Affichage des articles dont le libellé est révolutionnaires. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est révolutionnaires. Afficher tous les articles

jeudi 25 juin 2026

dimanche 10 mars 2024

dimanche 15 octobre 2023

Solidarité Iran

lundi 15 mai 2023

Communiqué n°5


Communiqué n°5 : 
Des nouvelles du S

≪Serge a officiellement quitté le service de réanimation du CHU de Poitiers. Cela signifie que son pronostic vital n’est plus engagé au jour d’aujourd’hui. Nous remercions encore une fois tous les travailleurs et travailleuses du soin qui lui ont permis d’y parvenir. C’est une étape importante, mais pas la dernière. Il a été admis dans un autre service conventionnel où il continuera à recevoir les soins adaptés à sa blessure et à ses douleurs quotidiennes. Une fois cette période de soins achevée, nous pourrons envisager de démarrer un cycle de rééducation intensive afin que Serge récupère tout ce que l’État a tenté de lui enlever. Nous n’avons aucune certitude, mais une confiance sans borne en notre camarade dont la détermination reste inébranlable.

Cette détermination, on a pu la retrouver avec rage et joie, dans les rues, en France et ailleurs, avant, pendant et après la semaine du 1er mai. Nous tenons à remercier mille fois toutes les personnes qui ont répondu à l’appel à action et ont dédicacé leurs actes aux blessés et aux enfermés du mouvement. Nous avons fait le maximum pour faire de notre blog une modeste caisse de résonance. Nous continuons à lutter, et la répression ne s’est pas arrêtée le 25 mars 2023. Nous saluons le courage des camarades mutilés et enfermés des dernières semaines. Rien n’a changé mais tout commence. La période ne laisse pas de marges de manœuvre mais ouvre la voie à de nombreuses initiatives pour renforcer l’efficacité de notre camp.

Comme nous le pressentions dans notre quatrième communiqué, les directions syndicales n’ont pas trouvé de parade à la mise à l’amende gouvernementale. Ils ont capitulé et nous convoquent plus d’un mois plus tard, au lendemain d’un premier mai à l’intensité historique. L’unité syndicale par laquelle ils encadrent le mouvement contre la réforme des retraites est une opération de maintien de l’ordre contre celles et ceux qui veulent gagner. À peine ont-ils quitté le cortège qu’ils s’empressent, en ordre dispersé, leur boutique sous le bras et l’unité sous le pied, d’aller se vautrer dans le bureau de Borne pour espérer consolider leurs appareils respectifs.

Qui attend encore quelque chose de ces gens-là ? Il serait irresponsable de leur laisser le pouvoir sur nos luttes. Pour garder notre force, nous devons construire et/ou entretenir des réseaux de camaraderie aptes à renforcer notre autonomie. Les prises de bâtiments, les rencontres entre assemblées de lutte, le maintien d’une ambiance déterminée à harceler le bloc de l’ordre contribuent au renforcement de nos capacités d’action. Proposer des espaces de lutte dénués de politicards, de manipulation et de trahison est aussi une adresse à celles et ceux qui vont nous rejoindre. L’agenda de la classe capitaliste est chargé. Soyons à la hauteur de leur promesse d’écrasement.

Vive la révolution !≫

Les camarades du S

samedi 5 novembre 2022

De la résistance anarchiste pro-ukrainienne



L'Organisation de Combat Anarchiste-Communiste (БОАК/BOAK) a récemment revendiqué le sabotage par explosif effectué le 24 octobre dernier sur les lignes de chemin de fer russes, dans le département de Bryansk, entre Novozybkov et Zlynka, à 20 kilomètres de la frontière biélorusse. Cette attaque a pour objet de perturber la circulation de troupes, d'armes et de munitions entre ces deux États totalitaires, impérialistes et fascistes que sont la Russie de Poutine et la Biélorussie de Loukatchenko. 

(source : Militant Wire)


    Боевая анархо-коммунистическая организация (БОАК/БОАК) недавно взяла на себя ответственность за диверсию с применением взрывчатых веществ, совершенную 24 октября на российских железнодорожных путях в Брянском отделении, между Новозыбковым и Злынкой, в 20 километрах от белорусской границы. Целью этой атаки является нарушение движения войск, оружия и боеприпасов между этими двумя тоталитарными, империалистическими и фашистскими государствами, путинской Россией и лукашенковской Белоруссией.

samedi 15 octobre 2022

Irina Tsybaneva (Ирина Цыбанева)

Ci-dessus : Irina Tsybaneva, 60 ans, Russe, condamnée hier par le tribunal d'instance de Saint-Pétersbourg aux arrêts domiciliaires, pour avoir inscrit le 8 octobre dernier, sur la tombe des parents de Vladimir Poutine, les mots suivants : 

≪Hé, les parents du serial killer : venez le récupérer ! nous endurons, par sa faute, tellement de misère et de souffrance. Le monde entier prie pour sa mort. Mort à Poutine, ce tueur et ce fou que vous avez élevé !≫.

mercredi 28 septembre 2022

Taras Kobzar, anarcho-syndicaliste ukrainien de base, en guerre.

Entretien trouvé sur le site Lundi-Matin (Hé ouais ! faut bien qu'ils servent à quelque chose, une fois sur mille, entre deux clips de propagande décoloniale)...

***
≪Taras Kobzar est militant anarcho-syndicaliste et originaire de Donetsk. D’abord engagé dans la défense territoriale à Kiev, il a ensuite rejoint l’armée. Dans cet entretien, il se dit persuadé que les ukrainiens repousseront l’armée russe par-delà les territoires annexés de 2014 et voit dans la mobilisation partielle annoncée par Vladimir Poutine le signe d’une défaite à venir.

Nous sommes à sept mois du début de la guerre. Quelle est la situation en Ukraine ?

Le 24 février 2022, une invasion à grande échelle de l’Ukraine par les troupes russes a commencé, nommée par Poutine «opération militaire spéciale». Elle est dans la continuité de la guerre lancée en 2014 avec l’annexion de la Crimée, l’invasion des régions de Donetsk et de Louhansk et l’établissement de «républiques populaires» dans ces régions de l’est du pays, et que la propagande du Kremlin a fait passer pour une «guerre civile en Ukraine» et une «autodétermination de la population russophone». Depuis le 24 février, l’invasion a concerné trois fronts : un au Nord (oblasts de Tchernihiv, Soumy dans l’oblast de Kyïv, et une incursion près de Kyïv), un à l’Est (Oblast de Kharkiv, et progression vers l’ouest dans les Oblasts de Donetsk et de Louhansk) et un au Sud (depuis la Crimée occupée vers la région de Kherson, Odessa, Berdiansk et Marioupol). Poutine prévoyait d’occuper tout le territoire à l’est de la rivière Dniepr, qui sépare l’Ukraine en deux, et de capturer Kyïv. L’armée russe a rencontré une forte résistance de la part de l’armée et de la population ukrainienne, qui s’est engagée en masse dans la défense du territoire. En avril, elle a été repoussée de Kyïv et a quitté la zone nord. De mai à août, au prix de violents combats, elle s’est lentement retirée en direction de l’est, prenant entre autres les villes de Roubijné, Lissitchansk, Sievierodonetsk, s’emparant du nord de l’oblast de Louhansk et continuant à attaquer Kramatorsk, Bakhmout et Avdiivka dans l’oblast de Donetsk. Puis elle a pris Marioupol en été après une destruction presque totale de la ville. En septembre, une contre-offensive de l’armée ukrainienne a commencé en direction du sud vers Kherson et en direction de l’est dans la région de Kharkiv, forçant les forces russes à battre en retraite. À l’heure d’aujourd’hui, l’armée russe continue de contrôler plus de 100 000 km2 du territoire ukrainien, soit environ 20 % de celui-ci.

Quel regard portes-tu sur l’armée ukrainienne ?

En 2022, l’armée ukrainienne est à bien des égards mieux lotie qu’en 2014. Il ne s’agit pas seulement de l’équipement et de l’armement, de sa structure et du commandement, mais surtout de son expérience et de sa motivation. L’armée et la société ukrainienne ont un niveau de conscience plus élevé et plus qualitatif qu’en 2013-2014. Bien sûr, la situation en matière d’armement et d’approvisionnement n’est pas aussi bonne que nous le souhaiterions, mais cela est compensé par l’activité intense de la société civile. Avec un groupe de vieux camarades anarchistes, nous avons par exemple créé un Comité de soldats au sein de notre unité pour approvisionner les soldats, les défendre juridiquement et constituer des espaces de discussion et de construction concernant l’avenir de notre pays.

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos montrent la libération de villages à l’est par l’armée ukrainienne et la joie des habitants. Qu’ont vécu ces derniers pendant ces mois d’occupation russe ?

La guerre et l’occupation sont toujours un lourd fardeau et une souffrance pour les civils. L’occupant réprime les personnes réfractaires, la situation économique s’effondre, les gens risquent constamment de mourir sous les tirs d’artillerie ou d’être tué par des soldats, comme nous l’avons vu à Bucha et ailleurs. J’ai été un témoin direct de ces horreurs. Je suis moi-même originaire de Donetsk, que j’ai été contraint de quitter avec ma famille en 2014, lorsque les séparatistes pro-russes et les groupes militaires agissant pour la Russie ont commencé à détruire tout ce qui avait trait à l’Ukraine, à persécuter les Ukrainiens et à tuer les contestataires de ma ville. J’ai vu ce à quoi ressemblait le «monde russe» et j’ai pu suivre l’évolution de la situation dans ma ville pendant huit ans. Donetsk était avant une ville riche, avec des infrastructures et une vie culturelle développées, elle était le centre économique de l’Ukraine orientale. Elle est aujourd’hui réduite à néant. Avant 2014, plus d’un million de personnes y vivaient. Près de la moitié de la population a été contrainte de la fuir à partir de 2014, perdant leurs maisons, leurs emplois et tous leurs liens sociaux. Donetsk a été pillée : de nombreuses entreprises ont été détruites ou transférées en Russie et les occupants n’ont pas hésité à voler des biens personnels, des voitures, à s’installer dans des appartements et des maisons vidés de leurs habitants. Sur le plan politique, un régime autoritaire a été instauré, rendant impossible toute activité politique et sociale libre. Les personnes peuvent, par exemple, être arrêtées dans la rue et envoyées au front. On connaît l’histoire d’un groupe de musiciens de l’orchestre philharmonique de Donetsk qui a été mobilisé de force et envoyé au combat à Marioupol, directement après une répétition. La plupart de ces musiciens sont morts. L’ordre russe domine toutes les sphères de la vie. Il s’infiltre dans les écoles, empoisonnant l’esprit des enfants, les abreuvant de propagande chauvine. Les plus hideuses «organisations d’enfants» militarisées ont été instaurées dans les territoires occupés : elles rappellent les «jeunesses hitlériennes», mais à la manière stalinienne soviétique. Depuis septembre, de nombreuses vidéos réalisées par des soldats ukrainiens dans l’oblast de Kharkiv libéré montrent des civils qui acclament l’armée ukrainienne. J’en suis le témoin direct, comme soldat. Après avoir souffert de l’occupation et des bombardements, les Ukrainiens ordinaires accueillent avec joie les libérateurs, leurs compatriotes, les soldats de l’armée ukrainienne. C’est la réaction normale de personnes qui se respectent et aiment leur terre, des personnes qui ont vu dans la pratique que la «paix russe» est un véritable «fascisme russe», qui n’apporte que mort, destruction et chagrin.

L’idée du côté ukrainien est-elle de libérer les territoires occupés ou d’aller plus loin ? Comment peut-on vivre avec un voisin comme la Russie, notamment dans l’est du pays ? Imagines-tu retourner vivre avec ta famille à Donetsk ?

Notre tâche est d’arrêter cette guerre en libérant les territoires saisis par la Russie depuis 2014. Cet objectif ne peut être atteint qu’en triomphant de l’armée d’occupation russe, ce qui entraînera la chute du régime politique autoritaire de Poutine. Seul l’établissement d’un ordre véritablement démocratique en Russie peut garantir la paix avec la Russie à l’avenir. Et le repentir de tous ceux qui soutiennent cette guerre, comme ce fut le cas après la chute du régime nazi en Allemagne. De notre part, nous devons construire une Ukraine forte, indépendante et libre, capable de défendre ses frontières. Et oui, je suis sûr que nous allons libérer non seulement le Donbass, Donetsk, mais toute l’Ukraine. Et je pourrai revoir ma ville, ma maison, que je ne vois plus que dans mes rêves douloureux.

Après sept mois de guerre, que penses-tu de l’armée russe, la «deuxième armée du monde» ?

Je pense que la perception des capacités de l’armée russe a changé depuis février 2022, non seulement en Ukraine, mais aussi pour de nombreuses personnes dans le monde. Poutine avait promis de prendre le contrôle de l’Ukraine en trois jours. Mais de nombreuses villes et même de petits villages ont été pris par l’armée russe qu’après un long combat et avec beaucoup de sang. Il était impossible de prendre le contrôle du territoire en trois jours. Poutine a échoué. La principale faiblesse de l’armée russe est la nature criminelle de ses objectifs, de ses méthodes et des personnes qui la composent. Ajoutez à cela la force d’esprit du peuple ukrainien, la grandeur morale du peuple qui défend sa terre et ses proches.

Poutine a annoncé ces derniers jours une mobilisation partielle en Russie. De quoi s’agit-il ?

Les réservistes qui ont déjà servi dans l’armée et qui ont des compétences militaires doivent être enrôlés. Il est prévu de mobiliser 300 000 personnes. La rhétorique du dictateur du Kremlin est aujourd’hui la suivante : «Nous ne pouvons pas quitter les territoires que nous avons libérés, leurs habitants ont besoin de notre protection» et «notre patrie est en danger». Derrière ces mots, on doit comprendre que leur plan visant à prendre rapidement le contrôle de l’Ukraine a échoué, que la guerre est au point mort et que le régime du Kremlin est en danger. Poutine comprend qu’en perdant cette guerre, en perdant les territoires précédemment occupés de l’Ukraine, il perdra son pouvoir en Russie. Une guerre perdue signifie l’effondrement du régime de Poutine. Les pertes de l’armée russe sont élevées, les chiffres cités étant de 50 à 60000 pertes irrécupérables. Les Russes manquent cruellement de force pour tenir la position sur un immense front s’étendant sur des centaines de kilomètres. Après six mois de combats, l’armée d’occupation russe a un besoin urgent de renforts.

Et quelle est la stratégie de Poutine à court terme ?

Comme manœuvre politique, Poutine a utilisé la vieille ruse consistant à organiser des soi-disant "référendums" dans les territoires occupés pour soutenir la poursuite de la guerre. On s’attend à ce que la population des régions ukrainiennes prises sous la menace d’une arme à feu "demande", comme on pouvait s’y attendre, d’être incorporée à la Fédération de Russie. Ainsi, du point de vue de la propagande russe, les nouvelles opérations de combat de l’armée ukrainienne seront menées sur le "territoire russe". Après tout, la région de Kherson et la région de Zaporijjia sont déjà déclarées russes. Et en cas de «violation» des frontières russes, Poutine promet d’utiliser des armes nucléaires.

On voit un vent de panique sur les réseaux sociaux russes. Comment voyez-vous ça en Ukraine ? Et qu’est-ce que ça va changer sur le front ?

Dès les premières 24 heures qui ont suivi l’annonce de la mobilisation en Russie, un exode massif de conscrits potentiels a commencé. Aux frontières, il y a de longues files d’attente de citoyens russes souhaitant quitter le pays. Pour la société ukrainienne, la mobilisation en Russie n’était pas une nouvelle inattendue. Les propagandistes du Kremlin et les analystes militaires indépendants en ont déjà beaucoup parlé. Il faudra jusqu’à trois mois pour que les mobilisés commencent à arriver sur le front, pour reconstituer les unités de l’occupant qui sont vidées de leur sang depuis six mois. Cependant, le temps travaille maintenant pour l’Ukraine. Trois mois, c’est très long dans un environnement qui évolue rapidement. La situation politique dans le monde et en Russie même peut changer, mais pas au profit de Poutine. La situation militaire sur le front ukrainien pourrait également évoluer. Les événements des deux dernières semaines : la libération par l’armée ukrainienne de la région de Kharkiv et son entrée dans le nord de la région de Louhansk, où les troupes russes étaient encore très récemment présentes, et l’offensive de l’armée ukrainienne dans la direction de Kherson ont fait basculer l’équilibre des forces dans la guerre fortement en faveur de l’Ukraine.

Cette déclaration de mobilisation de Poutine n’est-elle pas un aveu d’impuissance ?

Nous voyons un Poutine très différent. Le dictateur perd sa position d’acteur confiant dans la politique mondiale, il semble moins serein et calme dans ses discours publics. L’homme moyen russe est également inquiet. Un coup d’œil aux réseaux sociaux russes montre que le ton normalement hautain et le militarisme enthousiaste des patriotes de Poutine ont laissé place à la confusion et à l’égarement. Les critiques à l’égard des autorités du Kremlin émanent de plus en plus de ceux qui, hier encore, les soutenaient avec ferveur. Malheureusement, cette critique émane encore de personnes infectées par le chauvinisme impérial et n’est pas inspirée par des remords pour les crimes du régime de Poutine, ni à une prise de conscience de ses erreurs. Ils ont peur d’une défaite dans la guerre et à la possibilité d’être capturé sur le front. Mais cette panique introduit de la désorganisation dans les rangs de l’ennemi, et même ce début de changement dans la conscience de la société russe peut être évalué comme positif. En Russie, la mobilisation a déclenché une panique générale et des protestations encore timides et à petite échelle. Les Russes ne veulent pas se battre. En Ukraine, au contraire, la mobilisation de Poutine a provoqué le rire. Pour la société ukrainienne, elle est devenue un sujet de plaisanterie, de satire et de moquerie. Les Ukrainiens veulent se battre et se battront, car nous sommes dans notre propre pays, nous nous défendons, et nous défendons nos maisons et nos familles, notre droit à la liberté et à l’indépendance≫.

                                 (Entretien mené par Perrine Poupin)

lundi 26 septembre 2022

Divandareh (Iran occidental), hier.

Ça gagne...

samedi 24 septembre 2022

Liberté


Il semble qu'en Iran, les flics islamistes perdent progressivement le contrôle des rues un peu partout. À Mashbad, ville natale du Guide Suprême Khameneï, la statue de ce dernier vient d'être incendiée par la foule (voir ci-dessous). Des armureries sont, paraît-il, prises d'assaut et pillées. On s'achemine donc vers un bain de sang (l'armée et les Pasdaran fourbissant vraisemblablement à cette heure leur machine de mort) et une insurrection, dont nous souhaitons évidemment qu'elle triomphe, mais dont on se souviendra, en tous les cas, qu'elle aura démarré par une révolte de femmes contre des Religieux virilistes prétendant les asservir au nom d'un Dieu inexistant. Alain Soral, Zemmour et leurs amis doivent avoir bien mal au cul ces jours-ci, leurs idoles fascistes à gros bras vacillant, de manière inédite, sous la poussée démocratique ≪bourgeoise≫ des fragiles coalisés. Du coup, le stalinisme s'enraye. Il ne comprend plus ce qui se passe : il n'imprime plus, comme disent les journalistes. C'est que, dans le processus révolutionnaire authentique, les libertés, ≪formelles≫ ou ≪matérielles≫, ne sont aucunement ce détail négligeable que nos crétins marxistes occidentaux imaginent d'ordinaire, obsédés qu'ils se trouvent par l'Économie et ses froids mécanismes de structure objective. Dans la définition de tout objet, en l'occurrence, forme et matière sont en effet indissociables, ainsi que le répétait déjà inlassablement un vénérable métaphysicien des temps jadis. Et l'ensemble pousse uniment, tendanciellement, dynamiquement vers une certaine fin toujours ouverte, un certain achèvement toujours reporté, une certaine mystérieuse réalisation.  

jeudi 24 mars 2022

Un ≪nationaliste≫ (sans doute)...


Juste, m'embrouille pas ma terre...

mercredi 14 avril 2021

dimanche 21 février 2021

Courage, Frédérique ! On est avec toi !

 ✊✊✊✊✊✊✊💖💖💖💖💖💖🙌🙌🙌🙌🙌🙌

vendredi 21 août 2020

سارة حجازي‎

Sarah Hegazy (1989-2020)

«La presse internationale, à l’instar du New York Times, s’est émue du suicide de Sarah Hegazy, une militante égyptienne qui avait trouvé refuge au Canada en 2018. Ce drame, survenu à Toronto le 14 juin, ne saurait toutefois être relégué au rang de banal fait divers. En effet, il met en lumière la persécution des homosexuels par le régime égyptien et, plus largement, soulève la question de l’homophobie d’État dans les pays arabo-musulmans. 

Le calvaire de Sarah Hegazy a débuté le 22 septembre 2017 au Caire. La jeune femme assiste en soirée au concert de la formation libanaise de rock alternatif Mashrou’ Leila, dont le chanteur, Hamed Sinno, assume ouvertement son homosexualité. Parmi les 35 000 personnes rassemblées au Cairo Festival City, un groupe de spectateurs agite un drapeau arc-en-ciel, devenu un symbole LGBTQI+. 


Cet acte isolé donne lieu, dès le lendemain, à une vague de répression ciblant des individus identifiés comme homosexuels. D’après l’agence Reuters, une trentaine de personnes ont été arrêtées par la police égyptienne – certaines ont subi des examens anaux forcés, agissements dénoncés par Amnesty International qui parle alors de véritable "campagne de répression homophobe" –, avant d’être poursuivies par les autorités pour "promotion de la déviance sexuelle" ou "débauche". Début octobre 2017, le nom de Sarah Hegazy – accusée avec deux hommes d’avoir "formé un groupe contraire à la loi" et de "propager son idée" – apparaît dans la presse étrangère qui la présente comme "la première femme à être impliquée dans ce genre d’affaire depuis de nombreuses années". 

Durant sa détention, elle est torturée par des policiers qui lui infligent des chocs électriques et lui imposent l’isolement carcéral. Pourtant, son martyre ne s’arrête pas là. "La police incite les autres détenues à l’agresser sexuellement et à abuser d’elle verbalement", comme l’indique la chercheuse Rasha Younes. La jeune Égyptienne sera libérée sous caution au bout de trois mois, après un séjour dans un hôpital psychiatrique.

Dans un article paru au moment des faits dans le trimestriel américain de gauche Jacobin, le journaliste égyptien et militant socialiste Hossam El-Hamalawy éclaire une autre facette de Sarah Hegazy : celle-ci a "démissionné du parti de gauche Pain et Liberté peu avant son arrestation parce que l’organisation avait refusé d’exprimer sa solidarité avec la communauté LGBT". En effet, dans un communiqué publié début octobre 2017 sur sa page Facebook, l’organisation réclame la libération de la militante, arrêtée à son domicile, tout en restant vague sur les motifs de son interpellation, évitant ainsi d’aborder explicitement la question de la répression sexuelle. Cela s’explique sans doute par le climat de "chasse aux sorcières" anti-gay qui règne alors en Égypte. Un imam de la mosquée d’al-Azhar déclare dans un prêche que son institution "combattra avec force la dégénérescence et la déviance sexuelles", tandis que le Conseil suprême de régulation des médias – un organisme étatique – interdit toute "promotion de l’homosexualité" qu’il qualifie de "maladie honteuse à cacher". 

De fait, l’ensemble de la classe politique égyptienne – y compris les opposants au régime dictatorial d’Abdel Fattah al-Sissi – a suivi cette tendance ou a peiné à s’en démarquer. À l’exception notable du parti trotskiste al-Ishtirakiyun al-Thawriyun ("Socialistes révolutionnaires") qui a, fin septembre 2017, explicitement dénoncé la campagne de haine ciblant les homosexuels. Cette prise de position courageuse, qui tranche avec la rigidité de nombreux groupes marxistes sur la question sexuelle, a été commentée favorablement par l’auteur égyptien Mahammad Fathy Kalfat dans Mada Masr. Celui-ci y a vu "l’aboutissement d’un développement qualitatif qui a débuté au cours des dernières années. Nous semblons maintenant avoir un véritable mouvement féministe en Égypte, souvent radical, et loin du discours élitiste des femmes du Parti national démocratique".  

En réalité, la trajectoire de Sarah Hegazy illustre l’évolution d’une génération qui s’est politisée avec le Printemps arabe comme l’atteste son portrait publié dans Le Monde. Née en 1989, elle est salafiste durant sa scolarité au collège et au lycée. Quand la révolution chasse Hosni Moubarak du pouvoir en 2011, l’étudiante s’ouvre à la pensée du communiste Karl Marx et de la féministe Simone de Beauvoir. Progressivement, elle assume à la fois son homosexualité et son athéisme – entre-temps, l’ex-musulmane avait ôté son voile – tout en participant à la fondation du parti socialiste Eish we Horria ("Pain et Liberté"), lancé fin 2013 pour "promouvoir les valeurs de la révolution, un réel développement et la redistribution de la richesse au profit de la classe ouvrière". En brandissant le drapeau arc-en-ciel le soir du 22 septembre 2017, la militante égyptienne avait alors le sentiment de "se déclarer ouvertement dans une société qui hait tout ce qui est différent de la norme", ainsi qu’elle le déclarait à Deutsche Welle peu après sa libération.

Un an après cet événement qui a constitué un tournant décisif pour celle qui n’avait pas encore 30 ans, Sarah Hegazy a écrit un texte pour Mada Masr dans lequel elle fustigeait aussi bien les autorités égyptiennes que les islamistes, sans pour autant épargner sa propre société : "Quiconque diffère, quiconque n’est pas un homme hétérosexuel musulman sunnite qui soutien le régime en place, est considéré comme persécuté, intouchable ou mort. La société a applaudi le régime quand il m’a arrêtée, moi et Ahmed Alaa, le jeune qui a tout perdu pour avoir porté le drapeau arc-en-ciel. Les Frères musulmans, les salafistes et les extrémistes sont finalement tombés d’accord avec les pouvoirs en place : ils sont d’accord nous concernant. Ils sont d’accord sur la violence, la haine, les préjugés et la persécution. Ils sont probablement les deux faces d’une même pièce". 

La militante ne pouvait cependant pas oublier ses amis, trop rares, et ses ennemis, très nombreux, en raison de sa remise en cause frontale des normes patriarcales ou religieuses en vigueur dans une société conservatrice soumise à un régime autoritaire. Contrainte à l’exil, elle rejoint le Canada en septembre 2018 sans parvenir à surmonter le traumatisme causé par les tortures et la détention. Mais elle n’a pas abandonné son combat pour autant puisque celle qui s’affirmait "communiste" a rejoint le Spring Socialist Network dès sa fondation.

Avant de mettre fin à ses jours, Sarah Hegazy a laissé un mot : "À mes frères et sœurs – j’ai essayé de trouver le salut mais j’ai échoué, pardonnez-moi. À mes amis – l’épreuve est dure et je suis trop faible pour l’affronter, pardonnez-moi. Au monde – tu as été extrêmement cruel, mais je te pardonne".

Sarah Hegazy a-t-elle échoué ? Son audace a plutôt mis en lumière la faillite de nombreux démocrates et progressistes du monde arabo-musulman, bien trop frileux pour déchirer le voile de l’hypocrisie sociale, car tenus tous autant qu’ils sont par des calculs politiques à courte vue ou bloqués par des barrières psychologiques qu’ils se révèlent incapables de remettre en question, souvent pour des considérations idéologiques et générationnelles. Sarah Hegazy doit-elle être pardonnée ? Son sacrifice ne sera pas vain si les individus désireux de donner un sens véritable aux notions de liberté et d’égalité dans le monde arabo-musulman – et bien au-delà – s’entendent pour ne pas faire de lutte contre l’homophobie d’État – et donc pour la dépénalisation de l’homosexualité, et, par extension, du désir entre adultes consentants – un enjeu secondaire.

S’ils s’entendent pour ne pas opposer les luttes sociales et la consécration de la liberté de conscience ; s’ils s’entendent, enfin, pour faire en sorte que les empêcheurs de tourner en rond ne soient plus inquiétés pour un trait d’humour profane sous le soleil de Tunis ou pour avoir fait briller les couleurs de l’arc-en-ciel dans la nuit du Caire».

(Nedjib Sidi Moussa, «Sarah Hegazy, 30 ans, victime de l’homophobie d’État», Middle east eye, 4-08-2020)

vendredi 17 juillet 2020

Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine !


Novembre 1918 : en Alsace-Lorraine, les conseils ouvriers et de soldats prennent le pouvoir. Le drapeau rouge flotte sur la cathédrale de Strasbourg.

Présentation de l'éditeur

«Novembre 1918 : la guerre s’achève, l’empire allemand s’effondre et la révolution éclate en Allemagne avec ses conseils ouvriers et de soldats, en écho aux soviets au pouvoir en Russie. En Alsace-Lorraine, la France et l’Allemagne entendent organiser en bon ordre l’évacuation des troupes allemandes et l’arrivée des troupes françaises. Cependant, le vent de la révolution souffle en Alsace-Lorraine comme dans toute l’Allemagne. Les soldats arrachent leurs insignes aux officiers, des grèves éclatent, en particulier chez les cheminots. Le drapeau rouge flotte sur la cathédrale de Strasbourg. Les conseils d’ouvriers et de soldats s’emparent du pouvoir dans toutes les casernes comme dans les principales villes de la région. Ils organisent la vie quotidienne : transports, finances, ravitaillement, mais se divisent profondément tant sur la question du socialisme que sur la question nationale. Affolé par le cours des évènements, le gouvernement français précipite, en accord avec les autorités allemandes, l’arrivée de ses troupes ce qui signe la fin du mouvement révolutionnaire et les espoirs d’un monde meilleur. L’agitation sociale cependant perdure à un haut niveau d’intensité dans les deux années (1919-1920) qui suivent, au-delà de l’accueil triomphal, mais non partagé par tous, réservé aux troupes françaises. Une révolution qui ne s’étend que sur une quinzaine de jours, mais constitue en France une expérience historique unique. Jean-Claude Richez nous propose avec cet ouvrage le récit détaillé de cet épisode méconnu de la fin de la Première Guerre Mondiale. Il discute notamment de la question nationale alsacienne et lorraine au prisme de ces événements. Il revient sur le déroulement du mouvement et le destin de ses acteurs, soldats, ouvriers et élus. 
Un épisode méconnu de la fin de Première guerre mondiale».

Aux éditions Syllepse. 
20 balles.

vendredi 3 juillet 2020

Leur écologie et la nôtre


À paraître (octobre 2020)

«Évoquer l’écologie, c’est comme parler du suffrage universel et du repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change. 
La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres. 
C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ? 
Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre [comme se le demande Ivan Illich], dans "un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition" ? (…) Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi. Et il vaut mieux essayer de prévoir comment le capitalisme sera affecté et changé par les contraintes écologiques, que de croire que celles-ci provoqueront sa disparition, sans plus. 
Mais d’abord, qu’est-ce, en termes économiques, qu’une contrainte écologique ? Prenez par exemple les gigantesques complexes chimiques de la vallée du Rhin, à Ludwigshafen (Basf), à Leverkusen (Bayer) ou Rotterdam (Akzo). Chaque complexe combine les facteurs suivants : 

— des ressources naturelles (air, eau, minéraux) qui passaient jusqu’ici pour gratuites parce qu’elles n’avaient pas à être reproduites (remplacées) ; 
— des moyens de production (machines, bâtiments), qui sont du capital immobilisé, qui s’usent et dont il faut donc assurer le remplacement (la reproduction), de préférence par des moyens plus puissants et plus efficaces, donnant à la firme un avantage sur ses concurrents ; 
— de la force de travail humaine qui, elle aussi, demande à être reproduite (il faut nourrir, soigner, loger, éduquer les travailleurs). 

En économie capitaliste, la combinaison de ces facteurs, au sein du processus de production, a pour but dominant le maximum de profit possible (ce qui, pour une firme soucieuse de son avenir, signifie aussi : le maximum de puissance, donc d’investissements, de présence sur le marché mondial). La recherche de ce but retentit profondément sur la façon dont les différents facteurs sont combinés et sur l’importance relative qui est donnée à chacun d’eux. 
La firme, par exemple, ne se demande jamais comment faire pour que le travail soit le plus plaisant, pour que l’usine ménage au mieux les équilibres naturels et l’espace de vie des gens, pour que ses produits servent les fins que se donnent les communautés humaines. (…) 
Mais voici que, dans la vallée du Rhin notamment, l’entassement humain, la pollution de l’air et de l’eau ont atteint un degré tel que l’industrie chimique, pour continuer de croître ou même seulement de fonctionner, se voit obligée de filtrer ses fumées et ses effluents, c’est-à-dire de reproduire des conditions et des ressources qui, jusqu’ici, passaient pour "naturelles" et gratuites. Cette nécessité de reproduire l’environnement va avoir des incidences évidentes : il faut investir dans la dépollution, donc accroître la masse des capitaux immobilisés ; il faut ensuite assurer l’amortissement (la reproduction) des installations d’épuration ; et le produit de celles-ci (la propreté relative de l’air et de l’eau) ne peut être vendu avec profit. 
Il y a, en somme, augmentation simultanée du poids du capital investi (de la "composition organique"), du coût de reproduction de celui-ci et des coûts de production, sans augmentation correspondante des ventes. Par conséquent, de deux choses l’une : ou bien le taux de profit baisse, ou bien le prix des produits augmente. La firme cherchera évidemment à relever ses prix de vente. Mais elle ne s’en tirera pas aussi facilement : toutes les autres firmes polluantes (cimenteries, métallurgie, sidérurgie, etc.) chercheront, elles aussi, à faire payer leurs produits plus cher par le consommateur final. La prise en compte des exigences écologiques aura finalement cette conséquence : les prix tendront à augmenter plus vite que les salaires réels, le pouvoir d’achat populaire sera donc comprimé et tout se passera comme si le coût de la dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des marchandises. 
La production de celles-ci tendra donc à stagner ou à baisser ; les tendances à la récession ou à la crise s’en trouveront aggravées. Et ce recul de la croissance et de la production qui, dans un autre système, aurait pu être un bien (moins de voitures, moins de bruit, plus d’air, des journées de travail plus courtes, etc.), aura des effets entièrement négatifs : les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés ; les inégalités se creuseront ; les pauvres deviendront relativement plus pauvres et les riches plus riches. 
La prise en compte des coûts écologiques aura, en somme, les mêmes effets sociaux et économiques que la crise pétrolière. Et le capitalisme, loin de succomber à la crise, la gérera comme il l’a toujours fait : des groupes financiers bien placés profiteront des difficultés de groupes rivaux pour les absorber à bas prix et étendre leur mainmise sur l’économie. Le pouvoir central renforcera son contrôle sur la société : des technocrates calculeront des normes "optimales" de dépollution et de production, édicteront des réglementations, étendront les domaines de "vie programmée" et le champ d’activité des appareils de répression. (…) 
Direz-vous que rien de tout cela n’est inévitable ? Sans doute. Mais c’est bien ainsi que les choses risquent de se passer si le capitalisme est contraint de prendre en compte les coûts écologiques sans qu’une attaque politique, lancée à tous les niveaux, lui arrache la maîtrise des opérations et lui oppose un tout autre projet de société et de civilisation. Car les partisans de la croissance ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondés sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres. Dans le cadre de l’actuel mode de production, il n’est pas possible de limiter ou de bloquer la croissance tout en répartissant plus équitablement les biens disponibles. 
Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse — pourtant entièrement illusoire — qu’ils cesseront un jour d’être "sous-privilégiés", et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n’est-ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser "au-dessus" des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as "mieux" que les autres. 
Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres».

     (André Gorz, 1974, texte paru initialement dans le mensuel Le Sauvage)

jeudi 14 mai 2020

Il Reichstag brucia ?

Ne vous moquez pas trop du concept de «provocation objective»
Qui sait ! Ça peut revenir...


«Marinus, qui vient de la mer. Tel était le prénom de van der Lubbe, ce jeune hollandais accusé en 1933 d'avoir mis le feu au Reichstag, date essentielle aux historiens pour l'instauration du régime nazi. 
Étrange Marinus. Poupée ballotée entre des intérêts contradictoires qui le dépassent : provocateur nazi, disent les communistes, provocateur communiste, affirmèrent alors les nazis. Encore aujourd'hui, le beau Marinus est la figure même du louche provocateur, qui a permis le démarrage de la chasse anticommuniste en Allemagne.
Or, van der Lubbe est homosexuel. Il est le lieu de toutes les contradictions d'une époque, qu'on le prenne comme un solitaire couvert d'insultes ou comme un gigolo vendu au diable.
Avec van der Lubbe et sa tête de Radiguet rêveur, toutes les contradictions se nouent. Trop beau, ange prolétarien pour les anarchistes, balle folle des échanges entre communistes et nazis, van der Lubbe est un personnage ambigu. Pris dans la surenchère entre démocraties et totalitarismes nazi et soviétique. 
Son geste fut d'abord celui d'un antiparlementaire radical. Il met le feu au Parlement allemand (d'ailleurs déjà soumis corps et âme à Hitler) en faisant une mèche de ses propres vêtements imbibés d'essence. Étonnante symbolique du sacrifice, torche humaine dans la poudrière des totalitarismes en formation.
Accusé, sans preuves d'ailleurs, d'être à la solde des nazis, van der Lubbe n'a aucun droit sur son propre geste. Lui aussi, il subit la loi de l'échange entre les propagandes dont les homosexuels sont victimes à l'époque : agent du complot bolchévique dans la presse nazie, il est un trouble homosexuel, tenu par d'obscurs chantages, aux yeux des communistes et démocrates. Van der Lubbe est un provocateur "objectif", certainement pas volontaire, puisque la police nazie ne réussira jamais à lui soutirer la moindre déclaration compromettant une force politique opposée. Il est resté l'archétype du "manipulé", de l'irresponsable historique, de celui qui ne maîtrise pas le sens de ses actes».

(Guy Hocquenghem, Race d'Ep !)

jeudi 17 janvier 2019

La vie


« La vie elle-même, chez un individu comme dans la société, est la cause de toutes les frustrations, répondit Angelica. La vie était dure et cruelle, et ceux qui voulaient vivre devaient aussi devenir cruels et durs. La vie est pleine de remous et de tourbillons ; ses courants sont violents et destructeurs. Les êtres sensibles, ceux qui hésitent à faire mal, ne peuvent y faire face. Il en va de l'homme comme de ses idées et de ses idéaux. Plus ils sont raffinés, plus ils sont humains, plus tôt ils meurent du choc de la vie. " Mais c'est bel et bien du fatalisme, protestai-je. Comment pouvez-vous concilier cette attitude avec vos positions socialistes et votre conception matérialiste de l'histoire et du développement humain ? " Angelica expliqua que la réalité russe l'avait convaincue que la vie, et non les théories, dicte le cours de l'expérience humaine. " La vie ! La vie ! m'écriai-je avec impatience, qu'est-ce sinon ce que le génie de l'homme lui accorde ? Et à quoi servent les efforts humains si une puissance mystérieuse appelée la Vie peut les réduire à néant ? " Angelica répondit que nos efforts n'avaient en vérité pas de sens particulier, sauf que vivre signifiait lutter, tendre vers quelque chose de meilleur. »

(Emma Goldman, Vivre ma vie)

mardi 18 décembre 2018

vendredi 14 septembre 2018

Worldwide