vendredi 6 mars 2015

Training hard

 
Training hard, fighting easy, Gözde Türkkan aka Mimiko (2011).

« De fait, comme les autres, le pratiquant martial désespère.
Mais lui désespère en acte.
Durablement, avec régularité et dans la plus grande sérénité possible, il abandonne en acte la quête de toute bonne raison à ce désastre, la perspective de fonder celui-ci sur une cause satisfaisante, une loi transcendante, une chute originelle quelconque. Le pratiquant pourra bien, certes, défendre l'idée du périssement nécessaire de toutes choses, du mouvement incessant de la mort et de la régénération, et déjà tirer de cette position une joie efficace. Mais cela - employé seul - resterait une idée, et toute idée se défait de nous dès qu'on croit se la donner. Dans l'art martial, le pratiquant se donne effectivement ses lois, et sa raison. 

D'une manière arbitraire, c'est vrai.
Mais il le fait.
Pourquoi ces gestes répétés, enchaînés ? Pourquoi ne pas attendre seulement, sans rien faire qu'essayer d'oublier, dans un abrutissement quelconque, la fin qui vient ?
- Parce que je le veux...
Le dynamisme de cette pratique, l'assomption de l'absurdité des lois que le corps se choisit et s'impose opposés à l'autre gratuité, celle - inconsciente, impersonnelle - de l'expérience humaine, telle est la discipline martiale : un arbitraire joué contre un autre. »

(Extrait d'un texte anonyme publié dans la revue Lézards martiaux n°14, juin 2006).

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