vendredi 22 juin 2018

Des hommes, des projets

Réalisé avec Photocheap (Made in France)

mercredi 20 juin 2018

Ça va Manu ?


Le respect, c'est important.
C'est même la base de la croissance.

mardi 19 juin 2018

samedi 16 juin 2018

Lluvia de piedras


vendredi 15 juin 2018

Au fil de l'eau

« Comment la Raison pourrait-elle s'accommoder de l'idée ou même croire que trois sont un et que un est trois ? » 
(Martin Luther)

jeudi 14 juin 2018

Au Nicaragua comme partout


mercredi 13 juin 2018

Socle constitutionnel

(France, 2018)

samedi 9 juin 2018

Le 13 juin prochain


« Le temps est à l’orage. Le nouvel Amer, huitième du nom, est de sortie et la chair sacrément épanouie. Il a cette fois pour thème le nu, ce qui caresse dans le sens du poil sa petite tendance exhibitionniste. Vous trouverez pêle-mêle dans ses pages déshabillées quelques mises à nue dans les entretiens menés avec Lauren Glaçon, Caroline Lemaire, Alain Galan, Noel Herpe, Constantin Alexandrakis, Hélène Cattet et Bruno Forzani. Surgiront aussi plusieurs port folio olé-olé entre autres de P.L.N et de Simone (en couleur ce dernier). Des textes et nouvelles plus naturistes que naturalistes de Guy de Maupassant, Camille Lemonnier, Adolphe Retté, Raoul Ponchon, Tan Polyvalence, Louison Asani, Jean Rameau, Wanda, Hafed Benotman, Octave Mirbeau, Lnor et Gabriel Regnault. Et quelques interventions indécentes de Caroline Crépiat, Lilith Jaywalker et Ian Geay, ainsi que les chroniques plantureuses d’Eric Dussert. Et enfin, les rubriques habituelles, à savoir la revue des revues, de bruits et de fureur, quelques conseils de chapardage, et l’In Mémoriam…
Illustrations à caractère pas forcément pornographique de Laurent Bénaïm, Simone, Pole Ka, Lnor, Lauren Glaçon, Elizabeth Prouvost, Laurie Joly, Maron, PLN, Ulrike, LMG, Carmen De Vos, Carotide, Anna d’Annunzio et Lashka.
362 pages, 19x12cm, cahier couleur. Pour commander la bête, il suffit de nous écrire un courriel à l’adresse électronique suivante : zamdatala@riseup.net. Le prix est libre (ce que vous pouvez, ce que vous voulez, en soutien ou non à l’initiative, à prix coûtant ou à prix fort afin que cela soit gratuit pour d’autres, c’est vous qui voyez) en plus du prix d’envoi (nous privilégions les dépôts et la punk poste).

Allez, on se rhabille !
Bonne lecture / bon été »

vendredi 8 juin 2018

Dans le genre essence


Ils sont leur corps et leur esprit individuels, et par là même aussi bien leurs rapports inter-individuels. Mais qui niera que ce corps, cet esprit et ces rapports les font bel et bien précisément être à nul autre être pareil, en tant que ce complexe indissoluble, en tant que ce cela fondamental les désignant toujours, en tous temps et tous lieux ? En d'autres termes : une essence. Le genre humain. 

***

« L'essence, le genre n'est pas une abstraction. L'essence existe, elle a une existence. Mais l'existence de l'essence n'est pas l'existence dans sa singularité, elle n'est pas ce phénomène singulier, mais elle est l'existence dans sa totalité, l'existence de tous les phénomènes singuliers pris ensemble, l'existence simultanée de tout ce qui est singulier comme un tout indivisible. » 

(Feuerbach, Pensées sur la mort et l'immortalité)

« Mais l'essence humaine n'est point chose abstraite, inhérente à l'individu isolé. Elle est, dans sa réalité, l'ensemble des relations sociales. »

(Marx, sixième thèse sur Feuerbach)

mercredi 6 juin 2018

mardi 5 juin 2018

Fin de la Vérité



« Le scepticisme à l'égard de la possibilité de la métaphysique, l'effondrement de la foi en une philosophie universelle qui servirait de guide à l'homme nouveau, cela signifie très exactement l'effondrement de la foi en la Raison, comprise dans l'opposition établie par les Anciens entre épistémè et doxa. C'est elle, la Raison, qui donne sens de façon ultime à tout ce qui prétend être, à toutes "choses", "valeurs", "buts", en ce qu'elle les rapporte normativement à ce qui, depuis les débuts de la philosophie, est désigné par le terme "Vérité" - vérité en soi - et corrélativement par le terme "Étant" - (...). Que l'homme perde cette foi, cela veut dire ni plus ni moins qu'il perd la foi "en lui-même", en l'être véritable qui lui est propre, lequel n'est pas toujours-déjà sa possession, quelque chose qu'il aurait déjà dans l'évidence du "Je suis", mais quelque chose qu'il n'a et ne peut avoir que sous la forme d'un combat pour sa vérité, un combat pour se rendre lui-même vrai. »

(Husserl, La Crise des sciences européennes et la Phénoménologie transcendantale, 1936) 

dimanche 3 juin 2018

Benchmarking

(Le Monde, 1-6-2018)

(id., 2-6-2018)

vendredi 1 juin 2018

Fascisme universaliste blanc euro-centré, qu'aggrave son cas, en plus, à force de rationalisme impérialiste et scientiste-colonial

Mektoub (détail)

Pourquoi la Terre doit rester immobile 
et le soleil, tourner autour d'icelle,
jusqu'à la fin des temps.

« Le petit moine : Permettez-moi de parler de moi-même. J'ai grandi dans une famille de paysans de Campanie. Ce sont des gens simples. Ils savent tout sur l'olivier, mais à part ça bien peu de choses. Or, observant les phases de Vénus, je crois voir mes parents devant moi, ils sont assis près de l'âtre avec ma soeur, et mangent leur fromage. Je vois, au-dessus d'eux, les poutres, que des siècles de fumée ont noircies, et je vois dans tous leurs détails leurs vieilles mains abîmées par le travail, et la petite cuiller qu'ils tiennent. Ils ne sont pas heureux, mais au sein de leur malheur même se trouve caché un certain ordre. Il y a ces différents cycles, depuis celui des grands nettoyages, jusqu'à celui du paiement des impôts, en passant par celui des saisons dans l'oliveraie. C'est avec régularité que les malheurs s'abattent sur eux. Le dos de mon père se tasse, non pas d'un seul coup, mais un peu plus à chaque printemps passé dans l'oliveraie, de même que les accouchements, qui ont fait que ma mère a été de moins en moins une femme, se sont produits à des intervalles bien précis. La force de traîner, ruisselants de sueur, leurs paniers le long de la montée pierreuse, la force de concevoir des enfants, et même celle de manger, ils la puisent dans le sentiment de permanence et de nécessité que peuvent leur donner la vue du sol, celle des arbres reverdissant chaque année, celle de la petite église, et la lecture de la Bible dominicale. Ils ont reçu l'assurance que le regard de la divinité est posé sur eux, interrogateur, presque anxieux ; que tout ce théâtre du monde est édifié autour d'eux, afin qu'eux-mêmes, les acteurs, puissent faire leurs preuves dans leurs rôles grands ou petits. Que diraient les miens s'ils apprenaient de moi qu'ils se trouvent sur un petit amas de pierres qui, tournant sans arrêt dans l'espace vide, se déplace autour d'un autre, petit amas de pierres parmi beaucoup d'autres, et plutôt insignifiant ! À  quoi serait encore nécessaire ou utile une telle patience, une telle connivence avec leur misère ? À quoi serait encore utile la Sainte Écriture, qui a tout expliqué et tout établi comme indispensable, la sueur, la patience, la faim, la sujétion, et que maintenant l'on juge pleine d'erreurs ? Non, je vois leur regard s'épouvanter, je les vois la cuiller tombant sur la pierre de l'âtre, je vois comme ils se sentent trahis et dupés. "Il n'y a donc pas, disent-ils, de regard posé sur nous. C'est à nous-mêmes de veiller sur nous, ignorants, vieux et usés que nous sommes ? Nul ne nous a destiné un rôle, sinon ce lamentable rôle terrestre, sur un astre minuscule, qui est entièrement dépendant, autour duquel rien ne tourne ? Notre misère n'a aucun sens : la faim, c'est simplement ne rien avoir à manger, pas une mise à l'épreuve ; l'effort, c'est simplement se courber et tirer, pas un mérite." Que je puisse lire dans le décret de la Sainte Congrégation une noble et maternelle compassion, une grande bonté d'âme, le comprenez-vous maintenant ?

Galilée : Bonté d'âme ! Sans doute voulez-vous simplement dire : "Maintenant il n'y a rien, le vin est bu, leurs lèvres se dessèchent, qu'ils baisent la soutane !" Mais pourquoi n'y a-t-il rien maintenant ? Pourquoi l'ordre dans ce pays est-il uniquement celui d'une boîte vide, et la nécessité, uniquement celle de se tuer au travail ? Parmi des vignobles luxuriants, au bord de beaux champs de blé ! Vos paysans de Campanie paient les guerres que le vicaire du doux Jésus mène en Espagne et en Allemagne. Pourquoi place-t-il la terre au centre de l'univers ? Pour que le trône de saint Pierre puisse être au centre du monde ! C'est de cela qu'il s'agit. Vous avez raison : il ne s'agit pas des planètes, mais des paysans de Campanie. »

(Bertolt Brecht, La vie de Galilée

jeudi 31 mai 2018

Fascisme universaliste eurocentré (2)

(Condamnation papale de L'Encyclopédie, septembre 1759)

« Sur le portrait qu'on me fait de l'Être suprême, sur son penchant à la colère, sur la rigueur de ses vengeances, sur certaines comparaisons qui nous expriment en nombres le rapport de ceux qu'il laisse périr à ceux à qui il daigne tendre la main, l'âme la plus droite serait tentée de souhaiter qu'il n'existât pas. L'on serait assez tranquille en ce monde, si l'on était bien assuré que l'on n'a rien à craindre dans l'autre : la pensée qu'il n'y a point de Dieu n'a jamais effrayé personne ; mais bien celle qu'il y en a un, tel que celui qu'on me peint. »

(Diderot, Pensées philosophiques)

Fascisme universaliste eurocentré (1)


« On dira peut-être qu’elles seroient bientôt ruinées ces colonies, si l’on y abolissoit l’esclavage des negres [...]. Il est vrai que les bourses des voleurs de grand chemin seroient vuides, si le vol étoit absolument supprimé : mais les hommes ont-ils le droit de s’enrichir par des voies cruelles & criminelles ? [...] Non....Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux ! »

(L'Encyclopédie, article Traite des nègres, par Jaucourt)

Seek refuge (in «emptied Afrin»)


mardi 29 mai 2018

Ne soyons pas dupes !




Trappes à inactivité

Et pour ce qui est du reste, bien entendu : à glisser dans la fente...

« Les aides sociales sont des "trappes à inactivité" selon Gérald Darmanin. Le ministre de l’action et des comptes publics a estimé mardi que le système social français doit être revu pour inciter davantage au retour à l’emploi. »

(Le Monde, 29-05-18)

lundi 28 mai 2018

Exclusif : dans le cortège funèbre de Serge Dassault !

Émotion. Dignité. Reconnaissance.
Salut, l'artiste.

Des fourmis et des hommes

samedi 26 mai 2018

Garde la pêche, cureton !


vendredi 25 mai 2018

Cortège de tête, voilà ton nouveau patron !


Youcef Brakni, pilier inénarrable des Indigènes de la République, peut être fier de lui, et avoir la confiance. Il mettra en pratique ce samedi, au cours de la «Marée populaire» d'extraction mélenchoniste, la stratégie élaborée voilà peu par son organisation lors du « Bandung du Nord » décolonial, et énoncée alors sans fard par une représentante bien connue des Éditions de la Fibrose. Claude Guillon a rappelé la chose ici et se trouve depuis, pour prix de sa lucidité, en butte à toutes sortes d'attaques de la part des crétins malfaisants indigénisto-compatibles habituels. Nous lui apportons évidemment, sur ce coup-là, notre entier soutien. 

En attendant, la paix sociale doit désormais régner en tête de cortège : veuillez, s'il vous plaît, le noter, conformément aux exigences disciplinaires du PIR, qui interdit l'émeute comme méthode, lui préférant celle, ayant autrement fait ses preuves, de la démonstration politique spectaculaire de masse. Certains «antifascistes», alliés de la première ou dernière heure, auront à coeur de faire strictement respecter la consigne. Au point que les médias dominants s'accordent, d'ores et déjà, pour dire que, cette fois-ci, le black bloc ne devrait pas se montrer. 

La situation politique, sociale, spirituelle et humaine de ce pays n'a sans doute jamais été aussi favorable.  

Mohamed Mbougar Sarr


Ci-dessous, entretien avec Mohamed Mbougar Sarr au sujet de son troisième roman, De purs hommes, paru en France aux éditions Philippe Rey. Le thème de ce livre est le suivant : une vidéo virale, au Sénégal, montre une foule hystérique déterrant un cadavre pour le profaner. Ce qu'on reproche à ce corps, longtemps encore après sa mort même, c'est d'avoir été celui d'un homosexuel, d'un «homme-femme», dont le narrateur, bouleversé, va alors entreprendre patiemment de reconstituer l'histoire.

***

« Dans quel état d’esprit avez-vous écrit ce livre ?

Mohamed Mbougar Sarr : C’est le premier texte que je destine à un public en particulier, les Sénégalais, car il parle vraiment de cette société-là. Bien sûr, d’autres le liront, mais j’espère que mes compatriotes aussi. C’est aussi, chronologiquement, le premier roman que j’ai porté en moi. J’étais au lycée quand j’ai vu la vidéo qui ouvre le livre. Elle m’a marqué et a mis en crise ma propre opinion sur l’homosexualité. J’ai commencé à me poser les mêmes questions que le narrateur : qui était cet homme ? Qui est sa famille ? C’est à cet instant que j’ai décidé d’écrire.

Votre roman confronte deux visions de l’homosexualité au Sénégal. L’une dit qu’elle a été importée d’Occident.

MMS : Au Sénégal, beaucoup de personnes font preuve de cécité volontaire, voire d’un oubli tragique, en disant qu’il y a eu un temps pur où il n’y avait pas d’homosexuels dans le pays. Ceux-ci seraient arrivés avec la colonisation et l’homme blanc. Mais comme très souvent lorsqu’on accuse l’autre d’être l’agent de la décadence, on fait preuve de lâcheté et d’hypocrisie. Les homosexuels ont toujours existé dans la société sénégalaise. Il y a un paradoxe dans le fait de dire que nous sommes aussi dans l’humanité, dans l’histoire, et de vouloir s’en extraire sur la question de l’homosexualité. Il n’y a aucune raison pour que des mœurs qui concernent l’humanité n’aient pas eu cours au Sénégal. Ceux qui accusent les Occidentaux d’avoir importé l’homosexualité se trompent.

L’autre vision dit que les homosexuels avaient autrefois un rôle dans la société sénégalaise.

MMS : En écrivant ce livre, j’ai rencontré des personnes qui m’ont parlé d’une époque où les goor-jigeen (les "hommes-femmes", en wolof) marchaient tranquillement dans la rue. Ce mot désignait un travesti, qui était peut-être homosexuel. Les goor-jigeen aidaient les femmes dans la préparation des cérémonies et des sabar, les fêtes traditionnelles. Ils étaient souvent les seuls à connaître des poèmes ou des paroles amusantes qui faisaient oublier aux gens la dureté de la vie. Les gens les aimaient pour cela et oubliaient qu’ils pouvaient aussi les détester profondément. En somme, un bon homosexuel au Sénégal est soit un homosexuel qui se cache, soit un amuseur public, soit un homosexuel mort. Pourtant, il y a des sortes de carnavals où les hommes se déguisent en femmes, et inversement. Cela pourrait nourrir une réflexion sur les genres, leur influence et leur porosité. Mais les personnes qui pourraient s’intéresser à ces sujets ne le font pas à cause de la pression sociale.

C’est cette pression sociale qui empêche selon vous le débat ?

MMS : Essayer ne serait-ce que de réfléchir à l’homosexualité, c’est s’exposer à un danger. C’est se rendre compte qu’on est moins radical qu’on le voudrait et donc qu’on est dans le péché. Alors les gens se rangent derrière les lieux communs : "Ils sont malades, il faut les soigner", "Ils l’ont choisi et le font par provocation", etc. Ces paroles empêchent de se demander : " Est-ce que je n’ai pas un ami, un fils, un frère dont je sais ou sens qu’il est homosexuel, et dois-je arrêter de lui parler ?" Malheureusement, le pouvoir religieux a une emprise très forte sur les esprits. Même les hommes politiques ou les universitaires doivent avant tout faire allégeance au pouvoir religieux. Si la situation de l’homosexualité au Sénégal doit évoluer, les religieux se défendront très fortement. On ne fera pas l’économie d’un moment extrêmement violent, dans les débats ou dans les actes.

À quelles réactions vous attendez-vous au Sénégal ?

MMS : Mon roman ne circulera vraiment au Sénégal que dans quelques mois. Ce sera l’épreuve de vérité. Je sais que certains se dispenseront de le lire pour se faire leur opinion. D’autres, qui l’ont lu, m’ont dit avoir été choqués et pensent qu’il peut être dangereux et difficile à accepter dans un contexte sénégalais. On verra. Au Sénégal, on s’expose lorsqu’on pense différemment sur certains sujets. L’homosexualité fait partie de ces lignes rouges. »

(Le Monde, 25-05-18)

Repeal the 8th !


Ci-dessus : Deux combattantes kurdes solidaires du combat pour l'avortement et l'abrogation prochaine du sinistre huitième amendement de la Constitution irlandaise (Rojava, 24 mai 2018). Les inscriptions sur le mur sont en gaélique et en kurde kurmanji.

Sans raison


ERNSTE STUNDE

Wer jetzt weint irgendwo in der Welt,
ohne Grund weint in der Welt,
weint über mich.

Wer jetzt lacht irgendwo in der Nacht,
ohne Grund lacht in der Nacht,
lacht mich aus.

Wer jetzt geht irgendwo in der Welt,
ohne Grund geht in der Welt,
geht zu mir.

Wer jetzt stirbt irgendwo in der Welt,
ohne Grund stirbt in der Welt:
sieht mich an.

(R.-M. Rilke, 1900)

***

Qui maintenant pleure quelque part dans le monde 
Sans raison pleure dans le monde 
Pleure sur moi 

Qui maintenant rit quelque part dans la nuit 
Sans raison rit dans la nuit 
Rit de moi 

Qui maintenant marche quelque part dans le monde 
Sans raison marche dans le monde 
Vient vers moi 

Qui maintenant meurt quelque part dans le monde 
Sans raison meurt dans le monde 
Me regarde.

jeudi 24 mai 2018

Les aveux de la chair


Salut à P.

mercredi 23 mai 2018

« Une gare, c’est un lieu où on croise »...

Ci-dessus, à gauche : Fernande Bagou, 
gréviste et déléguée syndicale CFDT chez ONET (nettoyage des gares), 
lors de la fête de victoire du mouvement (durée : 45 jours), 
Saint-Denis, décembre 2017.

« Fernande Bagou le jure : à Bessancourt, au Gros Noyer et à L’Isle-Adam, les trois gares du Val-d’Oise dont elle "prend soin", elle ramasse au moins une fois par semaine des excréments humains. Sous un abri de quai, près d’une borne à tickets, dans un coin de souterrain… Généralement à 7 heures, quand elle démarre le boulot, juste avant de s’occuper des dizaines de poubelles trônant sur les quais de gare. Ces poubelles qu’il faut charger, évacuer, avant de constater, "désespérée", qu’il ne reste plus de sac propre pour les remplacer : "Moi, dans ces cas-là, je mets ma main directement dans la poubelle pour récupérer les déchets, poignée par poignée. Et je prie pour ne pas tomber sur du vomi." 
En treize ans de métier, Fernande Bagou n’a pas seulement appris à dompter les effluves pestilentiels de ses semblables, elle s’est aussi initiée aux sacs de 15 kilos sans chariot, aux serpillières sans seau, aux journées sans pause-déjeuner : "Si je veux avoir le temps de faire mes trois gares, je ne peux pas m’accorder de pause. Je viens avec une pomme ou une banane et je fais 7 heures-14 heures comme ça. Et puis, où est-ce que je me poserais ? Sur un banc dans le froid ? Les gens de la SNCF ne veulent pas que j’entre dans leur cuisine, faut pas rêver ! Pareil pour les toilettes. Alors je suis là, surtout en période de froid, à essayer de me concentrer sur autre chose et contracter les muscles jusqu’à ce que je rentre chez moi." Elle n’envisage qu’une finalité à cette mobilisation sociale : de la reconnaissance, "enfin." »

(Libération, 10 décembre 2017)

OSEF


Le président turc Erdoğan a adressé ce matin ses félicitations officielles à Nicolas Maduro pour avoir remporté les élections vénézuéliennes, ouvrant pour lui la voie à un nouveau mandat dans son pays, selon une source autorisée.

(Agence officielle Anadolu, 23 / 05 / 18)

French Gendarmerie working

ZAD de Notre-dame-des-Landes, France, 22 mai 2018.


A young man just lost his right hand, 
due to a french gendarmerie's grenade.
(L'Express, 23 mai 2018)

French Police working

Paris, 22 mai 2018.

mardi 22 mai 2018

Tidiane N’Diaye


« Ce nouvel essai de l'anthropologue Tidiane N'Diaye, auteur de L'éclipse des dieux, fait le point sur l'esclavage en Afrique depuis la haute Antiquité. Il souligne le caractère monstrueux de la traite saharienne, qui conduisit les Arabes à razzier l'Afrique noire pendant treize siècles sans interruption. Tidiane N'Diaye brosse le portrait de l'Afrique avant la pénétration de l'islam. Dans son infinie variété, le continent présente des sociétés hiérarchisées, généralement organisées autour du matriarcat et d'un système de "castes" très hiérarchisée. Dans ces sociétés, les esclaves, captifs ou esclaves de naissance, représentent environ un quart de la population. Ils font partie de la famille au sens large, avec un statut qui les rapproche des serfs du Moyen Âge bien plus que des esclaves des plantations sucrières du Moyen-Orient ou d'Amérique. Ils servent comme esclaves de case, esclaves de champ ou aussi bien comme guerriers. Les témoignages de voyageurs ne font pas état de sévices et de maltraitance particulière à leur égard et au temps de la colonisation, beaucoup d'Européens, tels Faidherbe ou Gallieni, répugneront à détruire cette forme de servitude avec le système social qui la soutient.
Tout autre est l'esclavage introduit par les conquérants et les trafiquants arabes dès le VIIIe siècle. Celui-ci s'accompagne de brutalités extrêmes, à commencer par la castration en ce qui concerne les hommes et les viols en ce qui concerne les femmes. Il se double d'un immense mépris pour les Noirs. Ce mépris est réciproque comme l'observe le voyageur écossais Mungo Park, à la fin du XVIIIe siècle. Les "Maures" sont craints tout autant que haïs par les sédentaires noirs de l'Afrique de l'Ouest. 
La castration, effectuée sans ménagement avant la traversée du désert ou de l'océan, se solde par une mortalité effroyable, sans doute les trois-quarts des hommes concernés. À la grande différence de la traite atlantique, la traite saharienne et la traite dans l'océan indien vont de ce fait se solder par la quasi-disparition des populations d'esclaves. Rares sont ceux qui feront souche au Moyen-Orient et en Égypte. Cette éradication méthodique a inspiré le titre de cet essai : Le génocide voilé. En s'appuyant sur les témoignages des voyageurs, comme le géographe de Cordoue Al Bakri, Tidiane N'Diaye décrit avec brio le développement de la traite saharienne puis de la traite maritime, au départ de Zanzibar et à destination de la péninsule arabe, au XIXe siècle. Cette dernière bénéficie de l'acceptation tacite des Britanniques, intéressés au maintien de bonnes relations avec les trafiquants de l'océan Indien, au premier rang desquels Tippou Tip, célèbre négrier de Zanzibar. Le génocide voilé est un ouvrage très documenté qui témoigne d'une grande érudition. Bien écrit, il se lit avec aisance. Il permet de comprendre la complexité d'un phénomène, l'esclavage des Africains, qui ne se réduit pas, loin de là, à la traite atlantique pratiquée par les Européens. »

(Hérodote, 10/06/2016)

Hogs and Cuties

   

En toute transparence


« Et c'est un moine tout transparent, dans sa soutane blanche, qui se pencha alors sur lui, posant la main sur son énorme tête d'ours, qui ruisselait de sang. Et au contact de cette main tout devint si clair et chaud.
- Tu en as eu assez, de peines. Allons, viens mon frère !
Et ils s'en allèrent, l'ours et le moine, tous les deux transparents... »

(Ivan Loukach, L'ours de Saint Séraphin)

dimanche 20 mai 2018

Amphi J

(à la soi-disant Commune soi-disant libre de Tolbiac, récemment)

vendredi 18 mai 2018

Ramón Rull Linhoff


« Ramón Rull Linhoff, valenciano de 55 años afincado en Madrid, pero con un corazón inquieto que le hacía recorrer el mundo luchando contra la injusticia, desde Panamá a Oriente Próximo, habría perdido la vida en un atentado en el norte de Siria mientras se encontraba combatiendo como un camarada más de las milicias kurdas contra el Estado Islámico, según voluntarios españoles contra el DAESH que también se encuentran en la zona (...). A la espera de su confirmación oficial, los compañeros de armas de Kandal, como era conocido dentro de su unidad de voluntarios, lamentan su pérdida a la vez que, orgullosos, destacan la "ilusión, valor y determinación" con la que viajó hacia la zona bélica el valenciano a finales de febrero. La explosión de una bomba trampa colocada por los terroristas de DAESH en una acción de combate en una localidad del norte de Siria ha causado varias bajas entre los milicianos kurdos, entre ellos estaría supuestamente Ramón Rull. 
Los voluntarios españoles destacan en un comunicado que tienen "la certeza de que se ha encontrado con la muerte de manera instantánea, sin sufrir, ya que falleció en el acto". Y añaden de él : "Seguro que lo hizo con su eterna sonrisa en esa cara de hombretón bueno que todos recordaremos siempre"». 

(Levante emv, 16-05-18) 

mercredi 16 mai 2018

Sauf notre forme-valeur !



« Si longue qu'ait pu être la succession des reproductions périodiques et des accumulations antérieures que le capital fonctionnant aujourd'hui a connue, il conserve toujours sa virginité originelle. Aussi longtemps qu'à chaque acte d'échange - pris individuellement - les lois de l'échange sont observées, le mode d'appropriation (du surtravail) peut connaître un bouleversement total sans affecter en aucune manière le droit de propriété conforme à la production marchande. »

(Karl Marx, Le Capital, Livre I)


C'est sur ce genre de considération marxienne que s'appuie Alfred Sohn-Rethel, dans son ouvrage La monnaie, l'argent comptant de l'a priori, récemment réédité aux Éditions la Tempête (2017) pour asséner sa thèse radicale : l'apparition de la monnaie, en Grèce, vers 680 avant Jésus-Christ en Lydie et en Ionie, conditionne (et coïncide avec) l'apparition de la pensée abstraite, de ses catégories de l'entendement, promises pour des siècles au succès que l'on sait, jusqu'à leur consécration kantienne dans la Critique de la Raison pure. De quoi s'agit-il, au juste ? Rien d'autre que du pendant réel (ou : abstraitement réel, car c'est ainsi, comme abstraction réelle, que se définit l'argent) de ces catégories philosophiques présentées par les idéologues bourgeois comme nécessaires, anhistoriques, valables chez tout humain en tous temps et lieux, bref : universelles. L'argent, en ce qu'il rend possible l'équivalence abstraite générale de toutes choses (sous forme de marchandises), aurait aussi imposé la pensée (ou les conditions de celle-ci) correspondant à une telle équivalence générale, une pensée capable (via ses concepts abstraits) de rendre identique le non-identique, commensurable l'incommensurable : de faire, en clair, violence au singulier sommé de rentrer dans le rang du comparable et du générique. Adorno resta stupéfié devant l'audace d'une telle thèse. Il dépouilla d'ailleurs, sans aucun doute et avec le manque de scrupules qui le caractérisa toujours, Sohn-Rethel de cette hypothèse terrible, qu'il fit fructifier à sa sauce, selon ses goûts encore plus compliqués et pessimistes, peut-être. Horkheimer, lui, ne voyait là (grand défenseur quand même : conservateur ! des Lumières et de leur destination émancipatrice) qu'«imposture théorique», selon sa propre expression. Quant à nous, nous ne savons quoi en penser au juste. Mais le soupçon demeure (avec l'ambivalence afférente, déjà présente chez Marx lui-même) d'une ignorance coupable, ici, de l'histoire concrète et de ses expériences infiniment diverses. On nous l'a tellement fait, faut dire, le coup de la structure indépendante, du mode de production chimiquement pur, essentiel dans l'idée, bref fondamentalement intemporel, survivant à ses modes successifs : non-affecté, au fond, par les irruptions, bouleversements et événements sauvages minant régulièrement ce monde scandaleux. C'est pour ça. On se méfie. Reste que sur la question de la mise en arpentage du monde, à compter du galiléisme appliqué, Sohn-Rethel est éblouissant. Et son texte, explosif.  

lundi 14 mai 2018

Un massacreur de génie


« Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Moltke, a répondu un jour, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici : " La guerre est sainte, d'institution divine ; c'est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments : l'honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme." (...)

Nous l'avons vue, la guerre. Nous avons vu les hommes, redevenus des brutes, affolés, tuer par plaisir, par terreur, par bravade, par ostentation. Alors que le droit n'existe plus, que la loi est morte, que toute notion du juste disparaît, nous avons vu fusiller des innocents trouvés sur une route et devenus suspects parce qu'ils avaient peur. Nous avons vu tuer des chiens enchaînés à la porte de leurs maîtres pour essayer des revolvers neufs, nous avons vu mitrailler par plaisir des vaches couchées dans un champ, sans aucune raison, pour tirer des coups de fusil, histoire de rire.

Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme. »

(Guy de Maupassant, Sur l'eau)

Ça se défend