samedi 17 février 2018

50 nuances de gueux

« Le secrétaire d'Etat Julien Denormandie est revenu dimanche sur RTL sur le chiffre qu’il avait avancé le 30 janvier dernier sur France Inter de 50 "hommes isolés en Ile-de-France" qui dorment dans la rue. »

(Europe 1, 11 janvier 2018)

vendredi 16 février 2018

Dans l'étau


Est-ce donc ainsi que le piège va finalement se refermer ? Le régime fasciste turc actuel, fort de son alliance tactique avec Poutine, avance partout, sur le plan diplomatique, sans rencontrer aucune résistance. L'Europe libérale (France, Allemagne) est littéralement tétanisée par la crainte d'une nouvelle arrivée massive de migrants, endurant de fait, de la part d'Erdogan, les dernières insultes et humiliations publiques. Les Yankees, quant à eux, obsédés (à juste titre de leur point de vue) par la montée en puissance conjointe dans la région des Russes et des Iraniens, craignent par-dessus tout une sortie turque de l'OTAN. Et il semble bien, à écouter, d'une part (ci-dessus) les déclarations de Rex Tillerson suite à sa très éprouvante visite à Ankara (au cours de laquelle les erdoganistes les plus officiels lui promirent notamment rien de moins qu'une "gifle ottomane" en bonne et due forme s'il s'obstinait à se mettre en travers de leur chemin) ; à lire, d'autre part, le communiqué final turco-américain quant à une éventuelle sortie de crise entre ces deux soi-disant alliés (voir ci-dessous), que l'on s'achemine vers un abandon des Kurdes de Syrie, non seulement à Afrin mais encore à Manbij, et généralement partout à l'ouest de l'Euphrate. Reste à voir les modalités concrètes de l'accord, qui devraient être formulées d'ici la mi-mars. Peut-on encore parier sérieusement sur la roublardise des ricains ? C'eût été faire trop de plaisir, pour rien, à Poutine et Assad que de risquer une attaque turque (suivie de ses représailles nécessaires) sur les bases US de Manbij. Nous posions voilà peu la question de savoir qui, dans cette affaire, mangerait in fine son chapeau. Cette question paraît avoir aujourd'hui trouvé sa réponse. Et ce chapeau risque bien d'être un Stetson. La dernière résistance opposée à la progression de l'islamo-fascisme turc est donc de type militaire : elle est le fait des combattantes et combattants kurdes et de leurs amis internationalistes, lesquels n'ont plus rien à perdre, ou plutôt : plus rien d'autre à tenter d'éviter qu'un gigantesque massacre, du type de celui perpétré jadis contre les Palestiniens à Sabra et Chatila, sous l'oeil complice d'Israël. Or, cette résistance militaire n'est ni vaine ni absurde : elle est effective, forte, et constitue à ce titre un paramètre essentiel de la crise. L'armée turque et ses supplétifs djihadistes (il est connu de tout l'univers que la soi-disant Armée Syrienne Libre d'Afrin se trouve composée, pour l'essentiel, d'anciens membres de Daesh soucieux de prendre leur revanche de Kobané, ou d'Al-Quaïda) n'ont en effet, en un mois, récupéré qu'environ sept pour cent de l'enclave kurde. C'est peu. Leurs adversaires se sont vraisemblablement préparé(e)s depuis des années à l'opération, en termes de logistique (armes légères, missiles anti-char, tranchées, tunnels). La guerre se déroule désormais au coeur de montagnes et de vallées encaissées, dont les Kurdes sont familiers. Le temps joue ainsi pour eux, qui peuvent espérer - outre l'enlisement coûteux, à tous points de vue, d'Erdogan - nouer des alliances formelles, extrêmement embarrassantes pour les blocs étatiques en présence, avec les troupes loyalistes du boucher Assad. Des divergences sont clairement apparues ces derniers temps (voir à ce sujet le shotdown mystérieux du SU 25 russe dans la zone d'Idlib, ou l'attaque d'artillerie menée plus tard dans le même coin contre les troupes turques qui s'y installaient), entre le boucher en question et son protecteur russe : elles ont pour conséquence de menacer la nouvelle alliance poutino-erdoganienne. Étant donné qu'en théorie, tout le monde respecte - la main sur le coeur - l'intégrité territoriale syrienne, un déboulement, fût-il symbolique, des baassistes légitimistes devant les frontières turques, accroîtrait sans aucun doute le désordre ambiant. C'est à établir ce type de désordre généralisé que les Kurdes vont à présent travailler. Tel est désormais pour eux - outre la valeur militaire de leur admirable héroïsme - l'unique espoir d'éviter la tuerie de masse qui s'annonce. 
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Joint Statement on Turkey-U.S. Strategic Partnership Share
Media Note
Office of the Spokesperson
Washington, DC
February 16, 2018

The Republic of Turkey and the United States, as allies and strategic partners, reaffirm their mutual and unequivocal commitment to each other’s security and defense.

As Allies within NATO and strategic partners for over 65 years, both nations consider their relations as vital to furthering their shared goals and interests, as well as to the promotion of democracy, rule of law and individual freedoms throughout the world.

The United States condemns the heinous coup attempt that took place in Turkey on July 15, 2016 and stands in full solidarity with the democratically elected Government of Turkey and the Turkish people.

In the spirit of our longstanding alliance, we reaffirm our commitment to resolving outstanding issues in the bilateral relationship. The two sides agreed to establish a results-oriented mechanism for this purpose. This mechanism will be activated no later than mid-March.

We reaffirm that our common agenda is a global one, which includes many critical issues ranging from the fight against terrorism, countering proliferation of weapons of mass destruction, bringing lasting peace and stability to the Middle East including in Syria and Iraq, ensuring energy security and combatting radicalism, violent extremism and Islamophobia.

The Republic of Turkey and the United States, as longstanding Allies, reaffirm their determination to jointly combat terrorism in all its forms and manifestations. Turkey and the United States reiterate their resolve to fight against DAESH, PKK, Al Qaeda, and all other terrorist organizations and their extensions. We recognize the right to self-defense of our countries against terrorist threats directly targeting our nations.

Turkey and the United States reaffirm their commitment to the preservation of the territorial integrity and national unity of Syria. To this end, we will decisively stand against all attempts to create faits accomplis and demographic changes within Syria, and are dedicated to coordination on transition and stabilization of Syria.


Recognizing the fact that there can only be a political solution to the Syrian crisis, and that it requires a viable political transition, Turkey and the United States agree to intensify their cooperation to bring about this result within the framework of established parameters, namely the UNSC Resolution 2254, and through the Geneva process.

Free

Deniz Yücel, ce vendredi, au sortir de sa geôle.

jeudi 15 février 2018

Anarchistes des Lumières


« Si la question de l'éducation a revêtu pour les anarchistes individualistes qui se reconnaissaient dans le mouvement initié par Libertad à travers les Causeries populaires et l'hebdomadaire l'anarchie une importance cruciale, c'est parce qu'ils étaient convaincus qu'un changement de société institué brutalement à l'issue d'une révolution ou d'une insurrection, ne saurait avoir d'effets positifs s'il n'avait pas été précédé d'une évolution des mentalités. La capacité à bâtir un monde plus solidaire et plus libre dépendait d'une éducation préalable à laquelle les masses ouvrières n'avaient pas eu accès et que l'école publique n'avait pas pour but de dispenser. Selon Paraf-Javal, qui avait initié le mouvement des Causeries populaires aux côtés de Libertad, une organisation sociale défectueuse, renversée par des individus porteurs d'une mentalité acquise en son sein, ne pouvait déboucher que sur une société également défectueuse. Les individualistes estimaient que l'abaissement des masses ouvrières du fait de l'ignorance, de l'alcoolisme et de l'obéissance aux préjugés rendait de toute façon fort improbable la survenue d'une révolution. Sans élévation du niveau de conscience et de combativité des opprimés, elle ne pourrait être l'oeuvre que d'une étroite élite, d'une minorité consciente, et le risque était grand alors qu'advienne une société plus autoritaire encore, un ordre social au moins aussi inique. (...)

L'émancipation individuelle n'était pas seulement le moyen de parvenir à un monde meilleur, elle avait en elle-même une valeur, était à elle-même sa propre fin. Les anarchistes individualistes, ouvriers dans leur grande majorité, sans diplômes et sans avenir social, refusaient une condition sociale impliquant l'étouffement d'une grande partie de leurs potentialités et le renoncement à toute forme de vie meilleure. Ils ne voulaient contraindre ni leurs corps, ni leur esprit et entendaient développer jusqu'à l'extrême toutes leurs aptitudes sur le plan physique, intellectuel, artistique, émotionnel, sensuel. (...)

Les individualistes estimaient de manière générale qu'il ne fallait pas laisser l'Église et l'État se disputer seuls le monopole de l'éducation, mais devant la difficulté à créer des structures indépendantes, il fallait plutôt s'efforcer d'insuffler un esprit nouveau à l'intérieur même des écoles existantes. Pour toucher le maximum d'enfants, Émilie Lamotte préconisait de créer des ateliers d'étude après la classe pour compléter les leçons par l'expérience, et pour expliquer sur des exemples les devoirs donnés par le maître. De telles initiatives, réalisables à peu de frais, pouvaient contribuer à rendre les enfants moins passifs, plus questionneurs, à semer, écrivait-elle, des graines de zizanie. »

(Anne Steiner, in Philosophie de l'anarchie)

mercredi 14 février 2018

Appel du 13 février 2018


Plusieurs combattants révolutionnaires étrangers sur le front d’Afrin (hors les partis révolutionnaires turcs) ont annoncé ce 13 février 2018 la fondation d’une nouvelle brigade de volontaires internationalistes. Vous trouverez ci-dessous leur déclaration de fondation :

Nous sommes un groupes de communistes, socialistes, anarchistes et antifascistes, venus des quatre coins du monde. Même si nous venons de différents courants d'idée et de différents contextes culturels, nous sommes unis au Rojava par les principes de solidarité, d’internationalisme et d’antifascisme. De Manbij à Raqqa, nous avons combattu avec les YPG-YPJ, les Forces démocratiques syriennes (FDS) et un grand nombre de forces révolutionnaires turques contre la barbarie de Daesh. Nous sommes à nouveau réunis à Afrin pour combattre le fascisme, l’impérialisme et le terrorisme aux côtés de nos camarades. 
Les internationalistes ont versé leur sang pour lutter contre le fascisme. De la martyre Ivanna Hoffman, l’une des premières internationalistes au Rojava, au martyr Michael Israel, assassiné par une frappe aérienne turque à Manbij, au martyr Jac Holmes, tombé à Raqqa alors que la capitale de Daesh était libérée par les forces antifascistes, nous honorons les martyrs en poursuivant leur combat. La résistance à Afrin est l’un des moments des plus critiques dans la lutte contre le fascisme de notre époque. Le moment d’agir, c’est maintenant. Nous appelons à la solidarité internationale avec la lutte d’Afrin. Nous appelons les révolutionnaires internationaux déterminés à rejoindre notre lutte. Nous appelons également à des actions civiles larges contre l’État turc à travers le monde. Par l’unité nous triompherons. Par la solidarité, nous vaincrons nos ennemis.

Shéhid namirin ! Bijî berxwedana Efrîné !
Mort au fascisme ! Mort au colonialisme !
Vive la solidarité internationale !


Forces Antifascistes à Afrin (Antifascist Forces in Afrin – AFFA)
Brigade Michael Israel,
le 13 février 2018.

Parade

Valentine's day

« We don't go for an operation here. 
We go for a wedding. »

(a turkish «oliver branch» operation's soldier said, 
just a few days before being killed in his tank by YPJ female fighters, 
Bulbul District, Northern Afrin, on the 11th of February 2018)

mardi 13 février 2018

L'apéro, c'est sacré !

(Turkish Armed Forces having a little rest, after an usual rape's, blind population bombing's, people's chickens stealing's, corpse mutilation's and mass murdering's hard working day, Afrin, Syria, feb. 2018.)  

Ah, le p'tit jaune d'après massacre !

lundi 12 février 2018

Moisi.E.s

Ci-dessus : capture d'écran du site de MWASI annonçant, pour le 17 février prochain, une projection privée - interdite aux Blancs et aux Blanches - du blockbuster hollywoodien Black Panther. Après les stages de formation syndicale non-mixtes organisés par Sud-éducation 93, on s'aperçoit donc ici de l'ampleur indéniable des bonds qualitatifs (en termes de culture et de conscience politique) rendus possibles par ces méthodes innovantes de ségrégation choisie. 

***
« Le MWASI est un "collectif afro-féministe non-mixte de femmes cisgenres et trans noires/métisses africaines et afro-descendantes." Vous suivez ? Sur son site, on apprend que l'un des buts de ce collectif de jeunes bourgeoises "racisé.e.s" est de soutenir les entreprises "montées par des Africains et Afro-descendantes", mais aussi la "sororité" et la "bienveillance", mais entre-elles seulement, femmes-cisgenres-et-trans-noires/métisses-africaines-et-afro-descendantes. Cette association culturelle qui voudrait qu'en France ce soit "tout comme l'Amérique", goûte à la politique depuis la "Marche de la dignité" du PIR (Parti des Indigènes de la République). Si l'on en croit les photos de toutes les membres, sympathisantes et du public qui sont affichées sur leur site (génération "loft story"), il s'agit d'un club de hipsters franciliennes passionnées de culture afro-américaine et de contre-cultures vestimentaires américaines des années 60, comme il y a des clubs de fans des Indiens d'Amérique ou des fans de Johnny Halliday. S'agissant des "Principes", le "MWASI est irrésolument (sic) anti-capitalistes, anti-impérialiste, pro-voile, pour les droits des personnes prostituées", anti-capitalistes pour le soutien des "entreprises", pour la défense des prostituées et de la religion rigoriste... Soyons rassurés elles ne sont pas "contre les autres groupes ethno-raciaux". Elles aiment se retrouver régulièrement pour papoter, s'auto-applaudir et se bienveiller dans la communion sororitaire comme les alcooliques anonymes non-mixtes contre la cissobriété. On les retrouve principalement sur Facebook, You Tube, Twitter, etc. Un peu comme tous les autres racialistes, la "Marche de la dignité" fut pour elles un baptême de militance, puisque cinq d'entre elles y ont vaillamment tenu une banderole sur laquelle était inscrit le message subversif suivant contre le racisme et pour la dignité : "MWASI, intersectionnel insurrectionnel", tout simplement. »

(Les amis de Juliette et du printemps, La race comme si vous y étiez)

Je Suis Partout (Mainstream)


Souviens-toi

  
« Ainsi [pour les économistes] il y a eu de l’histoire, 
mais il n’y en a plus. »
(Marx, Misère de la philosophie)

Médiations

L'homme au cocktail molotov, Nicaragua, 16 juillet 1979.

« Cette rétrospective consacrée à la photographe américaine Susan Meiselas (1948, Baltimore) réunit une sélection d’œuvres des années 1970 à nos jours. Membre de Magnum Photos depuis 1976, Susan Meiselas questionne la pratique documentaire. Elle s’est fait connaître par ses images sur les zones de conflit en Amérique centrale dans les années 1970 et 1980, notamment grâce à la force de ses photographies couleur. Couvrant de nombreux sujets et pays, de la guerre aux questions des droits de l’homme, de l’identité culturelle à l’industrie du sexe, elle utilise la photographie, le film, la vidéo et parfois des matériaux d’archives dans une volonté constante de construire des récits auxquels elle associe ses sujets en tant qu’acteurs. L'exposition, la plus complète qui lui ait jamais été consacrée en France, met en évidence cette démarche unique de Susan Meiselas qui traverse les conflits dans le temps avec une approche personnelle autant que géopolitique et questionne le statut des images par rapport au contexte dans lequel elles sont perçues. Pour le Jeu de Paume, elle a créé une nouvelle œuvre, commencée en 2015 et inspirée par son engagement auprès de Multistory, association basée au Royaume-Uni. Cette dernière série réalisée dans un foyer pour femmes, A Room of Their Own, porte à nouveau sur le thème de la violence domestique, cette fois en Angleterre. L’installation comprend cinq récits en vidéo qui présentent les photographies de l’artiste, des témoignages de première main, des collages et des dessins. »


Dee et Lisa, Mott Street, Little Italy, New York, 1976.

Susan Meiselas, Médiations
Musée du Jeu de Paume, Paris
du 06 février au 20 mai 2018

dimanche 11 février 2018

La chute



Ce  Dimanche, voilà deux heures (14 heures en France) : destruction annoncée, par les arabo-kurdes des Forces démocratiques Syriennes, d'une base de combat islamo-fasciste à Ezaz, base utilisée jusque-là pour lancer des attaques dans le district de Shera. Les FDS annoncent de lourdes pertes, en hommes et matériel, du côté des envahisseurs. Une promenade de santé, qu'ils disaient...

Good job


« Il n'y peut avoir d'amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l'injustice ; et entre les méchants, quand ils s'assemblent, c'est un complot, non pas une compagnie ; ils ne s'entraiment pas, mais ils s'entrecraignent ; ils ne sont pas amis, mais ils sont complices. »

(Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire

samedi 10 février 2018

Au revoir l'hélicoptère islamo-fasciste !

En une heure


« Rester éveillé. Le plus longtemps possible. Lutter contre le sommeil. Le calcul est simple. En une heure, je fabrique trente faux papiers. Si je dors une heure, trente personnes mourront... »

(Adolfo Kaminsky)

vendredi 9 février 2018

Urban Riders, par Mohamed Bourouissa


« L'exposition Urban Riders s’articule autour du film Horse Day réalisé à Philadelphie, dans le quartier défavorisé de Strawberry Mansion, au Nord de la ville, et dont la réalisation a marqué une étape décisive dans son évolution. Durant huit mois, le temps d’une résidence, Mohamed Bourouissa s’est intéressé aux écuries associatives de « Fletcher Street » qu’il a découvertes grâce aux images de Martha Camarillo, une photographe américaine. Territoire de réparation et de cristallisation des imaginaires, fondé par des cavaliers afro-américains, les écuries de « Fletcher Street » accueillent les jeunes adultes du quartier et offrent un refuge aux chevaux abandonnés. Sans pour autant documenter une réalité, l’artiste s’est emparé de l’histoire du lieu, de l’imagerie du cowboy et de la conquête des espaces. Au fil des mois, Mohamed Bourouissa s’est attaché à créer des conditions d’échange et de partage avec la communauté locale. Le film, de facture cinématographique, retrace ce projet. Il rend compte avec force d’une utopie urbaine. Fasciné par l’histoire de la représentation des cowboys noirs, il synthétise des questionnements récurrents : l’appropriation des territoires, le pouvoir, la transgression. Horse Day s'accompagne d'un corpus d’environ quatre-vingt pièces. Un ensemble  d’œuvres graphiques traduit la liberté et la richesse du langage plastique de l’artiste. Croquis sur le vif, dessins préparatoires, story-board du film, collages, encres, aquarelles relatent l’origine du projet et son élaboration. En regard de cet ensemble, sont présentés des portraits de cavaliers et les costumes des chevaux. Prolongeant la métaphore du «tuning», des éléments de carrosseries sont agencés et deviennent le support des images du film. »


Du 26 janvier au 22 avril 2018
Musée d'Art moderne de la Ville de Paris

Suffisamment bon


« Quand nous donnons aux enfants le bon type de distractions, nous remplissons un objectif réel, à savoir rendre possible la croissance ultime de chaque enfant vers l'état adulte que l'on appelle collectivement la démocratie. »

(Donald Winnicott, La famille suffisamment bonne)

jeudi 8 février 2018

Afrin-Istanbul (knocked-down prices)




Un petit coucou à Erdogan...

Ceci était un tank islamo-fasciste, 
avec ses occupants (assis dessus).

Ce pur moment de plaisir vous était offert par les combattants et combattantes kurdes (YPG et YPJ). Elle a décidément l'air de fonctionner comme sur des roulettes, cette opération Rameau d'olivier.

lundi 5 février 2018

Barín Kobané

(Barín Kobané, YPJ)

« Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand coeur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l'histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, dont toutes les prières de leurs prêtres n'arriveront pas à les libérer. »

(Karl Marx, La guerre civile en France)

Himalaya de la pensée (décoloniale)

On se retrouve au Lieu-Dit ?

« La différence entre l’Afrique du Sud ou le régime de Vichy [et l'État français actuel], pour moi c’est une question de degré, pas de nature. Les premiers assumaient la volonté de promouvoir des sociétés fondées sur la race. »

(Houria Bouteldja, interview donnée à Melting-Book, 30 janvier 2018)

vendredi 2 février 2018

Miguel Amorós : Critique de la philosophie postmoderne et de ses effets sur la pensée critique et sur la pratique révolutionnaire


Le recul théorique causé par la disparition de l’ancien mouvement ouvrier a permis l'hégémonie d'une philosophie surprenante, la première qui ne se fonde pas sur l'amour de la vérité, objet primordial du savoir. La pensée faible (ou philosophie de la postmodernité) relativise ce concept, qu’elle fait dériver d'un mélange de conventions, de pratiques et de coutumes instables dans le temps, quelque chose de "construit", et, par conséquent, d’artificiel, sans aucun fondement. Et dans la foulée, toute idée rationnelle de réalité, de nature, d'éthique, de langage, de culture, de mémoire, etc. De plus, certaines autorités du petit monde postmoderne n'ont pas manqué de qualifier certaines d'entre elles de "fascistes". Finalement, en récupérant Nietzsche, il n'y a donc plus de vérité, seulement des interprétations. En fait, une telle démolition systématique d'une pensée qui naît avec les Lumières et réclame la constitution de la liberté, et qui donnera naissance, plus tard avec l’apparition de la lutte des classes moderne, à la critique sociale – et pour ceux, principalement professeurs et étudiants, qui préfèrent plutôt que se baigner dans l'eau claire de l'authenticité, se vautrer dans la boue de l'imposture aux idéologies révolutionnaires – a toutes les apparences d’une démystification radicale menée à bien par de véritables penseurs incendiaires, dont la finalité ne serait rien d’autre que le chaos libérateur de l’individualité exacerbée, la prolifération d’identités et l’abrogation de toute norme de conduite commune. Au lendemain d'une telle orgie de déconstruction, aucune valeur ni aucun concept universel ne tiendrait plus debout : être, raison, justice, égalité, solidarité, communauté, humanité, révolution, émancipation... seront tous qualifiés d’"essentialistes", c'est-à-dire d’abominations "pro-natura". Cependant, l'extrémisme négateur des post-philosophes manifeste sur un plan spirituel des coïncidences suspectes avec le capitalisme actuel. Un radicalisme d’une telle intensité contraste non seulement avec la vie et les choix politiques de ses auteurs, très académiques pour les uns, et conventionnels pour les autres, mais en outre épouse parfaitement la phase en cours de globalisation capitaliste, caractérisée par la colonisation technologique, le présent perpétuel, l'anomie et le spectacle. C'est un complément pour lequel tout est facilité. Personne ne les dérangera dans leurs chaires universitaires. Grâce à la priorité accordée par la domination à la connaissance instrumentale, et par conséquent, grâce à la faible importance que la mentalité dominante concède aux "humanités", ont pu surgir sans entraves des bulles philosophiques pseudo-transgressives et toutes sortes de jongleries spéculatives totalement étrangères à la réalité environnante, créant une contrefaçon tourbillonnante de la pensée critique moderne, qui aime être accompagnée d'un vaste bruit médiatique. Les louanges postmodernes à la transgression normative correspondent d'une certaine manière à la disparition de la sociabilité dans les agglomérations urbaines. En accord avec la nouvelle faiblesse en matière philosophique, rien n'est original, tout est construit, et donc tout repose sur du sable. L'économie politique, les classes, l'histoire, le tissu social, l'opinion... tout. Alors, s'il n'y a pas de relation sociale qui vaille, pas de véritable libération collective, pas de dialectique, pas de critère définitif à prendre en compte à cet égard, quelle est la signification des normes, des moyens et des fins ? On part de rien pour arriver nulle part. Nihilisme en harmonie avec les marchés pour lesquels ce qui n'a pas de valeur économique importe peu. Il ne faut pas non plus s’étonner que l’éloge de la déshumanisation et le chaos typique des déconstructeurs aille de pair avec l’apologie de la technique. La pensée faible, entre autres, célèbre l'hybridation de l'homme avec la machine. La nature mécanique, libre de constrictions, ne serait-elle pas supérieure à une nature humaine, esclave des lois naturelles ? Le nihilisme inhérent à la logique mécanique reflète et répond à l'abolition de l'histoire, à la suppression de l'authenticité, à la liquidation des classes et à la consécration de l’individualité narcissique ; c'est donc un produit de la culture du capitalisme tardif – si on peut encore appeler ça de la culture –, et sa fonction ne serait autre que l'adaptation idéologique au monde de la marchandise tel qu’il est devenu. La philosophie postmoderne est par rapport à l'existant une philosophie de légitimation. Ce qui était né comme une réaction à la révolte de Mai 68 « dans les bas-fonds de l’Esprit du temps » (Debord) a été reçu dans les universités américaines comme un paradigme de la profondeur critique, et de là, la “French Theory” a rayonné dans tous les laboratoires pensants de la société capitaliste, descendant dans les ghettos de jeunes sous forme de mode intellectuelle transgressive. Compte tenu de leur caractère ambivalent et malléable, les syllogismes liquides de la postmodernité ont rempli la caisse à outils de toute espèce d'idéologues du vide, des citoyennistes les plus caméléonesques aux anarchistes les plus à la page. Même un nouveau type d'anarchisme, né de la faillite des valeurs bourgeoises historiques, centré sur l'affirmation subjectiviste, l'activisme sans objet ni projet et le manque de mémoire, remplace dans la majorité des espaces l'ancien, fils de la raison, issu de la lutte des classes, bâtisseur d'une éthique universelle et dont le travail révolutionnaire a été fortement ancré dans l'histoire. Dans la French Theory, ou plutôt dans le "morbus gallicus", dont le post-anarchisme est l’enfant bâtard, les références ne comptent pas ; elles révèlent la nostalgie du passé, quelque chose de très condamnable aux yeux d’un déconstructionniste. La question sociale se dissout en une multitude de questions identitaires : des questions de genre, de sexe, d’âge, de religion, de race, de culture, de nation, d’espèce, de santé, d’alimentation, etc. sont au centre du débat et donnent lieu à un singulier politiquement correct qui se traduit par une orthographe torturée et un discours bourré de saillies et d’embrouillaminis grammaticaux. Une collection d'identités fluctuantes remplace le sujet historique, le peuple, le collectif social ou la classe. Son affirmation absolutiste ignore la critique de l'exploitation et de l'aliénation et, par conséquent, un jeu "intersectionnel" de minorités opprimées supplante la résistance collective au pouvoir établi. La libération proviendra d'une transgression ludique des règles qui entravent ces identités et oppriment ces minorités, et non d'une "alternative" globale ou d'un projet révolutionnaire de changement social, sans doute considéré comme totalitaire, car une fois "constitué", il engendrerait de nouvelles règles, plus de pouvoir et donc plus d'oppression. Le communisme libertaire, de ce point de vue, ne serait que l'incarnation d'une dictature. L'analyse critique et l'anticapitalisme lui-même, grâce à l'annulation de toute référence historique, font place au questionnement de la normativité, à la contorsion de la langue et à l'obsession de la différence, du multiculturalisme et de la singularité. On ne peut en discuter la cohérence puisque la catégorie de la contradiction a été reléguée dans l’oubli tout comme celles d’aliénation, de dépassement ou de totalité. Construire ou déconstruire, voilà la question. Sans aucun doute, le prolétariat n'a pas «réalisé» la philosophie, comme Marx, Korsch ou l’Internationale situationniste le souhaitaient, c'est-à-dire qu'il n'a pas accompli ses aspirations de liberté et aujourd'hui nous en payons les conséquences. Il est vrai que, dans le développement de la lutte des classes, s'est manifestée une pensée critique qui plaçait la classe ouvrière au centre de la réalité historique, et qu’elle fût qualifiée de marxiste, d’anarchiste ou simplement de socialiste. En fait, il s'agissait de capturer la réalité le plus fidèlement possible, en tant que totalité qui se développe dans l’histoire, afin d'élaborer des stratégies pour vaincre l'ennemi de la classe. La victoire finale devait être inscrite dans l'histoire elle-même. Néanmoins, les attaques prolétariennes contre la société de classes n'ont pas abouti. Et tandis que le capitalisme surmontait ses crises, les contradictions dévoraient les postulats d'une telle pensée et de nouvelles formulations étaient nécessaires. Les contributions étaient multiples et il n'est pas nécessaire de les énumérer. Ce qui les caractériserait toutes serait la clarté ajoutée dans la perspective du combat libérateur, mais plongée dans un contexte de régression, puis progressivement éloignée de la pratique. Toutefois, sa lecture a renforcé la conviction qu'une société libre était possible, que la lutte était utile pour quelque chose et qu'il ne fallait jamais baisser les bras, que la solidarité entre résistances nous rendait meilleurs et que la formation nous rendait lucides... La lutte des minorités, loin de démanteler la critique sociale, contribuait à l'enrichir. Loin d'être secondaires, les questions d’identité sont devenues de plus en plus importantes à mesure que le capitalisme pénétrait dans la vie quotidienne et détruisait les structures traditionnelles. Elles dénonçaient des aspects de l'exploitation jusqu'alors peu pris en considération. Dans un premier temps, l'universalité et l'identité convergeaient ; on ne concevait pas de solution à la ségrégation raciale, la discrimination sexuelle, au patriarcat, etc., séparément, mais en vue d'une transformation révolutionnaire globale. Personne ne pouvait imaginer souhaitable un racisme noir, une société d'amazones, un capitalisme gay ou un état d'exception végétarien. La révolution sociale était le seul endroit où toutes les questions pouvaient vraiment être soulevées et résolues. Au-delà, il ne restait plus que la spécialisation élitiste, le sectarisme du « milieu », le narcissisme activiste et le stéréotype militant. C'était la voie ouverte par les postmodernes. La pensée faible exploita également le filon de la crise idéologique, en récupérant les auteurs et les idées, mais avec des effets et des conclusions opposés. Une fois que le sujet révolutionnaire avait été neutralisé dans la pratique, il fallait le supprimer dans la théorie, de sorte que les luttes restassent isolées, marginales et incompréhensibles, enveloppées dans un verbiage crétinisant et autoréférentiel adapté seulement aux initiés. Ce fut la tâche de la French Theory. Une escalade démarrait dans la confusion sophistiquée et cryptique qui consacrait, comme mages privilégiés, la caste intellectuelle et comme peuple élu, les disciples, principalement universitaires. Le mal français a été la première philosophie irrationaliste liée au mode de vie des fonctionnaires, relativement bien rétribuée et à juste titre : sa révision de la critique sociale du pouvoir et la contestation de l'idée révolutionnaire ont rendu de magnifiques services à la cause de la domination. La notion de pouvoir comme d’un éther omniprésent qui s’étend à tout condamne toute pratique collective à la poursuite d'un idéal en ce qu’elle est vue comme le renouvellement ou la reconstruction du pouvoir lui-même, une sorte de poisson qui se mord la queue. Le pouvoir n'est apparemment pas incarné dans l'État, le Capital ou les Marchés comme lorsque le prolétariat était la classe potentiellement révolutionnaire. Le pouvoir maintenant nous le sommes tous ; c'est le tout. La révolution serait ainsi redéfinie comme leurre du pouvoir afin de se refaire, dans des cas extrêmes, à partir de nouvelles valeurs et normes aussi arbitraires que celles qu'elle-même repousserait. Le discrédit de la révolution sociale est plus utile pour le pouvoir réel en temps de crise, parce qu'une opposition subversive organisée qui tente de se former (un sujet social qui tente de se constituer) sera immédiatement dénoncée comme un pouvoir d'exclusion. Bref, un mauvais « récit de la modernité » – en terminologie lyotardienne – , comme celui de la lutte des classes. Le rejet de la notion de classe laisse aussi apparaître involontairement une haine de classe, héritage de la domination passée active dans l'imaginaire post-rationnel. En bref, on abandonne toute velléité communiste révolutionnaire pour la transmigration de genres, le polyamour, la transversalité et le régime végan. Les problèmes individuels résolus de cette manière, le chemin est alors dégagé pour une opposition collaborative et participative, prête à entrer dans le jeu et bien sûr à voter, à occuper des espaces de pouvoir et à gérer en son sein l'ordre actuel avec un discours radicalement identitaire donc politiquement très correct, et par ricochet, un discours hypercitoyenniste qui fait rage non seulement dans la nouvelle gauche, mais également dans la gauche intégrée de toujours. La situation critique, en proie au mal français, est donc affligeante, aussi affligeante que la vie dans le monde occidental et urbain ravagée par le capitalisme. C'est la fin de la raison, la fermeture spirituelle d'un monde suranné où la résistance au pouvoir était possible, l'évaporation de la conscience de classe historique, l'apothéose de la relativité, le triomphe absolu du bluff, le règne accompli du spectacle... On pourra appeler ce phénomène comme on veut, mais c'est surtout l'effet intellectuel de la défaite historique du prolétariat au cours des années soixante-dix et quatre-vingts, et, par conséquent, de la disparition de deux ou trois générations entières de combattants sociaux et de l'incapacité de ces derniers à transmettre leurs expériences et leurs connaissances aux nouvelles générations, les livrant à la psychose postmoderne et son jargon inintelligible. Il existe une ligne de rupture générationnelle très claire qui coïncide plus ou moins avec l'apparition du « milieu » ou ghetto de la jeunesse à la fin des années 80 et une relation de celui-ci avec les processus de gentrification des centres urbains ; finalement, on peut établir avec évidence une relation entre l'extension de la maladie postmoderne et le développement des nouvelles classes moyennes. L'effondrement du mouvement social révolutionnaire et la catastrophe théorique sont deux aspects du même désastre, et donc du double triomphe, pratique et idéologique, de la domination capitaliste, patriarcale et étatique. Malgré tout, la débâcle n'est jamais définitive, car les antagonismes prolifèrent beaucoup plus que les identités, et la volonté de se libérer en commun est plus forte que le désir narcissique de se démarquer. Dix minutes de célébrité virtuelle pathétique sont des gouttes d’eau dans l'océan troublé de la « conflictivité » permanente. La lutte des classes réapparaît dans la critique du monde de la technologie et dans la défense du territoire, dans les projets communautaires de sortie du capitalisme et dans les luttes que mènent les classes paysannes contre l'agriculture industrielle et la marchandisation de la vie. Probablement, dans les pays turbo-capitalistes, ces conflits ne parviendront pas à échapper aux approches «intersectionnelles», aux traitements « de genre» et autres réductionnismes identitaires, parfaitement compatibles avec une casuistique réformiste issue de «l'économie sociale», mais partout où cristallisera un véritable front de lutte, de telles bagatelles tourneront en rond et seront consumées par le feu de l'universalité.

 (Miguel Amorós, 2017)



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