mercredi 23 mai 2018

« Une gare, c’est un lieu où on croise »...

Ci-dessus, à gauche : Fernande Bagou, 
gréviste et déléguée syndicale CFDT chez ONET (nettoyage des gares), 
lors de la fête de victoire du mouvement (durée : 45 jours), 
Saint-Denis, décembre 2017.

« Fernande Bagou le jure : à Bessancourt, au Gros Noyer et à L’Isle-Adam, les trois gares du Val-d’Oise dont elle "prend soin", elle ramasse au moins une fois par semaine des excréments humains. Sous un abri de quai, près d’une borne à tickets, dans un coin de souterrain… Généralement à 7 heures, quand elle démarre le boulot, juste avant de s’occuper des dizaines de poubelles trônant sur les quais de gare. Ces poubelles qu’il faut charger, évacuer, avant de constater, "désespérée", qu’il ne reste plus de sac propre pour les remplacer : "Moi, dans ces cas-là, je mets ma main directement dans la poubelle pour récupérer les déchets, poignée par poignée. Et je prie pour ne pas tomber sur du vomi." 
En treize ans de métier, Fernande Bagou n’a pas seulement appris à dompter les effluves pestilentiels de ses semblables, elle s’est aussi initiée aux sacs de 15 kilos sans chariot, aux serpillières sans seau, aux journées sans pause-déjeuner : "Si je veux avoir le temps de faire mes trois gares, je ne peux pas m’accorder de pause. Je viens avec une pomme ou une banane et je fais 7 heures-14 heures comme ça. Et puis, où est-ce que je me poserais ? Sur un banc dans le froid ? Les gens de la SNCF ne veulent pas que j’entre dans leur cuisine, faut pas rêver ! Pareil pour les toilettes. Alors je suis là, surtout en période de froid, à essayer de me concentrer sur autre chose et contracter les muscles jusqu’à ce que je rentre chez moi." Elle n’envisage qu’une finalité à cette mobilisation sociale : de la reconnaissance, "enfin." »

(Libération, 10 décembre 2017)

OSEF


Le président turc Erdoğan a adressé ce matin ses félicitations officielles à Nicolas Maduro pour avoir remporté les élections vénézuéliennes, ouvrant pour lui la voie à un nouveau mandat dans son pays, selon une source autorisée.

(Agence officielle Anadolu, 23 / 05 / 18)

French Gendarmerie working

ZAD de Notre-dame-des-Landes, France, 22 mai 2018.


A young man just lost his right hand, 
due to a french gendarmerie's grenade.
(L'Express, 23 mai 2018)

French Police working

Paris, 22 mai 2018.

mardi 22 mai 2018

Tidiane N’Diaye


« Ce nouvel essai de l'anthropologue Tidiane N'Diaye, auteur de L'éclipse des dieux, fait le point sur l'esclavage en Afrique depuis la haute Antiquité. Il souligne le caractère monstrueux de la traite saharienne, qui conduisit les Arabes à razzier l'Afrique noire pendant treize siècles sans interruption. Tidiane N'Diaye brosse le portrait de l'Afrique avant la pénétration de l'islam. Dans son infinie variété, le continent présente des sociétés hiérarchisées, généralement organisées autour du matriarcat et d'un système de "castes" très hiérarchisée. Dans ces sociétés, les esclaves, captifs ou esclaves de naissance, représentent environ un quart de la population. Ils font partie de la famille au sens large, avec un statut qui les rapproche des serfs du Moyen Âge bien plus que des esclaves des plantations sucrières du Moyen-Orient ou d'Amérique. Ils servent comme esclaves de case, esclaves de champ ou aussi bien comme guerriers. Les témoignages de voyageurs ne font pas état de sévices et de maltraitance particulière à leur égard et au temps de la colonisation, beaucoup d'Européens, tels Faidherbe ou Gallieni, répugneront à détruire cette forme de servitude avec le système social qui la soutient.
Tout autre est l'esclavage introduit par les conquérants et les trafiquants arabes dès le VIIIe siècle. Celui-ci s'accompagne de brutalités extrêmes, à commencer par la castration en ce qui concerne les hommes et les viols en ce qui concerne les femmes. Il se double d'un immense mépris pour les Noirs. Ce mépris est réciproque comme l'observe le voyageur écossais Mungo Park, à la fin du XVIIIe siècle. Les "Maures" sont craints tout autant que haïs par les sédentaires noirs de l'Afrique de l'Ouest. 
La castration, effectuée sans ménagement avant la traversée du désert ou de l'océan, se solde par une mortalité effroyable, sans doute les trois-quarts des hommes concernés. À la grande différence de la traite atlantique, la traite saharienne et la traite dans l'océan indien vont de ce fait se solder par la quasi-disparition des populations d'esclaves. Rares sont ceux qui feront souche au Moyen-Orient et en Égypte. Cette éradication méthodique a inspiré le titre de cet essai : Le génocide voilé. En s'appuyant sur les témoignages des voyageurs, comme le géographe de Cordoue Al Bakri, Tidiane N'Diaye décrit avec brio le développement de la traite saharienne puis de la traite maritime, au départ de Zanzibar et à destination de la péninsule arabe, au XIXe siècle. Cette dernière bénéficie de l'acceptation tacite des Britanniques, intéressés au maintien de bonnes relations avec les trafiquants de l'océan Indien, au premier rang desquels Tippou Tip, célèbre négrier de Zanzibar. Le génocide voilé est un ouvrage très documenté qui témoigne d'une grande érudition. Bien écrit, il se lit avec aisance. Il permet de comprendre la complexité d'un phénomène, l'esclavage des Africains, qui ne se réduit pas, loin de là, à la traite atlantique pratiquée par les Européens. »

(Hérodote, 10/06/2016)

Hogs and Cuties

   

En toute transparence


« Et c'est un moine tout transparent, dans sa soutane blanche, qui se pencha alors sur lui, posant la main sur son énorme tête d'ours, qui ruisselait de sang. Et au contact de cette main tout devint si clair et chaud.
- Tu en as eu assez, de peines. Allons, viens mon frère !
Et ils s'en allèrent, l'ours et le moine, tous les deux transparents... »

(Ivan Loukach, L'ours de Saint Séraphin)

dimanche 20 mai 2018

Amphi J

(à la soi-disant Commune soi-disant libre de Tolbiac, récemment)

vendredi 18 mai 2018

Ramón Rull Linhoff


« Ramón Rull Linhoff, valenciano de 55 años afincado en Madrid, pero con un corazón inquieto que le hacía recorrer el mundo luchando contra la injusticia, desde Panamá a Oriente Próximo, habría perdido la vida en un atentado en el norte de Siria mientras se encontraba combatiendo como un camarada más de las milicias kurdas contra el Estado Islámico, según voluntarios españoles contra el DAESH que también se encuentran en la zona (...). A la espera de su confirmación oficial, los compañeros de armas de Kandal, como era conocido dentro de su unidad de voluntarios, lamentan su pérdida a la vez que, orgullosos, destacan la "ilusión, valor y determinación" con la que viajó hacia la zona bélica el valenciano a finales de febrero. La explosión de una bomba trampa colocada por los terroristas de DAESH en una acción de combate en una localidad del norte de Siria ha causado varias bajas entre los milicianos kurdos, entre ellos estaría supuestamente Ramón Rull. 
Los voluntarios españoles destacan en un comunicado que tienen "la certeza de que se ha encontrado con la muerte de manera instantánea, sin sufrir, ya que falleció en el acto". Y añaden de él : "Seguro que lo hizo con su eterna sonrisa en esa cara de hombretón bueno que todos recordaremos siempre"». 

(Levante emv, 16-05-18) 

mercredi 16 mai 2018

Sauf notre forme-valeur !



« Si longue qu'ait pu être la succession des reproductions périodiques et des accumulations antérieures que le capital fonctionnant aujourd'hui a connue, il conserve toujours sa virginité originelle. Aussi longtemps qu'à chaque acte d'échange - pris individuellement - les lois de l'échange sont observées, le mode d'appropriation (du surtravail) peut connaître un bouleversement total sans affecter en aucune manière le droit de propriété conforme à la production marchande. »

(Karl Marx, Le Capital, Livre I)


C'est sur ce genre de considération marxienne que s'appuie Alfred Sohn-Rethel, dans son ouvrage La monnaie, l'argent comptant de l'a priori, récemment réédité aux Éditions la Tempête (2017) pour asséner sa thèse radicale : l'apparition de la monnaie, en Grèce, vers 680 avant Jésus-Christ en Lydie et en Ionie, conditionne (et coïncide avec) l'apparition de la pensée abstraite, de ses catégories de l'entendement, promises pour des siècles au succès que l'on sait, jusqu'à leur consécration kantienne dans la Critique de la Raison pure. De quoi s'agit-il, au juste ? Rien d'autre que du pendant réel (ou : abstraitement réel, car c'est ainsi, comme abstraction réelle, que se définit l'argent) de ces catégories philosophiques présentées par les idéologues bourgeois comme nécessaires, anhistoriques, valables chez tout humain en tous temps et lieux, bref : universelles. L'argent, en ce qu'il rend possible l'équivalence abstraite générale de toutes choses (sous forme de marchandises), aurait aussi imposé la pensée (ou les conditions de celle-ci) correspondant à une telle équivalence générale, une pensée capable (via ses concepts abstraits) de rendre identique le non-identique, commensurable l'incommensurable : de faire, en clair, violence au singulier sommé de rentrer dans le rang du comparable et du générique. Adorno resta stupéfié devant l'audace d'une telle thèse. Il dépouilla d'ailleurs, sans aucun doute et avec le manque de scrupules qui le caractérisa toujours, Sohn-Rethel de cette hypothèse terrible, qu'il fit fructifier à sa sauce, selon ses goûts encore plus compliqués et pessimistes, peut-être. Horkheimer, lui, ne voyait là (grand défenseur quand même : conservateur ! des Lumières et de leur destination émancipatrice) qu'«imposture théorique», selon sa propre expression. Quant à nous, nous ne savons quoi en penser au juste. Mais le soupçon demeure (avec l'ambivalence afférente, déjà présente chez Marx lui-même) d'une ignorance coupable, ici, de l'histoire concrète et de ses expériences infiniment diverses. On nous l'a tellement fait, faut dire, le coup de la structure indépendante, du mode de production chimiquement pur, essentiel dans l'idée, bref fondamentalement intemporel, survivant à ses modes successifs : non-affecté, au fond, par les irruptions, bouleversements et événements sauvages minant régulièrement ce monde scandaleux. C'est pour ça. On se méfie. Reste que sur la question de la mise en arpentage du monde, à compter du galiléisme appliqué, Sohn-Rethel est éblouissant. Et son texte, explosif.  

lundi 14 mai 2018

Un massacreur de génie


« Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Moltke, a répondu un jour, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici : " La guerre est sainte, d'institution divine ; c'est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments : l'honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme." (...)

Nous l'avons vue, la guerre. Nous avons vu les hommes, redevenus des brutes, affolés, tuer par plaisir, par terreur, par bravade, par ostentation. Alors que le droit n'existe plus, que la loi est morte, que toute notion du juste disparaît, nous avons vu fusiller des innocents trouvés sur une route et devenus suspects parce qu'ils avaient peur. Nous avons vu tuer des chiens enchaînés à la porte de leurs maîtres pour essayer des revolvers neufs, nous avons vu mitrailler par plaisir des vaches couchées dans un champ, sans aucune raison, pour tirer des coups de fusil, histoire de rire.

Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme. »

(Guy de Maupassant, Sur l'eau)

Ça se défend


dimanche 13 mai 2018

Dans les années 300


« L'homme n'accepte pas facilement que sa vie soit presque entièrement négative, ne soit composée que de malheurs, de défauts et d'absences : la plénitude est sa plus profonde loi. Dans les années 300, personne ne pensait plus à la justice, au devoir, à la vertu, au progrès : ce ne sont pas les valeurs des mondes désespérés. On voulait simplement être "sauvé". Ce qu'il y a de grand chez Épicure, c'est de ne point proposer, comme le christianisme le fera, un salut qui est une évasion vers le ciel, mais une entreprise terrestre. Il ne promet à personne une richesse céleste, une richesse succédant à la mort. Le salut n'est pas dans le ciel, dans l'esprit, dans la mort. Épicure apporte une sagesse matérialiste, qui ne demande qu'au corps et à ses vertus le secret de ne pas mourir désespéré. Il lève ce "drapeau du pain terrestre" dont parle Ivan Karamazov dans le mythe du Grand Inquisiteur.

L'époque d'Épicure est celle de l'oppression : il la décrit sachant qu'elle a ses racines dans la condition faite à l'homme. Il ne s'égare pas, il va vers l'essentiel et ne répète jamais que lui. La philosophie n'est pas un divertissement, un luxe de professeurs, un exercice spirituel, mais un travail sur le plus pressant des problèmes. Il ne faut pas faire semblant de philosopher : on ne fait pas semblant de chercher la santé, on la cherche. Il ne faut pas remettre cette recherche au lendemain : il n'y a pas d'âge pour la sagesse, qui est un acte orientant tout l'homme vers sa vérité, une conversion et un arrachement. L'homme total est en jeu : il n'y a pas une sagesse de la tête, et une sagesse de la rate et du foie. Il n'y a pas une sagesse pour tel ou tel âge : celui qui dit que le temps de la sagesse n'est pas venu ou est passé ressemble à celui qui dirait qu'il n'y a qu'un temps pour le bonheur. »

(Paul Nizan, Les matérialistes de l'antiquité)

Toute ressemblance, etc.


samedi 12 mai 2018

Check your Privilèges !

vendredi 11 mai 2018

Bien joué

   

« Les examens prévus à Arcueil vendredi et samedi sont annulés, communique ce vendredi à 10 h 30 l'université de Nanterre. Plusieurs centaines d'étudiants de cette université attendaient depuis 9 h de passer leurs partiels à la maison des examens d'Arcueil (Val-de-Marne). Mais l'accès était bloqué par des opposants aux nouvelles règles d'accès à l'université, a constaté une journaliste de l'AFP. Paralysée depuis trois semaines, la faculté de Nanterre avait acté l'impossibilité d'organiser des partiels sur le campus et décidé d'en délocaliser une partie au centre d'Arcueil afin de permettre aux étudiants de valider leur semestre. L'entrée du centre d'examen était toutefois bloquée vendredi matin par des opposants à la loi sur l'université, empêchant le début des examens prévu à 9 h (...). Présentes sur place, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser les manifestants et libérer l'accès aux bâtiments. A quelques dizaines de mètres de là, sur le quai du RER B, des étudiants leur lançaient des slogans hostiles : " Cassez-vous, cassez-vous ! ". Jeudi soir, le "comité de mobilisation de la fac de Nanterre" avait lancé un appel à "tous ceux qui aujourd'hui défendent le droit de grève, les étudiant.e.s, les enseignant.e.s, les postier.e.s, les cheminot.e.s, les salarié.e.s, les chômeurs et chômeuses" pour se rassembler devant la Maison des examens d'Arcueil. "Dans ce contexte de grève nationale (...), maintenir les partiels c'est vouloir casser la grève", arguaient les étudiants dans un communiqué. »

(20 minutes, 11/05/2018)

mercredi 9 mai 2018

Samedi soir (plutôt que Lundi matin)


Samedi prochain, des camarades reçoivent d'autres camarades, lesquels parleront, en présence probable de nombreux camarades vivants et vivantes, d'un camarade mort, quoique immortel (car tous les camarades le sont). Dit comme cela, bien entendu, la chose sonne mal, apparaît rébarbative, lourdement grevée, qui plus est, par cet universalisme niveleur dont nous sommes coutumiers, fleurant bon, ou mauvais, son impérialisme abstrait et honteux. Mais si l'on précise immédiatement que c'est à La Rétive, bibliothèque amie sise à Alès, que tout cela se passera, et que ces invités du soir n'y seront autres que les potos des éditions de l'Asymétrie, lesquels présenteront un livre récent consacré à un célèbre libertaire anti-colonialiste indien du siècle passé (voir ci-dessous), alors soudain ! convenez que les couleurs, nuances subtiles et chatoiements du temps (présent, passé, futur) et de l'espace surviennent au coeur de la proposition, ne pouvant plus, dès lors, que vous séduire. Et c'est ainsi que La Rétive vous aura happés. Précisons qu'on y fait aussi à manger, et bien d'autres choses encore. Aux couleurs s'y mêlent les parfums. De printemps.



« Le 12 mai 2018 à 19h00
Discussion “Pourquoi je suis athée”
Bhagat Singh, 1930, traduit de l’anglais (Inde)
par les éditions de l’Asymétrie, 2016, 128 p.
En présence des traducteurs/éditeurs.

Ce texte, écrit en prison en 1930 par celui que l’on a surnommé le "Che Guevara libertaire" indien alors qu’il est condamné à mort, constitue un brûlot malmenant à la fois les religions, les castes, et le colonialisme. Encore très diffusé aujourd’hui en Inde, et au cœur de nombreuses récupérations, il exerce une influence toujours déterminante sur les luttes contre tous les fanatismes, notamment celles des blogueurs, éditeurs et libres penseurs d’Asie et du monde arabe. Cette traduction est donc accompagnée des contributions de quatre d’entre eux, qui soulignent l’actualité de Bhagat et de ses combats.

Les bénéfices tirés de la vente de ce livre sont reversés au site internet Mukto-Mona (Libre pensée), qui héberge les blogs de plusieurs athées bangladais.

Les éditeurs partiront de cet ouvrage pour parler de l’athéisme à travers le monde (dont le blog Solidaires athées se fait l’écho). Nous pourrons aussi discuter du danger de la religion ; et de la nécessité d’appréhender le monde dans sa réalité pour combattre l’exploitation et toute forme d’oppression. »

La Rétive (écouter la présentation du lieu ci-dessous).

Tamam ?