mercredi 4 avril 2018

Ah ! l'appel de la bourrache...

(Paris, manifestation des cheminots en grève, 3 avril 2018)

BOURRACHE (Borrago officinalis)
Parties utilisées : tiges, feuilles, fleurs. 
Propriétés : sudorifique, diurétique, laxatif.

lundi 2 avril 2018

Les plus longues sont les meilleures !


Nous parlions, bien évidemment, des grèves interprofessionnelles.
Reconductibles.
Obsédés.

Métaphysique allemande (révisions)

« La manifestation est essentielle à l'essence. »
(Hegel, Esthétique)
Date des premiers partiels : 3 avril 2018
(calculatrices interdites)

dimanche 1 avril 2018

Bon tuyau du dimanche (3)


Defeckmann et Debourmann


« — Or, dit Defeckmann, la liberté, c'est ce pourquoi je lutte et toujours lutterai.
— Ta liberté, s'écrie le libéral-marxiste Debourmann, c'est la liberté pour le riche d'opprimer le pauvre. C'est la liberté individuelle dans des conditions d'asservissement collectif. Nous, nous voulons la liberté collective, que le plus grand nombre soit délivré des fléaux naturels et sociaux, et tant pis si certaines individualités provisoirement pâtissent.
Ça me paraît le bon moment pour me mêler à la mêlée en citant la phrase de Marx, à peu près que le communisme rendra impossible tout ce qui existe indépendamment des individus. Je pensais apaiser les deux gustaves, mais pas du tout. Defeckmann prend l'air furieux et affirme que ce n'est sûrement pas de Marx, et Debourmann dit "Ou alors du jeune Marx", avec une expression critique. Moi j'en sais rien et après tout ils me font chier. »

(J.-P. Manchette, L'affaire N'gustro)

samedi 31 mars 2018

Bon tuyau du dimanche (2)

Bon tuyau du dimanche


Qui sait ?


« Dans les conditions de vie accablantes qui pèsent sur nous, les gens ne demandent pas la lucidité, ils demandent un opium quelconque, et cela, plus ou moins, dans tous les milieux sociaux. Si on ne veut pas renoncer à penser, on n'a qu'à accepter la solitude. Pour moi, je n'ai d'autre espérance que de rencontrer çà et là, de temps à autre, un être humain, seul comme moi-même, qui de son côté s'obstine à réfléchir, à qui je puisse apporter et auprès de qui je puisse trouver un peu de compréhension. Jusqu'à nouvel ordre de pareilles rencontres restent possibles — la preuve en est que nous nous écrivons — et c'est un bonheur extraordinaire, dont il faut être reconnaissant au destin. Qui sait si un de ces jours un régime "totalitaire" ne viendra pas pour un temps supprimer presque entièrement la possibilité matérielle de telles rencontres ? »

(Simone Weil, lettre à Jacques Lafitte du 14 avril 1936)

Journalisme

Afrin-city, Northern Syria, nowadays. From a « reliable » mainstream Turkish media...

The interviewed guy says in Kurdish : « Free Syrian Army militias are thieves, looters. They stole our belongings. They raped three girls ranging in age from 10 to 15. » But the turkish translation strangely goes : « YPG (kurdish militias) don't belong here. They stole our belongings and seized our houses. They killed our people. »

***
Ci-dessus, la cité d'Afrine, récemment conquise par les troupes turques et leurs alliés djihadistes de l'Armée Syrienne Libre. Étant donné, donc, que la liberté a désormais céans très clairement triomphé du terrorisme mortifère (des YPG), en conséquence l'envoyé spécial d'une grande chaîne de télévision sérieuse-généraliste entreprend de déambuler librement au beau milieu de toute cette zone libérée peuplée de gens libres savourant librement leur liberté retrouvée. L'idée, bien entendu, étant d'interviewer quelques-uns de ceux-ci, sitôt que l'occasion s'en présentera, afin de faire partager au public le plus large possible ne serait-ce qu'un petit rien de cette liesse générale décidément indescriptible. C'est ainsi que notre courageux journaliste, liberté chérie en bandoulière, tombe sur (ou alpague, c'est selon) un habitant kurde lambda, dont il s'empresse de recueillir le témoignage. Papy, te voilà libre ! Libre, tu entends ! Les marxistes athées assoiffés de sang des YPG, du PKK, des FDS et autres vermines éternelles alliées de l'impérialisme américano-sioniste sont loin d'ici : ils ont fui la queue entre les jambes, ces rats, plutôt que de sacrifier virilement à leur cause indigne toute la population civile de la ville assiégée, comme on aurait pu l'attendre de vrais militaires dignes de ce nom. Ils n'iront pas loin. Mais en attendant de les faire pister, retrouver, traquer, exterminer un peu plus tard, un peu plus loin, par nos glorieuses forces de libération couvrant fraternellement les arrières de la très sublime Armée Syrienne Libre, plus rien à craindre, donc. Tu peux enfin clamer ton bonheur d'habitant libéré à la face du monde. Ne nous remercie pas. C'est cadeau. On est comme ça. Vas-y : lâche-toi !

En dépit de tout ce qu'on pourra constater ci-dessous, ce n'est certainement pas une bête et mesquine nuance, quasiment imperceptible, entre ce que déclare alors d'abord réellement le vieil homme dans sa langue natale, et puis ce qu'est devenu ensuite son témoignage prestement traduit en turc, qui pourrait gâcher la fête, tarir nos larmes de joie. Force restera à la loi (antiterroriste) et à la vérité (antiterroriste) comme à la beauté des choses (antiterroriste aussi)...

On vous la fait courte. L'interviewé, en kurde : « Les milices de l'Armée syrienne libre sont des voleurs, des pillards. Ils ont volé nos affaires. Ils ont violé trois filles âgées de 10 à 15 ans. »

Traduction en turc : « Le YPG n'a pas sa place ici. Ils ont volé nos biens, saisi nos maisons et massacré notre peuple. »


Merci de votre fidélité.
À demain, 20 heures.
  

vendredi 30 mars 2018

La volonté délivre (le petit commerce)



(message à fort contenu politique-critique, 
débusqué sur le site de jeunes entrepreneurs nietzschéens innovants 
et chefs de PME/PMI futuristes marseillais, confrontés bientôt, 
on l'espère de tout coeur, 
aux mêmes difficultés que leurs ouvriers et employés, 
mars 2018)

jeudi 29 mars 2018

Alina Sanchez (Lêgerîn Çiya)

Si vous le dites


Les cinq co-auteurs de ce livre sont professeurs d'université ou maîtres de conférence. C'est le cas de Sylvie Tissot, par ailleurs proche d'un groupe — Les Indigènes de la République — essentiellement constitué d'universitaires et actif dans les milieux de la petite-bourgeoisie intellectuelle. L'une des marottes théoriques de ce groupe est l'existence objective des races humaines. En somme, les races existent mais les bobos, eux, n'existent pas. Tu as compris, là : ça y est ? Ou il faut encore développer ? Le problème des idéologies dominantes, en régime de classe, s'est toujours rapporté à cette très efficace expression populaire selon laquelle on n'est jamais si bien servi que par soi-même...   

mercredi 28 mars 2018

Et pourquoi pas demain des neurones !


« Le mariage homosexuel est la porte ouverte à la PMA et la GPA et pourquoi pas demain les bébés éprouvettes ! »

(Jordan Bardella, porte-parole du Front National, mars 2018)

mardi 27 mars 2018

Cultural studies ?

« Culturalisme est un terme 
que je refuse... »
(E. P. Thompson, Misère de la théorie : 
contre Althusser et le marxisme anti-humaniste)

Nouvelles du paradis post-moderne


Linda Brown

lundi 26 mars 2018

Comment des classes sont-elles possibles ?


Il est probable que ce soit là le problème fondamental de toute philosophie, depuis le début. Les idées sont-elles réelles ? c'est-à-dire : existent-elles fondamentalement ailleurs que dans notre tête ? Ce qui nous intéresse ici, en matière d'idée, c'est ce dont elles procèdent invinciblement, à savoir cette tendance immanente chez l'homme à la constitution de classes épistémologiques, au regroupement générique et conceptuel de singularités considérées, quant à elles, comme incontestablement existantes par l'attitude naturelle. Aussi sûr que ce support individuel des idées existe, voire même leur préexiste, l'homme, cependant, ne peut, d'un autre côté, éviter de produire des concepts, de constituer des classes. S'agirait-il, alors, simplement d'illusions nécessaires ? Du reflet (simplement humainement et pathologiquement produit) d'une matière physique formant, elle, dans son agencement singulier, la seule réalité digne de ce nom ? Dans le cas contraire, l'existence réelle des idées signifierait l'existence réelle de ces classes, genres, familles, espèces, bref : toutes ces catégories primant, d'une certaine façon, les individus qui s'y rattachent, et occupant relativement à eux le statut de condition. La classe Homme m'aurait ainsi précédé dans mon apparition singulière sur Terre — à cette apparition succédant une disparition tout également discrète et de peu d'importance en terme de réalité, vis-à-vis de ce regroupement, de cette classe (Homme) seule décisive ou substantielle (aux plans logique et temporel). Pas de classe Homme, cependant, la chose est évidente, sans hommes réels. Pas de classe Blanc sans hommes ou objets blancs réels, dont la classe ne procède, dans cette perspective, que comme abstraction intellectuelle, donc aussi : comme convention, certains humains pouvant, de manière contingente et isolée, attacher à des réalités des catégories ne recouvrant, du point de vue d'autres humains, soumis à d'autres contextes, aucune pertinence ni existence. Les Inuits, par exemple, disposent de centaines de nuances lexicales renvoyant à autant d'états blancs ultra-différenciés de la neige, cette foultitude de catégories pouvant passer, aux yeux du Français ou du Sénégalais lambda, pour une vue arbitraire de l'esprit. Un sociologue libéral, de même, ne s'accordera pas avec un sociologue marxiste sur les critères constitutifs d'éventuelles classes sociales, etc. Pas de famille, en somme, dont l'homogénéité ne pose, au moment de la constituer, quelque redoutable problème, et dont, de fait, la «fabrication» intellectuelle ne paraisse relever du coup de force théorique imposé à la Nature, ainsi que les hésitations de Darwin, par exemple, le montrent clairement, au moment où il s'efforce de rattacher tel ou tel individu biologique à telle famille (dont se trouvera exclu tel autre, au nom de critères morphologiques douteux à force d'instabilité) : 

« Après avoir décrit un ensemble de formes comme des espèces distinctes, je déchire mon manuscrit et j'en fais une seule espèce, puis je déchire cela de nouveau et j'en refais des espèces distinctes, après quoi j'en fais de nouveau une seule espèce ; lorsque cela m'arrivait, je grinçais des dents, je maudissais les espèces et je demandais quel péché j'avais commis pour être puni de la sorte » (Lettre à J. D. Hosker, 25 septembre 1853). 

Comme l'affirme sans ambages Samuel Buker : « C'est l'origine des variations, quelle qu'elle soit, qui est la véritable origine des espèces » (cité in Gertrude Himmelfarb, Darwin and the darwinian evolution). Pour Linné, au contraire, la classification fixiste, la taxinomie, c'était la science elle-même : « Botanica innititur fixis generibus » (in Philosophie botanique). Autrement dit : je ne commence à exister réellement, scientifiquement, qu'affilié à une classe. La science ne faisant là, dans son projet fondamental de mise en ordre rigoureuse de l'univers, que répondre à la providence de Dieu ayant distribué à chaque individu, pour lui donner sa densité d'existence propre, une essence absolument distincte, de toute éternité. Le nom, et par extension la classe, sont consubstantiels à l'être. Ce que l'athée Darwin est, malgré tout, obligé de constater, c'est, à l'inverse, que la variabilité spécifique semble bel et bien fondatrice, sans qu'il puisse l'expliquer au juste, en rendre raison, ni congédier complètement (non plus) la possibilité scientifique de classer, ranger, abstraire, associer par classes et familles. Impuissance relative fournissant ou renforçant l'argument classique du scepticisme empiriste, lequel constate, ou prétend constater avec candeur (prenant le bon sens à témoin, à l'aune d'une matérialité réelle — ou du moins : réellement perçue par le tout-venant) l'incapacité nécessaire de toute science, de toute rationalité organisée, à prouver le bien-fondé de ses présupposés. Ainsi donc, ricane le sceptique « nominaliste », la classe des chiens serait réelle, tout comme celle, au-dessus d'elle, des mammifères ? Montrez-moi donc un chien réel, qui ne soit ni un doberman, ni un berger allemand, ni un caniche... ; un mammifère qui ne soit ni un phoque ni M. Erdogan ni une hyène tachetée, etc. Montrez-moi, enfin, où existerait réellement, dans quel domaine délimité de la matière, les genres suprêmes (forcément peu nombreux) régissant l'être en dernière instance ! Toute science est, en effet, par définition architectonique. Elle veut (ne serait-ce qu'inconsciemment) constituer des systèmes qui soient tendanciellement à la fois toujours plus amples, plus englobants et plus réduits numériquement. Que M. Erdogan, par exemple, appartienne finalement au genre humain, animal ou minéral, c'est en tout cas bien cette appartenance tranchée, l'établissement final de celle-ci en ce qui concerne une individualité donnée (devant toujours venir in fine trouver sa place adéquate au sein d'un système) qui constitue le but immanent de l'attitude scientifique. Celle-ci commence ainsi par rassembler des éléments empiriques suivant des lois (ou, plus prudemment, des régularités statistiques, constatées dans le réel) ; puis, chaque système ayant progressivement défini un corpus de plus en plus exclusif, déterminé des frontières de plus en plus distinctes vis-à-vis d'autres systèmes, la science tend ensuite à effacer lesdites frontières au gré de paradoxes et d'obstacles toujours plus saillants et perturbants, en direction (ne fût-ce, une fois encore, que spontanément et heuristiquement) d'un réductionnisme intégral, quel qu'il puisse être, amalgamant finalement les comportement et structure de tous les éléments du réel. C'est ainsi que les phénomènes de la « vie » se trouveront rattachés aux phénomènes de la «matière vivante», cette dernière n'en venant bientôt plus qu'à constituer un mode de la «matière» en général. Soumis aux mêmes nécessités objectives, physiques et bio-chimiques, M. Erdogan et un rat adulte, par exemple, une bactérie, un bout de poireau seraient ainsi tous justiciables de la même froide considération scientifique abstraite de la singularité, n'accordant aucun avantage épistémologique à quelque espèce que ce soit, à des catégories sinon en quelque sorte coupablement «auto-centrées». La notion même d'émergence systémique caressée par certains biologistes, posant des effets de seuil au-delà desquels — passé un niveau de complexité d'organisation — tel système nouveau constitué par rassemblement cellulaire (l'organe, le muscle, le neurone) fonderait, dans cette émergence et nouvelle échelle macroscopique même, de nouvelles modalités de fonctionnement (bref : une nouvelle identité exclusive), cette notion sera contestée par d'autres, attachés pour leur part au stade microscopique indifférencié, jugé seul décisivement réel. Pour J.-P. Changeux, par exemple, l'homme se réduit à ses neurones, et voilà tout. Pour d'autres, ce pourra être l'ADN. Les adversaires épistémologiques de la conscience, du sujet intelligent, de la raison distincts ont de fait toujours insisté, quels qu'ils soient et depuis des siècles, sur l'antériorité hiérarchique d'un niveau élémentaire de réalité ne constituant qu'imaginairement telle ou telle identité seconde finalement enclose et systématique. De Hume à Deleuze, l'homme n'est ainsi considérable radicalement comme ensemble, comme système identique, qu'à titre illusoire : il se présente en revanche comme prolifération ou différence élémentaire réelle. Je ne pense jamais, ni ne chie ni ne baise, car JE n'existe pas : ça mange, par contre, ça chie, ça baise. À l'intégrité d'un ensemble (celui du corps, de la conscience, du regroupement identitaire émergent de cellules) se substitue une genèse perpétuelle reconfigurant, au gré de forces impersonnelles, une matière d'être univoque. Au point que l'ontogenèse même d'un individu devrait se voir lexicalement et philosophiquement congédiée, pour faire encore trop de cas résiduel de l'identité (le préfixe «onto» renvoyant dangereusement à l'autoritarisme, à l'arbitraire constitutifs d'un système exclusif : d'un système un, impliquant, par exemple, les corps et conscience du seul M. Erdogan, par opposition à ceux de MM. Trump ou Poutine). C'est ainsi la différence qui fonderait seule la genèse (M. Erdogan étant, si l'on peut dire, déjà beaucoup de monde à lui tout seul)et qui la poursuivrait, l'« hétérogenèse » (Guattari) primant toute ontogenèse. Notre problème de départ se trouve donc toujours le même : si l'identité est impossible, que la différence et la singularité, seules, sont réelles, comment souscrire, épistémologiquement, à l'existence de classes ?  

(à suivre...)