mercredi 2 mars 2016

Cinq pièces faciles


1
La réalité est l'absence apparente de contradiction.

2
Le merveilleux, c'est la contradiction qui apparaît dans le réel.

3
L'amour est un état de confusion du réel et du merveilleux. Dans cet état, les contradictions de l'être apparaissent comme réellement essentielles à l'être.

4
Où le merveilleux perd ses droits commence l'abstrait.

5
Le fantastique, l'au-delà, le rêve, la survie, le paradis, l'enfer, la poésie, autant de mots pour signifier le concret.


(Louis Aragon, Le paysan de Paris)

Note du Moine Bleu : On se déprendra utilement, relativement à ce qui précède (voir pièce n°1), de l'erreur fatale de traduction (laquelle fut aussi, jusqu'à peu, la nôtre) aboutissant à prêter, absurdement, à Hegel la pensée suivante : Tout ce qui est réel est rationnel. Le réel, comme on le voit ici, pourrait aussi bien être désigné la fausseté, ou l'irrationnel suprême, à force de n'être pas médiatisé, de gésir seulement dans l'apparence la plus pauvre. L'immédiat, de même que l'instant considéré pour lui-même, ne fascine ainsi jamais que les libéraux, de gauche ou de droite, et l'empirisme de manière générale : ce bon gros bon sens ne croyant que ce qu'il voit, ou se sent voir, et tissant volontiers, à son propre sujet autocentré, ses très sordides et positives mythologies. Impossible donc, sitôt cette erreur corrigée, de considérer Hegel comme cet apologète de l'existant que les fines mouches spinozistes dénoncent le plus souvent, lui qui, à la moindre seconde, chercherait plutôt (comme parfaitement aperçu, en l'espèce, par Aragon) à présenter le rationnel comme le con-cret, le pris-ensemble conflictuel des contradictions fondant, seul, le rationnel proprement entendu. C'est pour cette raison que Hegel demeure toujours un camarade, que nous saluons, d'ailleurs, au passage, et à qui nous souhaitons une bonne journée. Ainsi, bien sûr, qu'à Mme Hegel.

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