vendredi 20 juillet 2018

Indifférents


« Du côté des étudiants, en revanche, et a fortiori des lycéens "parcoursupisés", c’est peu dire que la mobilisation fut faible ; elle n’agita que quelques bataillons égarés plus ou moins obstinés à occuper ou à bloquer leurs facs avec la conviction mimétique de faire mouvement. Ce qui, au vu de leurs faibles forces, semblait pour le moins présomptueux. Là où, pour un temps, la performance fut couronnée de succès, l’esprit de mai 68 y souffla dans ses prolongements postmodernes, différencialistes, particularistes au point d’y noyer le "tous ensemble" du moment dans la perspective régressive de la séparation que cultivent à loisir des post-gauchistes culturalistes suffisamment déconstruits pour confondre le projet émancipateur avec leurs délires, de non-mixité "raciale" par exemple. Ce fut notamment le cas à Tolbiac et à l’EHESS, dans une indifférence quasi-générale, il est vrai, mais plutôt tolérante. Comme si, sur le marché de la post-contestation étudiante, tout était par avance admissible : le désert de la critique et la critique du désert. À condition que le tout – thèse et antithèse – se colore d’une vague radicalité dans l’entre-soi de l’outrance. L’indifférencié de l’excès est probablement un signe des temps. »

(Freddy Gomez, D'une printanière "insugence")

On retrouvera ce beau texte, et tous les autres, tirés de l'excellent blogue À contretemps : ICI ! 

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