mercredi 10 janvier 2018

La tribune qui fait scandale !


22 commentaires:

  1. Ligne de crête, Moine.

    La femme-produit d'Ovidie en dit bien plus que cette tribune réactive dont l'argument du frottage dans le métro, par celles qui le prennent très peu (dont cette chienne lubrique politique d'Elisabeth-Levy-de-Causeur, potesse à Finkielcacaboudin, au demeurant), bousille l'esquisse de critique de la société de surveillance tous azimuts lisible entre les lignes dans certaines intentions de la tribune.

    À une époque déjà bien ancienne, avant Internet, une femme avait pris la main qui la frottait dans le métro. Elle l'avait levée bien haut en disant, tout aussi haut : "C'est à qui ça ?". Honte bue in situ du titulaire de ladite main. Et elle ne s'en serait pas vantée sur les réseaux dit sociaux. Elle gardait cette admirable anecdote pour ses amis, avec une fierté qu'elle pouvait porter en bandoulière.

    “L'homme [générique, donc aussi les femmes, ndla] repousse sa conscience, comme un importun dont il craint le regard" Sosthène de La Rochefoucauld-Doudeauville (rue importune)

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    1. Votre histoire est jolie, mais la paroissienne que vous évoquez manquait un peu de courage: avec un peu plus d'audace ce n'est pas la main dont elle se serait emparée pour la lever bien haut et dénoncer son propriétaire...

      Abbé Lecornu

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    2. Vous nous pardonnerez cette boutade de "ligne de crête", cher Schizosophe. Lier liberté d'importuner (la police et la bourgeoisie : du genre, par exemple, de celle ayant signé la tribune polémique ici évoquée en creux) et liberté sexuelle est un de nos vieux dadas théoriques. On n'aura pas l'une sans l'autre. Par ailleurs, au risque de vous choquer (et avec vous bon nombre de nos camarades), l'initiative Balance-ton-porc ne nous aura posé, à nous, aucune espèce de problème, en tout cas aucun problème qui s'alignât en face de celui de la souffrance des femmes persécutées quotidiennement par leurs agresseurs. Il nous fut même grandement plaisant de voir ces raclures masculines se rengorger, prendre peur, s'inquiéter gauloisement. Il est toujours fort piquant d'entendre des Zemmour-Finkielkraut ou autres merdes hurler tout-à-coup (tels de rudes affranchis racisés du 9-3) à la "poucave" lorsque le nom d'un de leurs collègues se trouve simplement diffusé publiquement, comme celui du porc qu'il aura juste ponctuellement été çà et là. Ces gens retrouvent soudain une haine de la justice bourgeoise et de sa police qu'on eût été bien en peine de soupçonner chez eux durant toute l'année civile ordinaire, celle-là même que scandent les assassinats innombrables perpétrés sans vergogne ni réprimande par nos chères forces de l'ordre. Que la peur et la honte changent (un peu) de camp de temps à autre, voilà qui nous réjouit fort (et que ce soit alors par internet, par le droit bourgeois, par la violence révolutionnaire ou par tout autre moyen, franchement : peu nous importe). Quant aux femmes qui roulent pour les mecs, ma foi, la surprise n'est plus, en ce qui nous concerne, de rigueur, depuis Delphy-Bouteldja jusqu'à -donc, aujourd'hui - Deneuve, Millet ou la présidente d'ETHIC (sic). Pas de différences, au fond, entre les positions également abstraites (absurdes) de telle imbécile pro-"indigènes" assimilant sans plus de nuances, voilà quelques années, la galanterie raffinée et l'insulte ignoble de rue, et - de l'autre côté - nos anti-féministes actuelles défendant, en quelque sorte, l'une et l'autre, au nom de la "liberté sexuelle". Pas de différence, une simple symétrie anti-dialectique. D'un côté, réduction sociologique collectiviste du désir (la galanterie et la drague de rue auraient au fond le même objectif : baiser ; on peut donc nier TOUTE importance effective du clivage nature-civilisation). De l'autre : apologie amorale de la force libérale du "premier de cordée" (ici, de la première de cordée) capable de ne pas se laisser traumatiser par une agression sexuelle (tu t'en remettras, ma fille ou alors c'est que t'es vraiment qu'une merde trop sensible, devant céder la place aux fort.e.s, comme dans tout autre secteur de la société). La vérité, c'est que la pulsion de droit - évidemment bien différente de ce que la bourgeoisie fait en définitive du droit - effraie tous ces gens. Les femmes ne veulent pas se faire emmerder, dans la rue ou ailleurs, et elles sentent confusément avoir un droit inaliénable à cette tranquillité. Or, ce droit ne peut être pensé que collectivement, socialement (contre l'individualisme anti-juridique) quoique il concerne une part tout aussi radicalement intime et individuelle d'elles-mêmes. C'est cette articulation libertaire-là qu'il nous faut repenser, entre individu et société, et défendre sans cesse.

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    3. Nous sommes bien d'accord, Moine.

      Pas de choc me concernant lié au hash-tag à cochons, qui ne m'empêchera de revoir des films de Polanski (notamment le très féministe “Répulsion”*) ou d'admirer Kevin Spacey. Et il se trouve que votre formule “Pas de différences, au fond, entre les positions également abstraites” m'était presque venue en bouche cet après-midi où j'avais parlé de "leur (les bourges) débat abstrait".

      Ne pratiquant pas le twittage, je ne suis pas allé vérifier si en deçà des vedettes nulle Pépette pauvrette n'a poucavé un innocent Roger tout aussi paumé par le hash-tag à cochons. Au moins ça n'aura pas fait tant de bruit. Et tant mieux si le twittage est réservé aux Kevin et aux Jenifer.

      Incidemment, “pulsion de droit”, une expression à creuser !

      *Repulsion : http://www.ina.fr/video/I04176647

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    4. Cf "Droit naturel et dignité humaine", de qui vous savez.

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    5. Il faut avouer que ça commence à devenir un peu n'importe quoi cette histoire: https://www.slate.fr/story/155555/matt-damon-harcelement-sexuel-culture-viol

      Alors qu'au fond il ne s'agit même pas dans tout cela de ne serait-ce que baiser. Il s'agit en fait de dominer, c'est à dire que l'intérêt n'est pas ce qu'il va se passer quand on mettra machin dans machine mais juste d'avoir mis machin dans machine. On est dans une sorte de sexe abstrait, pure dépense de muscles et de semence où chaque porteur de queue se tient derrière le catalogue des femmes qu'il a visitées (à défaut, emmerdées), confondant ainsi tourisme et voyage (ouais, petite pensée à Guy-Ernest). Sans cela, même pour « tirer un coup », c'est à dire ne s'attacher qu'à construire un moment à deux (ou plus, hein...) « pour voir », le viol ou l'extorsion seraient proprement inconcevables, car alors *rien* ne peut se passer. Mais ça les néopuritain·e·s et leur « culture du viol » ne le voient pas, trop occupés qu'ils sont à « édukélézôms », c'est à dire à leur culpabiliser l'érection hors-contrat à coups de statistiques. Tous ces gens-là appartiennent bel et bien au même monde.

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  2. Aux dernières nouvelles, Nadine Morano signe la pétition des Millet-Lévy et Consorts. No comment.

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  3. Des femmes comme Annie Le Brun, qu'est-ce qu'elles en pensent ?

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    1. J'aimais bien cette femme, c'est dommage qu'on ne l'entende plus.
      Sinon, j'ai écouté Abnousse Shalmani, j'ai trouvé ce qu'elle dit nuancé et intelligent. Déjà elle dit "des femmes" et pas "les femmes".

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  4. Je ne peux évidemment pas me faire son porte parole, mais je pense qu'elle renverrait dos-à-dos les néo-puritain.e.s (dont la triste Caroline de Haas qui assimile implicitement tous les hommes à des violeurs: https://lignesdeforce.wordpress.com/2017/10/25/domination-masculine-la-realite-suffit-helas/) et les raclures néo-réacs de l'autre bord... D'autant plus que réhabiliter la délation, même si c'est pour la bonne cause, et qu'elle vise pour l'essentiel de parfaites ordures, est pour le moins problématique.

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    1. Délation, dites-vous ? Peut-être. Mais il nous semble surtout s'agir de livrer au public le nom d'un violeur ou d'un agresseur sexuel, pas à la police. La nuance vous paraîtra sans doute dérisoire, la flicaille faisant désormais ses courses sur internet, comme tout le monde. La question, néanmoins, serait de savoir à combien de poursuites légales ce genre de démarches ont exactement donné lieu. Le hiatus semble important, et donc accréditer l'idée qu'il ne s'agirait justement pas, là, de délation. Méfiance, donc, avec ce terme. Pour rappel, Zemmour, le premier, a osé le rapprochement crasseux avec la situation des Juifs traqués sous l'occupation : "Balance ton juif : ce hashtag aurait bien marché à l'époque". Le dazibao accusatoire, quand il est couvert par un pouvoir totalitaire, doit être présenté pour ce qu'il est. De même, inversement, l'accusation publique d'un porc qui croyait s'en tirer, qui pensait ne jamais être rattrapé un jour, dans sa bonne petite vie bourgeoise familialiste, par son comportement passé. C'est cette angoisse-là qui est de pure justice : némésiste.

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    2. De Haas, c'est pas l'imbécile tartuffienne qui disait que le harcèlement machiste était juste qu'un problème de trottoir qu'il fallait élargir ? Bataille de titans (ou de titanes), comme on peut voir...

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  5. Dans le viol d’une femme (ou d’un homme), le seul qui perd sa dignité est le violeur. La dignité de la femme violée n’est absolument pas en cause. Les signataires de la tribune du Monde ont donc littéralement raison, et leurs détracteurs font, sur ce point, au mieux un contre-sens, au pire une mauvaise action, en accordant au violeur un pouvoir moral qu’il n’a pas sur sa victime.

    La tribune publiée par Le Monde le 9 janvier intitulée : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », a suscité des réactions extrêmement violentes. Le passage ci-dessous a beaucoup choqué :

    « Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. »
    Dans le viol d’une femme (ou d’un homme), le seul qui perd sa dignité est le violeur. La dignité de la femme violée n’est absolument pas en cause. Les signataires de la tribune du Monde ont donc littéralement raison, et leurs détracteurs font, sur ce point, au mieux un contre-sens, au pire une mauvaise action, en accordant au violeur un pouvoir moral qu’il n’a pas sur sa victime.

    La tribune publiée par Le Monde le 9 janvier intitulée : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », a suscité des réactions extrêmement violentes. Le passage ci-dessous a beaucoup choqué :

    « Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. Car nous ne sommes pas réductibles à notre corps. »

    Voici la réaction à cette phrase de l’éditorialiste M. Nicolas Domenach, elle est assez significative :

    « Autrement dit, toutes celles qui ont été outragées, brutalisées, et même violées n’ont pas à se plaindre. Une telle inconscience suscite la nausée effectivement. »

    Nicolas Domenach, avec la plupart des commentateurs, fait un contresens total.

    Qu’est-ce que la dignité ?

    Voici une définition du Larousse : «Respect que mérite quelqu’un ou quelque chose.»

    Les victimes de viol ont-elles perdu le respect que nous leur devons ? Evidemment pas. Seul le violeur a perdu notre respect, seul le violeur a perdu sa dignité. Une victime de viol peut être traumatisée (parfois à vie), souffrir énormément, mais la seule chose, précisément, à laquelle son violeur n’a aucun accès, c’est sa dignité. Une victime de viol ne perd pas plus sa dignité qu’une victime d’attentat restée handicapée, pour prendre un autre exemple de crime insupportable.

    La dignité d’une femme n’est pas entre ses jambes.

    Seuls les intégristes religieux, les machistes à l’ancienne ou les puritains obsessionnels, estiment qu’une femme non pucelle au mariage, ou adultère, est « indigne ». Seuls les mêmes, donc, devraient pouvoir croire qu’une femme a perdu sa dignité dans un viol. Dans certains pays, des femmes violées sont d’ailleurs assassinées par leurs familles au nom de « l’honneur ».

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  6. Le contresens de M. Domenach (et de la plupart des commentateurs) est donc total. Le passage de cette tribune est non seulement exact (et « digne » ai-je envie d’ajouter) mais il nous rappelle une vérité fondamentale : le violeur, l’agresseur, le criminel, n’a aucun pouvoir moral sur sa victime.

    Pourtant M. Domenach et ceux qui le suivent veulent absolument que le viol touche à la dignité des femmes. Et pourquoi ? Parce que, dit-il, nier l’atteinte à leur dignité c’est affirmer qu’elles «n’ont pas à se plaindre.» Le texte de la tribune ne dit pas du tout cela. Bien sûr elles peuvent se plaindre : le viol est une monstrueuse souffrance physique et morale, personne n’en doute à part quelques imbéciles , extrémistes et provocateurs, inutile d’inventer une perte de dignité pour se plaindre, inutile de s’aligner sur tous les intégristes et puritains.

    Une idée implicite (et contestable) du mouvement #metoo est que la victimisation des femmes est un moyen de lutter contre les violences qu’elles subissent. Ce que révèle la critique de M. Domenach, c’est que la pseudo « perte de dignité » est sans doute pour ce mouvement un simple instrument de plus au service de cette nécessaire et utile victimisation. Plus les femmes pourraient «se plaindre», plus on lutterait contre le fléau de la violence dont elles sont victimes, en somme.

    Pourtant, imaginer que le discours sur l’atteinte à la dignité dissuaderait le moindre violeur paraît ridicule. Quant aux victimes, leur raconter que l’humiliation qu’elles peuvent ressentir serait justifiée, non seulement ne les aide pas, mais augmente en réalité leur souffrance morale.

    Cette tribune leur dit précisément le contraire : ne vous sentez pas humiliées, votre dignité n’a rien à voir dans cette affaire. Paradoxalement, Mesdames Sarah Chiche, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Peggy Sastre, Abnousse Shalmani et les autres, aident peut-être plus les femmes violées et agressées sexuellement que beaucoup de discours creux sur la «parole libérée» du mouvement #metoo.

    Au total cette importante tribune est très mal lue, c’est le moins que l’on puisse dire.

    Mais c’est le lot de ceux qui ne suivent pas le violent courant du conformisme.
    http://blogs.lexpress.fr/le-choix-des-mots/2018/01/11/dignite-et-viol-a-propos-de-la-controverse-sur-la-tribune-du-monde-signee-par-mesdames-deneuve-millet-etc/

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    1. Certes, mais la dignité suppose la vengeance. Il n'y a aucune dignité pour l'exploité dans sa capacité à supporter christiquement l'exploitation. On peut donc discuter de la portée de balancetonporc et metoo en tant que moyen mais pas en tant que fin. « Rendre le mal d'abord, le bien, on verra... ».

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    2. @Vilbidon : Bien d'accord avec vous. La fin, en l'espèce, est d'empêcher au maximum viols et agressions. De dire leur vérité aux agresseurs : à savoir, "vous êtes des porcs et nous aurons notre vengeance". Mais Marx notait déjà que les hommes détestaient par-dessus tout qu'on leur dise ce qu'ils sont au juste. Quand les totos allemands écrivaient sur les murs : "violeurs on aura votre peau" , quand les bérus chantaient "Hélène et le sang", etc, participaient-ils du "violent courant du conformisme" ? Non. Ils usaient de menaces, pour contre-carrer les porcs. Et ils disaient à ceux-ci leur vérité.
      @prh : Qui a jamais remis en cause, dans tout ce débat que NOUS avons ici, la "dignité des femmes violées ? Domenach ? Mais qu'a-t-on à foutre de ce type au juste ? On ne questionne pas là la valeur de telle ou telle idée ou représentation (la "dignité" des femmes violées, par exemple) mais bien, pragmatiquement, l'efficacité relative de tel ou tel discours ou de telle pratique en vue d'éliminer (ou au moins de réduire) la domination machiste violente s'exerçant au quotidien sur les femmes (et sur les hommes aussi, d'ailleurs). L'une ou l'autre des "tribunes" ici mises en cause (et la sociologie diverse de celles les ayant rédigées) influent-elles davantage sur une telle efficacité ? Voilà tout ce qui nous occupe.

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    3. Salut le moine.
      Domenach, je m'en fous également. Le problème c'est que les Domenach sont des milliers ces temps-ci à s'égosiller et à faire dire à un texte ce qu'il ne dit pas - ou mieux : à lui faire dire le contraire.
      Autre chose: cette tribune, également, je m'en fous. Elle ne va pas bien loin, elle est pleine de maladresse, mais franchement, pas de quoi en chier un fromage. Ce qui m'interpelle plutôt ce sont les réactions qu'elle suscite, et qui me font dire qu'on est cerné par les analphabètes.

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    4. Ça évoque également Festen de Vinterbeg. Dans une version assez particulière où toute l'assemblée se trouve d'emblée d'accord avec le dénonciateur et où chacun se met à accuser les autres, sur le mode pernicieux du « je te crois d'autant plus que tu me crois et plus nous sommes à nous croire en général, moins nous importent les particularités du réel ». On ne sait plus à la fin s'il s'agit de rendre les coups ou d'alimenter un phénomène de société. Dénonce-t-on la violence qu'on a endurée, ou ce qui rétrospectivement peut se formuler comme tel dans les termes d'aujourd'hui ?

      De plus, si le puritanisme se fraie sa galerie dans le débat, c'est bel et bien parce qu'on fait de la violence sexuelle une violence à part, une atteinte au sacré. Alors qu'on pourrait se demander ce qui différencie un viol du fait d'être salement rossé : il y a la même impuissance dans les deux cas et les séquelles physiques du second peuvent facilement dépasser celle du premier. Pourtant, les séquelles psychologiques attendues sont différenciées. Se faire bien démolir ne vous salit pas, alors que le viol, qui n'est pourtant qu'une manière de porter des coups au sexe (comme la main, la bite qui caresse devient la bite qui frappe), si, et ce aussi bref soit-il (un simple frottement suffit même). Dans une époque soi-disant entièrement libérée voire « hypersexuelle », c'est dire si on n'a rien outragé de sérieux.

      Ce qui me renverrait vers la scène d'Il était une fois dans l'Ouest où Jill demande crânement au Cheyenne ce qu'il attend pour la violer à même la table et convier ses hommes à la fête, qu'elle puisse prendre un bain chaud et, intacte, ajouter cela à sa liste des saloperies à oublier. Ce qui fait sa force n'est pas d'être une première de cordée, mais de n'avoir en tant qu'ancienne prostituée aucune honorabilité à gérer, si bien qu'il s'agit au final pour elle d'encaisser puisqu'il le faut une raclée de plus (ce qui reste une violence tout à fait réelle) et passer à autre chose. On s'étonnera donc à peine que la prostitution (ou la pornographie) et les tabous qu'elle lève sur le corps pour le louer soit un objet de détestation égal au viol pour nos néopuritains. Car derrière la dénonciation de la marchandisation — on attendra longtemps d'eux une critique conséquente du capitalisme — c'est en fait la désacralisation du corps nécessaire à celle-ci qui les travaille : le corps rendu à son animalité, en-deçà du sale et du propre, et qui sous le crachat de tous ceux qui pensent comme eux risque à tout moment de se regagner tout entier comme le moyen d'une nouvelle liberté, c'est à dire d'une guerre sans merci et en acte contre leurs valeurs en toc (que les violeurs partagent perversement). C'est pourquoi peut-être ils ont si faim de victimes souillées, déshonorées, brisées, anéanties, afin que les femmes restent à jamais violables. Un peu comme les syndicats entendent aménager l'exploitation pour l'éternité, mais surtout pas abolir le salariat.

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  7. et je ne peux que conseiller la lecture du livre de la co-rédactrice de cette tribune
    http://www.grasset.fr/khomeiny-sade-et-moi-9782246852070

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  8. Merci pour cette référence que je ne connaissais pas! A lire des interviews de cette magnifique personne on se dit que l'argument ad hominemn (attaquer un argument ou un texte en fonction de ceux qui le soutiennent ou s'y référent positivement, plutôt qu'en fonction du contenu) est tout de même un peu court: c'est d'ailleurs le même argument qui est utilisé contre Nedjib Sidi Moussa et tous les universalistes ("ils font le jeu de", "ils ont reçu l'approbation des "sionistes", "Marianne utilise le même argument..). D'ailleurs on peux aussi citer quelques "affreux" dans les anti-importunistes (Nassira El Moaddem du Bondy blog par exemple). Que Madame Shalmani choisisse bien mal ses alliés est une chose. Il n'empêche: s'il fallait absolument choisir je préférerais avoir "tort" avec celle qui déclare:
    "Et toutes celles qui ont coupé leurs cheveux à la garçonne, qui ont osé la liberté du corps, celles-là, et certainement pas les autres, ont participé à la désacralisation des femmes et nous ont donné nos droits d'aujourd'hui. Car sacraliser les femmes, c'est considérer qu'elles ont besoin de protection parce qu'elles sont fragiles. C'est les maintenir dans un statut de mineur, de victime. Les femmes qui ont osé le cul sont celles qui ont osé le « je », qui ont osé aller à contre-courant de la morale (l'autre ennemi mortel des femmes), osé l'indépendance. Sans la liberté du corps, la liberté est impossible. La littérature libertine du siècle des Lumières, qui a fait des femmes les narratrices de ces romans philosophiques, est édifiante : la démolition des préjugés ne va pas sans l'accès libre (et enthousiaste) à la sexualité, tout comme il est impossible d'être un libre penseur sans être un libre baiseur. Rappelons-nous qu'alors « baiser sans procréer » était le pied de nez le plus destructeur envoyé à l'Église qui dominait les esprits. Le libertin est celui qui dit « non » à l'emprise de l'Église, au pouvoir absolu, aux interdits, à la stricte organisation sociale et sexuelle. Il faut relire la littérature libertine."
    (https://www.pileface.com/sollers/IMG/pdf/Abnousse_Shalmani.pdf)
    que raison avec le camp d'en face.

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    1. Tout à fait, Anonyme

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    2. Autre contribution qui peut valoir le détour : https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180113.OBS0585/de-l-education-des-femmes-la-reponse-de-laclos-au-droit-d-importuner.html

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