilité étrange" que "quelque chose dans la nature même [italiques de Marcuse] de l'instinct sexuel se montre défavorable à l'accomplissement d'une satisfaction absolue" (cf Freud, Œuvres complètes, Vol. IV, p.213f). Freud n'a donc nullement présenté le désir sexuel comme étant "l'essence" de l'amour, mais plutôt défini ce dernier comme l'inhibition, et la sublimation du désir sexuel en tendresse et en affection, et il voyait dans cette "fusion" l'un des accomplissements les plus hauts de la civilisation. En conséquence, Freud n'eût certes pu avoir "l'idée" (et moi non plus) que "l'émancipation de l'Homme repose dans la satisfaction complète, sans restriction de son désir sexuel" (même si, par ailleurs, je ne partage nullement l'opinion de Fromm, suivant qui cette idée constituerait désormais "le ciment unissant l'humanité dans la phase présente du capitalisme").


2°) Freud reconnaissait cependant que même les valeurs les plus élevées de la civilisation, en tant qu'elles procèdent d'une sexualité inhibée, déviée quant à ses buts, présupposent inévitablement, et perpétuent, l'absence de liberté et la répression. Fromm en conclut que Freud rejette tout espoir de quelque "amélioration substantielle que ce soit de la société" et que la théorie freudienne ne saurait en aucun cas être assimilée à "une critique radicale de la société aliénée" dès lors qu'elle considère précisément cette "aliénation" comme fondement nécessaire de toute civilisation. Qui plus est, Fromm insiste sur le fait que Freud ne propose jamais de critique portant sur la "structure socio-économique" de la société contemporaine. Sur ce dernier point, je suis bien d'accord, et je n'ai même jamais prétendu l'inverse. À la première page de mon article, je pointais justement le degré "de complicité objective de la psychanalyse avec cette société dont elle révèle pourtant les secrets". Quand j'évoquais les implications radicales et critiques de la théorie freudienne, je me référais en l'occurrence à certains de ses aspects permettant d'exposer en pleine lumière la profondeur des systèmes de contrôle répressifs s'exerçant sur la "nature" humaine, systèmes de contrôle que la société contemporaine partage avec les formes de civilisation répressive l'ayant historiquement précédée. Il se peut tout à fait qu'une telle critique ne soit pas suffisante. Elle me semble néanmoins bien plus pertinente que telle autre ne se bornant qu'à n'incriminer que des aspects secondaires ou quelques regrettables "excès" de l'aliénation, tout en préservant, voire en fortifiant les racines de celle-ci. C'est ainsi que ce même Fromm qui vient juste d'accuser Freud de ne pas critiquer le capitalisme, écrit que l'aliénation rencontrée par l'ouvrier au travail "ne peut être surmontée qu'à la condition que cet ouvrier ne soit plus employé par le capital, qu'il cesse d'être un objet dont on dispose, mais qu'il devienne un sujet responsable qui, lui-même, emploiera le capital [c'est Fromm qui souligne]. Le point principal n'est donc pas la propriété des moyens de production, mais la participation à la gestion [management] et à la prise de décision" (Fromm, The Sane Society, trad. française : Société aliénée et société saine, Courrier du livre, 1967). Fromm pense ainsi que le principe de co-gestion [co-management] représente une limitation très sérieuse du droit de propriété. Il reconnaît à tout propriétaire un droit légitime au retour sur investissement du capital engagé (pourvu que le taux de profit en question soit "raisonnable") mais pas "au commandement illimité exercé sur les hommes que ce capital pourra employer." Semblable "commandement illimité", de l'entrepreneur employant sous le régime du salaire librement fixé, a-t-il jamais existé dans la réalité ? Fromm voit, en tout cas, dans la "participation des travailleurs" un moyen "d'humaniser" le travail, et d'établir une relation "pleine de sens" [meaningful] entre l'ouvrier, son travail et ses camarades : il note le cas "d'une des plus importantes usines de montres" en France, où une sorte de coopérative ouvrière a vu le jour, les ouvriers élaborant eux-mêmes un "Décalogue" (sic) qui, outre certains des dix commandements, inclut celui-ci : "Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front"
Si c'est là, d'après lui, le genre d'éléments susceptibles de "contrer" une bonne fois pour toutes le phénomène d'aliénation, il me faut alors reconnaître, certes, que le fond crucial de ma réflexion contre Fromm se retrouve sans objet... 

(Ouch... cette droite sournoise dévastatrice... 
Erich ≪Desalienator≫ Fromm ne l'avait pas vu venir. 
Excès de confiance et d'optimisme, sans doute !)

3°) Fromm exprime ensuite son "étonnement" que j'aie pu qualifier de "radicale" une théorie (la théorie freudienne des pulsions) participant, selon lui, "intégralement du même esprit que le matérialisme bourgeois du 19 ème siècle". Mais qu'est-ce que l'Éros (relativement auquel Freud se réfère, et pas incidemment, à Platon), qu'est-ce que la pulsion de mort, le principe de Nirvana ou encore "la nature ordinairement conservatrice des pulsions" peuvent bien avoir à voir, au juste, avec "le matérialisme bourgeois du 19 ème siècle" ? En tout état de cause, c'est bel et bien cette échelle précise : celle des plus grandes, des plus abyssales profondeurs de la théorie freudienne, échelle sur laquelle reposait mon article, que Fromm ― comme Horney et Sullivan [autres psychologues "révisionnistes" à succès, désireux de dépasser Freud dans le sens d'une thérapie "positive" sociale-réformiste de masse] ― entend mettre au rancart. Cette mutilation de la doctrine, ainsi que la réduction drastique de la théorie de la libido, impliquaient de manière générale le retour régressif à toute une psychologie pré-freudienne de la conscience. Ici, Fromm s'insurge, demande des preuves. Mais pratiquement toutes les pages de chacun des livres qu'il a écrits depuis Escape from Freedom (trad. française : La peur de la liberté, paru en 1941) fournissent de telles preuves. Prenons, s'il faut absolument mentionner des exemples précis, celui de sa réinterprétation du complexe d'Œdipe, ou encore ses analyses des névroses en termes de "problème moral". La réduction révisionniste de Freud passe aussi par le remplacement à grand spectacle de la psyché pré-individuelle, au bénéfice de la "personnalité développée [mature personality]". Derechef, certes, Fromm proteste, arguant du fait que les travaux de Sullivan sont presque entièrement consacrés au "développement de l'enfance" et que dans sa propre psychologie même, "le caractère d'une personne est essentiellement déterminé par sa situation infantile". Mais la question du développement de l'enfant appartient au domaine de toute psychologie de la conscience, de même qu'elle est le lot de tout expert spécialiste en relations humaines, et le traitement que lui réserve Sullivan ne se distingue guère, selon moi, des présentations les plus éculées qui en ont été faites, au niveau superficiel des "relations inter-personnelles". L'analyse consacrée par Fromm lui-même aux premières étapes du développement caractériel s'est trouvée avec le temps de plus en plus vidée, purgée de tout le potentiel explosif des forces pulsionnelles liées à "l'héritage archaïque" de l'Homme, et à la lutte à mort contre la Répression. Révéler précisément les implications de cette lutte (et, de fait, les conditions réelles de "l'émancipation humaine"), tel était le grand souci de la psychologie freudienne des profondeurs. On ne le préservera pas, on ne l'entretiendra pas en consacrant son attention au soi-disant "conflit entre tendances inconscientes et conscientes". Car ce souci repose par essence sur le contenu et la dynamique de l'inconscient.

 (Ohhh ! Magnifique coup de Je-Nous de Marcuse, qui touche son adversaire en plein Hegel... L'entraînement paie toujours : on ne le répétera jamais assez aux jeunes qui nous écoutent...)

4°) Fromm m'accuse de négliger le "facteur humain" et aussi de "dureté envers les qualités morales". Il croit déchiffrer ma position comme étant celle-ci : "Quiconque s'intéresse aux conditions du bonheur et de l'amour trahit par principe la pensée radicale". Ma position, cependant, est tout au contraire de dire que Fromm (et les autres révisionnistes) ne s'intéressent pas réellement aux conditions "du bonheur et de l'amour". J'écris en effet en toutes lettres dans mon article (p. 233) que ces valeurs (amour et bonheur) sont tout sauf inauthentiques, mais que "le contexte", en revanche, "dans lequel elles sont définies, lui, l'est". Ces valeurs, Fromm les définit en termes de pensée positive [positive thinking] laissant en place, sans y toucher jamais, ce négatif qui reste pourtant prédominant ─ et domine, de fait, l'existence humaine. Fromm assure que son concept "d'amour productif" évite toute adaptation et conformation à la "société aliénée". C'est précisément ce que je mets en question : je pense que ce concept participe de l'aliénation. Les suggestions pratiques visant à nous engager sur cette fameuse "route de la bonne santé" dont il est question dans son dernier livre (ouvrage dont j'ai cité un extrait ici-même, un peu plus haut) offrent à mes yeux le meilleur exemple de la façon dont des propositions visant à adoucir la société établie peuvent être confondues avec d'autres, visant, elles, à la dépasser. On a tout à fait le droit de recourir et de réclamer toujours davantage de psychologie industrielle ou de management scientifique. Ce qui pose problème, et gravement, c'est de présenter tout cela comme une variété anticonformiste d'humanisme. Fromm tient à me rappeler que "la société aliénée développe en elle-même les éléments qui viendront s'opposer à elle". C'est juste, mais je suis en désaccord avec Fromm sur ce que sont les éléments en question et l'endroit où les trouver : l'essentiel de ce que lui nomme aliénation m'apparaît précisément comme la force triomphant de celle-ci, et ce qu'il nomme le Positif me paraît, à moi, le Négatif. Le soi-disant "Nihilisme", en tant que mise en accusation permanente de conditions inhumaines, ne constituerait-il pas alors, à ce compte, la seule véritable attitude humaniste qui vaille, part fondamentale de ce Grand Refus de jouer le jeu, de se compromettre avec la mauvaise positivité ? J'accepte, en ce sens, bien volontiers cette qualification sous laquelle Fromm entend dépeindre ma position : celle d'un nihilisme à visage humain [human nihilism].»

   (Herbert Marcuse, in Dissent III, 1956) 

Un... Deux... Trois.... 
Ça y est : Fromm est compté !
Parviendra-t-il à revenir dans ce combat ? À  retrouver cet ≪oeil du tigre≫ ayant fait sa réputation ? Adrian !≫ hurle quelqu'un dans la foule, visiblement en état de choc. L'ambiance est indescriptible ! Ne zappez pas !