« La psychanalyse n’est pas appelée à résoudre le problème de l’homosexualité. Elle doit se contenter de dévoiler les mécanismes psychiques qui ont conduit à la décision dans le choix d’objet.... Elle est sur le même terrain que la biologie en ceci qu’elle prend comme hypothèse une bisexualité originaire de l’individu humain (et animal). Quant à l’essence de ce que, au sens conventionnel ou au sens biologique, on nomme "masculin" et "féminin", la psychanalyse ne peut l’élucider ; elle reprend à son compte les deux concepts et les met à la base de ses travaux. Si l’on tente de les ramener à des principes plus originaires, la masculinité se volatilise en activité et la féminité en passivité, ce qui est trop peu. »
(Freud, La psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine, 1920)
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« La psychanalyse se refuse absolument à admettre que les homosexuels constituent un groupe ayant des caractères particuliers, que l’on pourrait séparer de ceux des autres individus.... Pour la psychanalyse, le choix de l’objet, indépendamment du sexe de l’objet, l’attachement égal à des objets masculins et féminins tels qu’ils se retrouvent dans l’enfance de l’homme, aussi bien que dans celle des peuples, paraît être l’état primitif, et ce n’est que par des limitations subies tantôt dans un sens tantôt dans l’autre, que cet état se développe en sexualité normale ou en inversion.»
(Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, 1905)
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« L’homosexuel ne relève pas du tribunal et j’ai même la ferme conviction que les homosexuels ne doivent pas être traités comme des gens malades, car une orientation sexuelle perverse n’est pas une maladie. Cela ne nous obligerait-il pas, en effet, à caractériser comme malades de nombreux grands penseurs et savants que nous admirons précisément en raison de leur santé mentale ? »
(Freud, réponse au journal die Zeit, qui lui demandait son avis quant aux soucis judiciaires alors rencontrés, pour motifs d'homosexualité, par une haute personnalité viennoise, 1903).
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Last but not least, la lettre reproduite ci-dessous est assez célèbre. Freud y éconduit, en termes polis et bourgeois, comme à son ordinaire, une mère de famille yankee et straight, désespérée que son grand garçon les préfère (les garçons). La malheureuse aurait-elle raté quelque chose dans son éducation ? Sans doute, mais comment en être sûr ? Heureusement, tout étant dans la tête (et réciproquement), la psychanalyse, cette science nouvelle de la tête, surgie depuis peu à la surface de notre Terre, que Dieu fit (et avouez que les choses sont tout de même bien faites) représenterait peut-être ce miracle d'espérance auquel l'adorable maman mériterait de s'abandonner dans les transes : la réponse, en somme, à tous ses problèmes. La gugusse contacte Freud en urgence. Elle a du blé. Elle paiera tout ce que le docteur exigera. Du moment qu'il accepte de soigner son pédé de fils, qu'il accepte de le faire redevenir normal. Voilà la réponse de l'excellent maestro-trichien :
« Vienne IX, Berggasse 19, le 9 avril 1935.
Dear Mrs X,
Je crois comprendre d’après votre lettre que votre fils est homosexuel. J’ai été frappé du fait que vous ne mentionnez pas vous-même ce terme dans les informations que vous me donnez à son sujet. Puis-je vous demander pourquoi vous l’évitez ? L’homosexualité n’est évidemment pas un avantage, mais il n’y a là rien dont on doive avoir honte, ce n’est ni un vice, ni un avilissement et on ne saurait la qualifier de maladie ; nous la considérons comme une variation de la fonction sexuelle, provoquée par un certain arrêt du développement sexuel. Plusieurs individus, hautement respectables, des temps anciens et modernes ont été homosexuels et, parmi eux, on trouve quelques-uns des plus grands hommes (Platon, Michel-Ange, Léonard de Vinci, etc.). C’est une grande injustice de persécuter l’homosexualité comme un crime – et c’est aussi une cruauté. Si vous ne me croyez pas, lisez les livres d’Havelock Ellis.
En me demandant s’il m’est possible de vous venir en aide, vous voulez sans doute demander si je puis supprimer l’homosexualité et faire qu’une hétérosexualité normale la remplace. La réponse est que, d’une manière générale, nous ne pouvons promettre d’y arriver. Dans un certain nombre de cas, nous parvenons à développer les germes étiolés des tendances hétérosexuelles qui existent chez tout homosexuel ; dans la plupart des cas, la chose n’est plus possible. Tout dépend de la nature et de l’âge du sujet. Le résultat du traitement reste imprévisible.
Ce que la psychanalyse peut faire pour votre fils se situe à un niveau différent. S’il est malheureux, névrosé, déchiré par des conflits, inhibé dans sa vie sociale, alors la psychanalyse peut lui apporter l’harmonie, la paix de l’esprit, une pleine activité, qu’il demeure homosexuel ou qu’il change.
Si vous vous décidez à le faire analyser par moi – et je ne pense pas que vous le voudrez – il serait obligé de venir à Vienne que je n’ai pas l’intention de quitter. Ne négligez pas, de toute façon, de me faire parvenir votre réponse.
Bien sincèrement à vous et avec mes meilleurs vœux.
Freud.
P.-S. – Je n’ai eu aucune difficulté à lire votre écriture. J’espère qu’il ne vous sera pas plus difficile de lire la mienne et mon anglais. »
(La même, sous un autre angle)