samedi 11 avril 2015

Moteur hybride

 

« La composition hybride de ces classes se rattache plus ou moins nettement à une gradation sur le spectre bourgeoisie-bureaucratie. Leur jeu à l'échelle internationale entre ces deux pôles du pouvoir capitaliste existant, aussi bien que leurs compromis idéologiques – notamment avec l'islamisme – exprimant la réalité hybride de leur base sociale, achèvent d'enlever à ce dernier sous-produit du socialisme idéologique tout sérieux autre que policier. »

(Guy Debord, La société du spectacle, IV, 113).

vendredi 10 avril 2015

La Révolte


Hier soir, La Révolte, de notre cher, notre adoré Villiers de l'Isle-Adam, aux Bouffes du Nord. On pourra discuter la pertinence du choix d'Anouk Grinberg, très émouvante, sans doute, mais dont le timbre adolescent, presque hystérique, se serait peut-être effacé avec bonheur derrière la gravité de quelque voix cassée d'adulte, à la fois résolue et nostalgique de son foyer inconnu. En même temps, bien sûr, le fait que nous la trouvions hystérique nous juge assez - nous ! - et pose l'état même d'hystérie féminine dans sa vérité sociale et politique, ce qui est un résultat non-négligeable. Sous la voix qui tremble couve en effet un discours extrêmement ferme, que nos préjugés nous masquent alors certainement, ne serait-ce que l'espace d'une seconde. Et c'est en cela que la position féminine, ramenée par nous, hommes, à ce genre de mesquineries et de subtilités honteusement physiologiques, est ici intelligemment présentée. Quant à Hervé Briaux, l'antagoniste mâle, il est tout simplement extraordinaire. 

Vit-on jamais triomphe plus intensément, plus douloureusement, plus ignoblement ressenti du principe philistin de réalité, du principe de rendement ? Et - sans paradoxe aucun - fut-il, avec cela, jamais produit justification moins outrancière de cette nécessité historique, objective que constituera, jusqu'au bout, la dissidence romantique vis-à-vis de la bassesse bourgeoise ? Qu'on la brime, qu'on la moque, qu'on la juge impossible, la révolte trouvera son chemin, voilà tout. Que nous importe qu'elle soit encore invictorieuse, pour être survenue, peut-être, à la fois trop tard et trop tôt ? Son heure demeure notre heure, toujours. Nous ne la découragerons jamais. Ce serait railler, avec l'ignoble Félix, ce salopard de mari qui exulte ici au retour de la fugitive, ridicule à ses yeux d'avoir cru à « l'applicabilité des rêves » : des rêves de fuite, en l'occurrence. Certes, cette femme (Elisabeth) qui commence par quitter son mari sur un coup de tête, autant que lui et ses semblables, de toute éternité, auront laborieusement déserté la vie, cette femme, donc, revient en fin de compte au foyer, au mari, à l'enfant et à toute la norme pourrie : vaincue, désabusée, définitivement morte à l'espoir. Trop tard, lâche-t-elle. C'était trop tard. Pour partir. Le porc l'avait déjà castrée, et de cette castration imaginaire et sensible, elle n'avait pas pris la mesure tragiquement exacte. Le porc avait en vérité achevé le lent travail de ses père et mère, lesquels lui enjoignaient - petite fille - de ne reconnaître que l'argent, de n'admirer dans le monde que les fils électriques et les ouvrages de génie civil, qui sont la seule beauté bourgeoise. Comment revenir de pareil traumatisme, de semblable déracinement a priori ? Comment commencer enfin à vivre derrière un traitement primo-orthopédique de cette qualité, bannissant le rêve dans son Tartare d'improductivité et de vice ? Élisabeth n'aura ainsi d'abord pas su où aller, où passer la première nuit du grand refus, puis les suivantes immédiates, ni (au-delà de cela) où retrouver, refonder le simple désir de vivre et de respirer en liberté, dont le vide de terreur, soudain, l'aura assaillie, comme il saisit parfois ces chevaux affolés par l'immensité des plages, et qui se cabrent, alors, en panique. Quelle liberté ? La liberté, pour une femme de la fin du dix-neuvième siècle ? Tu veux rire, mon frère. C'est, encore une fois, un rêve, à tous les sens du terme. Tel est le discours ambivalent, révolté et réaliste, que nous tient Villiers de l'Isle-Adam. Existe-t-elle aujourd'hui, cette liberté, de tout plaquer, tout lâcher, comme suggéraient naguère poétiquement les bons conseilleurs surréalistes, pour partir sur les routes ? Cette liberté, qui, d'évidence, n'existe aujourd'hui pour personne, ou si peu, existait bien sûr encore moins à l'époque, pour ce sous-sujet, mineur juridique, qu'Élisabeth représente ici. L'aliénation, le malheur, la solitude mortelle, ici ou ailleurs, de fait, pour elle ce sera pareil. Il n'y a pas d'ailleurs de la bourgeoisie. Le seul ailleurs de la bourgeoisie, c'est son plus tard, sa disparition inéluctable dans le temps, sa volatilisation sociale hors de l'univers, laquelle débarrassera de sa présence infâme l'humanité entière ou personne, et sûrement pas telle ou telle femme, ou tel autre porteur de (mauvais) rêve identitaire : le noir, le jaune, le juif, le musulman, l'homosexuel ou le végétarien. C'est nous tous ou personne, nous dit Villiers de l'Isle-Adam. C'est nous tous - y compris ce con de Félix, le mari - ou rien. Pauvre homme, murmure Élisabeth en ponctuant, de ces derniers mots terribles, le triomphe inquestionnable de son ennemi mortel.


                            NOTE TERMINALE DU MOINE BLEU

On ne comprendra pas la haine spécifique vouée par Villiers à la bourgeoisie, si l'on ne se rappelle pas le destin particulier de cette pièce : La Révolte, littéralement assassinée, en 1870, par les critiques plumitifs aux ordres. La Commune de Paris, à peine postérieure, pour laquelle Villiers s'engagera assumera ainsi, à ses yeux, une fonction de grande justice divine dont il remercie le Peuple de Paris, célébré dans son Tableau de Paris sous la Commune (éd. Sao Maï, 2008), à l'occasion duquel nous écrivions voilà quelques années, dans nos notes explicatives, les lignes suivantes : 

« En mai 1870, un souci égal de reconnaissance et de mise en pièces des valeurs de son temps le pousse à présenter au public la Révolte, drame en un acte évoquant pour certains [Richard et Cosima Wagner, entre autres] Ibsen et sa Maison de poupée. Une jeune femme dissidente, et rêveuse, y refuse le sort – l’ennui comptable à perpétuité - auquel son mariage la destine, cette critique implacable de l’emmurement conjugal se déroulant - tel est son intérêt piquant - dans le cadre formel du théâtre de boulevard, dont Villiers détourne pour l’occasion les codes, subvertissant ainsi l’espace d’ordinaire apprécié, et hanté, de ses adversaires. Ceux-ci ne le lui pardonnent pas : la pièce, qui n’aura au total que cinq représentations, est étrillée par la critique, un certain Francisque Sarcey en tête, auquel Villiers vouera dès lors une haine tenace, et fameuse. Son humiliation, cependant, et sa tristesse sont immenses. De même que son désir de vengeance. C’est justement fort peu de temps après que surviennent la guerre de 1870 avec la Prusse, l’effondrement - provoqué par celle-ci - du ridicule Second-Empire, puis l’avènement de la République, et enfin la Commune, proclamée le 28 mars 1871. » 

Le Tableau de Paris proprement dit commençant presque par ces mots : « Le soleil brille sur la Révolte », l'allusion était, du point de vue de Villiers, parfaitement transparente. Voilà pourquoi nous précisions alors un peu plus loin que se jouait là une : 

« référence évidente à la pièce, maudite, du même nom, écrasée par la critique et qui eut en mai 1870 cinq représentations, lesquelles rapportèrent à son auteur, Villiers, la somme dérisoire de trente francs. Le soir de la dernière, demeuré « seul avec un ami éprouvé, il éclata en sanglots. » (Henry Roujon). À la chute de l’Empire, déjà quelque peu vengé, il écrivit à François Oswald : « La Révolte était simplement une prédiction qui s’est réalisée deux mois plus tard, voilà tout. » 

mercredi 8 avril 2015

Dans la grotte du moine bleu (2)


On approche. Pour un rappel topographique de l'épisode précédent, c'est là !

Les villageois des environs, pourtant fort pieux, ne rendent au moine bleu que peu de visites. Ils goûtent modérément les saillies de colère et d'humour froid, grinçant et amer, dont ils prétendent qu'elles le caractérisent (outre la mauvaise santé chronique) et qui, en tous les cas, ne contribuent point, chez eux qu'une existence difficile accable déjà, à l'éclosion ni au maintien de quelque joie de vivre durable et significative. Ils ont néanmoins recours, lorsqu'ils s'y trouvent obligés, aux étonnantes clairvoyances de ses prophéties et divinations par lui délivrées gratuitement, ou presque. Pas de cadeaux ni d'offrandes. Le moine bleu les refusa, jadis, de la manière la plus efficace, sautant avec malice sur tel ou telle, et l'étreignant en prétendant le caresser au plus intime qu'il fût possible, pour prix de ses gratifications. Simple fantaisie moqueuse de sa part, expression sincère d'une authentique et conséquente reconnaissance de dette ? Quoi qu'il en ait été, les offres de présents cessèrent aussitôt, le bruit se répandant plutôt rapidement que vivait là, à l'entrée de cette grotte, certain moine pour qui le refus du travail, et même de l'activité, ne sût revêtir de caractère sacré qu'autant qu'il se trouvât partagé - mis en pratique - par tous, la pire situation se voyant constituée, à ses yeux, d'un en-dehors unique, et favorisé, dont le grand refus dominerait les autres, depuis sa gloire imméritée.
                                

samedi 4 avril 2015

Ordinaire utopique


« Dans de tels États, les hommes vivraient donc d'après des émotions et des idées, des systèmes philosophiques et des romans ? poursuivit Walter. En ce cas, nouvelle question : vivraient-ils de telle manière qu'il en naîtrait de grandes oeuvres, philosophiques ou poétiques, ou au contraire, que toute leur vie serait déjà, dans sa chair pour ainsi dire, poésie et philosophie ? Je sais ce que tu me répondras, car la première hypothèse aboutirait simplement à ce que l'on entend aujourd'hui par État civilisé ; puisque c'est à la seconde que tu penses, je crains que tu ne voies pas que philosophie et poésie, alors, seraient tout à fait superflues. Sans parler du fait qu'il est absolument impossible de se représenter la vie sur le modèle de l'art, ou comme tu voudras l'appeler, on s'aperçoit donc qu'elle ne signifie rien de moins que la fin même de l'art ! » 
Telle fut sa conclusion ; c'était pour Clarisse qu'il avait gardé cet atout. Il ne manqua pas son effet. Ulrich lui-même fut un moment à se ressaisir. Mais quand ce fut fait, il éclata de rire et dit : « Ignores-tu donc que toute vie parfaite serait la fin de l'art ? Je me suis laissé dire que tu étais toi-même sur le point de sacrifier l'art à la perfection de ta vie ! »
Il ne disait pas cela méchamment, mais Clarisse dressa l'oreille.
Ulrich continua : « Il y a dans tout grand livre une prédilection pour les individus dont le destin ne tolère pas les formes que la communauté veut leur imposer. Cela conduit à des décisions impossibles à prendre ; on ne peut que peindre ces vies. Que trouves-tu en dégageant le sens profond de toutes les grandes oeuvres ? La négation, sans doute partielle, mais nourrie d'expérience et répartie sur une infinité de cas uniques, de tous les principes, règles et prescriptions sur quoi est bâtie la société dont ces oeuvres font les délices ! Le poème, avec son mystère, tranche tous les fils qui rattachaient le sens du monde au vocabulaire quotidien : et le voilà qui s'envole tel un ballon ! Si on veut appeler cela, comme il est d'usage, la beauté, alors, celle-ci devrait être un bouleversement infiniment plus brutal et plus cruel qu'aucune révolution politique ne l'a jamais été ! »
Walter avait blémi jusqu'aux lèvres. Cette conception de l'art négation de la vie, ennemi de la vie, lui était odieuse. À ses yeux, c'était de la bohème, le dernier sursaut d'un désir désuet d'épater le bourgeois. Que la beauté n'eût plus de place dans un monde parfait parce qu'elle y serait superflue, il remarquait bien cette évidence pleine d'ironie ; mais la question que son ami avait tue, il ne l'entendit pas. Ulrich lui-même voyait bien ce qu'il y avait de partial dans son affirmation. Au lieu de prétendre que l'art était négation, il eût pu aussi bien affirmer le contraire, car l'art est amour ; il embellit ce qu'il aime, et peut-être n'est-il pas au monde d'autre moyen de rendre une chose ou un être beau que de l'aimer. »

(Robert Musil, L'homme sans qualités, tome premier, chapitre 84 : où l'on prétend que la vie ordinaire elle-même est d'ordre utopique).

Simple plaisanterie

jeudi 2 avril 2015

De l'interprétation des rêves

 
Thomas Munzer (1490-1525)

« Notre devise doit donc être : réforme de la conscience non par les dogmes mais par l'analyse de la conscience mystique, encore obscure à soi-même. Il apparaîtra alors que le monde possède depuis bien longtemps le rêve d'une chose dont il ne doit posséder que la conscience pour la posséder réellement. Il apparaîtra qu'il s'agit non pas de points de suspension entre le passé et l'avenir, mais de l'accomplissement des pensées du passé. »

(Marx, lettre à Ruge, 1843).

samedi 28 mars 2015

Victoire !


Le mieux, pour approcher la merveille, est de remonter l'aile Sully, pour aboutir dans la salle des Caryatides, figurant ces géantes dont la pointe délicate des seins vous incite - cruelle et délicieuse, et dominé que vous êtes - à remonter vers eux, en léchant, et dévorant, tout ce que l'appétit vous suggère, au gré de rampements soumis d'escargot vil, baveux et misérable. Puis de venir saluer Homère, Hésiode, Pan retirant une épine du pied d'un satyre, et toute cette foultitude de créatures héllènes, nos déesses, nos dieux éternels, ivres et voluptueux, qui feront toujours le bonheur de vivre, parmi ce monde de curés hostiles et méchants. Vous croiserez sur votre chemin la Vénus de Milo, entourée de ces bustes de marbre étêtés aux seins plaqués de tissu inondé (comiquement dénommés, après coup : de pudicité) ainsi qu'un panthéon de sexe et de fesses bombées, dont celles de l'infâme Arès, hélas ! les plus émouvantes, non moins que ses débordements abdominaux, le mufle. C'est au croisement de l'aile Denon, enfin, au sommet du grand escalier Daru, que vous la devinerez déjà, dans un bruissement de plumage, bien avant que de l'apercevoir. Elle y est de retour, après des années de restauration, comme ils disent. 
Elle est sublime.
Socle de marbre gris de Rhodes, partie gauche du buste et aile droite de plâtre reconstituées, paraît-il. Certes. Aucune importance. Car voilà cette cuisse gauche servie par la poussée terrible du talon, cette courbure d'élan guerrier, et de pleine santé. A-t-on jamais admiré virilité plus authentique, merci ô femmes ! ni force plus irrésistible que cet écrasement annoncé de l'adversité la plus résolue, la plus laideronne et multiple ? Car voilà la Victoire elle-même, en marbre de Paros, témoignant de quelque réussite navale et militaire, de quelque rosserie grandiose, selon le mot de Léon Bloy, dont l'Histoire peine à recouvrer l'emplacement, ni le nom des protagonistes exacts, et c'est justice d'indifférence. Aucun texte, aucune appréciation notable n'en révèle la signification, depuis ce jour maudit où quelque sombre margoulin français aura décidé d'en dépouiller le sol béni des Grands Dieux de Samothrace, lesquels, orphelins d'elle, attendent à présent son retour, dans le vide et l'espérance. 
L'espérance, justement, serait un de ses usages possibles : la Victoire portant secours traditionnel aux naufragés. Mais lesquels, bon dieu ? Nous autres, naufragés modernes, lorsque nous agrippons notre oeil, éméché, sur cette cordelette martyrisant ses seins, qui les écrase, les tire et les montre saillant dessous, encore, ce tissu mouillé de plissements divins, lorsque nous nous délectons à mort de ce velouté de plumes arqué tel l'envergure d'un Satan bienfaiteur, il n'est que ce pur appel qui nous tienne, nous arrache à toute cette boue, nous plaque contre sa poitrine, nous mène au soleil jusqu'à fondre. Il nous domine, nous protège, il veille. Nous ne nous connaissons pas encore du fait que nous sommes infinis, et voilà ce que nous chante cet appel-là, vers quoi au juste ? Peu importe. Cet appel, c'est la seule chose de vrai, la seule vérité inconnue, inconnaissable et surtout absolument familière.

jeudi 26 mars 2015

On s'y retrouve ?


http://fr.wikipedia.org/wiki/Abus_sexuels_sur_mineurs_dans_l%27%C3%89glise_catholique

(Toutes les infos pratiques en cliquant sur l'image ou ICI !)

On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans...

mardi 24 mars 2015

État critique

(Cornelius von Max, Les singes critiques d'Art, 1899).

On notera, dissimulées dans le tableau sous forme d'inscriptions à peine déchiffrables (le "München" sur la caisse, un possible "Tristan" apposé sur une étiquette à l'extrême-gauche...) quelques allusions sarcastiques probables à Richard Wagner, ou plutôt à certaine réception précocement hostile de son oeuvre. 

« Il semble que tout est muet autour de nous, que les ailes n'ont pas de frissons, que le vent n'a pas de plaintes, les voix pas de musiques, et que tout naît, se meurt et meurt dans l'éternel silence.
Nous sommes vraiment de misérables gamins, destructeurs inconscients du beau et du vrai, à qui toute grandeur, toute éloquence, toute sincérité échappent. Peuple de blagueurs, multitude grimaçante de cabots, nous n'aimons que l'exagération du mot, le grincement bête du rire, le drapeau théâtral des douleurs. Il faut que nous voyions toutes choses à travers des cinquièmes actes de vaudeville et de mélodrame, et que nous forcions la nature et la vie à se plier à toutes les déformations de l'esprit - esprit de concierge et de chroniqueur.»

(Octave Mirbeau, 21 novembre 1884, in Notes sur l'Art).

Péché

 
Châtiment de la pratique sodomite, 
tel que conçu par Michel-Ange 
avant le badigeonnage de Daniele da Voltera.


« Emporté par son sujet, l'imagination égarée par huit ans de méditations continues sur un jour si horrible pour un croyant, Michel-Ange, élevé à la dignité de prédicateur et ne songeant plus qu'à son salut, a voulu punir de la manière la plus frappante le vice alors le plus à la mode. L'horreur de ce supplice me semble arriver au vrai sublime du genre. » (Stendhal)

(Ci-dessus, relevé d'une fresque de Michel-Ange, Chapelle Sixtine, Rome. Extrait de l'Art profane à l'Église, Paris, 1908).

dimanche 22 mars 2015

A voté !

 
                                            Realised with Photocheap ® (made in France).

vendredi 20 mars 2015

Parti de la Genèse


« Le propos ultime de Marx était " le développement de la richesse de la nature humaine " ; cette richesse humaine ainsi que celle de la nature en général sont exclusivement contenues dans la tendance-latence, où le monde se trouve - vis-à-vis de tout. Dans cette perspective, il apparaît alors que l'homme vit encore partout dans la préhistoire, que toute chose se trouve encore avant la création du monde, s'entend d'un monde de bon aloi. La genèse réelle n'est pas au début, elle est à la fin. »

(Ernst Bloch, Le Principe Espérance).

jeudi 19 mars 2015

Frankfurter allgemeine

Bien sûr, il faut apprécier le féminisme d'avant-garde...

... et les artistes qui vont avec. Sans parler d'entraver quelque chose à l'alboche. Si, outre ces trois premières qualités, vous ajoutez celle d'habiter non loin de Hambourg, pourquoi ne pas vous rendre brièvement à la Kunsthalle de cette ville, qui consacre ces temps-ci une exposition à la Feministische Avant-garde des années 70 ? (1970, s'entend, ce qui exclut de fait toute référence à Nina de Villard et sa bande, ce qui est fort chagrinant, mais enfin, passons). Que faire ensuite, après le spectacle, nous demanderez-vous ? En d'autres termes : où aller boire pour oublier ? Certes, gentrification universelle oblige, la Reeperbahn ne doit plus être, de longue date, si même elle existe encore formellement, cette sündingste Strasse der Welt («rue la plus débauchée du monde») que l'on connaissait jadis. Et l'on produit sans doute plus désormais, du côté d'Altona, de graphistes PAO ou d'architectes en série que de libelles érotiques subversifs. Mais enfin, tentez votre chance. Qui sait ! Il suffit, après tout, d'une belle rencontre pour sauver sa journée, en Allemagne comme ailleurs. 


À noter que dans le cadre de cet événement (note pour plus tard : il faudrait vraiment que nous arrêtassions, nous-mêmes, de nous exprimer comme des cadres artistiques), la plate-forme CALL propose une série d'installations et montages sonores baptisée, quelle surprise ! AUDIOCALL. Marie Rotkopf y propose, par exemple, son Manifeste anti-romantique, ce qui a évidemment pour nous valeur d'agression, mais bon, au temps lointain de notre adolescence, la dame - que nous avons un peu connue - ne manquait ni d'énergie ni d'intelligence, ni même d'humour et d'auto-dérision, tous éléments dont nous vous suggérons d'aller vérifier la permanence hambourgeoise tranquille, tout au moins la longévité.


mardi 17 mars 2015

Fléau social

 

(Dessin de Jean-Marc « Wilhelm Reich » Reiser, 1980).

" Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant..."

L'odeur de la mangeaille

 
Don Westlake

« Ce qu'il y a, c'est que je ne suis pas écrivain. Mais peut-être ai-je suffisamment insisté là-dessus ? Tant pis. C'est ça, mon drame. Par un caprice de la destinée, j'ai été introduit dans une salle où se déroule un festin inouï. Autour de moi, les gens se pressent vers la table, et plus ils avancent, plus exquis sont les mets. Je n'avais pas faim avant d'entrer, mais l'odeur de la mangeaille, le spectacle des convives en train de se régaler, j'ai fini par être pris de fringale, moi aussi. Mais pour avoir à manger, il faut le demander. Et moi, je ne parle pas la langue. Je ne sais que montrer du doigt. Et quand on montre du doigt, on n'a droit qu'aux patates bouillies. Alors, je mange mes patates bouillies, en regardant les autres s'empiffrer de caviar autour de moi, et en regrettant amèrement de ne pas parler la langue. »

(Donald Westlake, Adios Schéhérazade).