mardi 9 janvier 2018

Désublimation répressive et libération

                  

Ce beau travail n'a pas pris une ride. Voilà deux ans, qui plus est, interviewée à son sujet par toute une tripotée de pénibles, aussi niaisement libérale qu'évidemment réactionnaire, Ovidie réussit cependant le tour de force de parvenir à émettre quelques idées d'importance notable, en zone télévisuelle. Chapeau. On retrouve la chose ci-dessous.  

                     

7 commentaires:

  1. j'aime bien le terme "objectivation" comme je suis quelqu'un de très narcissique, je suis persuadé de l'avoir inventé. Sans quoi, elle est sublime.

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  2. Ovidie, c'est toujours intéressant dans le sens où elle a un a priori positif sur la pornographie tout en étant consciente qu'il s'agit d'une entreprise de formatage tout sauf émancipatrice. La limite, c'est qu'elle ne semble pas avoir intégré qu'il s'agit dans tous les cas de produire du fantasme industriel, ce qui est en soi un problème. On voit qu'il s'agit (encore, car on la sent revenir peu à peu de son porno « féministe ») non pas de rendre leurs fantasmes aux gens mais d'en réorienter (déconstruire/subvertir) la production vers le bon côté de la Force.

    Ça me renvoie aux questions soulevées dans ce petit texte qui me fait beaucoup gamberger ces derniers mois : https://debordiana.noblogs.org/2011/08/pour-un-jugement-revolutionnaire-de-lart-fevrier-1961/

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  3. Nous sommes d'accord, sur l'intérêt et les limites du personnage. Mais, si vous voulez, l'originalité ovidienne (désormais radicale par les temps qui courent) consistant au moins à défendre l'idée universelle (et universaliste) de révolution sexuelle, et à ne pas réduire celle-ci (comme le premier soral-clouscard-islamo-gauchiste venu) à un complot du capital occidental-féminisant visant à effectuer au mieux sa mue libérale, eh bien cette originalité-là nous séduit déjà grandement. Dans une interview d'elle récemment lue, elle s'en prend également à ces réactionnaires classiquement figaresques mais se croyant plus malins que tout le monde en pestant contre les PMA-GPA au nom d'une critique de la "marchandisation" du monde, de son aliénation techniciste, etc (critique venue à l'origine plutôt de la nouvelle gauche, comme on dit, Ovidie fustigeant, pour le coup, cette alliance opportuniste contre-nature). Et de rappeler qu'un Jean-Michel Besnier, par exemple, s'inspirait décisivement de Marcuse dans ce genre de charge anti-aliénation, très loin de tous les Zemmour-Lévy "liberté d'importunistes" qu'on recense ici-bas ces jours-ci.

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  4. "Mais, si vous voulez, l'originalité ovidienne (désormais radicale par les temps qui courent) consistant au moins à défendre l'idée universelle (et universaliste) de révolution sexuelle, et à ne pas réduire celle-ci (comme le premier soral-clouscard-islamo-gauchiste venu) à un complot du capital occidental-féminisant visant à effectuer au mieux sa mue libérale, eh bien cette originalité-là nous séduit déjà grandement. " Je suis d'accord avec ce passage mais je voudrais étendre peut-être la discussion sur l'étendue justement de ce néo-puritanisme accompagnant la marchandisation du transgressif ou la marchandisation du transgressif accompagnant le néo-puritanisme en signalant que nos criticiens de la valeur (Jappe et Kurz, par exemple) ont entamé eux aussi le virage à leur manière aussi pute que celle de nos libéraux, ces bonhommes ont pondus à une certaine époque, presque la main dans la main, une critique non foutoir de Sade qui ne cesse donc de me faire penser que l’ordre moral et religieux règne aussi dans les contrées des critiques de la valeur et pas seulement du côté des intersectionnalistes ou des anars anti-islamophobe, leur Marx ésotérique devient curé et censeur.
    Kurz : http://www.palim-psao.fr/2017/05/la-femme-comme-chienne-de-l-homme-par-robert-kurz.html
    Jappe : http://www.exit-online.org/textanz1.php?tabelle=transnationales&posnr=154
    Prétendre qu’ « à un niveau plus général, l’absence de limites forme peut-être la différence la plus importante entre le capitalisme moderne et toutes les formes de production précédentes ; elle s’exprime, parmi d’autres choses, dans la catastrophe écologique aussi bien que dans la publicité et dans l’imaginaire qu’elle véhicule, » (Jappe), c’est, me semble-t-il, éliminer toute l’histoire de la littérature, de l’imaginaire, d’un seul coup d’un seul au profit d’une position morale engoncée. Si Sade ne fait que reproduire du Hobbes alors Philip K. Dick, par exemple, ne reproduit que du Coca Cola et Dickens, autre exemple, du Ricardo. On le sait que tous les contes sont horribles et particulièrement ceux qu’on dit aux enfants. Mais le réel c’est du conte vachement aliéné (de l’idéologie bien matérielle) pour ceux qui l’utilisent pour dominer, pas pour l’embastillé Sade. Dépassement et limite, problème pour notre dialectique, ne pas tomber dans la fosse à purin de cet ensemble vaste qu’on peut effectivement traiter de fosse à purin "spécifiste-déconstructionniste-antiuniversaliste" (sick).

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    1. Cette critique adressée à Sade - au-delà de la Wertkritik du type de celle que vous citez - remonte à Adorno-Horkheimer qui placent sur le même plan Sade et Kant dans leur Dialectique de la raison. Chez ces deux auteurs emblématiques des "Lumières" disent-ils en substance, le moteur de l'action est l'autonomie des individus et de leur volonté. En d'autres termes, je fais entièrement ce que je veux sans d'autres limites à cette volonté qu'elle-même (sans religieux, par exemple ou telle autre autorité m'interdisant telle perversion). En d'autres termes, encore, se révèle en négatif chez Sade la liberté absolue de l'esprit kantien autonome, dans une tendance repérée chez Kant par les deux potos de la Théorie Critique : celle assimilant, sans plus de façon, la Raison (Vernunft) à un mouvement pur d'ordonnancement systématique, virtuellement illimité. Ce qui définit la Raison chez Kant, par opposition à l'Entendement (Verstand), c'est que la Raison rassemble, unifie, systématise les apports de l'entendement (lequel est réglé, conditionné et limité par l'expérience, et ses indépassables formes spatio-temporelles de l'intuition). La Raison, elle - non soumise à quelque limite de l'expérience que ce soit - se trouve perpétuellement aiguillonnée dans sa fuite en avant systématique, irrésistible et littéralement totalitaire (elle veut, dans la nature, tout ce qui lui échappe et lui échappera encore). Traduit en sadien : la raison, c'est la transgression qui se suffit à elle-même, et n'est soumise à rien. Adorno et son copain voient donc dans ce couple Sade-Kant l'annonce nuancée et polyglotte d'une Raison totalitaire, basée sur le projet de domination totale, et méthodique, du réel. Pour la nuance, certes, elle est de taille : Kant aurait RECULÉ dans sa philosophie morale (deuxième Critique) devant les conséquences totalitaires nécessaires de sa première Critique fondatrice (Critique de la Raison pure, destructrice de toute autorité métaphysique), quand la "grandeur" de Sade aurait été de les assumer...
      Quoi qu'il en soit, cette quête de l' "illimité" du libéralisme historique, produite, vérifiée et accompagnée par l'explosion de la Révolution Française, si Adorno la dénonce, trouverait-elle néanmoins (chez ce dernier et - comme vous semblez le soupçonner - dans le cas de la Wertkritik) une sorte de correspondance, voire d'antidote "puritain" ? Nous ne le pensons pas. À ce compte, Hegel était-il plus "puritain" que Kant, lui qui s'élevait contre le "mauvais infini" ? Disons qu'il révélait sans doute, par cette réflexion salubre sur la limite, les contradictions intenables du libéralisme, déchiré entre pulsion de conquête et répression culturelle nécessaire (la fameuse liberté garantie par l'État seulement !). Manque donc ici un tiers philosophique et politique. Or, vous ne faites dans votre intervention, par exemple, aucunement référence à Freud qui, pour nous, se pourrait mettre très productivement en équation avec Sade, et ce primat paradoxal d'une pulsion de la culture, une pulsion des "Lumières" en général (qu'elle soit clandestine, donc, comme chez Kant, ou assumée, comme chez Sade). Dommage.
      La possibilité d'une libération réelle d'un désir de type sadien nous paraît, quoi qu'il en soit, impossible. Et, dans un cadre politico-historique tel que le nôtre, porteuse de barbarie.

      Voir (si ça vous dit) : http://lemoinebleu.blogspot.fr/2015/01/sade-orsay-en-maniere-de-bilan.html

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    2. Merci de cette réponse complète qui répond au mieux à certaines de mes interrogations, les infirment, les complètent et les raffinent… Il y manquait évidemment un tiers philosophique et politique ainsi que vous le faites ardemment dans le texte en référence « Sade à Orsay : en manière de bilan…» Les passeurs d’absolu y étaient nécessaires et l’embastillement ne justifie rien, non plus que la réalisation du désir sadien, entre autres exemples bénéfiques.
      N’en demeure pas moins, dans le cours de l’histoire présente, disons à partir des années cinquante, que quelques formulations intempestives de la part de ceux qui se mettent à penser et à communiquer leurs pensées ont eu forte tendance à augmenter le taux de confusion. Et je discerne bien que c’est le rôle que vous vous proposez de ne pas tenir, comme ici avec l’historique des relations à Sade chez certains auteurs émérites ou pas, en relativisant ou en ne relativisant pas ; ma réflexion encore non aboutie à ce sujet n’en étant plus qu’augmentée quantitativement et qu’enrichie qualitativement. Et je ne saurai taire cette interrogation mienne sur l’imaginaire sans limites face aux limites heureuses que nous saurions baliser révolutionnairement.
      Il m’apparaît que dans le milieu qui se veut de critique radicale (non exempté du taux de confusion habituel) on est souvent à court d’éloges, en voici un.
      Bon, j’arrête là la pommade…


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    3. Merci à vous. Peut-être la lecture du bouquin de François Ost, "Sade et la loi" vous intéresserait-elle, et nourrirait-elle encore vos réflexions (notamment, sur cette question précise de la limite ou de son absence, la sous-section du chapitre 5, intitulée "Sade, avec ou contre Kant ? ")

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