dimanche 24 juin 2018

Fin de semaine

samedi 23 juin 2018

Du sens pratique


« Cette vision émanatiste qui fait de la structure, Capital ou Mode de production, une entéléchie se développant elle-même dans un processus d'auto-réalisation, réduit les agents historiques au rôle de supports (Träger) de la structure et leurs actions à de simples manifestations épiphénoménales du pouvoir qui appartient à la structure de se développer selon ses propres lois et de déterminer ou de déterminer d'autres structures. »
***

Beau comme du E.-P. Thompson, pas vrai ? Façon Misère de la théorie. Ou même comme du Adorno, tiens ! Du Adorno ultime période (intervention au Congrès de sociologie allemande, de 1968). Ah ! les vertus quand même de l'expérience irrépressible et de son sujet prolétarien faisant ainsi, malgré tout, contre les lourdeurs objectives de structure, sa propre histoire, fût-ce au milieu des plus incontournables aliénation, dépossession ou conscience mystifiée. Sauf que là où ça devient franchement comique, c'est qu'en réalité, le texte ci-dessus, c'est du Pierre Bourdieu. Des structures sans structuralisme, si vous voulez, qu'il nous propose, le gars. Le sens pratique, ça s'appelle. Tu m'étonnes. Ces mandarins français nous vendraient du sable en plein désert. Sur le cadavre à peine enterré (nous sommes en 1980) de la concurrence qui sent déjà son chien crevé. 

vendredi 22 juin 2018

Blasé

Odilon Redon - Des Esseintes, 
Frontispiece for A Rebours by J.K. Huysmans.

« Il n'y a peut-être pas de phénomène de l'âme qui soit plus incontestablement réservé à la grande ville que le caractère blasé. Il est d'abord la conséquence de ces stimulations nerveuses qui changent sans cesse, étroitement enfermées dans leurs contradictions, et nous sont apparues comme les raisons du progrès de l'intellectualité dans la grande ville : c'est pourquoi aussi les hommes sots qui a priori n'ont pas de vie spirituelle ne sont pas blasés habituellement. De même qu'une vie de jouissance sans mesure rend blasé parce qu'elle excite les nerfs jusqu'aux réactions les plus fortes, si longtemps que finalement ils n'ont plus aucune réaction, chez eux les impressions, les plus anodines comprises, provoquent des réponses si violentes par leurs changements rapides et contradictoires, les bousculent si brutalement qu'ils donnent leur dernière réserve de forces et que, restant dans le même milieu, ils n'ont pas le temps d'en rassembler une nouvelle. L'incapacité qui en résulte, de réagir aux nouvelles stimulations avec l'énergie qui leur est appropriée, est justement ce caractère blasé que montre déjà tout enfant de la grande ville en comparaison avec les enfants de milieux plus tranquilles et moins changeants.

À cette source physiologique du caractère blasé de la grande ville s'ajoute l'autre source qui a cours dans l'économie monétaire. L'essence du caractère blasé est d'être émoussé à l'égard des différences entre les choses, non pas au sens où celles-ci ne seraient pas perçues, comme c'est le cas pour les crétins, mais au contraire de telle sorte que l'on éprouve comme nulles l'importance et la valeur des différences entre les choses, et, par là, des choses elles-mêmes. Aux yeux du blasé, elles apparaissent d'une couleur uniformément terne et grise, indignes d'être préférée l'une à l'autre. Cette attitude d'âme est le reflet subjectif fidèle de la parfaite imprégnation par l'économie monétaire ; pour autant que l'argent évalue de la même façon toute la diversité des choses, exprime par des différences de quantité toutes les différences respectives de qualité, pour autant que l'argent, avec son indifférence et son absence de couleurs, se pose comme le commun dénominateur de toutes les valeurs, il devient le niveleur le plus redoutable, il vide irrémédiablement les choses de leur substance, de leur propriété, de leur valeur spécifique et incomparable. »

(Georg Simmel, Les grandes villes et la vie de l'esprit)

Des hommes, des projets

Réalisé avec Photocheap (Made in France)

mercredi 20 juin 2018

Ça va Manu ?


Le respect, c'est important.
C'est même la base de la croissance.

mardi 19 juin 2018

samedi 16 juin 2018

Lluvia de piedras


vendredi 15 juin 2018

Au fil de l'eau

« Comment la Raison pourrait-elle s'accommoder de l'idée ou même croire que trois sont un et que un est trois ? » 
(Martin Luther)

jeudi 14 juin 2018

Au Nicaragua comme partout


mercredi 13 juin 2018

Socle constitutionnel

(France, 2018)

samedi 9 juin 2018

Le 13 juin prochain


« Le temps est à l’orage. Le nouvel Amer, huitième du nom, est de sortie et la chair sacrément épanouie. Il a cette fois pour thème le nu, ce qui caresse dans le sens du poil sa petite tendance exhibitionniste. Vous trouverez pêle-mêle dans ses pages déshabillées quelques mises à nue dans les entretiens menés avec Lauren Glaçon, Caroline Lemaire, Alain Galan, Noel Herpe, Constantin Alexandrakis, Hélène Cattet et Bruno Forzani. Surgiront aussi plusieurs port folio olé-olé entre autres de P.L.N et de Simone (en couleur ce dernier). Des textes et nouvelles plus naturistes que naturalistes de Guy de Maupassant, Camille Lemonnier, Adolphe Retté, Raoul Ponchon, Tan Polyvalence, Louison Asani, Jean Rameau, Wanda, Hafed Benotman, Octave Mirbeau, Lnor et Gabriel Regnault. Et quelques interventions indécentes de Caroline Crépiat, Lilith Jaywalker et Ian Geay, ainsi que les chroniques plantureuses d’Eric Dussert. Et enfin, les rubriques habituelles, à savoir la revue des revues, de bruits et de fureur, quelques conseils de chapardage, et l’In Mémoriam…
Illustrations à caractère pas forcément pornographique de Laurent Bénaïm, Simone, Pole Ka, Lnor, Lauren Glaçon, Elizabeth Prouvost, Laurie Joly, Maron, PLN, Ulrike, LMG, Carmen De Vos, Carotide, Anna d’Annunzio et Lashka.
362 pages, 19x12cm, cahier couleur. Pour commander la bête, il suffit de nous écrire un courriel à l’adresse électronique suivante : zamdatala@riseup.net. Le prix est libre (ce que vous pouvez, ce que vous voulez, en soutien ou non à l’initiative, à prix coûtant ou à prix fort afin que cela soit gratuit pour d’autres, c’est vous qui voyez) en plus du prix d’envoi (nous privilégions les dépôts et la punk poste).

Allez, on se rhabille !
Bonne lecture / bon été »

vendredi 8 juin 2018

Dans le genre essence


Ils sont leur corps et leur esprit individuels, et par là même aussi bien leurs rapports inter-individuels. Mais qui niera que ce corps, cet esprit et ces rapports les font bel et bien précisément être à nul autre être pareil, en tant que ce complexe indissoluble, en tant que ce cela fondamental les désignant toujours, en tous temps et tous lieux ? En d'autres termes : une essence. Le genre humain. 

***

« L'essence, le genre n'est pas une abstraction. L'essence existe, elle a une existence. Mais l'existence de l'essence n'est pas l'existence dans sa singularité, elle n'est pas ce phénomène singulier, mais elle est l'existence dans sa totalité, l'existence de tous les phénomènes singuliers pris ensemble, l'existence simultanée de tout ce qui est singulier comme un tout indivisible. » 

(Feuerbach, Pensées sur la mort et l'immortalité)

« Mais l'essence humaine n'est point chose abstraite, inhérente à l'individu isolé. Elle est, dans sa réalité, l'ensemble des relations sociales. »

(Marx, sixième thèse sur Feuerbach)

mercredi 6 juin 2018

mardi 5 juin 2018

Fin de la Vérité



« Le scepticisme à l'égard de la possibilité de la métaphysique, l'effondrement de la foi en une philosophie universelle qui servirait de guide à l'homme nouveau, cela signifie très exactement l'effondrement de la foi en la Raison, comprise dans l'opposition établie par les Anciens entre épistémè et doxa. C'est elle, la Raison, qui donne sens de façon ultime à tout ce qui prétend être, à toutes "choses", "valeurs", "buts", en ce qu'elle les rapporte normativement à ce qui, depuis les débuts de la philosophie, est désigné par le terme "Vérité" - vérité en soi - et corrélativement par le terme "Étant" - (...). Que l'homme perde cette foi, cela veut dire ni plus ni moins qu'il perd la foi "en lui-même", en l'être véritable qui lui est propre, lequel n'est pas toujours-déjà sa possession, quelque chose qu'il aurait déjà dans l'évidence du "Je suis", mais quelque chose qu'il n'a et ne peut avoir que sous la forme d'un combat pour sa vérité, un combat pour se rendre lui-même vrai. »

(Husserl, La Crise des sciences européennes et la Phénoménologie transcendantale, 1936) 

dimanche 3 juin 2018

Benchmarking

(Le Monde, 1-6-2018)

(id., 2-6-2018)

vendredi 1 juin 2018

Fascisme universaliste blanc euro-centré, qu'aggrave son cas, en plus, à force de rationalisme impérialiste et scientiste-colonial

Mektoub (détail)

Pourquoi la Terre doit rester immobile 
et le soleil, tourner autour d'icelle,
jusqu'à la fin des temps.

« Le petit moine : Permettez-moi de parler de moi-même. J'ai grandi dans une famille de paysans de Campanie. Ce sont des gens simples. Ils savent tout sur l'olivier, mais à part ça bien peu de choses. Or, observant les phases de Vénus, je crois voir mes parents devant moi, ils sont assis près de l'âtre avec ma soeur, et mangent leur fromage. Je vois, au-dessus d'eux, les poutres, que des siècles de fumée ont noircies, et je vois dans tous leurs détails leurs vieilles mains abîmées par le travail, et la petite cuiller qu'ils tiennent. Ils ne sont pas heureux, mais au sein de leur malheur même se trouve caché un certain ordre. Il y a ces différents cycles, depuis celui des grands nettoyages, jusqu'à celui du paiement des impôts, en passant par celui des saisons dans l'oliveraie. C'est avec régularité que les malheurs s'abattent sur eux. Le dos de mon père se tasse, non pas d'un seul coup, mais un peu plus à chaque printemps passé dans l'oliveraie, de même que les accouchements, qui ont fait que ma mère a été de moins en moins une femme, se sont produits à des intervalles bien précis. La force de traîner, ruisselants de sueur, leurs paniers le long de la montée pierreuse, la force de concevoir des enfants, et même celle de manger, ils la puisent dans le sentiment de permanence et de nécessité que peuvent leur donner la vue du sol, celle des arbres reverdissant chaque année, celle de la petite église, et la lecture de la Bible dominicale. Ils ont reçu l'assurance que le regard de la divinité est posé sur eux, interrogateur, presque anxieux ; que tout ce théâtre du monde est édifié autour d'eux, afin qu'eux-mêmes, les acteurs, puissent faire leurs preuves dans leurs rôles grands ou petits. Que diraient les miens s'ils apprenaient de moi qu'ils se trouvent sur un petit amas de pierres qui, tournant sans arrêt dans l'espace vide, se déplace autour d'un autre, petit amas de pierres parmi beaucoup d'autres, et plutôt insignifiant ! À  quoi serait encore nécessaire ou utile une telle patience, une telle connivence avec leur misère ? À quoi serait encore utile la Sainte Écriture, qui a tout expliqué et tout établi comme indispensable, la sueur, la patience, la faim, la sujétion, et que maintenant l'on juge pleine d'erreurs ? Non, je vois leur regard s'épouvanter, je les vois la cuiller tombant sur la pierre de l'âtre, je vois comme ils se sentent trahis et dupés. "Il n'y a donc pas, disent-ils, de regard posé sur nous. C'est à nous-mêmes de veiller sur nous, ignorants, vieux et usés que nous sommes ? Nul ne nous a destiné un rôle, sinon ce lamentable rôle terrestre, sur un astre minuscule, qui est entièrement dépendant, autour duquel rien ne tourne ? Notre misère n'a aucun sens : la faim, c'est simplement ne rien avoir à manger, pas une mise à l'épreuve ; l'effort, c'est simplement se courber et tirer, pas un mérite." Que je puisse lire dans le décret de la Sainte Congrégation une noble et maternelle compassion, une grande bonté d'âme, le comprenez-vous maintenant ?

Galilée : Bonté d'âme ! Sans doute voulez-vous simplement dire : "Maintenant il n'y a rien, le vin est bu, leurs lèvres se dessèchent, qu'ils baisent la soutane !" Mais pourquoi n'y a-t-il rien maintenant ? Pourquoi l'ordre dans ce pays est-il uniquement celui d'une boîte vide, et la nécessité, uniquement celle de se tuer au travail ? Parmi des vignobles luxuriants, au bord de beaux champs de blé ! Vos paysans de Campanie paient les guerres que le vicaire du doux Jésus mène en Espagne et en Allemagne. Pourquoi place-t-il la terre au centre de l'univers ? Pour que le trône de saint Pierre puisse être au centre du monde ! C'est de cela qu'il s'agit. Vous avez raison : il ne s'agit pas des planètes, mais des paysans de Campanie. »

(Bertolt Brecht, La vie de Galilée