jeudi 19 juillet 2018

The Macron Men (2) : Tartes-à-la-pelle

Above : 
Alexandre Benalla, high-ranked member of the Emmanuel Macron's close-knit guard (here improperly dressed as an official cop), beating up fiercely a young lad that was peacefully protesting over French President 's policy, Paris, 1st of May 2018. Champions du Monde, man...

The Macron Men (1) Pelle-à-tarte

Ci-dessus : The Christophe Castaner Comedy Club (on tour).

« Le libéralisme, quand il rentre en contact avec la banlieue, ça marche !  (...) On est tous sur la même ligne : comment être libéral tout en étant humaniste. On peut gagner beaucoup d’argent et croire à la philanthropie. Je réinvestis dans des projets de banlieue, j’emploie des gens… Ce sont des phénomènes privés (...) La clé, c’est la valorisation. "Ne m’appelez plus jamais France", chantait Michel Sardou. Moi je dis : "Ne m’appelez plus jamais banlieue". D’ailleurs, on ne parle pas des banlieusards, on parle de musulmans. On ne parle pas de valeur économique aux jeunes, on leur reproche de croire en Dieu. C’est insidieux. Voilà pourquoi avec une lecture libérale, les rapports sont plus francs. L’argent n’est pas raciste. La question c’est combien on rapporte et combien ça coûte. »

(Yassine Belattar, humoriste, membre du Conseil présidentiel des villes, in L'opinion, 9-04-18)

Merci les Bleus !


« In our view, it is essential that France pursue the pro-reformist agenda initiated by the government of President Macron. And maybe an outstanding performance by the French soccer team would help reduce current opposition to reforms through increased social cohesion behind ‘Les Bleus’. So, “Allez 'Les Bleus’! ” »

« De notre point de vue, il est essentiel que la France persiste à suivre l'agenda pro-réformes initié par le gouvernement du Président Macron. Et peut-être qu'une performance exceptionnelle de l'équipe de France de football aiderait à réduire l'opposition actuelle aux réformes, à la faveur de la cohésion sociale derrière Les Bleus. Donc, Allez les Bleus ! »

(Extrait du rapport du groupe Goldman Sachs2018 : The World Cup and Economics)

mercredi 18 juillet 2018

jeudi 12 juillet 2018

Quizz de Léthé

Lecter, Lectrice, Hannibal, histoire de bientôt pouvoir faire leA malinGNE sur la plage auprès de tes condisciples de serviette, retrouve sans tarder l'intégralité de ce quouize, ainsi que l'article excellent qui l'accompagne ICI ! Tu nous diras que le truc date un peu. Et alors ? Karl Marx vient de fêter ses 200 ans. Serait-ce une raison pour lui préférer Rokhaya Diallo, Emmanuel Macron, Sylvie Tissot ou Yassine Bellatar ? D'ailleurs, pour ce qui est des idées neuves, la RACE, t'avoueras... 




mercredi 11 juillet 2018

« They produced it all in Hollywood ! »

C'est l'été, wesh !

« If I can't dance, I don't want your revolution ! »



« At the dances I was one of the most untiring and gayest. One evening a cousin of Sasha, a young boy, took me aside. With a grave face, as if he were about to announce the death of a dear comrade, he whispered to me that it did not behoove an agitator to dance. Certainly not with such reckless abandon, anyway. It was undignified for one who was on the way to become a force in the anarchist movement. My frivolity would only hurt the Cause. 
I grew furious at the impudent interference of the boy. I told him to mind his own business. I was tired of having the Cause constantly thrown into my face. I did not believe that a Cause which stood for a beautiful ideal, for anarchism, for release and freedom from convention and prejudice, should demand the denial of life and joy. I insisted that our Cause could not expect me to become a nun and that the movement would not be turned into a cloister. If it meant that, I did not want it. "I want freedom, the right to self-expression, everybody's right to beautiful, radiant things." Anarchism meant that to me, and I would live it in spite of the whole world — prisons, persecution, everything. Yes, even in spite of the condemnation of my own closest comrades I would live my beautiful ideal. » 

(Emma Goldman, Living my life)

Pour Pierre Douillard-Lefevre (et tous les autres)


L'arme vantée dans la publicité policière ci-dessus éborgna, voilà plus de dix ans, un certain M. Pierre Douillard-Lefevre, alors adolescent, au cours d'une manifestation à Nantes. L'arme en question était utilisée par un homme, bien entendu. Un homme armé, en sus de cette objective puissance matérielle de feu représentée par le LBD 40 x 46, de la confiance subjective entourant toujours, tel un halo bienfaisant, les professionnels du maintien de l'ordre bourgeois, statutairement assurés de la protection indéfectible de leur hiérarchie, quelque graves et irréparables qu'aient pu être leurs faits de violence avérée. C'est ainsi que la police (comme, d'ailleurs, la gendarmerie) tue, mutile, éborgne, tabasse impunément depuis des lustres. Elle le fait, à dire vrai, partout dès qu'elle surgit au monde en tant que détachement avancé de la déraison d'État. Il existe des bouchers, lesquels exécutent des veaux, tranchent et découpent des volailles ou des porcs. C'est là leur corps de métier, leur savoir-faire spécialisé. La police, quant à elle, tue, mutile, éborgne, tabasse des prolétaires de banlieue, des bourgeois révoltés, des écologistes rêveurs, des paysans insoumis. Elle n'est, de ce point de vue, pas sectaire et, certes, nullement hostile à la diversité. Elle est même parfois de gauche pour le social, quoique, pour les valeurs, bien sûr, elle soit souvent raciste. Peu nous importe. Tout policier est toujours infâme, n'étant que son métier, lequel est infâme par principe. 

Or, il arriva, ces jours derniers, pour des raisons extrêmement mystérieuses (voir le communiqué ci-dessous), que le mécanisme innocentiste de la machine judiciaire se grippa notablement en la matière, au point que telle brute policière ordinaire se vit soudain un tantinet rappelée à la morale et à la responsabilité élémentaires, en tout cas à leur ombre, en passant par le portefeuille. Émouvante pudeur légaliste formant, comme nous le savons toutes, l'antichambre moderne des meilleurs sentiments humains. Quoi qu'il en soit, ne boudons pas ici notre contentement. Cela ne rendra pas leur oeil, certes, ni à M. Douillard-Lefevre ni à Mme Kebe, de Villemomble, ni sa main au dernier amputé de la ZAD de Notre-dame-des-landes, ni sa vie à Aboubakar Fofana, assassiné l'autre soir non loin de là, d'une balle dans le cou par un CRS. Il n'empêche. Le droit bourgeois, dans la parodie spécialement grossière de justice qu'il incarne tous les jours, renvoie invinciblement, et non sans paradoxe, vers une autre forme de droit : imaginaire, et naturel celui-là, présent a priori au coeur de l'humanité. Un peu comme le mensonge, si vous voulez, le plus criant et outrancier renverrait en lui-même, négativement, de quelque façon étrange, évocatrice, aux séductions évidentes de la vérité.  


***

Communiqué de Pierre Douillard-Lefevre,

Nantes, le 6 juillet 2018,

Le 27 novembre 2007, un policer tirait au LBD 40 (un « super Flah-Ball », arme alors expérimentale) sur une manifestation de lycéens à Nantes. À l’age de 16 ans, j’étais gravement blessé au visage par une balle en caoutchouc, et perdait l’usage d’un œil. En 2012, le policier tireur était considéré comme « responsable mais pas coupable », et relaxé pénalement par le Tribunal de Nantes. Nous avons donc décidé de poursuivre la chaîne de commandement du tireur, à savoir l’État. En 2016, le Tribunal Administratif de Nantes déclarait l’État responsable de la mutilation, et condamnait la préfecture. Pour la première fois, la justice reconnaissait l’extrême dangerosité de cette arme. Quelques jours plus tard, le ministère de l’intérieur faisait appel de cette condamnation. Ce vendredi 6 juillet au matin, au terme de 11 ans de procédures, la cour d’Appel du Tribunal Administratif a rendu son arrêt. Sans doute le point final de cette affaire. 

La condamnation de l’État est confirmée, et très largement alourdie. Le tribunal souligne la dangerosité du LBD 40, son caractère expérimental au moment des faits, et l’absence de menaces à l’égard des forces de l’ordre au moment du tir. L’État est déclaré responsable à 90% des dommages causés. « La faute de l’intéressé se borne à s’être maintenu à proximité immédiate des manifestants […] » écrit l’arrêt. Je déplore ce partage des responsabilité, même minime, qui remet en cause le droit de manifester. 

Il s’agit d’une grande victoire, la première pour ce type d’affaire. Depuis 2007, près de 50 personnes ont été mutilées après avoir reçu des balles en caoutchouc ou des grenades tirées par la police, et trois en sont mortes. Cette victoire doit permettre d’enrayer l’impunité d’une police de plus en plus lourdement armée. 

Ce verdict survient à Nantes dans des circonstances particulières, alors qu’un CRS a tué le 3 juillet Aboubakar, âgé de 22 ans, dans le quartier du Breil, d’une balle dans le cou. L’usage de plus en plus fréquent de tirs à balle réelle par les forces de l’ordre est la conséquence directe de la militarisation du maintien de l’ordre. Les Flash-Balls et LBD 40 ont banalisé l’acte de tirer sur des individus, d’appuyer sur la détente, un geste qui était jusqu’alors considéré comme exceptionnel. Ces dernières années, le recours aux armes à feux par la police explose. 

Rappelons que ce sont les habitants et habitantes des quartiers populaires qui sont les premiers touchés par les violences policiers, et que la plupart des personnes mutilées que nous avons recensées sont des jeunes habitants de banlieue. 

Cette victoire judiciaire est une étape importante pour enrayer la montée des violences policières et la militarisation du maintien de l’ordre. J’invite tous les blessés par la police à entamer, comme moi, un recours pour faire condamner l’Etat au Tribunal Administratif.

Pierre Douillard-Lefevre

mardi 10 juillet 2018

L'appel de la lune


Il faudra beaucoup, beaucoup plus que les tortillements embarrassés d'une Rokhaya Diallo (face aux faits d'esclavage en Lybie, de chasse aux Noirs ou de déportations massives aux frontières de migrants subsahariens par les autorités militaires algériennes) ; beaucoup plus que les sophismes ordinaires balourds d'un Norman Ajari, philosophe officiel du PIR, sur la question de la « négrophobie arabe », pour dépatouiller nos misérables racialistes contemporainEs de contradictions que seuls les communistes peuvent poser dans leur vérité, sans parler encore de les résoudre. Ces contradictions se ramènent, en définitive, à une contradiction fondamentale, absolument non-négociable : une contradiction endogène de classe. Celle-ci se trouve masquée, et refoulée au bénéfice des propriétaires de chaque société : les dominés ne l'aperçoivent qu'à force de conscience (arrachée aux propriétaires) quant à leur propre situation économique, symbolique, psychique. Raison pourquoi l'acquisition d'une telle conscience de classe est aussi, chez chacun, tributaire d'une psychologie de masse indexée sur l'histoire politique diverse des sociétés. Quoique inaperçu, quoique idéologiquement dissimulé sous l'identité fausse que promeuvent tous les discours nationalistes, l'adversaire principal est ainsi, comme disait jadis quelqu'un, toujours d'abord dans notre propre pays. Dans notre propre pays, chez nous, en nous, et souvent par principe au plus profond de nous-mêmes. La chose est valable pour «les Blancs», «les Noirs», «les Arabes», etc, si ces termes génériques-là peuvent encore avoir un sens (provisoire) : pas d'émancipation véritable sans autocritique véritable, au sens d'une estimation libre de tout ce qui, en nous et pas chez l'autre, constitue l'obstacle principal à toute perspective d'affranchissement réel. Ce processus autocritique a pour nom vérité. Et que tu l'acceptes ou pas, elle a du plomb dans l'aile, ta « blanchité » transcendantale, connardSSE d'universitaire raciste.

***

Interview de Tidiane N'Diaye, Le Monde, 18-05-17 :

« Économiste franco-sénégalais qui a fait carrière à l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et anthropologue, Tidiane N’Diaye signe chez Gallimard son premier roman. L’Appel de la lune revient sur la construction dans le sang du royaume zoulou puis de la nation sud-africaine. A l’origine une tribu majeure du groupe Ngumi, fondé vers 1709 par Zulu kaNtombhela, le royaume zoulou a connu son apogée durant le règne de Chaka, devenu l’une des grandes figures épiques de l’Afrique précoloniale. Chaka « réussit à battre, à intégrer ou à écraser sans pitié nombre de miniroyaumes qui évoluaient dans une anarchie indescriptible ». C’est aussi un roman sur la diversité de la population européenne qui colonisa ces terres prometteuses. Une histoire narrée non sans une certaine poésie et sur fond d’amours interdites entre une jeune femme zoulou, Isiban, et un huguenot français, Marc Jaubert. Union que seuls soutiennent les grands-pères, l’imbogi Oumsélé, le récitant, gardien de la mémoire, et Georges Jaubert. (...)

***

Le Monde : L’Afrique du Sud a-t-elle dépassé la question raciale ?

Tidiane N'Diaye : Aujourd’hui, en Afrique du Sud, le problème n’est pas racial, mais socio-économique. Il y a une mauvaise répartition des richesses : une minorité blanche et noire détient tous les pouvoirs économiques et sociaux et, en face, la grande majorité – noire en général – est celle des laissés-pour-compte.

LM : Il y a déjà eu des romans historiques sur le peuplement de l’Afrique du Sud, comme « Un arc-en-ciel dans la nuit », de Dominique Lapierre. Mais rarement présentés d’un point de vue africain. Comment avez-vous travaillé ?

TN : Dominique Lapierre a écrit son ouvrage avec l’approche d’un Européen. Moi, j’ai tenu à présenter comment vivaient les Zoulou, mais aussi les Européens dans cette région au XIXe siècle. J’ai fait trois séjours en Afrique du Sud pour consulter les archives à Pretoria et, grâce à une amie, la sœur de Steve Biko [figure de la lutte contre l’apartheid], les textes conservés dans des bibliothèques du Zoulouland des imbogi qui ont retranscrit et traduit la mémoire zoulou entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. J’ai aussi consulté les écrits de Sol Plaatje. Cet historien sud-africain, formé en Angleterre et aux Etats-Unis, contestait la présence anglaise dans son pays et a couché sur le papier la mémoire de son peuple.

LM : Dans « Le Génocide voilé », vous expliquez que la traite arabo-musulmane est sans commune mesure avec la transatlantique.

TN : Oui. Et je ne parle de génocide que pour qualifier la traite transsaharienne et orientale. La traite transatlantique, pratiquée par les Occidentaux, ne peut pas être comparée à un génocide. La volonté d’exterminer un peuple n’a pas été prouvée. Parce qu’un esclave, même dans les conditions extrêmement épouvantables, avait une valeur vénale pour son propriétaire qui le voulait productif et sans doute dans la longévité. Pour 9 à 11 millions de déportés lors de cette traite, il y a aujourd’hui 70 millions de descendants. La traite arabo-musulmane, elle, a déporté 17 millions de personnes qui n’ont eu que 1 million de descendants à cause de la castration massive pratiquée pendant près de quatorze siècles.

LM : La castration était-elle systématique ?

TN : La castration totale, celle des eunuques, était une opération extrêmement dangereuse. Réalisée sur des adultes, elle tuait entre 75 % et 80 % des patients. Le taux de mortalité était plus faible chez les enfants que l’on castrait systématiquement. Entre 30 % et 40 % des enfants ne survivaient pas à la castration totale. Il existe une autre castration, celle où on n’enlève que les testicules. Dans ce cas, l’individu conservait une certaine force et de la résistance. Raison pour laquelle on en a fait des combattants utilisés dans les armées des sultans. Aujourd’hui, la grande majorité des descendants des captifs africains sont en fait des métis, nés des femmes déportées dans les harems. À peine 20 % sont noirs.

LM : Vous expliquez que presque toutes les civilisations ont pratiqué l’esclavage. À quand remonte cette pratique sur le continent africain ?

TN : C’est l’Empire romain qui a le plus pratiqué l’esclavage. On estime qu’à un moment, près de 30 % de la population de l’empire était mise en esclavage. Quant à l’Afrique, il faut préciser que tant que la propriété privée n’existait pas, les gens fonctionnaient en coopérative : ils mettaient en commun leurs biens, leurs terres pour les exploiter. Au fur et à mesure que la propriété privée s’est étendue, il a fallu de plus en plus de bras pour travailler. C’est à ce moment-là que les conflits ont commencé et se sont amplifiés. Les vaincus étaient alors réduits en esclavage. On estime que, au XIXe siècle, 14 millions d’Africains étaient réduits en esclavage. L’esclavage interne a existé avant et pendant les traites arabo-musulmane et transatlantique.

LM : Comment expliquer que la traite arabo-musulmane durera encore un siècle après la fin de la traite transatlantique ?

TN : Parce que les Anglais n’ont pas joué le jeu et ont laissé faire pour éviter qu’on ne leur coupe la route des Indes. Il y a toujours eu une stratégie politique et des enjeux économiques derrière cela. La culture du clou de girofle, par exemple, était très rentable et profitait à certaines sociétés anglaises. Or elle reposait sur l’exploitation des esclaves africains, en particulier pour le comptoir de Zanzibar. La France abolit l’esclavage en Tunisie, au Maroc, où le dernier marché aux esclaves a été fermé en 1820. Mais cela a continué par le Sahara parce qu’on ne peut pas surveiller les frontières. Les soldats français avaient autre chose à faire et cela a aussi pu se poursuivre, comme en Mauritanie, parce qu’il y avait des complicités africaines.

LM : Du fait de ce passé, le panafricanisme a-t-il jamais eu la moindre chance de se réaliser ?

TN : C’est une utopie ! Dans l’inconscient des Maghrébins, cette histoire a laissé tellement de traces que, pour eux, un « Nègre » reste un esclave. Ils ne peuvent pas concevoir de Noirs chez eux. Regardons ce qui se passe en Mauritanie ou au Mali, où les Touareg du Nord n’accepteront jamais un pouvoir noir. Les descendants des bourreaux comme ceux des victimes sont devenus solidaires pour des raisons religieuses.

LM : Vous faites le lien entre ce passé et les événements au Darfour, en Mauritanie ou en Libye. Vous constatez que la route transsaharienne de l’esclavage est aujourd’hui celle de l’émigration clandestine…

TN : Tout à fait. On retrouve des marchés d’esclaves en Libye ! Seul le débat permettrait de dépasser cette situation-là. En France, pendant la traite et l’esclavage, il y a eu des philosophes des Lumières, comme l’abbé Grégoire ou même Montesquieu, qui ont pris la défense des Noirs alors que, dans le monde arabo-musulman, les intellectuels les plus respectés, comme Ibn Khaldoun, étaient aussi des plus obscurantistes et affirmaient que les Nègres étaient des animaux. Aucun intellectuel du Maghreb n’a élevé la voix pour défendre la cause des Noirs. C’est pour cette raison que ce génocide a pu prendre une telle ampleur et que ça continue. Au Liban, en Syrie, en Arabie saoudite, les domestiques africains vivent dans des conditions d’esclavage. La fracture raciale est réelle en Afrique.

LM : À la lecture du « Jaune et le Noir », on découvre que les Chinois, qui prétendent n’avoir aucun contentieux avec l’Afrique, ont bel et bien pratiqué l’esclavage…

TN : Les Chinois ont une façon très subtile de passer sous silence leur implication avérée dans les tragédies des peuples noirs. Une inscription trouvée à Java et datée de 860 après J.-C., identifie sur une liste de domestiques des Zendj, originaires d’Afrique orientale vendus en Chine. Une autre mentionne des esclaves noirs offerts par un roi javanais à la cour impériale de Chine. Les Javanais avaient envoyé plus de 30 000 esclaves noirs à la dynastie des Ming. Un ouvrage écrit en 1178 par Tcheou Kin-Fei, Lingwai-Taita, indique que des milliers de Noirs provenant de K’ounLoun (l’île de Pemba, dans l’archipel de Zanzibar, et Madagascar) étaient vendus comme esclaves en Chine. On les appelait notamment he-hiao-seu («serviteurs noirs»), ye-jen («sauvages») ou encore kouinou («esclaves ressemblant à des démons»). Ce ne sont là que quelques exemples. Les Occidentaux n’ont pas été les seuls acteurs ou bénéficiaires de la traite et de l’esclavage des Noirs. »

(Propos recueillis par Séverine Kodjo-Grandvaux (contributrice Le Monde Afrique, Douala)

Hambach

« Usage réel du langage »


« La philosophie ne doit en aucune manière porter atteinte à l’usage réel du langage, elle ne peut faire autre chose que le décrire. » 

(Ludwig WITTGENSTEIN, Investigations philosophiques)

« Quel que soit l'usage réel du langage, il est le résultat et la réflexion de la totalité de l'activité sociale de ceux qui l'emploient. Pour être juste, il faut préciser que Wittgenstein l'avait lui-même noté. Mais cela implique que l'usage réel n'est pas fixé mais extrêmement variable et qu'il peut comporter (comme la philosophie) des usages très spéciaux.

Si, au lieu d'être professeurs d'université à Oxford, les auteurs de la philosophie linguistique étaient chamans d'une tribu primitive, ils seraient confrontés à un usage réel du langage qui ne ressemble pas à celui d'Oxford. Ils utiliseraient sans doute le même genre d'expressions pour parler, par exemple, des tables et des chaises (en admettant que la tribu soit suffisamment évoluée économiquement pour posséder ces objets). Mais dans bien d'autres domaines, ils parleraient de manière très différente. Par exemple, leur usage réel du langage comporterait de constantes références à des esprits. L'existence de "l'esprit du maïs" serait pour eux tout aussi évidente que l'est celle de la table pour le professeur d'Oxford. Lorsqu'un professeur d'Oxford voit une table, il dit "voici une table". Lorsqu'un primitif voit germer le maïs, il dit "c'est l'esprit du maïs qui renaît". Tandis que le professeur s'assied à une table pour déjeuner avec le président de son université, le primitif sort son couteau et se repaît du "roi maïs". Mais il a d'aussi bonnes raisons de croire que l'esprit du maïs existe que le professeur en a d'être sûr de l'existence de la table. Cette existence est attestée par l'usage réel du langage.

La vérité, c'est qu'il est totalement impossible d'isoler un usage normal du langage, capable de servir de référence, et qui serait totalement incontaminé par le niveau culturel et les croyances réelles de ceux qui le parlent. Les manières de parler normalement admissibles incarnent leurs cultures et leurs croyances. Par conséquent, lorsque Wittgenstein fait de l'usage réel du langage une référence, cela revient à admettre comme référence un état donné de la culture et des croyances. Et lorsqu'il affirme que la philosophie "ne doit pas interférer", cela revient à dire qu'elle ne doit pas interférer avec la culture et le système de croyances admis à un moment donné. Il est heureux qu'une telle philosophie n'ait été inventée que récemment, car sinon nous serions encore sous l'emprise des chamans, et les cérémonies officielles de l'Université d'Oxford revêtiraient la forme de sacrifices rituels.

Le système de références auquel se réfère cette philosophie est inévitablement lié à un temps et à un lieu. Les usages réels du langage sont soumis à des transformations. On abandonne des usages anciens au fur et à mesure que la pratique nouvelle démontre qu'ils sont à l'origine d'erreurs, qu'ils sont illusoires et trompeurs. Ils apparaissent alors comme des usages "spéciaux". Mais à quel titre devrions-nous admettre inconditionnellement, avec l'interdiction d' "interférer", un objet à ce point susceptible d'être amélioré ?

Bien sûr, il y a une réponse toute prête pour l'objection qui vient d'être soulevée. Le chaman n'a pas la même bonne raison d'affirmer l'existence de l'esprit du maïs que le professeur d'université l'existence de la table. Car on peut rendre compte de ce qui se produite en réalité lorsque le maïs germe par la simple phrase "le maïs germe", et ajouter au maïs un esprit du maïs revient donc affirmer l'existence d'une dimension supplémentaire dont il n'y a aucune preuve empirique. L'existence des tables est vérifiable empiriquement tandis que celle des esprits ne l'est pas.
On peut être parfaitement d'accord avec cette remarque, et pour cette raison considérer que la science est supérieure au chamanisme. Mais si l'on répond ainsi, on renonce à la totalité du fondement que Wittgenstein donnait à la philosophie linguistique. Car en ce cas, il faut admettre qu'il y a un autre critère que l'usage réel du langage, par référence auquel les usages réels du langage doivent être évalués. Et sinon, cela signifierait que l'expression "usage réel du langage" est utilisée dans un sens extrêmement spécial, et dont on ne nous a pour l'instant fourni aucune définition. »

(Maurice Cornforth, L'idéologie anglaise : Wittgenstein et la « philosophie du langage »)

lundi 9 juillet 2018

Tiens ? des fans de Médine...


MDR


(Dans la foulée de la dernière Gay Pride parisienne. 
Changez rien, surtout, camarades « décoloniaux » ! 
Vous êtes parfaitEs)

samedi 7 juillet 2018

Grillés...


« La raison, c'est la plus grande putain du diable, qu'on devrait fouler aux pieds et détruire, elle et sa sagesse. Jette-lui de l'ordure au visage pour la rendre laide. Elle est et doit être noyée dans le baptême. Elle mériterait, l'abominable, qu'on la relègue dans le plus dégoûtant lieu de la maison : aux chiottes ! » 

(Martin Luther, djihadiste allemand, XVIe siècle)

Pietà