mardi 20 janvier 2015

Le cauchemar de Jean-claude Juncker

Athènes, quartier d'Exarchia, 25 janvier 2015...


– Ça y est, chéri : je suis prête ! Allons voter pour Syriza et transformer enfin la Grèce en cette dictature anarchiste-communiste mâtinée de féminisme ultra-radical dont nous avons toujours rêvé, qui terrorisera les marchés, les flics et la bourgeoisie du monde entier !
 – Déjà, mon ange ? Mais tu sais bien que les bureaux de vote ne ferment qu'à 19 heures...

lundi 19 janvier 2015

Achète, ordure !

 

Une affiche de gauche, France, 1936.

Le Shakespeare polymorphe de Pouchkine

François Louis en Falstaff, 
encadré d'Ariane Lacquement et de Sandrine Baumajs, 
extraordinaires interprètes du
Comme le temps passe... 


« Les personnages créés par Shakespeare ne sont pas, comme ceux de Molière, les types de telle ou telle passion, de tel ou tel vice, mais des êtres vivants, pleins de passions multiples, de vices variés ; ce sont les circonstances qui développent devant le spectateur les formes diverses et les nombreux aspects de leur caractère. Chez Molière, l'Avare est avare, et rien de plus ; chez Shakespeare, Shylock est avare, débrouillard, vindicatif, bon père de famille, spirituel. Chez Molière, l'Hypocrite fait hypocritement la cour à la femme de son bienfaiteur, prend hypocritement son bien sous sa garde, demande hypocritement un verre d'eau. Chez Shakespeare, l'hypocrite prononce une sentence de justice avec une vaniteuse rigueur, mais selon la justice ; il justifie sa cruauté par le raisonnement profondément pensé d'un homme d'État ; il séduit l'innocence par de puissants, d'attrayants sophismes, non par un ridicule mélange de dévotion et de libertinage. Angelo [dans Mesure pour mesure] est hypocrite en ce que ses actes publics contredisent ses passions secrètes : et quelle profondeur dans ce caractère !
Mais nulle part peut-être le génie si varié de Shakespeare ne s'est reflété avec autant de diversité que dans Falstaff, dont les vices, reliés l'un à l'autre, forment une amusante et difforme chaîne, rappelant la bacchanale antique. Si l'on analyse le caractère de Falstaff, on voit que le trait principal en est la luxure ; jeune, il est probable qu'une grossière galanterie à bon marché a été le premier de ses soucis, mais le voici déjà quinquagénaire, ventripotent, décati ; la gloutonnerie et le vin ont nettement pris le pas sur Vénus. En second lieu, il est poltron, mais, fréquentant constamment de jeunes hurluberlus, sans cesse exposé à leurs railleries et à leurs farces, il dissimule sa poltronnerie sous une insolence évasive et railleuse. Il est vantard par habitude et par calcul. Falstaff n'est nullement sot, bien au contraire. Il a aussi certains plis de l'homme qui a de temps en temps connu la bonne société. De principes, il n'en a aucun. Il est faible comme une vieille femme. Il lui faut fort vin d'Espagne (the sack), copieux repas et de l'argent pour ses maîtresses : pour avoir cela, il est prêt à tout, hormis seulement un danger manifeste.
Dans ma jeunesse le hasard m'a rapproché d'un homme en qui la nature, comme si elle avait voulu imiter Shakespeare, avait reproduit la géniale création de l'écrivain. **** était un second Falstaff : luxurieux, poltron, vantard, point sot, amusant, dépourvu de principes, larmoyant et gras. Une seule circonstance lui donnait un charme original : il était marié. Shakespeare n'a pas eu le temps de marier son vieux garçon. Falstaff est mort auprès de ses belles amies sans avoir été ni mari cornard, ni père de famille : que de scènes perdues pour le pinceau de Shakespeare !
Voici un trait de la vie domestique de mon honorable ami. Son fils, un bambin de quatre ans, tout le portrait de son père, un petit Falstaff III, répétait un jour pour lui-même, en l'absence de son père : " Ce qu'il est blave, mon papa ! Ce que l'Empeleul l'aime, mon papa ! " Quelqu'un entendit le bambin et s'écria : " Qui est-ce qui t'a dit cela, Volodia ? — C'est mon papa ", répondit Volodia. »

(Alexandre Pouchkine, extrait de Table Talk, vers 1836).

dimanche 18 janvier 2015

Mensonge de tous les saints


« Toutes les icônes le montrent, tu vas me tuer. C'est l'après-midi, mes écailles brillent. Je ne mange que l'herbe de la lune. Le sang m'est inconnu. Je réchauffe les oeufs de la cité, les habitants font des cauchemars. C'est tout ce que je fais - le reste est mensonge. Quant à la jeune fille, quant aux eaux que je tiens prisonnières, vois : ceci est un jardin avec des pommiers nains et des fraises que je n'ai pas goûtées. À présent seuls et face à face. C'est vendredi, les porcelaines de nos visages sombrent dans la nuit soudain. Je vois ma pensée : une épine dans le ciel. Je vois encore ta noire pèlerine s'ouvrir et me recouvrir, tandis que se lève ta main tenant l'épieu. Dans d'autres circonstances, j'aurais pu être un chien dans ta cour. Sur les tableaux j'ai des ailes aux membranes vertes. Je n'ai jamais volé. Je traîne mon ventre enflé sur le sol en déplaçant la mer vers la montagne. À ce moment-là le verre de ta voix s'est brisé plantant l'épieu dans mes poumons, jusqu'au coeur. Un sang épais a jailli, teignant les chaussures d'argent des anges derrière toi sur deux rangs qui riaient. J'ai lancé le dernier sifflement - fil de nickel de la terreur. Les pommes du jardin ont mûri, sont tombées à mes pieds. Levant les yeux au ciel tu es devenu saint. Mes griffes plantées dans le sol répandent musique et parfum. J'ai fermé les yeux et j'ai vu.  »

(Yànnis Kondos, Le dragon parle à Saint-Georges in D'un moine anonyme).

vendredi 16 janvier 2015

Forcément, mon âme.


« Vous comprenez, capitaine : jusqu'ici, j'ai toujours cru que si je mourais dans un mauvais lieu, eh ben, mon âme, forcément, elle pourrait pas aller au paradis ! Mais aujourd'hui... Je m'en fous... Elle peut aller où elle veut, pourvu que ce soit ailleurs qu'ici... »

(Frederic « chef » Forrest, Apocalypse Now).

Ca va bien se passer...

jeudi 15 janvier 2015

Les Âmes blanches et noires


Raed Bawayah, Un moine avec ses prises de chasse, Autriche, 2010.
(tiré de la série Les Âmes blanches et noires).

S'il vous reste du glaviot...


Paris - Kalachnikov


C'est gratuit.
Mais sans intérêt.
Ou peut-être que nous ne comprenons vraiment plus rien à rien.
Peut-être que la dépression ne nous quittera plus.
Que la légèreté, désormais, ne sera plus jamais de mise.
Ni de saison.
Pour nous.
A Paris.
En France.
 



mercredi 14 janvier 2015

Je suis Robert Burger


 
Robert Burger, dit The king.

« A New York, le 11 août 1963, Burger a rencontré dans un bar un quidam qui lui a offert à boire, et l'a poussé à lui parler de ses difficultés dans la vie. Apprenant à la fin qu'il avait été dupe d'un prêtre déguisé en homme normal, Robert Burger l'a tué sur place. La police se perd en conjectures sur le sens de cet acte exemplaire. »

(Internationale Situationniste n° 9, août 1964)

Derniers jours





 




Tuija Lindström - Un rêve s’il en fut jamais.
Institut suédois - 11 Rue Payenne, 75003 Paris.
Jusqu'au 18 janvier 2015 - entrée libre. 

Note : On se procurera avantageusement, par tous moyens nécessaires, le très beau catalogue de l'exposition sus-mentionnée A Dream if ever there was one, publié initialement à Stockholm en 2012 chez Art and Theory Publishing/ Hasselbladfoundation/ The Finnishmuseum of Photography (oui, car la dame, toute plus grande photographe suédoise soit-elle, naquit en Finlande au mitan du siècle dernier). Le catalogue était indisponible lors de notre passage à l'Institut Suédois et, paraît-il, épuisé de manière générale. Tentez donc votre chance chez les esclavagistes de la vente en ligne. Vous avez le droit, vous savez. Tout ça, c'est de l'art. Ce n'est pas comme vendre du papier-cul, par exemple, ou des meubles, ou des vêtements pour jeunes enfants, lesquels objets, alors, se devraient d'être équitablement produits et distribués, sous peine d'excommunication définitive, morale et solidaire.

mardi 13 janvier 2015

Papon papon


lundi 12 janvier 2015

Derniers jours


Alberto Garcia-Alix, De faux horizons,
Maison Européenne de la Photographie,
5 rue de Fourcy (4ème arrondissement de Paris).
Gratos le mercredi de 17 à 20 heures.
Sinon : 8 euros.
Jusqu'au 25 janvier 2015.

Plutôt la vie

 
Cratère en calice dit Vase Borghèse, Ier siècle av. J-C (Musée du Louvre).

« Ne parlez pas de culpabilité, ne parlez pas de responsabilité. 
Quand défile l'Armée du Plaisir, musique et drapeaux en tête ; quand les sens frissonnent et tressaillent, insensé et impie quiconque reste à l'écart, quiconque ne se lance pas dans la belle expérience, celle qui part à la conquête des voluptés et des passions.
Toutes les lois de la morale - aussi mal conçues que mal appliquées - ne sont rien et ne résistent pas une seconde, quand défile l'Armée du Plaisir, musique et drapeaux en tête.
Ne te laisse arrêter par aucune obscure vertu. Ne te crois tenu par aucune obligation. Ton devoir est de céder, de toujours céder aux Désirs qui représentent, parmi les créatures des dieux, le plus haut degré de la perfection. Ton devoir est de t'engager en soldat fidèle et d'un coeur loyal, quand défile l'Armée du Plaisir, musique et drapeaux en tête.
Ne t'enferme pas chez toi et ne te laisse pas égarer par les théories sur la justice, par les préjugés sur les récompenses qu'accorde une société mal faite. Ne dis pas : Mon effort vaut tant et c'est de tant que je dois profiter en retour. Tout comme la vie est un héritage que tu n'as rien fait pour mériter, le plaisir est lui aussi un héritage. Ne t'enferme pas chez toi ; mais garde les fenêtres ouvertes, grandes ouvertes, pour entendre les premiers échos du passage des soldats, quand surgira l'Armée du Plaisir, musique et drapeaux en tête.
Ne te laisse pas abuser par ceux qui disent que le service est dangereux et pénible. Ils blasphèment. Le service du plaisir procure une joie infinie. Bien sûr qu'il t'épuise, mais il t'épuise d'une ivresse divine. Et quand tu finiras par tomber sur la route, même alors ton sort sera enviable. Quand passera ton enterrement, les Figures que tes désirs auront inventées jetteront sur ton cercueil des tulipes et des roses blanches, les jeunes Dieux de l'Olympe te porteront sur leurs épaules, et ils t'enterreront au Cimetière de l'Idéal, où resplendissent les mausolées de la poésie. »

Constantin Cavafis, L'Armée du Plaisir (vers 1895).

dimanche 11 janvier 2015

Communautarisme

 

« Je n'hésitai pas à me risquer au milieu de cette tourbe de misérables, je les fréquentais, je fraternisais avec eux, et j'eus bientôt l'avantage d'être regardé par eux comme un des leurs.»

(Eugène-François Vidocq, Mémoires).

samedi 10 janvier 2015

Prolégomènes à un dimanche de communion


Passé, ce matin, devant une agence immobilière, dans un quartier tendance du Nord-est parisien. Dans la vitrine, distraitement aperçu, aux confins de deux annonces proposant les locations d'un appartement de 45 m2 (1190 euros mensuels) et d'un studio de 19 m2 (785 euros), cette prédication simple, sobrement exhibée  par le propriétaire de la boutique sur un autocollant : Je suis Charlie. Interloqué, emporté - cependant - un peu plus loin, par le seul élan de la marche. Et quelques pauvres secondes après, déjà rectifié mentalement, déjà dissipé cette très probable illusion d'optique. C'est : Je suis cher, là ! qu'il convenait certainement de lire. 

*** 

Après le déferlement de Je suis Charlie, voici donc, à présent, le déferlement contraire de Je ne suis pas Charlie. 
Misère de l'ultra-gauche. 
Misère, en regard de la faribole citoyenniste, de ce second marché de la nostalgie collectiviste et, quoi qu'ils en disent, unanimiste.
Je ne suis pas Je ne suis pas Charlie. 

 *** 

Celui qui tire, aujourd'hui, un simple signe d'égalité abstrait entre les barbaries d'État et religieuses ne mérite à nos yeux ni égard ni patience. L'État est un dispositif politique, ne se maintenant jamais que par la légitimité philosophique que lui accorde la masse. Ce dispositif ne doit jamais sa survie qu'à l'hégémonie culturelle et intellectuelle dont il bénéficie parmi la majorité des opprimés. La force militaire ou policière ne lui suffit point. L'État appelle, de manière automatique, pour ainsi dire, phénoménologique, sa propre négation. Il est dans son destin de se révéler comme mensonge essentiel, dès lors que se sont vues confrontées, dans l'esprit de qui est libre de réfléchir, l'égalité formelle de tous devant la loi et l'inégalité réelle des dominants (que l'État protège par nature) et des dominés. Cette aperception du mensonge que représente l'État a pour condition sine que non l'exercice de sa liberté rationnelle. Pour réfuter tel larbin philosophique de l'État, il faut être en état de se mouvoir parmi les idées, d'user, de manière autonome, de concepts qui mettront un tel mensonge, une telle illusion, en pleine lumière. Les penseurs apologètes de l'État furent souvent de grands esprits. Lorsque Rousseau ou Hegel lient la nature de l'État à la réalisation d'un contrat social, ou d'une Idée éthique, il n'est, après eux, qu'un autre penseur, d'un calibre de Marx, par exemple, qui soit alors capable de présenter, arguments à l'appui, la fausseté de semblables assertions. Ce calibre-là, celui de Marx, n'est pas celui des frères Pois-chiche, qui ont frappé l'autre jour dans le onzième arrondissement de Paris. 
La Religion, pour elle, ne connaît que la force, l'arbitraire, la soumission violente à une vérité révélée n'appartenant à personne d'autre qu'à celui qui l'aura émise, du fond de son cerveau. La Religion n'appelle pas la conviction, l'assentiment, la légitimité, l'accord, l'acquiescement. Elle n'appelle jamais que la soumission à une force d'autant plus incontestable qu'elle sera plus absurde. Je crois parce que c'est absurde, dit Tertullien. La Religion représente le triomphe assumé de l'Ignorance, le désespoir organisé et célébré, comme une libération, la seule qui vaille, des capacités de libre raisonnement. Les frères assassins de Charlie-Hebdo furent ainsi formés par une variété spéciale de savant, ou d'anti-savant, le savant étant ici, d'ailleurs, autant chéri comme hypostase absurde que parmi l'élite scientiste moderniste. Au bout du raisonnement, cependant, d'un quelconque «savant en Islam», ainsi que se présentent les prédicateurs musulmans (le très gauchiste Tariq ramadan, par exemple), il y a toujours un premier moteur que nous jugerons absolument absurde : à savoir un Dieu, dont nous nions l'existence, ou un texte écrit par tel prophète de rencontre, dans lequel nous ne reconnaissons que délires, plus ou moins inspirés sur le plan esthétique, de l'imagination humaine. Il ne s'agit pas de dire que les musulmans sont là pires que les autres : la kippa des Juifs leur sert tout autant d'écran entre une condition de misère essentielle qu'ils s'auto-administrent humblement, à l'appel de leurs prêtres, et une sublimité divine littéralement inapprochable, et écrasante. Il s'agit de reconnaître que la Religion est pire que tout. Il s'agit de comprendre que ne pas chercher à comprendre la puissance de Dieu, reconnue par nature inexplicable et incompréhensible, c'est être un bon croyant, et même, n'en déplaise aux cathos de gauche ou aux gentils musulmans compatissants devant l'incroyable massacre récent des soixante-huitards libertins de Charlie-Hebdo, le croyant parfait : le croyant idéal. Il s'agit de comprendre, et d'admettre en toute honnêteté intellectuelle (si nous acceptons encore d'y consentir) que croire en Dieu revient littéralement à désespérer des concepts, à mépriser l'intelligence,  et à haïr la raison, toute somme de comportements qu'aucun sbire de MM. Cazeneuve ou Valls, tout répugnant soit-il, ne pourra, à l'heure où nous écrivons ces lignes, exiger de nous à la lettre, ledit sbire nous accordant donc, par là même, de penser sa chute et celle de son maître, leur possible disparition ignominieuse, leur caractère de contingence historique, qui passera. 
Le fait, donc, de refuser de s'associer à quelque moment ignoble d'unité nationale organisée par des salopards socialistes encore tout chauds du sang de Rémi Fraisse, entre autres ignominies, ne doit pas empêcher d'établir une hiérarchie pragmatique entre des barbares rationnels, des monstres froids étatiques comme disait Nietzsche, permettant, par le fanatisme scientiste même de leur hommage perpétuel rendu à une raison qui n'est pas la nôtre, de les combattre, et d'autres barbares, des barbares dont la dangerosité est, pour nous, sans équivalent, de par la promotion consciente, et perverse, que ceux-là assument - tranquillement - de la mort considérée comme seule vie valable et réelle, et de l'ignorance absolue caractérisée comme seule liberté.

mercredi 7 janvier 2015

Islamophobie

   Un islamophobe, avec quelques amis, dans les rues de Paris, 
du temps où les mots en général, 
celui de libertaire, en particulier, 
avaient encore un sens.
Les mots sont importants...

« Vivent les camarades qui, en 1959, dans les rues de Bagdad, ont brûlé le Coran ! » 
(Adresse aux révolutionnaires d'Algérie et de tous les pays, Internationale Situationniste n° 10, Alger 1965).