dimanche 10 décembre 2017

World of Warcraft


« De fait, la frontière entre le jeu vidéo et la situation de travail dans une économie de l'information se réduit souvent à peau de chagrin. Maximiser des paramètres, traquer des optimums, stocker, accumuler sans fin des actifs, acquérir des compétences multiples, interagir avec un monde réduit à des données opérables, sans oublier une foule de microtâches à acquérir, sans intérêt par elles-mêmes, en vue d'une satisfaction différée : je viens de jouer à World of Warcraft, le jeu de rôle en ligne le plus joué de la planète. Pourtant, rien ne me semble plus éloigné du pur divertissement ou de l'idée que l'on s'en fait.
Ces analogies ne sont pas le fruit du hasard ni même simplement le reflet de l'esprit de l'époque, elles tiennent manifestement à l'infrastructure des jeux vidéo. Ces derniers se jouent face à un ordinateur, machine symbolique, qui est une des composantes de base du monde actuel. Essayez de supprimer en pensée les ordinateurs et notre monde s'écroule aussi sûrement que si on lui retirait le pétrole. Et c'est avec cela qu'on joue.
Le jeu vidéo n'est pas simplement une forme d'expérience originale à consommer, c'est aussi un laboratoire pour les formes de la subjectivité, une petite technologie de soi par laquelle se produire comme sujet conforme à l'ordre du monde digital. »

(Mathieu Triclot, Philosophie des jeux vidéo)

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