vendredi 8 juin 2018

Dans le genre essence


Ils sont leur corps et leur esprit individuels, et par là même aussi bien leurs rapports inter-individuels. Mais qui niera que ce corps, cet esprit et ces rapports les font bel et bien précisément être à nul autre être pareil, en tant que ce complexe indissoluble, en tant que ce cela fondamental les désignant toujours, en tous temps et tous lieux ? En d'autres termes : une essence. Le genre humain. 

***

« L'essence, le genre n'est pas une abstraction. L'essence existe, elle a une existence. Mais l'existence de l'essence n'est pas l'existence dans sa singularité, elle n'est pas ce phénomène singulier, mais elle est l'existence dans sa totalité, l'existence de tous les phénomènes singuliers pris ensemble, l'existence simultanée de tout ce qui est singulier comme un tout indivisible. » 

(Feuerbach, Pensées sur la mort et l'immortalité)

« Mais l'essence humaine n'est point chose abstraite, inhérente à l'individu isolé. Elle est, dans sa réalité, l'ensemble des relations sociales. »

(Marx, sixième thèse sur Feuerbach)

mercredi 6 juin 2018

mardi 5 juin 2018

Fin de la Vérité



« Le scepticisme à l'égard de la possibilité de la métaphysique, l'effondrement de la foi en une philosophie universelle qui servirait de guide à l'homme nouveau, cela signifie très exactement l'effondrement de la foi en la Raison, comprise dans l'opposition établie par les Anciens entre épistémè et doxa. C'est elle, la Raison, qui donne sens de façon ultime à tout ce qui prétend être, à toutes "choses", "valeurs", "buts", en ce qu'elle les rapporte normativement à ce qui, depuis les débuts de la philosophie, est désigné par le terme "Vérité" - vérité en soi - et corrélativement par le terme "Étant" - (...). Que l'homme perde cette foi, cela veut dire ni plus ni moins qu'il perd la foi "en lui-même", en l'être véritable qui lui est propre, lequel n'est pas toujours-déjà sa possession, quelque chose qu'il aurait déjà dans l'évidence du "Je suis", mais quelque chose qu'il n'a et ne peut avoir que sous la forme d'un combat pour sa vérité, un combat pour se rendre lui-même vrai. »

(Husserl, La Crise des sciences européennes et la Phénoménologie transcendantale, 1936) 

dimanche 3 juin 2018

Benchmarking

(Le Monde, 1-6-2018)

(id., 2-6-2018)

vendredi 1 juin 2018

Fascisme universaliste blanc euro-centré, qu'aggrave son cas, en plus, à force de rationalisme impérialiste et scientiste-colonial

Mektoub (détail)

Pourquoi la Terre doit rester immobile 
et le soleil, tourner autour d'icelle,
jusqu'à la fin des temps.

« Le petit moine : Permettez-moi de parler de moi-même. J'ai grandi dans une famille de paysans de Campanie. Ce sont des gens simples. Ils savent tout sur l'olivier, mais à part ça bien peu de choses. Or, observant les phases de Vénus, je crois voir mes parents devant moi, ils sont assis près de l'âtre avec ma soeur, et mangent leur fromage. Je vois, au-dessus d'eux, les poutres, que des siècles de fumée ont noircies, et je vois dans tous leurs détails leurs vieilles mains abîmées par le travail, et la petite cuiller qu'ils tiennent. Ils ne sont pas heureux, mais au sein de leur malheur même se trouve caché un certain ordre. Il y a ces différents cycles, depuis celui des grands nettoyages, jusqu'à celui du paiement des impôts, en passant par celui des saisons dans l'oliveraie. C'est avec régularité que les malheurs s'abattent sur eux. Le dos de mon père se tasse, non pas d'un seul coup, mais un peu plus à chaque printemps passé dans l'oliveraie, de même que les accouchements, qui ont fait que ma mère a été de moins en moins une femme, se sont produits à des intervalles bien précis. La force de traîner, ruisselants de sueur, leurs paniers le long de la montée pierreuse, la force de concevoir des enfants, et même celle de manger, ils la puisent dans le sentiment de permanence et de nécessité que peuvent leur donner la vue du sol, celle des arbres reverdissant chaque année, celle de la petite église, et la lecture de la Bible dominicale. Ils ont reçu l'assurance que le regard de la divinité est posé sur eux, interrogateur, presque anxieux ; que tout ce théâtre du monde est édifié autour d'eux, afin qu'eux-mêmes, les acteurs, puissent faire leurs preuves dans leurs rôles grands ou petits. Que diraient les miens s'ils apprenaient de moi qu'ils se trouvent sur un petit amas de pierres qui, tournant sans arrêt dans l'espace vide, se déplace autour d'un autre, petit amas de pierres parmi beaucoup d'autres, et plutôt insignifiant ! À  quoi serait encore nécessaire ou utile une telle patience, une telle connivence avec leur misère ? À quoi serait encore utile la Sainte Écriture, qui a tout expliqué et tout établi comme indispensable, la sueur, la patience, la faim, la sujétion, et que maintenant l'on juge pleine d'erreurs ? Non, je vois leur regard s'épouvanter, je les vois la cuiller tombant sur la pierre de l'âtre, je vois comme ils se sentent trahis et dupés. "Il n'y a donc pas, disent-ils, de regard posé sur nous. C'est à nous-mêmes de veiller sur nous, ignorants, vieux et usés que nous sommes ? Nul ne nous a destiné un rôle, sinon ce lamentable rôle terrestre, sur un astre minuscule, qui est entièrement dépendant, autour duquel rien ne tourne ? Notre misère n'a aucun sens : la faim, c'est simplement ne rien avoir à manger, pas une mise à l'épreuve ; l'effort, c'est simplement se courber et tirer, pas un mérite." Que je puisse lire dans le décret de la Sainte Congrégation une noble et maternelle compassion, une grande bonté d'âme, le comprenez-vous maintenant ?

Galilée : Bonté d'âme ! Sans doute voulez-vous simplement dire : "Maintenant il n'y a rien, le vin est bu, leurs lèvres se dessèchent, qu'ils baisent la soutane !" Mais pourquoi n'y a-t-il rien maintenant ? Pourquoi l'ordre dans ce pays est-il uniquement celui d'une boîte vide, et la nécessité, uniquement celle de se tuer au travail ? Parmi des vignobles luxuriants, au bord de beaux champs de blé ! Vos paysans de Campanie paient les guerres que le vicaire du doux Jésus mène en Espagne et en Allemagne. Pourquoi place-t-il la terre au centre de l'univers ? Pour que le trône de saint Pierre puisse être au centre du monde ! C'est de cela qu'il s'agit. Vous avez raison : il ne s'agit pas des planètes, mais des paysans de Campanie. »

(Bertolt Brecht, La vie de Galilée

jeudi 31 mai 2018

Fascisme universaliste eurocentré (2)

(Condamnation papale de L'Encyclopédie, septembre 1759)

« Sur le portrait qu'on me fait de l'Être suprême, sur son penchant à la colère, sur la rigueur de ses vengeances, sur certaines comparaisons qui nous expriment en nombres le rapport de ceux qu'il laisse périr à ceux à qui il daigne tendre la main, l'âme la plus droite serait tentée de souhaiter qu'il n'existât pas. L'on serait assez tranquille en ce monde, si l'on était bien assuré que l'on n'a rien à craindre dans l'autre : la pensée qu'il n'y a point de Dieu n'a jamais effrayé personne ; mais bien celle qu'il y en a un, tel que celui qu'on me peint. »

(Diderot, Pensées philosophiques)

Fascisme universaliste eurocentré (1)


« On dira peut-être qu’elles seroient bientôt ruinées ces colonies, si l’on y abolissoit l’esclavage des negres [...]. Il est vrai que les bourses des voleurs de grand chemin seroient vuides, si le vol étoit absolument supprimé : mais les hommes ont-ils le droit de s’enrichir par des voies cruelles & criminelles ? [...] Non....Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux ! »

(L'Encyclopédie, article Traite des nègres, par Jaucourt)

Seek refuge (in «emptied Afrin»)


mardi 29 mai 2018

Ne soyons pas dupes !




Trappes à inactivité

Et pour ce qui est du reste, bien entendu : à glisser dans la fente...

« Les aides sociales sont des "trappes à inactivité" selon Gérald Darmanin. Le ministre de l’action et des comptes publics a estimé mardi que le système social français doit être revu pour inciter davantage au retour à l’emploi. »

(Le Monde, 29-05-18)

lundi 28 mai 2018

Exclusif : dans le cortège funèbre de Serge Dassault !

Émotion. Dignité. Reconnaissance.
Salut, l'artiste.

Des fourmis et des hommes

samedi 26 mai 2018

Garde la pêche, cureton !


vendredi 25 mai 2018

Cortège de tête, voilà ton nouveau patron !


Youcef Brakni, pilier inénarrable des Indigènes de la République, peut être fier de lui, et avoir la confiance. Il mettra en pratique ce samedi, au cours de la «Marée populaire» d'extraction mélenchoniste, la stratégie élaborée voilà peu par son organisation lors du « Bandung du Nord » décolonial, et énoncée alors sans fard par une représentante bien connue des Éditions de la Fibrose. Claude Guillon a rappelé la chose ici et se trouve depuis, pour prix de sa lucidité, en butte à toutes sortes d'attaques de la part des crétins malfaisants indigénisto-compatibles habituels. Nous lui apportons évidemment, sur ce coup-là, notre entier soutien. 

En attendant, la paix sociale doit désormais régner en tête de cortège : veuillez, s'il vous plaît, le noter, conformément aux exigences disciplinaires du PIR, qui interdit l'émeute comme méthode, lui préférant celle, ayant autrement fait ses preuves, de la démonstration politique spectaculaire de masse. Certains «antifascistes», alliés de la première ou dernière heure, auront à coeur de faire strictement respecter la consigne. Au point que les médias dominants s'accordent, d'ores et déjà, pour dire que, cette fois-ci, le black bloc ne devrait pas se montrer. 

La situation politique, sociale, spirituelle et humaine de ce pays n'a sans doute jamais été aussi favorable.  

Mohamed Mbougar Sarr


Ci-dessous, entretien avec Mohamed Mbougar Sarr au sujet de son troisième roman, De purs hommes, paru en France aux éditions Philippe Rey. Le thème de ce livre est le suivant : une vidéo virale, au Sénégal, montre une foule hystérique déterrant un cadavre pour le profaner. Ce qu'on reproche à ce corps, longtemps encore après sa mort même, c'est d'avoir été celui d'un homosexuel, d'un «homme-femme», dont le narrateur, bouleversé, va alors entreprendre patiemment de reconstituer l'histoire.

***

« Dans quel état d’esprit avez-vous écrit ce livre ?

Mohamed Mbougar Sarr : C’est le premier texte que je destine à un public en particulier, les Sénégalais, car il parle vraiment de cette société-là. Bien sûr, d’autres le liront, mais j’espère que mes compatriotes aussi. C’est aussi, chronologiquement, le premier roman que j’ai porté en moi. J’étais au lycée quand j’ai vu la vidéo qui ouvre le livre. Elle m’a marqué et a mis en crise ma propre opinion sur l’homosexualité. J’ai commencé à me poser les mêmes questions que le narrateur : qui était cet homme ? Qui est sa famille ? C’est à cet instant que j’ai décidé d’écrire.

Votre roman confronte deux visions de l’homosexualité au Sénégal. L’une dit qu’elle a été importée d’Occident.

MMS : Au Sénégal, beaucoup de personnes font preuve de cécité volontaire, voire d’un oubli tragique, en disant qu’il y a eu un temps pur où il n’y avait pas d’homosexuels dans le pays. Ceux-ci seraient arrivés avec la colonisation et l’homme blanc. Mais comme très souvent lorsqu’on accuse l’autre d’être l’agent de la décadence, on fait preuve de lâcheté et d’hypocrisie. Les homosexuels ont toujours existé dans la société sénégalaise. Il y a un paradoxe dans le fait de dire que nous sommes aussi dans l’humanité, dans l’histoire, et de vouloir s’en extraire sur la question de l’homosexualité. Il n’y a aucune raison pour que des mœurs qui concernent l’humanité n’aient pas eu cours au Sénégal. Ceux qui accusent les Occidentaux d’avoir importé l’homosexualité se trompent.

L’autre vision dit que les homosexuels avaient autrefois un rôle dans la société sénégalaise.

MMS : En écrivant ce livre, j’ai rencontré des personnes qui m’ont parlé d’une époque où les goor-jigeen (les "hommes-femmes", en wolof) marchaient tranquillement dans la rue. Ce mot désignait un travesti, qui était peut-être homosexuel. Les goor-jigeen aidaient les femmes dans la préparation des cérémonies et des sabar, les fêtes traditionnelles. Ils étaient souvent les seuls à connaître des poèmes ou des paroles amusantes qui faisaient oublier aux gens la dureté de la vie. Les gens les aimaient pour cela et oubliaient qu’ils pouvaient aussi les détester profondément. En somme, un bon homosexuel au Sénégal est soit un homosexuel qui se cache, soit un amuseur public, soit un homosexuel mort. Pourtant, il y a des sortes de carnavals où les hommes se déguisent en femmes, et inversement. Cela pourrait nourrir une réflexion sur les genres, leur influence et leur porosité. Mais les personnes qui pourraient s’intéresser à ces sujets ne le font pas à cause de la pression sociale.

C’est cette pression sociale qui empêche selon vous le débat ?

MMS : Essayer ne serait-ce que de réfléchir à l’homosexualité, c’est s’exposer à un danger. C’est se rendre compte qu’on est moins radical qu’on le voudrait et donc qu’on est dans le péché. Alors les gens se rangent derrière les lieux communs : "Ils sont malades, il faut les soigner", "Ils l’ont choisi et le font par provocation", etc. Ces paroles empêchent de se demander : " Est-ce que je n’ai pas un ami, un fils, un frère dont je sais ou sens qu’il est homosexuel, et dois-je arrêter de lui parler ?" Malheureusement, le pouvoir religieux a une emprise très forte sur les esprits. Même les hommes politiques ou les universitaires doivent avant tout faire allégeance au pouvoir religieux. Si la situation de l’homosexualité au Sénégal doit évoluer, les religieux se défendront très fortement. On ne fera pas l’économie d’un moment extrêmement violent, dans les débats ou dans les actes.

À quelles réactions vous attendez-vous au Sénégal ?

MMS : Mon roman ne circulera vraiment au Sénégal que dans quelques mois. Ce sera l’épreuve de vérité. Je sais que certains se dispenseront de le lire pour se faire leur opinion. D’autres, qui l’ont lu, m’ont dit avoir été choqués et pensent qu’il peut être dangereux et difficile à accepter dans un contexte sénégalais. On verra. Au Sénégal, on s’expose lorsqu’on pense différemment sur certains sujets. L’homosexualité fait partie de ces lignes rouges. »

(Le Monde, 25-05-18)

Repeal the 8th !


Ci-dessus : Deux combattantes kurdes solidaires du combat pour l'avortement et l'abrogation prochaine du sinistre huitième amendement de la Constitution irlandaise (Rojava, 24 mai 2018). Les inscriptions sur le mur sont en gaélique et en kurde kurmanji.

Sans raison



ERNSTE STUNDE

Wer jetzt weint irgendwo in der Welt,
ohne Grund weint in der Welt,
weint über mich.

Wer jetzt lacht irgendwo in der Nacht,
ohne Grund lacht in der Nacht,
lacht mich aus.

Wer jetzt geht irgendwo in der Welt,
ohne Grund geht in der Welt,
geht zu mir.

Wer jetzt stirbt irgendwo in der Welt,
ohne Grund stirbt in der Welt:
sieht mich an.

(R.-M. Rilke, 1900)

***

Qui maintenant pleure quelque part dans le monde 

Sans raison pleure dans le monde 

Pleure sur moi 

Qui maintenant rit quelque part dans la nuit 
Sans raison rit dans la nuit 
Rit de moi 

Qui maintenant marche quelque part dans le monde 
Sans raison marche dans le monde 
Vient vers moi 

Qui maintenant meurt quelque part dans le monde 
Sans raison meurt dans le monde 
Me regarde.

jeudi 24 mai 2018

Les aveux de la chair


Salut à P.