mardi 5 juin 2018

Fin de la Vérité



« Le scepticisme à l'égard de la possibilité de la métaphysique, l'effondrement de la foi en une philosophie universelle qui servirait de guide à l'homme nouveau, cela signifie très exactement l'effondrement de la foi en la Raison, comprise dans l'opposition établie par les Anciens entre épistémè et doxa. C'est elle, la Raison, qui donne sens de façon ultime à tout ce qui prétend être, à toutes "choses", "valeurs", "buts", en ce qu'elle les rapporte normativement à ce qui, depuis les débuts de la philosophie, est désigné par le terme "Vérité" - vérité en soi - et corrélativement par le terme "Étant" - (...). Que l'homme perde cette foi, cela veut dire ni plus ni moins qu'il perd la foi "en lui-même", en l'être véritable qui lui est propre, lequel n'est pas toujours-déjà sa possession, quelque chose qu'il aurait déjà dans l'évidence du "Je suis", mais quelque chose qu'il n'a et ne peut avoir que sous la forme d'un combat pour sa vérité, un combat pour se rendre lui-même vrai. »

(Husserl, La Crise des sciences européennes et la Phénoménologie transcendantale, 1936) 

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