lundi 29 août 2022

dimanche 28 août 2022

Nuisibles

        

Old England

La couverture du livre....

L'auteur (à gauche...)

Évidemment, en termes de violence pure, on trouve toujours son maître. Le hooliganisme russe des années 2010, sponsorisé par la voyoucratie fasciste d'État, à tendance MMA, n'avait, d'entrée de jeu, évidemment pas les mêmes moyens (il en avait davantage), que les rescapés très purement prolétaires de l'Inter City Firm de West Ham. Les bolossages de Brits à Marseille, au cours de certaine coupe du monde de football récente, auront entériné ce fait aux yeux du monde. Il est étrange, et même cocasse, qu'à la faveur du déferlement militaire actuel en Ukraine, les échos d'une époque désormais lointaine résonnent d'une certaine séduction mélancolique, romantique, presque démocratique aux oreilles de certains observateurs. Comme si, au fond, les années 1980 en Europe de l'ouest, au regard d'aujourd'hui, semblaient une sorte de paradis nostalgique de liberté absolument impayable. Quelle ironie ! La violence, décidément, aime toujours à se jouer contre elle-même, à se feindre quelque âge d'or et d'honneur. Et les voyous, idem. Qu'ils se démerdent, donc. D'une décennie, d'un siècle, d'un pays de con à l'autre.
 
  

vendredi 26 août 2022

Andriïvka

Put english subtitles on ! 
La voilà, ta dénazification, ducon...

≪Dans une vidéo mise en ligne par le média indépendant russe Important Stories – spécialisé dans le journalisme d’investigation et désigné par Moscou comme une "organisation indésirable"–, Daniil Frolkin, un soldat sous contrat, âgé de 21 ans, avoue le meurtre d’un civil ukrainien et confirme que des soldats de son unité, la 64e brigade de fusiliers motorisés [déjà présumée responsable des barbaries de Boutcha et Irpin], ont participé à des pillages et à des vols pendant l’occupation d’Andriïvka, entre le 27 février et le 31 mars. Son unité est accusée d’avoir tué au moins treize personnes, et des dizaines d’autres sont portées disparues. Dans son récit, il dénonce aussi le comportement de ses officiers, notamment le lieutenant-colonel Azatbek Omurbekov et évoque le refus de ses camarades de se battre. La publication de ce témoignage fait suite à celle de Pavel Filatiev, qui a dénoncé dans un long récit les motivations ayant conduit à la guerre et la situation déplorable de l’armée russe, avant de s’exiler≫.

(Le Monde, 26 août 2022)

Matière et individuation

(Trois exemplaires de l'espèce dernière)

≪Où la division du genre en espèces s'arrête-t-elle ? La doctrine d'Aristote telle qu'elle est en général comprise répond : à "l'espèce dernière", également dite "indivisible". Ici se pose l'un des plus redoutables problèmes interprétatifs de l'Aristotélisme. L'une des directions fortes de la pensée d'Aristote, en effet, tend, contre un certain Platonisme, à accorder la priorité ontologique aux individus concrets, ce qu'Aristote appelle "le ceci" (tode ti), plutôt qu'aux universaux. Deux interprétations s'opposent sur le principe de cette individuation. Ce qui fait d'une réalité individuelle ce qu'elle est ─ son essence exprimée dans sa définition ─ c'est sa forme. Certains interprètes considèrent que cette forme est partagée par tous les membres de l'espèce dernière. Le principe d'individuation, qui permettrait de passer de cette espèce dernière aux individus, serait donc la matière. La différence entre l'homme ─ espèce que l'on peut sans doute définir de manière plus fine : l'homme athénien, blanc, etc. ─ et Socrate est la différence de la matière propre de Socrate qui n'est pas celle de Coriscos. D'autres interprètes contestent que la matière puisse jouer ce rôle individualisant, parce qu'elle est précisément ce qui est indéterminé, et que pour aller vers un surcroît de détermination, il faut aller vers un "surcroît de forme". C'est peut-être pour cela qu'Aristote a inventé l'obscure formule to ti èn einai, que les médiévaux ont traduit par "quidditas", et qui, quel qu'en soit le sens exact, désigne une sorte d'essence de l'essence dans le sens d'une caractérisation essentielle d'un être individuel. Peut-être la solution de ce dilemme se trouve-t-elle dans le mécanisme lui-même de la connaissance humaine. À la fin des Seconds Analytiques (II, 19, 100a16), Aristote rappelle que "ce qui est l'objet du sentir, c'est l'individuel, mais la perception porte sur l'universel, par exemple l'homme et non Callias". Je perçois Callias comme porteur d'une forme, c'est-à-dire d'une structure signifiante. L'espèce dernière est ainsi perçue dans les individus eux-mêmes.

(Pierre Pellegrin, Dictionnaire Aristote

mercredi 24 août 2022

En toute innocence

≪Parce que c'est notre projeeeet !≫

≪Longtemps, l'enfance a représenté l'autre de la société capitaliste, son contraire : le jeu plutôt que le travail, la dépense plutôt que l'épargne, l'immédiat plutôt que l'attente, la jouissance plutôt que la renonciation, le désordre heureux plutôt que la construction patiente, le désir plutôt que l'ascèse, l'émotion plutôt que la froide rationalité, le babil spontané plutôt que le langage structuré, la séduction plutôt que l'effort, le gribouillage enthousiaste plutôt que la perspective construite... Les enfants étaient éduqués brutalement aux valeurs de la société ; "rester enfant" était incompatible avec une participation à la vie collective. "L'humanité dut se soumettre à des épreuves terribles avant que le moi, nature identique, tenace, virile de l'homme fût élaborée et chaque enfance est encore un peu la répétition de ces épreuves" écrivirent Horkheimer et Adorno dans leurs travaux sur la généalogie de l'homme occidental. Au cours du XXème siècle, les choses ont beaucoup changé : la critique du mode de vie capitaliste a souvent pris la forme d'une exaltation de l'enfance, surtout dans le monde artistique. Aujourd'hui, ce sont les valeurs de l'enfance (ou présentées comme telles) qui font marcher le capitalisme, et en particulier ses secteurs de pointe. Le parfait sujet capitaliste se comporte souvent comme un enfant ─ pour ce qui relève de la consommation, mais parfois aussi de la gestion des choses (ainsi, dans les bourses financières, l'horizon temporel est extrêmement raccourci et les comportements erratiques sont fréquents). Avant, on pouvait accuser le capitalisme de brimer l'enfant présent en chacun de nous ; aujourd'hui, il faudrait plutôt l'accuser de nous infantiliser. Plutôt que de parler d'une "disparition de l'enfance", comme le fit le théoricien des médias Neil Postman, on peut dire qu'il "n'y a nulle part d'accès à l'âge adulte", comme le constatait déjà Guy Debord en 1961 [Critique de la séparation].

Genre en mode on kiffe, quoi...

Plus une société a "progressé", plus elle montre des traits infantiles ─ c'est l'impression que les États-Unis donnent à beaucoup d'observateurs. C'est ce dont témoignent, pour reprendre un exemple déjà évoqué, le goût pour le sucré et la "junk food", aux dépens des aliments amers et/ou subtils, comme certains vins traditionnels (remplacés par des vins au goût de pêche ou de vanille) et certains fromages artisanaux (parfois interdits pour des raisons "hygiéniques") ; l'importance diminuée, dans presque tous les processus productifs, de la force physique, de l'habileté et de l'expérience, sur lesquels se fondaient l'artisanat et l'agriculture, tandis qu'un enfant de huit ans peut être un "génie de l'informatique" ; la préférence donnée aux images sur la parole ; le rôle désormais presque nul de la mémoire individuelle face aux supports mnésiques extérieurs ; le poids très accru des enfants à l'intérieur de la famille, où ils peuvent notamment influencer les décisions d'achat. Auparavant, la vie était un long apprentissage, même après avoir atteint l'âge adulte. Toute capacité était acquise au prix d'un parcours exigeant dont on ne pouvait sauter les étapes, lesquelles demandaient surtout de la pratique et du temps. Les progrès technologiques, tout en se fondant sur des procédures complexes ─ mais cachées, et que l'utilisateur n'a pas besoin de connaître ─, permettent de simplifier chaque acte et de brûler les étapes. La lente formation d'une personnalité via la valorisation du "caractère", du "bon sens", de "l'expérience", de "la pensée à long terme" ou de la "patience" n'est plus requise. Grandir n'amène plus guère d'avantages. Il ne s'agit plus d'entrer graduellement dans le monde fascinant, et auparavant inaccessible, des adultes. Devenir adulte ne signifie plus gagner en autonomie et mieux comprendre les mystères du monde, ni acquérir des droits supplémentaires qui compensent en quelque manière la perte des privilèges de l'enfance. Un enfant, et a fortiori un adolescent, a aujourd'hui peu de raisons de vouloir grandir. Cette absence conjointe de l'enfance et de l'âge adulte a mis à mal un aspect central de l'existence humaine : l'expérience.

(Anselm Jappe, La société autophage)

***

Note du Moine Bleu : Texte pertinent, mais insuffisamment explicite dans sa critique de l'infantilisation massifiée des sociétés contemporaines, et, en particulier, l'exposition de son caractère dynamique-libidinal, lequel désigne la vérité politique d'une telle infantilisation, savoir : le basculement tendanciel de l'irrationalité libérale en fascisme ouvert
Voir, sur ce point, nos analyses antérieures : ici et là.   

Grand remplacement d'été

mardi 23 août 2022

vendredi 12 août 2022

Le Non Serviam de Lucifer


On remercie l'abbé Chautard, actuellement en CDI à la Fraternité Saint-Pie-X Comedy Club et qui, selon nos derniers calculs, ne devrait pas se voir expulser de France ni déchoir de sa nationalité dans un futur proche. Tant mieux pour lui. 

On profite, surtout, de ce grand moment d'humour catholique pour passer un salut fraternel aux camarades de Non Serviam, dont le talent mérite très certainement qu'on leur associe, à l'occasion, le nom étincelant de Lucifer, de Satan, ou de tout autre serpent stylé antédiluviennement amoureux de la liberté.

Plutôt que celui de Jacques Chirac...

jeudi 11 août 2022

Comment se trouvent immanquablement associées, dans toute critique générale irrationaliste de la Raison, les critiques spécifiques d'une compréhension de l'homme comme «être social», et de la vérité comme «vérité de la connaissance, vérité de la proposition»...

  
Jeter les trois barbus avec l'eau du bain

***

≪Tout en marchant, Heidegger s'interrogeait sur l'audience qu'avait la célèbre formule de Marx : "Jusqu'ici, les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde, il s'agit maintenant de le transformer". Les Frühschriften, les "Écrits de jeunesse" de Marx, qu'il avait analysés en 1932 alors qu'il dirigeait une thèse [note du MB : il s'agit sans doute de L'ontologie de Hegel et la théorie de l'historicité, de son ancien élève Herbert Marcuse], montraient à quel point leurs présupposés philosophiques s'inscrivaient à l'intérieur de la métaphysique hégélienne. Marx, le plus grand des hégéliens selon lui, écrivait alors que l'histoire mondiale n'était rien d'autre que la production de l'homme par le travail humain, que le devenir de la nature s'effectuait par l'homme. Ni l'homme ni la nature n'étaient saisis en tant que tels. Marx voyait l'essence de la réalité dans l'homme se produisant lui-même en produisant ses moyens d'existence. Mais non, disait Heidegger : toute production est déjà réflexion, toute production présuppose le penser. Restait à savoir pourquoi une telle évidence était depuis si longtemps niée ou non perçue. Le matérialisme de Marx n'était lui aussi, à sa manière, qu'un retournement du platonisme ; et la dialectique, une moulinette dont tout pouvait sortir et n'importe quoi, dans un monde où l'homme n'était vu que comme "être social". Heidegger ironisa sur la guerre de propagande à laquelle s'étaient livrées les officines de Hitler et de Staline. Toutes ces années avaient permis de voir que la doctrine national-socialiste s'accordait sur bien des points avec le bolchevisme. Pour les marxistes, l'homme n'était qu'un "être social" ; la pensée, le monde spirituel n'étaient que la superstructure d'une réalité économique. Pour Rosenberg et ses pareils, ces réalités n'étaient que l'expression sociale de la constitution biologique et des éléments raciaux qui déterminaient l'être humain. Ne restait plus alors qu'à exploiter ces pseudo-vérités scientifiques dans le cadre d'un programme politique. C'est précisément les fondements sur lesquels on prétendait ériger de telles conceptions qu'il avait mis en question dans ses cours.
(...)

Un autre jour, Vuia s'étant interrogé sur l'orientation de la pensée occidentale, Heidegger expliqua pourquoi l'histoire du "délaissement croissant de l'étant par l'être" ― qui atteignait à notre époque son point culminant ― avait été préparé de loin par Platon et Aristote. En tournant leur regard vers la vérité de la connaissance, la vérité de la proposition, Aristote et Platon avaient mis en route le processus d'ensevelissement de l'essence de la vérité, entendue au sens grec d'alèthéia, de dévoilement, d'ouverture à partir d'un retrait. L'alèthéia restait cependant encore dans leur champ de vision. Aujourd'hui, cette dimension, devenue incompréhensible, invisible, pour l'homme de la technique, s'effondrait. Mais lorsque tout vacillait pouvait aussi venir, pendant l'éclipse, le temps de la philosophie. Cela aussi était loin d'être clair.

(Frédéric de Towarnicki, À la rencontre de Heidegger, Souvenirs d'un messager de la Forêt-Noire)

Holidays in the sun (vacances en Crimée...)


Bon. Selon l'armée russe, il s'agirait d'un bête accident, impliquant quelques vieilles caisses de munitions oubliées dans un coin, et peut-être éventuellement un ou deux troufions imprudents et/ou un peu bourrés, ayant mal éteint leur clope. Bilan officiel : un mort, 14 blessés. État d'urgence aussitôt rétabli en Crimée, sans qu'on comprenne bien pourquoi. Aucune ≪communication≫ officielle sur les pertes matérielles. Pourquoi gâcher ainsi, en somme, les vacances bien méritées de tous ces poutinistes à l'aise, se dorant tranquilles la pilule au bout de la plage dans leur espace chill-out, au beau milieu de l'été et de cette belle opération spéciale anti-nazi qui se déroule tellement conformément au plan (à peine 80 000 morts et blessés côté russe en six mois, selon les services occidentaux) ? La peur de passer pour une baltringue suprême aurait-elle soudain fondu sur le très viril Vladimir ?  

Évidemment, sur la ≪Toile≫, et sur ce coup-là de l'accident bête, les ukrainiens et leurs amis mesquins (on en est) ricanent et pavoisent et se foutent pas mal lourdement de leur gueule, aux russes, en suggérant qu'il s'agirait peut-être bien de tout autre chose. Mais de quoi, au juste ? Les Yankees prétendaient jusqu'ici refuser de livrer les fameux Army Tactical Missile System (ATACMS), projectiles compatibles avec les lance-roquettes multiples HIMARS décimant déjà gravement, ces dernières semaines, les envahisseurs, mais d'une portée encore bien plus importante que ces derniers : 300 kilomètres, au bas mot. Quelqu'un, à Washington, aurait-il franchi le pas ? Autres possibilités : un missile Neptune anti-navire trafiqué, dont la portée théorique serait alors compatible avec la zone concernée (c'est avec ça que les Ukrainiens avaient coulé le Moskva, navire amiral, en avril dernier) ; ou un drone turc ≪Bayraktar≫ TB2 (mais la puissance  visiblement énorme des explosions sur la base aérienne de Saki ne correspondrait pas à la charge explosive trop réduite que ces engins peuvent embarquer) ; reste l'hypothèse d'une pure merguez ukrainienne à base de bortsch hautement modifié : une arme de fabrication 100 % locale sur laquelle, selon l'organe spécialisé The War Zone, les rampouilles de Kiev planchaient depuis des années et à laquelle auraient successivement ≪été donnés, au fil des années, les noms de Sapsan, Grom, Grim, Grim-2 et Hrim-2. Il s'agit d'un lance-missile autotracté, dont les projectiles auraient, expliquent des rapports passés, une portée de 280 kilomètres≫. 

À moins que ce ne soit vraiment une cigarette mal éteinte, après tout.
   😂😂😂

T'en comptes combien, toi, du coup, 
des Ilyouchine niqués ?

Quoi qu'il en soit, sur la base de savantes études et comparaison de photo-satellites, sur le mode AVANT-APRÈS (voir ci-dessus), du lieu du bombardement vraiment choodesny accident regrettable lié au non-respect des normes de sécurité-incendie, certains malfaisants du Net, experts spontanés du plaisir quotidien pris au spectacle de la destruction so groovy d'une puissance fasciste coloniale en déconfiture, en sont plutôt arrivés (on vous épargne les coulisses de notre propre enquête) aux résultats suivants en termes de pertes matérielles sèches (et même cuites !) côté russe. L'armée d'occupation aurait ainsi vu se volatiliser, sur la base aérienne de Saki, en Crimée occupée, en une seule misérable journée :

8 avions de chasse SUKHOI-27
6 hélicoptères de combat Mi-8
5 SUKOI-24
4 SUKHOI-30M 
1  ІLYOUCHINE-20RT
4 dépôts de munitions

Soit l'équivalent, tous comptes faits, de 450 millions de dollars, tout de même, à la louche. Va falloir en vendre, du gaz, pour nous ravoir tout ça... On notera, par ailleurs, l'extrême rareté, paraît-il, de ce précieux ILYOUCHINE-20 RT dont Poutine ne possède possédait que 4 exemplaires.

Moralité :     
Please anyone notice that
smoking is definitely 
so bad, for your comfort
and health... 

mardi 9 août 2022

dimanche 7 août 2022

Che Che Guevara ! Ma Ma Makarov !

(Ci-dessus : Kiril Stremousov, représentant, pour l'occupant russe, de l'administration civile et militaire du secteur de Kherson. Le portrait du gusse, tout en haut, sur le mur, vous voyez ? Et le portrait des gusses en bas, sur le bureau, vous voyez toujours ? Si vous avez la vue qui baisse - comme nous - rendez-vous au bas de ce billet).

L'assomption de certaines fonctions professionnelles ne va pas sans risque. C'est le cas, entre autres exemples, du métier de collaborateur stipendié de telle ou telle puissance d'État impérialiste occupant un pays par moyen de guerre totale, bombardant, violant, torturant, affamant, dépouillant chaque jour un peu plus sa population de la façon la plus barbare qui soit. 

(Ci-dessus : Vitaly Gura, vice-président pro-russe de l'administration de la ville de Nova Kakhovka, région de Kherson, exécuté le 6 août dernier chez lui par des partisans ukrainiens, au pistolet Makarov).

Bien entendu, les choses, nous dira-t-on, ne sont jamais aussi simples. Tout n'est pas blanc ou noir. Les êtres ne sont jamais aussi franchement mauvais ni corrompus. Le manichéisme ni la morale ne fondent jamais, soyons sérieux ! une bonne politique. Voilà qui tombe parfaitement bien, car nous éprouvons, quant à nous, une sainte horreur de la politique, pour reprendre le titre d'un très vieux livre de Simon Leys consacré à Orwell. Or, parlant d'Orwell, quoi de plus vilement politique que ce stalinisme qu'il considérait à juste titre comme l'ennemi principal de tout anarchiste qui se respecte (encore), comme cette espèce de centrisme opportuniste autoritaire dégénéré, universellement voué (tel fut son rôle historique) à l'accumulation primitive accélérée et hyper-violente du Capital en zone économiquement retardataire. Le programme que le stalinisme tiers-mondiste se fixa ainsi toujours à lui-même, en Chine, en Russie, à Cuba ou partout ailleurs : ≪rattraper l'Angleterre, l'Amérique, la France≫, etc (cocher la case adéquate) en ≪dix, quinze, vingt ans≫ (idem). Rattraper le capitalisme, donc : le battre, faire mieux que lui sur son propre terrain de monstruosité, celui de la production, de la quantité, de la destruction hystérique de la Nature non-humaine, du Travail fétichisé. Repasser, en l'assumant, par son infinie série d'exactions ineptes, en tous points. Bref. Vous l'aurez compris. Notre haine du stalinisme demeure impérieuse, à la mesure exacte du mensonge sanglant et mortifère que cette saloperie aura toujours incarné sur cette planète. N'en déplaise à M. Mélenchon, à sa cohorte de comparses et électeurs imbéciles.

(Retour sur le bureau de Kiril Stremousov)

samedi 6 août 2022

vendredi 5 août 2022

Ne pas confondre !

≪Le manque d'entendement est ce que l'on nomme proprement stupidité ; c'est une sorte d'inaptitude à faire usage du principe de causalité, une incapacité à saisir d'emblée les liaisons soit de la cause à l'effet, soit du motif à l'acte. L'homme inintelligent ne comprend jamais la connexion des phénomènes, ni dans la nature où ils surgissent spontanément, ni dans leurs applications mécaniques (...) 
Un esprit fait de la sorte ne remarque pas que plusieurs personnes, en apparence isolées les unes des autres, peuvent, en fait, agir de concert ; il se laisse souvent jouer et mystifier ; il ne pénètre pas les secrètes raisons des conseils qu'on lui donne ou des jugements qu'il entend porter...
On verra plus tard que la non-application de la raison dans l'ordre pratique représente la sottise, le défaut de jugement, la niaiserie. Enfin, la perte totale ou partielle de la mémoire constitue l'aliénation≫.

(Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation)

jeudi 4 août 2022

Nique sa mère l'objet !


≪S'il portait, traversant la pièce, une pile de vaisselle ou de livres, dès ses premiers pas le livre ou la vaisselle du dessus se mettait aussitôt à le quitter...
Une chose dégringole, il fait un mouvement tardif, inutile, pour la retenir, et déjà, ce faisant, deux autres suivent la première. Il regarde alors, la bouche ouverte d'étonnement, les objets tombés, au lieu de songer à ceux qui lui restent encore sur les bras, ce qui a pour résultat de mettre son plateau de travers, et, ce plateau une fois de travers, les objets ne se gênent plus, ils profitent de l'occasion et tombent les uns après les autres : si bien que, quand il parvient à l'autre bout de la pièce, il ne tient plus qu'un verre ou une assiette, à moins toutefois que, maugréant et jurant, il ne les ait, eux aussi, déjà lâchés.
En passant, il accroche, tantôt du pied, tantôt du coude, soit une table, soit une chaise. Et comme il vise mal le battant de la porte, il s'y cogne l'épaule. Il insulte alors les deux battants à la fois, et aussi le menuisier qui les a faits tels qu'ils sont, sans oublier le propriétaire. 
Dans le cabinet d'Oblomov, la plupart des objets étaient fêlés ou brisés, et tous ces dégâts étaient l'œuvre de Zakhar. Il possédait au plus haut point la capacité de ne faire aucune distinction entre les objets, de procéder envers tous de la même manière≫.

(Ivan Gontcharov, Oblomov)

mercredi 3 août 2022

TubeTourelle de l'été

La 5000e , nom de Dieu ! 
Impossible de pas marquer le coup. 
Sont vraiment mesquins, ces Ukrainiens, non ?
En plus d'être nazis...

≪Et c'est ici que le bât blesse, voire qu'il tue : les tanks T-72 et ses dérivés placent lesdites munitions "en collier" au sein même de la tourelle, et derrière un blindage plutôt minimal. Bref, un coup et c'est la mort. Les Ukrainiens, dotés des mêmes chars aux mêmes défauts, et par ailleurs massivement équipés de lance-roquette Javelin, visent donc spécifiquement ces tourelles, sachant exactement où frapper≫. 

(Washington Post, 9 mai 2022)

Take my breathe away ! (Taïwan remix)

Libertés formelles, libertés réelles


≪Le droit n'a jamais eu pour fonction, à travers l'histoire, que de protéger et de maintenir un ordre social déterminé. Dans vos pays occidentaux, divisés en classes sociales, il sert les intérêts de la classe possédante ─ et, par conséquent, dirigeante≫.

(in Jacques Bellon, Le droit soviétique, 1963)

*** 

≪Le droit, dans son expression institutionnelle (les tribunaux, avec leur théâtre de classe et leurs procédures de classe) ou dans son personnel (les juges, les avocats, les justices de paix), peut être très facilement assimilé aux institutions et aux agents de la classe dirigeante. Mais tout ce qui est contenu dans ≪le droit≫ n'est pas subsumé dans ces institutions. Le droit peut aussi être considéré comme une idéologie, c'est-à-dire comme un ensemble de règles et de sanctions particulières qui sont dans un rapport actif et défini (souvent champ de conflit) avec les normes sociales ; enfin, il peut être considéré en fonction de sa logique, de ses règles et de ses procédures propres, c'est-à-dire simplement, en tant que droit. Et il est impossible de concevoir une société complexe sans droit.

Ce point mérite d'être approfondi, car certains théoriciens d'aujourd'hui sont incapables de considérer le droit autrement que sous la forme de ≪flics≫ chargeant des fumeurs de cannabis ou des manifestants inoffensifs. Je n'ai pas autorité s'agissant du xxe siècle mais au XVIIIe siècle, les choses étaient plus complexes que cela. Certes, j'ai essayé de montrer dans l'évolution du Black Act (1) l'expression de la domination d'une oligarchie whig (2) ayant créé de nouvelles lois et infléchi les anciennes formes juridiques afin de légitimer son statut et sa propriété ; cette oligarchie a utilisé le droit, instrumentalement et idéologiquement, tout à fait comme s'y attendrait un ≪marxiste structuraliste≫ d'aujourd'hui. Faire cette analyse, ce n'est cependant pas dire que les dirigeants ont eu besoin du droit pour opprimer les gouvernés, et que ceux-ci n'avaient pas besoin du tout du droit. Ce qui était souvent en jeu, ce n'était pas la propriété, soutenue par le droit, contre la non-propriété, mais des définitions concurrentes du droit de propriété : pour le propriétaire terrien, l'enclosure ; pour le petit paysan, les droits collectifs ; pour les autorités de la forêt, les ≪chasses gardées≫ des cerfs ; pour les habitants des forêts, le droit de prélever de la tourbe. Car tant que cela est resté possible, les dominés — quand ils ont trouvé de l'argent et un avocat — se sont battus pour leurs droits et par le droit ; et il est parfois arrivé que des copyholders (3), s'appuyant sur des précédents du droit du xVIe siècle, aient gagné leur procès. Quand il n'a plus été possible de continuer le combat par le droit, les gens ont eu le sentiment de faire face à un déni de justice : les riches avaient obtenu leur pouvoir par des moyens illégitimes.

Par ailleurs, si nous examinons de près ce contexte agraire, la distinction entre le droit, d'un côté, conçu comme élément d'une ≪superstructure≫, et les réalités des rapports de force et de production, de l'autre, devient de plus en plus intenable. Car le droit était souvent la définition d'une pratique agraire réelle, observée ≪depuis des temps immémoriaux≫. Comment pouvons-nous distinguer entre l'activité extractive ou agricole et les droits sur telle ou telle carrière ou parcelle de terre ? Le fermier ou l'habitant de la forêt, dans son activité quotidienne, évoluait au sein des structures visibles ou invisibles du droit : la borne qui marquait la division entre des lopins de terre ; le vieux chêne — où , aux Rogations (4), l'on se rendait en procession — qui marquait les limites du pâturage paroissial ; ces autres souvenirs impalpables (mais puissants et dont on pouvait parfois obtenir le respect au moyen du droit) quant au fait de savoir si telle ou telle paroisse avait ou non le droit de prélever de la tourbe sur telle ou telle friche ; ce coutumier, écrit ou non, qui décidait du nombre de parts de terres communes et de leurs attributaires — les copyholders et les freeholders seulement, ou tous les habitants ?

Le ≪droit≫ était donc profondément imbriqué dans la base même des rapports de production, qui, sans lui, auraient été inopérants. En outre, ce droit, en tant que définition ou en tant que règle (règle et définition dont les formes institutionnelles légales ne permettaient d'assurer le respect que de façon imparfaite), s'appuyait sur des normes qui se transmettaient avec obstination à travers la collectivité. Il y avait des normes concurrentes ; c'était un terrain non de consensus mais de conflit. On ne peut donc pas se contenter de désigner la totalité du droit simplement comme une idéologie et l'assimiler entièrement à l'appareil d'État d'une classe dirigeante≫. 

      (Edward P. Thompson, La guerre des forêts, 1977)

Notes

1) En 1723, le Parlement anglais adopte la loi dite du Black Act, qui punit de pendaison le braconnage des cerfs dans les forêts royales et les parcs seigneuriaux. La peine de mort est bientôt étendue au simple fait de venir y ramasser du bois ou de la tourbe.

2) Du nom du parti politique opposé au pouvoir absolu du Roi, partisan d'un Parlement fort et représentant les intérêts de la grande bourgeoisie commerçante et propriétaire. Ce parti triomphe avec l'avènement, en Angleterre, de la dynastie germanique de Hanovre, au début du dix-huitième siècle. 

3) Copyhold et Freehold désignent deux formes de tenure paysanne. La seconde est plus proche de la propriété complète. La première, soumise à la coutume du manoir, est davantage grevée de redevances seigneuriales. 

4) Fête chrétienne occupant les trois jours précédant immédiatement le jeudi de l'Ascension, et consistant en certains rituels spécifiques (chants, prières d'intercession, processions) destinés à favoriser la prospérité des moissons

mardi 2 août 2022

纸老虎