dimanche 3 mars 2024

Encore un agent d'Elon Musk, au service indécent du patriarcat cis-blanc antipopulaire et s'abaissant volontiers, par transphobie manifeste, au niveau théorico-pratique du café du commerce (publicité)


Note du Moine Bleu : Nous souscrivons entièrement au point de vue exprimé ci-dessous, extrait d'une recension du livre de la camarade Vanina, désormais fameux, voire infamous, dans certains milieux stalino-militants de la gôche contemporaine. 
Signalons en complément utile, concernant le même texte, les réflexions de Freddy Gomez, qui s'égare bien trop souvent sur la question de l'Ukraine mais dont nous partageons, à part cela (ce n'est pas rien), l'essentiel des analyses, des contentements et des haines, la plupart du temps, sur tout. C'est ICI ! 

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≪Ce livre est rédigé par une militante communiste libertaire. Il a pour axe principal une critique de la «théorie queer» et des analyses intersectionnelles, à la mode dans les courants militants d’extrême gauche et même libertaires. Actuellement, toute critique du «queer» tend à y être volontairement assimilée à l’extrême droite, justifiant les actes de violence contre qui la porte. Vanina sait donc qu’elle risque d’en subir «des désagréments». Et c’est donc un livre militant salutaire d’une camarade inscrite dans le courant anarchiste depuis le milieu des années 1970. Elle n’a pas la prétention de développer des aspects théoriques mais plutôt, posant un point de vue matérialiste militant, de développer son regard personnel sur différents axes associés à la «théorie queer» afin d’inciter à la réflexion dans l’objectif de mieux lutter contre «le système capitaliste et patriarcal».

Pour Vanina, le capitalisme et le patriarcat sont deux systèmes différents, mais le premier s’appuie sur le second et ils sont donc à combattre ensemble. Sur cette base, elle revient sur le mouvement dit féministe actuellement dominant, ses cadres théoriques, son vocabulaire. Les chapitres du livre sont thématiques. Il se lit très facilement car le discours tenu rappelle, de façon claire, en ligne de fond l’évolution des rapports politiques et sociaux. Par ailleurs, le texte est agrémenté d’une multitude de citations qui, analysées de façon lucide et intelligible, donnent de la chair à des raisonnements souvent trop abstraits dans d’autres ouvrages. 

Le premier chapitre revient sur l’histoire du mouvement féministe avec ses différents courants. Vanina rappelle qu’au début des années 1970, «les hommes et les femmes sont [considérés comme] deux catégories qui composent la société humaine et qui se distinguent par leurs organes sexuels. C’est à partir de cette différence physiologique que le système d’oppression patriarcal a assis la domination des hommes sur les femmes». 
Le chapitre 2 revient sur le postmodernisme, courant de pensée où c’est le discours qui forge la réalité, et donc il faudrait déconstruire les discours pour redéfinir le réel. Par une lecture historique et politique, Vanina montre la convergence de vues entre le postmodernisme et le néolibéralisme  : le courant postmoderniste critique tout projet politique d’envergure, sacrifiant la classe sociale à l’individu, les raisonnements se centrent dès lors sur la personne et ses émotions, oubliant les structures sociales et les classes sociales ; en conséquence, l’objectif devient d’améliorer l’existant plutôt que de le chambouler. Le troisième chapitre pose une critique de l’intersectionnalité telle que pratiquée aujourd’hui. Si l’intersectionnalité a raison de considérer que dans la société coexistent de multiples rapports d’oppression, ce cadre théorique renforce dans sa pratique militante l’atomisation qui empêche une conscience collective de contestation contre les structures sociales capitalistes. Le quatrième revient sur les développements théoriques de Butler pour qui le genre construit le sexe. L’objectif de Butler est de brouiller les identités de genre et de sexe, théorie fondatrice de ce qui deviendra la «pensée queer». Vanina expose avec nuance et de façon intelligible une critique de ce que Butler expose. 
Les deux chapitres suivants questionnent donc la «théorie queer». Pour cette dernière, l’ennemi devient l’hétéronormativité. Le «queer», qu’il est difficile de définir tellement ce terme est approprié de différentes ma- nières, renvoie en quelque sorte à un réformisme citoyenniste sous prétexte d’un nouvel insurrectionnalisme. En effet, les transgressions, affirmées radica- les, impulsées par le «queer» au travers de la déconstruction du genre se veulent le levier d’une transformation radicale de la société, mais sont en définitive bien inoffensives pour modifier les rapports sociaux. Ce courant, essentiellement composé d’intellectuel·les ou de personnes issues des classes moyennes, tend à ignorer l’importance de la sexualité et de la procréation dans l’oppression des femmes. Tout le vocabulaire est modifié car aujourd’hui, même au niveau institutionnel, un homme devient par simple ressenti et déclaration «femme» («transfemme»). Il n’y a plus bipolarité sexuelle, nous sommes sur un «continuum» sexuel et chacun·e peut se définir selon son envie sur ce continuum : homme, femme, agenre, non-binaire, pansexuel… Les questions sociales sont ramenées à des reconnaissances d’identité individuelles. Vanina pose dès lors une critique de cette dilution du social dans un ensemble composite, fluide et extensible à l’infini. 
De là, les chapitres 7 et 8 font une synthèse de ce qu’est la «transidentité» dans le monde, permettant un regard large et clair. Sont évoqués ensuite le courant «woke» et la «cancel culture» avec tout le regard critique que l’on doit y porter. 
Le livre prend alors un tournant : le chapitre 9 développe le concret de la GPA (gestation pour autrui) dans le monde actuel et la marchandisation des utérus de femmes pauvres ; le chapitre 10 est une synthèse actualisée et bienvenue de la réalité de l’oppression et l’exploitation des femmes sur le terrain socio-économique ; le chapitre 11 offre un panorama des mouvements féministes dans le monde, avec toutes leurs disparités sociales et politiques. L’autrice questionne, dans le dernier chapitre, les limites des tentatives de convergence entre matérialisme et intersectionnalité, marxisme et «queer».

La conclusion est un appel à dépasser les théories postmodernes en vogue aujourd’hui. Il faut noter que le regard est toujours social et politique, ainsi Vanina ne pose pas de critique sur le choix individuel d’une personne qui décide de «transitionner» vers une autre «identité de genre», mais questionne les dynamiques sociales et politiques derrière ces actes individuels. La régression idéologique que marque le postmodernisme s’inscrit dans une régression sociale depuis les années 1980. Les analyses intersectionnelles ont mis au second plan la lutte des classes. La «théorie queer» «a recyclé la notion de genre en un formidable instrument contre les femmes» car elle «n’analyse rien en termes de rapports sociaux. Elle pointe à raison l’invisibilisation de la norme hétérosexuelle, mais sans se préoccuper des structures sociales hiérarchisées qui imposent cette norme». Or, «le combat contre le patriarcat oblige à identifier les rapports existant entre l’Etat, l’économie et des structures de pouvoir matérielles (la famille, l’école, l’entreprise, la médecine […]) et idéologiques». L’atomisation des individus favorise la recherche des identités individuelles et permet ainsi de ne pas questionner les problèmes de fond de notre société, qui sont structuraux. Aujourd’hui, «être “révolutionnaire” paraît consister à additionner les «anti» (on est antiraciste + antisexiste + antifasciste + anticolonialiste, etc.) sans forcément chercher à avoir une vue d’ensemble». Toutes ces théories postmodernes «reflètent en grande partie les aspirations et modes de fonctionnement autocentrés et consuméristes chers aux «classes moyennes». Vanina rappelle que «c’est en raison de leur sexe biologique que la plupart des femmes sont opprimées et doublement exploitées dans les sphères privée et publique ; et c’est au «sexe social», rebaptisé un temps : «genre» qu’il faut se réattaquer». Catégoriser «femmes» des hommes qui se sentent «femmes» parce que s’assimilant aux codes féminins ne sert en rien la cause des femmes, bien au contraire, car une telle approche réinscrit les femmes dans le carcan normatif du «sexe social». S’il faut combattre l’oppression subie par des hommes qui ne se conforment pas aux normes masculines, cela ne doit pas nous amener à nier le sexe biologique à la source de l’oppression sexiste. «Le problème, avec les postmodernes, est qu’ils/elles brandissent les libertés individuelles pour «régler» des questions sociales, ne veulent voir ces questions qu’au prisme de ces libertés, et prétendent trop souvent «silencier» qui ne cède pas à leurs volontés ».

En conclusion, Vanina estime qu’«on ne réglera pas la question de l’oppression féminine en évacuant celle de l’exploitation économique. La lutte contre le capitalisme ne peut, à elle seule, venir à bout du patriarcat ; mais, sans elle, le féminisme restera dans l’impasse des leurres postmodernes ».

(RV, Organisation Communiste Libertaire, 7-11-2023) 

12 commentaires:

  1. Excellent bouquin en effet. Remettant les pendules à leur horaire historique. Et écrit dans un style heureusement bien éloigné du fatras conceptuel power-pointisé – féministe matérialiste, si j'ai bien compris – qu'on peut entendre, ou lire en sous-titres, ici.

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    1. Ouais. Une camarade avait, voilà quelque temps, attiré mon attention sur un "débat" ayant mal tourné, suite à une invitation de Vanina, qui devait présenter son livre à "la Rétive", local libertaire bien connu d'Alès.
      Voilà, donc, comment les choses se passent.
      Rien de nouveau sous le soleil de l'intolérance et de la calomnie stalinienne.
      L'essentiel est raconté ici :
      https://ricochets.cc/Les-leurres-post-modernes-contre-la-realite-sociale-des-femmes.html

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    2. Merci. Je regarde ça.

      Même le si neutre Éric Marty, et à Genève, a été emmerdé, pour son Sexe des Modernes, par les intersectes volontairement incultes qui ne se soucient que de soi, de celui qui leur échappe pourtant.

      Très bon bouquin par ailleurs, sur le plan de l'histoire des idées, qui va fouiner dans le structuralisme français sixties-seventies qui a servi de matière première au fatras : Derrida et Foucault, ou Deleuze pour sa fascination de l'algolagnie, comme leviers de retournement contructivistes déconstructionistes (« deux mâchoires » rhétoriques ?) des notions de castration selon Lacan ou de neutre selon Barthes.

      Ce qui a mécontenté est la thèse selon laquelle Butler, en transposant ces notions érigées en concepts performatifs et manichéens à l'envi sur le plan social n'y a rien bitées. Ce sont bien entendu les fachos de chez Causeurs, l'autre polarité de la transversale identitaire, qui se sont fait l'écho de cette bataille d'Hernani identitaire.

      Et pour lester encore le malheureux destin de cet affable Marty, de formation lacano-trotskiste, il a devisé de ses thèses dans Google avec Gérard Miller, gardien scriptural du temple lacanien, et dont on parle récemment pour ses méthodes hypnotiques paraît-il immédiatement libidineuses. Marty ayant travaillé pour le CNRS sur René Char et Gide en savait sans doute un bout quant aux méthodes staliniennes brutes de fonderie d'antan.

      Personnellement, je loue son courage sapere aude et la rigueur intellectuelle des 500 pages de son Sexe des Modernes, même sans épouser son point de vue « neutre » ni l'ensemble de ses analyses à mon point de vue presque trop candides et tendres eut égard à la roide furibonderie qui l'affronte, mais honnêtes et c'est plus important (j'eusse préféré qu'il mangeât aussi de l'Althusser plutôt que de brandir « l'interpellation » de façon acritique, alors que son usage butlerien and Cie l'eût mérité).

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    3. Autre lieu théorique chaud en ce moment : les empoignades autour de Renaud Garcia ayant mené à l'explosion d'écologie et Révolution. Zavez suivi ?

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    4. Je n'ai pas suivi l'histoire des empoignades autour de Renaud Garcia, homme affable, talentueux et honnête.
      Qu'en est-il ?

      Pierre

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    5. Non, ça m'a échappé.

      Mais j'avais vu cette attaque généralisée ici et cette répercussion ciblée . Cette actualité est tellement dense que j'ai raté l'explosion que vous évoquez.

      Dans ma ligne défensive désespérée, en pensant à l'attaque généralisée ci-dessus évoquée osant un amalgame on ne peut plus miscellaneous, je me contente de ce que Patrick Dewaere, l'autre valseuse, ne prenne pas les coups mérités par Depardieu. La scène ostensiblement spectaculaire marchande s'avérant finalement plus honnête que la discrètement spectaculaire marchande.

      Pour la contre-attaque, je kiffe grandement les déploiements stratégiques humoristiques du sous-commandant TomJo, (même Berthier à Saint-Imier, pouf ! pouf !).

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    6. Essayez de lire l'article que la revue Terrestres a consacré a l'affaire (décembre 22)...

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    7. "Une revue à un carrefour" (Terrestres, 12 décembre 2022). Et la revue en question, c'est Écologie et Politique (pas "révolution", désolé).

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    8. Ok. C'est ici.

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    9. « Pourtant ce qui ressent, c’est bien le corps. Que ce corps comporte un appareil génital d’un sexe donné reçu à la naissance peut ne pas l’empêcher de résolument en vouloir un autre. »* Ah ! Ok, ok : « un autre »..., pour soi, à soi ? Un autre appareil génital dans mon corps ? Le sexe serait cela : un appareil génital, une machinerie réduite à une fonction ? Ce serait pas un peu réac, ça ? Le corps, le sexe... Et la tête, alouette ?.

      Le capitalisme aura donc achevé la révolution des choses, la réification, jusque dans la tête des révolutionnaires (pas tous, quand même, hein ? Dites !). Pas la peine, en effet, d'apprendre à parler, à lire, à penser, de rêver, de désirer puisque c'est ça qui veut, ou pas, et que le Ça ou même la conscience, ça ne serait que ça.

      Mais que se passe-t-il donc, entre les regards, entre la 42e et la 44e minute de Zardoz ? (j'en remets une troisième couche, qui me semble de plus en plus pertinente à l'adresse des puritains baladés par leurs corps qui, entre autres activités, baisent entre eux – entre corps s'entend – et sans eux – prétendument sans sentir eux-mêmes. Quelles bandes d'hypocrites !).

      Bon, je vais aussi me fader la suite agitant les postures politiques. Mais c'est bien parce que je suis consciencieux. Je rirai moins.

      *L'avantage d'une telle certitude c'est qu'elle fait marrer tout le comptoir du café du commerce, où le bon sens et l'humour – la philosophie quoi – sont tenaces. Je viens de vérifier.

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  2. Ah ah ! J'adore ton titre de post ! Et merci du conseil de lecture, je vais me procurer ça car rien qu'avec le résumé, je plussoie. Encore une fois, ma réaction au post précédent n'était en rien une attaque ad nominem (évidemment) mais une critique liée en grande partie à l'opacité de ta prose puis, après tes réactions à mon commentaire initial, au fait non pas que tu critiques les tenant(e)s de l'intersectionnalité mais que tu les mette au même niveau ("les deux machoîres d'un même piège à cons") que les dangereux réacs qui gouvernent monde et médias...
    La bibise au coin du zinc.

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    1. T'inquiète ! Si on devait se formaliser à chaque fois qu'un camarade nous traite plus ou moins de facho, avec plus ou moins de délicatesse et de justice, notre vie deviendrait un enfer. Ce qu'elle n'est pas quand on se rappelle que des mômes se prennent des bombes sur la gueule à l'instant même où on rédige ces lignes.

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