lundi 18 décembre 2017

Culture

(Patrimoine estimé : 4, 6 millions d'euros)

« Il faut combattre la ségrégation culturelle »
(Françoise Nyssen, Le Monde, 18 décembre 2017)

dimanche 17 décembre 2017

Optimiser son teamworking

                                                                

Compris, Glaucon ?

  


« - Ils sont tout à fait beaux, Socrate, s'écria-t-il, les gouvernants que tu viens de façonner comme un sculpteur !
- Et les gouvernantes aussi, Glaucon, ajoutai-je ; car ne crois pas que ce que j'ai dit s'applique aux hommes plutôt qu'aux femmes (j'entends celles qui auront des aptitudes naturelles suffisantes).
- Tu as raison, avoua-t-il, si tout doit être égal et commun entre elles et les hommes, comme nous l'avons établi. »

(Platon, La République)




La ministre du Travail posséderait un patrimoine de 7, 5 millions d'euros !


On s'en fout (OSEF)


Titu­laire d’une maîtrise de droit inter­na­tio­nal et euro­péen (2000), Rokhaya Diallo pour­suit ses études avec un master en marke­ting et distri­bu­tion dans l’in­dus­trie audio­vi­suelle à l’Uni­ver­sité Panthéon-Sorbonne (2003). En 2009, elle devient chro­niqueuse pour La Mati­nale sur Canal +. À la radio, elle rejoint la station RTL (On refait le monde) en 2009, et anime Fresh Cultures sur Le Mouv’ depuis 2011. En janvier 2012, elle reçoit le Prix de la lutte contre le racisme et la discri­mi­na­tion, décerné par le Conseil pour la Justice, l’Éga­lité et la Paix (COJEP). En septembre 2017, elle rejoint la nouvelle équipe de chro­niqueurs de l’émis­sion de Cyril Hanouna, Touche pas à mon poste, sur C8. 

(source : Gala)

vendredi 15 décembre 2017

« Leurs philosophies se complétaient »


« J'étais ce que les flics appellent un "incorrigible ». J'avais passé deux semaines peinard avec les autres, et puis je m'étais fait piquer à me servir un supplément de steak, au dîner, où on avait chacun son petit bout de viande.
Le jour où on m'avait renvoyé au Trou, les Musulmans [Black Muslims] avaient tenu congrès dans la cour annexe. Ils vous assenaient leur salade raciste, et se débinaient dès qu'il y avait de la bagarre. Ils vous expliquaient cet assez lâche comportement en prétendant que le diable blanc voulait les pousser à se battre, et qu'ils ne tomberaient pas dans le panneau.
Les Nazis [détenus blancs racisteset les Musulmans s'entendaient généralement assez bien. Leurs philosophies se complétaient ; chacun de ces deux groupes était certain de sa propre supériorité raciale, aucun des deux ne se montrait exagérément agressif. Ils se laissaient réciproquement tranquilles ; chacun avait son terrain. Cette fois-là, cependant, il s'était trouvé quelques Nazis dans les parages lorsqu'un des Musulmans avait commencé son discours sur les hommes blancs, incarnations du démon. Les Nazis, sous peine de perdre la face, étaient forcés d'intervenir.
Les matons, de la passerelle, observaient la scène. Leur stratégie, en l'occurrence, avait consisté à ne pas s'en mêler, jusqu'à ce que les Musulmans aient l'air d'avoir le dessus, sur quoi les matons étaient intervenus, avaient emballé les Noirs, et conduit tout le monde au Trou. Je m'y étais donc retrouvé entouré de Musulmans s'excitant mutuellement, comme des prédicateurs de bas quartier. Ce que je ne savais pas, c'était que tous ces sermons étaient à mon bénéfice : ils essayaient de me convertir.
Leur dénonciation de la race blanche m'ayant laissé froid, leur chef, Lamar Rivers, m'avait appelé, et m'avait demandé mon nom. Rivers connaissait sa doctrine comme pas un. Il avait la langue bien pendue et pouvait rester debout toute la nuit à vous débiter les analyses d'Elijah Muhammad.
Il ressemblait au type qu'on voit sur les boîtes de café Hill Brothers : il était grand et d'autant plus maigre qu'il jeûnait tout le temps. Le mec s'imaginait qu'il avait un don de prophétie - tout ce qu'il vous disait sortait de la bouche du Messager d'Allah. Il m'avait posé un tas de questions sur moi-même, comme mon âge et d'où je venais. Quand je lui avais dit que j'avais dix-sept ans, il était devenu des plus sérieux, tout à coup. Quelqu'un, au-dehors, devait me trouver un avocat, disait-il ; je devais déposer une plainte contre l'Etat pour incarcération illégale dans ce pénitencier. Je pourrais être dans les rues, et riche, disait-il, si j'introduisais une action judiciaire. Mais je me foutais pas mal de toute cette salade juridique ; les seuls avocats que je connaissais étaient des escrocs. Je restais sourd à ses conseils.
Il m'avait demandé si je mangeais du porc. Je lui avais répondu que j'en mangeais chaque fois que j'en avais l'occasion, que c'était ma viande préférée. 
Lamar était très énervé, soudain.
- Tu ne sais donc pas que Mahomet nous interdit de manger du porc ?
(Je l'ignorais, à l'époque, mais Red Nelson, le directeur adjoint, essayait de détruire leur organisation. Il avait tous les Musulmans sous la main, au Trou, et les affamait, en ne leur faisant servir que du porc, trois fois par jour. Lamar avait ordonné à ses disciples de jeûner, et aucun d'eux n'avait mangé pendant près de quinze jours.)
Je restais là, assis, à observer, et à engraisser d'autant mieux que les gardes me donnaient toute la viande que les Musulmans refusaient. Rivers insistait quotidiennement pour que je renonce au cochon. Je ne l'écoutais même pas. Ça me faisait rigoler, de penser qu'on m'avait fourré au Trou parce que je mangeais trop, et que j'étais là à me bourrer, en guise de punition. »

(James Carr, Crève !)

Colorblind


Émeutes à Bouira

                                                                       

« Des affrontements entre étudiants de l’université Akli Mohand Oulhadj de Bouira et les services de police ont éclaté ce lundi à proximité du campus, a-t-on constaté sur place. 

Les étudiants empêchés par un diapositif (sic) impressionnant des forces antiémeutes de sortir dans la rue pour marcher contre la marginalisation de la langue Amazighe, ont été bousculés et repoussés de force par des policiers. Quelques jets de pierres ont été lancés (sic) en direction des policiers qui ont répliqué avec des pierres aussi. 

Par ailleurs,  la grève enclenchée par les lycéens dénonçant la marginalisation de la langue Amazighe se poursuit dans la wilaya de Bouira. Plusieurs établissements scolaires implantés dans des communes berbérophones de la wilaya ont été paralysés ce lundi par la grève décidée par les élèves. 

A M’Chedallah, 45 km à l’est de Bouira, les lycéens et même des élèves du cycle moyen, n’ont pas rejoint leurs établissements, a-t-on appris de sources locales. Des renforts de forces antiémeutes ont été déployés à travers plusieurs quartiers, a-t-on constaté. Un autre dispositif policier a été mis en place visant la sécurisation des édifices publics et autres sièges d’administrations. »

(El Watan, 11/12/2017)

jeudi 14 décembre 2017

To strike purifies (a call for support this saturday in London)


In order to get themselves clearly heard and understood by their filthy bosses, the Holiday Inn's strikers are intent on demonstrating on Saturday, December 16th, in front of the Intercontinental Hotel Group's (IHG) registered office in London (this very group owning the Holiday Inn company). International pressure put on those usual hostelry's slave-holders could be decisive here, as much as concrete solidarity expressed to the parisian suburb's workers on strike, who have been fighting for their rights for nearly two months (57 days, to be exact).  So, to the London comrades : come and support them !

***

« We're forced to clean seventeen rooms a day, sometimes twenty or twenty-two rooms a day... But it can take one hour just to clean a single one ! The worst is for those working women placed under the four hours a day contract. Those ones are even less paid, although still doing their seven or eight hours a day. That's just slavery.

(...)

The hardest point is that one always has to lay claim, if he wants to be paid, Sibidé, a 55 years old striker says, sitting on a plastic crate, with a cap on his head. His own job is to clean the hotel's floor. If we do extra hours, they don't pay for it. And if we claim for additionnal payment, they just wait till we get tired of it, till we give up asking. Then, they don't have to pay.
He makes 1100 to 1200 € per month, including week-ends and public holidays. His salary never increased in ten years of work. With a sour look in his face, he can't stand staring bitterly to the Holiday Inn's table of fees, behind him : until 450 € a night. The girls working here clean three of these rooms per hour, he protests angrily, raising already more than their salary... » 

(Le Monde, 11 / 12 / 2017)





L'enfant

L'enfant au hibou
(William Degouve de Nuncques, 1892)

So far so good ?


So far so good ? *

“10 years ago, in the same kind of meeting as today, if you’d said «white» [1], people would have broken the furniture. Today, thanks to the Indigenous of the Republic, thanks to Houria [2] one can say « the whites ».” 

Eric Hazan [3]

Unfortunately we are still unable to prove wrong what Eric Hazan has said above. He is the publisher, classified as extreme left, of the latest explicitly anti-semitic pamphlet by Houria Bouteldja Whites, Jews and us, whose enormously repulsive character has not caused as many reactions as it would deserve. The categories and vocabulary of the ideology of racialisation, which for some time has been taken up in political organizations and milieus that range from the extreme left to the libertarians, are now becoming the norm and are establishing their hegemony. This vocabulary is being imposed insidiously, without being either discussed or argued. Moreover, many people are unable to politically support these untenable positions, except through affirming tautological assertions and false evidence. A semantic shift is already, for the most part, being operated : the terms “race”, “white”, “non-white”, “racialized,” “racialization”, “decolonial” have overnight become analytical categories considered relevant, necessary, and are even promoted as tools with a perspective for emancipation, whereas we see this as a catastrophic failure.

We live in an epoch of generalized crisis conducive to confusion, which thrives in counter-revolutionary currents, currents which are threatening or even murderous like the red-fascists, such as racist shopkeepers like [Alain] Soral and Dieudonné [M’bala M’bala] or variants of political Islam. So some find nothing better to do than to resurrect race theory by rehabilitating cultural, social and religious attributes in line with the ethno-differentialism of the Nouvelle Droite [4]. The turnaround has gone to the point that the mere questioning of the ideology of racialisation has become impossible, both in public meetings and on the websites of activist circles, who operate a real censorship in these places. All this thrives and takes hold particularly by using the blackmail of guilt through which the proponents of this ideology manipulate the situation. Ironically, today, to refuse the terms of “Race” or “Islamophobia [5]” gets you exposed to the infamous accusation of racism, aimed at stifling any possibility of debate, of critique or of refusal. Some anarchists manage to outlaw the slogan “neither God nor master” under the pretext of “Islamophobia” and some Marxists believe that to be antiracist it is vital to add “race” to class. In fact the term “race”, which was until recently the preserve of the far right, finds itself today added to all sauces. Promoting identities and cultural or religious communitarianism have never had any other function than the maintenance of social peace.

The task of a break around these issues must be clarified and worked at thoughtfully. There´s good reason to believe that, in the current situation, racialisation ideology can only lead to the war of all against all. This political offensive is fraught with consequences for everybody, and from a revolutionary point of view it’s a point of rupture. Where will we be if, after a bit of time, it should prove victorious ? Sooner or later we will have to choose sides and the sooner the better.

Summer 2016,
Assembly of mixed revolutionaries, non-mixed in class
tuttovabene@riseup.net
https://tuttovabene.noblogs.org

We call for this text to be circulated as widely as necessary, and it can be used to stimulate discussion, debate and confrontation.

* Reference to the quote in the movie La Haine (1995) : “Heard about the guy who fell off a skyscraper? On his way down past each floor, he kept saying to reassure himself: “So far so good..” “So far so good…”. How you fall doesn’t matter. It’s how you land!”. (Tn.)

__________________
Footnotes

[1] In France, up until a few years ago, any discourse containing the word “race” or any assumption about people based on the color of their skin would have been deemed as racist, extreme right politics. A certain part of the extreme left has embraced all the concepts related to “race” originating from American Universities. Organised non-mixed „racial“ groups are now a common thing. (Tn.)

[2] Houria Bouteldja is the leader of the PIR (Indigenous of the Republic Party) who is constantly in the media and the writer of the anti-semitic pamphlet Whites, Jews and us. She declares herself against mixed marriages and against “state philo-semitism”, a supposedly republican state ideology dominated by or pushed for by Jews. (Tn.)

[3] Eric Hazan is a famous French editor who advocates alliances with the police during social struggles. Close to the “Invisible Committee”, he is now a fierce defender of “racialisation” and of Houria Bouteldja whose book Whites, Jews and us he edited. (Tn.)

[4] The “New Right” is a school of thought following Alain de Benoist and the GRECE (Research and Study Group on European Civilization). Nouvelle Droite arguments can be found in the rhetoric of many major radical right and far-right parties in Europe such as the National Front in France, the Freedom Party in Austria and Vlaams Belang in Flanders (Belgium). (Tn.)

[5] A term that was recently exhumed by religious leaders to defend their religion, with the trick of being able to assimilate any critics of islam as a religion to racism. Affirming atheism is presumed to be a racist threat to people who are defined as Muslim, people who are of many colours and types. This term is now proliferating amongst a certain part of the extreme left, even marxists or anarchists. (Tn.)

Romantisme (1959)

mercredi 13 décembre 2017

Alexis Grigoropoulos

                         
                                                                      Thessalonique

Voilà presque dix ans, maintenant, que Alexis Grigoropoulos, 15 ans, était assassiné froidement, d'une balle tirée à bout portant, par un policier à Athènes. L'adolescent est mort dans les bras de son ami, Nikos Romanos, lequel est actuellement incarcéré en Grèce pour une durée prévue de 15 ans. L'exécution d'Alexis Grigoropoulos entraîna, de manière immédiate, un soulèvement de toute la jeunesse grecque révoltée, que celle-ci se présente formellement ou non comme anarchiste. Les émeutes qui suivirent se trouvèrent bien entendu pleinement justifiées, en outre, par le traitement inhumain réservé, par la barbarie libérale européenne, à toute une population frappée d'austérité. En sorte que les prisons de la gauche de gouvernement (SYRIZA) sont, aujourd'hui, remplies de rebelles essentiellement coupables (quoi qu'on puisse penser, par ailleurs, des idées et programmes étant les leurs) de ne s'être point résigné à ce lamentable état de fait. Les 6 décembre fournissent ainsi, depuis 2008, pour cette Grèce rebelle, l'occasion de soutenir les luttes carcérales de ceux et celles-ci, et de se souvenir vigoureusement de la mort de leur compagnon, dont le spectre furieux revient alors hanter les jours (et les nuits) des collègues stipendiés de l'assassin.    

                      
                                                                       Athènes

mardi 12 décembre 2017

Durkheim, un centenaire


Que l'homme ne puisse jamais être compris que comme être social, aucun doute. Que l'individu, inversement, ne puisse jamais se trouver simplement réduit à la société dont il participe (se contentant juste, dans cette hypothèse, de l'exprimer comme porteur, comme mode inessentiel), aucun doute non plus. Les statistiques d'une société donnée (le taux de suicide moyen, par exemple, affectant chaque année ses membres, en fonction de paramètres objectifs divers) présentent donc bien un intérêt de connaissance, permettant d'en finir avec l'explication abstraite (purement individuelle) de faits sociaux : explication par la liberté, explication métaphysique, c'est-à-dire, finalement, non-explication. Voilà l'idée, libératrice. On peut comprendre rationnellement la société. La prétention épistémologique fondamentale à édifier des typologies sociales est recevable. Elle est même spontanément critique, sinon franchement révolutionnaire : briseuse de théologie. Mais telle est aussi l'ambiguité de ce positivisme sociologique d'origine française (dont Durkheim fut le représentant éminent à la suite de Comte) que ladite louable ambition de dresser des types, de dépasser l'individuel dans le général, pèche aussitôt par idéalisme dès qu'elle en vient, emportée par son enthousiasme, à nier désormais toute valeur théorique à l'expérience individuelle, toute valeur épistémologique au monde vécu, considéré maintenant avec mépris, comme simple expression pauvre (simple matériau pré-scientifique) d'une vérité accessible uniquement dans sa systématicité sociale (et la reproduction autonome, automatique de celle-ci). Une sociologie pertinente serait donc celle capable de se situer dans un aller-retour dialectique permanent entre système social et expérience, sans privilège accordé à l'un ou l'autre  et même - surtout - en assumant le caractère moteur de leur interaction. Une société ne s'expliquant dans son fonctionnement que par les lois impénétrables de sa structure propre, sans intervention réelle des individus qui la composent, serait un mythe idéaliste, l'idéal du cybernéticien, de l'ingénieur-système totalitaire. Reconnaître (bien obligé) la réification contemporaine généralisée, admettre que chacun se trouve réduit sous le capitalisme au statut de marchandise (de l'ouvrier jusqu'à l'intellectuel de gauche soi-disant le plus critique et affranchi) n'équivaut pas à se satisfaire d'un tel état, ni même à ne pas voir qu'il se trouve déjà objectivement rongé par le négatif historique. Reconnaître la force réifiante, et organiciste, du système marchand, c'est seulement faire preuve de lucidité dans le diagnostic, sans préjuger d'une réplique possible. La société de classe, la société capitaliste est en effet une société essentiellement contradictoire : on ne peut, de fait, la comprendre (et la combattre) qu'avec des instruments et selon une optique générale eux-mêmes contradictoires. La vérité sociologique ne saurait donc présenter, sur le plan de la méthode, les mêmes critères cartésiens de clarté et distinction (de positivité) que les vérités biologiques ou physiques. La société n'est point ce gigantesque organisme dont les individus ne seraient ainsi que les cellules par elles-mêmes insignifiantes. C'est pour cette raison que le recours à Durkheim dont se revendiquent aujourd'hui des théoriciens soi-disant critiques (comme Axel Honneth, en premier lieu) suffit à situer, dans l'instant, la teneur réelle de cette critique. C'est en cela que la rigueur absolue des distinctions bourdieusiennes apparaît juste insupportable. Car le déterminisme incontestable des structures sociales ne saurait conférer à celles-ci ni une prééminence a priori sur l'expérience des individus, lesquels demeurent, en dépit de tout, les auteurs réels (contrariés, certes, aliénés et tout ce que vous voudrez) de leur propre histoire, ni - métaphysiquement, anhistoriquement - une forme de vie autonome : ce ne peut être les structures qui vivent selon leur propres lois, telles des sujets géants simplement substitués aux sujets individuels. Ce remplacement structural du sujet, tour de passe-passe idéologique consistant, au fond, sous couvert d'anti-idéalisme, à élever la structure elle-même (l'organisme social) au rang de Sujet historique (au reste, dans l'opération et pour parler clair, l'histoire disparaît) est exactement ce que reprochait lucidement (mais hélas ! sans plus de conséquence) Canguilhem à Foucault, notamment lors de sa soutenance de thèse. C'est exactement ce qu'Adorno, quant à lui, méditant sur Durkheim, identifie, à sa manière psychanalytique, comme pur retour du refoulé idéaliste. Expulsé brutalement de sa propre expérience individuelle, le sujet revient dans la théorie durkheimienne comme sujet collectif absolument dominant. 

lundi 11 décembre 2017

La question à mille balles


« Pour que l'on puisse parler d'extériorisation et d'aliénation, ne faut-il pas que l'on présuppose un être ou une réalité "précédant" l'extériorisation et l'aliénation ? Pour qu'il puisse y avoir dépassement de l'aliénation, réconciliation totale, ne faut-il pas qu'il y ait une "réalité" qui soit devenue étrangère - à travers l'aliénation - et avec laquelle il y aura ré-conciliation ? Mais ce qui s'extériorise et s'aliène, ce dont l'histoire tout entière n'est qu'histoire de déssaisissement, peut-il n'avoir jamais encore existé dans toute la vérité de sa réalité ? »

(Kostas Axelos, Marx penseur de la technique

Connecter, dans les ruines


« Seule est visible la signification anarchiste de ces rencontres, de ces émotions : on collecte, on fouille dans les ruines, on sauve, mais sans ajustement substantiel. Le regard qui désagrège, qui fait tomber en ruines, gèle en même temps le fleuve multiple, le fige (en gardant sa direction), immobilise même à la manière éléatique l'imagination et ses entrelacs très divers. Cela fait également de cette pensée philosophique une tête de méduse, selon la définition que donne Gottfried Keller de la Méduse : "l'image figée de l'agitation". Mais la "revue" impétueuse, en traversant la philosophie surréaliste, met au jour un autre "kaléidoscope" au milieu des significations sauvées des ruines. »

(Ernst Bloch, Surréalismes pensants, in Héritage de ce temps)

« Une trace ne cesse d'être muette, n'en vient à parler, que si elle entre en connexion avec d'autres (ce n'est pas le souvenir qui est refoulé, mais ce sont les connexions). »

(J.-B. Pontalis, Avant)

dimanche 10 décembre 2017

Trump joue l'apaisement





C'était mieux avant

                                                          Hazan-NTM : 1-0             

« Mon cerveau fume, j'ouvre les yeux 
Les faussaires sont partout 
Oui, ces individus qui crachent seulement sur Le Pen 
Et entretiennent le même style de haine 
Du genre complètement manipulé 
Par des pseudos suppôts de prophètes 
Le décalage est certain 
Mais, maltraitant le bâtard 
Qui se dit blanc, qui se dit beur, qui se dit noir 
NTM est l'impact sans aucun sens du tact 
Se déjouant de toute attaque 
Des ennemis de la liberté 
Fils de pute qui réfutent et se butent 
Dans les préjugés dépassés » 
(Suprême NTM, Saint-Denis, 1990)


« Il y a dix ans, dans la même réunion qu'aujourd'hui, si on avait dit "blanc", les gens auraient cassé le mobilier. » 
(Éric Hazan, café Le Lieu Dit, 17 mars 2016)