jeudi 31 mai 2018

Fascisme universaliste eurocentré (2)

(Condamnation papale de L'Encyclopédie, septembre 1759)

« Sur le portrait qu'on me fait de l'Être suprême, sur son penchant à la colère, sur la rigueur de ses vengeances, sur certaines comparaisons qui nous expriment en nombres le rapport de ceux qu'il laisse périr à ceux à qui il daigne tendre la main, l'âme la plus droite serait tentée de souhaiter qu'il n'existât pas. L'on serait assez tranquille en ce monde, si l'on était bien assuré que l'on n'a rien à craindre dans l'autre : la pensée qu'il n'y a point de Dieu n'a jamais effrayé personne ; mais bien celle qu'il y en a un, tel que celui qu'on me peint. »

(Diderot, Pensées philosophiques)

Fascisme universaliste eurocentré (1)


« On dira peut-être qu’elles seroient bientôt ruinées ces colonies, si l’on y abolissoit l’esclavage des negres [...]. Il est vrai que les bourses des voleurs de grand chemin seroient vuides, si le vol étoit absolument supprimé : mais les hommes ont-ils le droit de s’enrichir par des voies cruelles & criminelles ? [...] Non....Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux ! »

(L'Encyclopédie, article Traite des nègres, par Jaucourt)

Seek refuge (in «emptied Afrin»)


mardi 29 mai 2018

Ne soyons pas dupes !




Trappes à inactivité

Et pour ce qui est du reste, bien entendu : à glisser dans la fente...

« Les aides sociales sont des "trappes à inactivité" selon Gérald Darmanin. Le ministre de l’action et des comptes publics a estimé mardi que le système social français doit être revu pour inciter davantage au retour à l’emploi. »

(Le Monde, 29-05-18)

lundi 28 mai 2018

Exclusif : dans le cortège funèbre de Serge Dassault !

Émotion. Dignité. Reconnaissance.
Salut, l'artiste.

Des fourmis et des hommes

samedi 26 mai 2018

Garde la pêche, cureton !


vendredi 25 mai 2018

Cortège de tête, voilà ton nouveau patron !


Youcef Brakni, pilier inénarrable des Indigènes de la République, peut être fier de lui, et avoir la confiance. Il mettra en pratique ce samedi, au cours de la «Marée populaire» d'extraction mélenchoniste, la stratégie élaborée voilà peu par son organisation lors du « Bandung du Nord » décolonial, et énoncée alors sans fard par une représentante bien connue des Éditions de la Fibrose. Claude Guillon a rappelé la chose ici et se trouve depuis, pour prix de sa lucidité, en butte à toutes sortes d'attaques de la part des crétins malfaisants indigénisto-compatibles habituels. Nous lui apportons évidemment, sur ce coup-là, notre entier soutien. 

En attendant, la paix sociale doit désormais régner en tête de cortège : veuillez, s'il vous plaît, le noter, conformément aux exigences disciplinaires du PIR, qui interdit l'émeute comme méthode, lui préférant celle, ayant autrement fait ses preuves, de la démonstration politique spectaculaire de masse. Certains «antifascistes», alliés de la première ou dernière heure, auront à coeur de faire strictement respecter la consigne. Au point que les médias dominants s'accordent, d'ores et déjà, pour dire que, cette fois-ci, le black bloc ne devrait pas se montrer. 

La situation politique, sociale, spirituelle et humaine de ce pays n'a sans doute jamais été aussi favorable.  

Mohamed Mbougar Sarr


Ci-dessous, entretien avec Mohamed Mbougar Sarr au sujet de son troisième roman, De purs hommes, paru en France aux éditions Philippe Rey. Le thème de ce livre est le suivant : une vidéo virale, au Sénégal, montre une foule hystérique déterrant un cadavre pour le profaner. Ce qu'on reproche à ce corps, longtemps encore après sa mort même, c'est d'avoir été celui d'un homosexuel, d'un «homme-femme», dont le narrateur, bouleversé, va alors entreprendre patiemment de reconstituer l'histoire.

***

« Dans quel état d’esprit avez-vous écrit ce livre ?

Mohamed Mbougar Sarr : C’est le premier texte que je destine à un public en particulier, les Sénégalais, car il parle vraiment de cette société-là. Bien sûr, d’autres le liront, mais j’espère que mes compatriotes aussi. C’est aussi, chronologiquement, le premier roman que j’ai porté en moi. J’étais au lycée quand j’ai vu la vidéo qui ouvre le livre. Elle m’a marqué et a mis en crise ma propre opinion sur l’homosexualité. J’ai commencé à me poser les mêmes questions que le narrateur : qui était cet homme ? Qui est sa famille ? C’est à cet instant que j’ai décidé d’écrire.

Votre roman confronte deux visions de l’homosexualité au Sénégal. L’une dit qu’elle a été importée d’Occident.

MMS : Au Sénégal, beaucoup de personnes font preuve de cécité volontaire, voire d’un oubli tragique, en disant qu’il y a eu un temps pur où il n’y avait pas d’homosexuels dans le pays. Ceux-ci seraient arrivés avec la colonisation et l’homme blanc. Mais comme très souvent lorsqu’on accuse l’autre d’être l’agent de la décadence, on fait preuve de lâcheté et d’hypocrisie. Les homosexuels ont toujours existé dans la société sénégalaise. Il y a un paradoxe dans le fait de dire que nous sommes aussi dans l’humanité, dans l’histoire, et de vouloir s’en extraire sur la question de l’homosexualité. Il n’y a aucune raison pour que des mœurs qui concernent l’humanité n’aient pas eu cours au Sénégal. Ceux qui accusent les Occidentaux d’avoir importé l’homosexualité se trompent.

L’autre vision dit que les homosexuels avaient autrefois un rôle dans la société sénégalaise.

MMS : En écrivant ce livre, j’ai rencontré des personnes qui m’ont parlé d’une époque où les goor-jigeen (les "hommes-femmes", en wolof) marchaient tranquillement dans la rue. Ce mot désignait un travesti, qui était peut-être homosexuel. Les goor-jigeen aidaient les femmes dans la préparation des cérémonies et des sabar, les fêtes traditionnelles. Ils étaient souvent les seuls à connaître des poèmes ou des paroles amusantes qui faisaient oublier aux gens la dureté de la vie. Les gens les aimaient pour cela et oubliaient qu’ils pouvaient aussi les détester profondément. En somme, un bon homosexuel au Sénégal est soit un homosexuel qui se cache, soit un amuseur public, soit un homosexuel mort. Pourtant, il y a des sortes de carnavals où les hommes se déguisent en femmes, et inversement. Cela pourrait nourrir une réflexion sur les genres, leur influence et leur porosité. Mais les personnes qui pourraient s’intéresser à ces sujets ne le font pas à cause de la pression sociale.

C’est cette pression sociale qui empêche selon vous le débat ?

MMS : Essayer ne serait-ce que de réfléchir à l’homosexualité, c’est s’exposer à un danger. C’est se rendre compte qu’on est moins radical qu’on le voudrait et donc qu’on est dans le péché. Alors les gens se rangent derrière les lieux communs : "Ils sont malades, il faut les soigner", "Ils l’ont choisi et le font par provocation", etc. Ces paroles empêchent de se demander : " Est-ce que je n’ai pas un ami, un fils, un frère dont je sais ou sens qu’il est homosexuel, et dois-je arrêter de lui parler ?" Malheureusement, le pouvoir religieux a une emprise très forte sur les esprits. Même les hommes politiques ou les universitaires doivent avant tout faire allégeance au pouvoir religieux. Si la situation de l’homosexualité au Sénégal doit évoluer, les religieux se défendront très fortement. On ne fera pas l’économie d’un moment extrêmement violent, dans les débats ou dans les actes.

À quelles réactions vous attendez-vous au Sénégal ?

MMS : Mon roman ne circulera vraiment au Sénégal que dans quelques mois. Ce sera l’épreuve de vérité. Je sais que certains se dispenseront de le lire pour se faire leur opinion. D’autres, qui l’ont lu, m’ont dit avoir été choqués et pensent qu’il peut être dangereux et difficile à accepter dans un contexte sénégalais. On verra. Au Sénégal, on s’expose lorsqu’on pense différemment sur certains sujets. L’homosexualité fait partie de ces lignes rouges. »

(Le Monde, 25-05-18)

Repeal the 8th !


Ci-dessus : Deux combattantes kurdes solidaires du combat pour l'avortement et l'abrogation prochaine du sinistre huitième amendement de la Constitution irlandaise (Rojava, 24 mai 2018). Les inscriptions sur le mur sont en gaélique et en kurde kurmanji.

Sans raison


ERNSTE STUNDE

Wer jetzt weint irgendwo in der Welt,
ohne Grund weint in der Welt,
weint über mich.

Wer jetzt lacht irgendwo in der Nacht,
ohne Grund lacht in der Nacht,
lacht mich aus.

Wer jetzt geht irgendwo in der Welt,
ohne Grund geht in der Welt,
geht zu mir.

Wer jetzt stirbt irgendwo in der Welt,
ohne Grund stirbt in der Welt:
sieht mich an.

(R.-M. Rilke, 1900)

***

Qui maintenant pleure quelque part dans le monde 
Sans raison pleure dans le monde 
Pleure sur moi 

Qui maintenant rit quelque part dans la nuit 
Sans raison rit dans la nuit 
Rit de moi 

Qui maintenant marche quelque part dans le monde 
Sans raison marche dans le monde 
Vient vers moi 

Qui maintenant meurt quelque part dans le monde 
Sans raison meurt dans le monde 
Me regarde.

jeudi 24 mai 2018

Les aveux de la chair


Salut à P.

mercredi 23 mai 2018

« Une gare, c’est un lieu où on croise »...

Ci-dessus, à gauche : Fernande Bagou, 
gréviste et déléguée syndicale CFDT chez ONET (nettoyage des gares), 
lors de la fête de victoire du mouvement (durée : 45 jours), 
Saint-Denis, décembre 2017.

« Fernande Bagou le jure : à Bessancourt, au Gros Noyer et à L’Isle-Adam, les trois gares du Val-d’Oise dont elle "prend soin", elle ramasse au moins une fois par semaine des excréments humains. Sous un abri de quai, près d’une borne à tickets, dans un coin de souterrain… Généralement à 7 heures, quand elle démarre le boulot, juste avant de s’occuper des dizaines de poubelles trônant sur les quais de gare. Ces poubelles qu’il faut charger, évacuer, avant de constater, "désespérée", qu’il ne reste plus de sac propre pour les remplacer : "Moi, dans ces cas-là, je mets ma main directement dans la poubelle pour récupérer les déchets, poignée par poignée. Et je prie pour ne pas tomber sur du vomi." 
En treize ans de métier, Fernande Bagou n’a pas seulement appris à dompter les effluves pestilentiels de ses semblables, elle s’est aussi initiée aux sacs de 15 kilos sans chariot, aux serpillières sans seau, aux journées sans pause-déjeuner : "Si je veux avoir le temps de faire mes trois gares, je ne peux pas m’accorder de pause. Je viens avec une pomme ou une banane et je fais 7 heures-14 heures comme ça. Et puis, où est-ce que je me poserais ? Sur un banc dans le froid ? Les gens de la SNCF ne veulent pas que j’entre dans leur cuisine, faut pas rêver ! Pareil pour les toilettes. Alors je suis là, surtout en période de froid, à essayer de me concentrer sur autre chose et contracter les muscles jusqu’à ce que je rentre chez moi." Elle n’envisage qu’une finalité à cette mobilisation sociale : de la reconnaissance, "enfin." »

(Libération, 10 décembre 2017)

OSEF


Le président turc Erdoğan a adressé ce matin ses félicitations officielles à Nicolas Maduro pour avoir remporté les élections vénézuéliennes, ouvrant pour lui la voie à un nouveau mandat dans son pays, selon une source autorisée.

(Agence officielle Anadolu, 23 / 05 / 18)

French Gendarmerie working

ZAD de Notre-dame-des-Landes, France, 22 mai 2018.


A young man just lost his right hand, 
due to a french gendarmerie's grenade.
(L'Express, 23 mai 2018)

French Police working

Paris, 22 mai 2018.

mardi 22 mai 2018

Tidiane N’Diaye


« Ce nouvel essai de l'anthropologue Tidiane N'Diaye, auteur de L'éclipse des dieux, fait le point sur l'esclavage en Afrique depuis la haute Antiquité. Il souligne le caractère monstrueux de la traite saharienne, qui conduisit les Arabes à razzier l'Afrique noire pendant treize siècles sans interruption. Tidiane N'Diaye brosse le portrait de l'Afrique avant la pénétration de l'islam. Dans son infinie variété, le continent présente des sociétés hiérarchisées, généralement organisées autour du matriarcat et d'un système de "castes" très hiérarchisée. Dans ces sociétés, les esclaves, captifs ou esclaves de naissance, représentent environ un quart de la population. Ils font partie de la famille au sens large, avec un statut qui les rapproche des serfs du Moyen Âge bien plus que des esclaves des plantations sucrières du Moyen-Orient ou d'Amérique. Ils servent comme esclaves de case, esclaves de champ ou aussi bien comme guerriers. Les témoignages de voyageurs ne font pas état de sévices et de maltraitance particulière à leur égard et au temps de la colonisation, beaucoup d'Européens, tels Faidherbe ou Gallieni, répugneront à détruire cette forme de servitude avec le système social qui la soutient.
Tout autre est l'esclavage introduit par les conquérants et les trafiquants arabes dès le VIIIe siècle. Celui-ci s'accompagne de brutalités extrêmes, à commencer par la castration en ce qui concerne les hommes et les viols en ce qui concerne les femmes. Il se double d'un immense mépris pour les Noirs. Ce mépris est réciproque comme l'observe le voyageur écossais Mungo Park, à la fin du XVIIIe siècle. Les "Maures" sont craints tout autant que haïs par les sédentaires noirs de l'Afrique de l'Ouest. 
La castration, effectuée sans ménagement avant la traversée du désert ou de l'océan, se solde par une mortalité effroyable, sans doute les trois-quarts des hommes concernés. À la grande différence de la traite atlantique, la traite saharienne et la traite dans l'océan indien vont de ce fait se solder par la quasi-disparition des populations d'esclaves. Rares sont ceux qui feront souche au Moyen-Orient et en Égypte. Cette éradication méthodique a inspiré le titre de cet essai : Le génocide voilé. En s'appuyant sur les témoignages des voyageurs, comme le géographe de Cordoue Al Bakri, Tidiane N'Diaye décrit avec brio le développement de la traite saharienne puis de la traite maritime, au départ de Zanzibar et à destination de la péninsule arabe, au XIXe siècle. Cette dernière bénéficie de l'acceptation tacite des Britanniques, intéressés au maintien de bonnes relations avec les trafiquants de l'océan Indien, au premier rang desquels Tippou Tip, célèbre négrier de Zanzibar. Le génocide voilé est un ouvrage très documenté qui témoigne d'une grande érudition. Bien écrit, il se lit avec aisance. Il permet de comprendre la complexité d'un phénomène, l'esclavage des Africains, qui ne se réduit pas, loin de là, à la traite atlantique pratiquée par les Européens. »

(Hérodote, 10/06/2016)

Hogs and Cuties

   

En toute transparence


« Et c'est un moine tout transparent, dans sa soutane blanche, qui se pencha alors sur lui, posant la main sur son énorme tête d'ours, qui ruisselait de sang. Et au contact de cette main tout devint si clair et chaud.
- Tu en as eu assez, de peines. Allons, viens mon frère !
Et ils s'en allèrent, l'ours et le moine, tous les deux transparents... »

(Ivan Loukach, L'ours de Saint Séraphin)

dimanche 20 mai 2018

Amphi J

(à la soi-disant Commune soi-disant libre de Tolbiac, récemment)

vendredi 18 mai 2018

Ramón Rull Linhoff


« Ramón Rull Linhoff, valenciano de 55 años afincado en Madrid, pero con un corazón inquieto que le hacía recorrer el mundo luchando contra la injusticia, desde Panamá a Oriente Próximo, habría perdido la vida en un atentado en el norte de Siria mientras se encontraba combatiendo como un camarada más de las milicias kurdas contra el Estado Islámico, según voluntarios españoles contra el DAESH que también se encuentran en la zona (...). A la espera de su confirmación oficial, los compañeros de armas de Kandal, como era conocido dentro de su unidad de voluntarios, lamentan su pérdida a la vez que, orgullosos, destacan la "ilusión, valor y determinación" con la que viajó hacia la zona bélica el valenciano a finales de febrero. La explosión de una bomba trampa colocada por los terroristas de DAESH en una acción de combate en una localidad del norte de Siria ha causado varias bajas entre los milicianos kurdos, entre ellos estaría supuestamente Ramón Rull. 
Los voluntarios españoles destacan en un comunicado que tienen "la certeza de que se ha encontrado con la muerte de manera instantánea, sin sufrir, ya que falleció en el acto". Y añaden de él : "Seguro que lo hizo con su eterna sonrisa en esa cara de hombretón bueno que todos recordaremos siempre"». 

(Levante emv, 16-05-18) 

mercredi 16 mai 2018

Sauf notre forme-valeur !



« Si longue qu'ait pu être la succession des reproductions périodiques et des accumulations antérieures que le capital fonctionnant aujourd'hui a connue, il conserve toujours sa virginité originelle. Aussi longtemps qu'à chaque acte d'échange - pris individuellement - les lois de l'échange sont observées, le mode d'appropriation (du surtravail) peut connaître un bouleversement total sans affecter en aucune manière le droit de propriété conforme à la production marchande. »

(Karl Marx, Le Capital, Livre I)


C'est sur ce genre de considération marxienne que s'appuie Alfred Sohn-Rethel, dans son ouvrage La monnaie, l'argent comptant de l'a priori, récemment réédité aux Éditions la Tempête (2017) pour asséner sa thèse radicale : l'apparition de la monnaie, en Grèce, vers 680 avant Jésus-Christ en Lydie et en Ionie, conditionne (et coïncide avec) l'apparition de la pensée abstraite, de ses catégories de l'entendement, promises pour des siècles au succès que l'on sait, jusqu'à leur consécration kantienne dans la Critique de la Raison pure. De quoi s'agit-il, au juste ? Rien d'autre que du pendant réel (ou : abstraitement réel, car c'est ainsi, comme abstraction réelle, que se définit l'argent) de ces catégories philosophiques présentées par les idéologues bourgeois comme nécessaires, anhistoriques, valables chez tout humain en tous temps et lieux, bref : universelles. L'argent, en ce qu'il rend possible l'équivalence abstraite générale de toutes choses (sous forme de marchandises), aurait aussi imposé la pensée (ou les conditions de celle-ci) correspondant à une telle équivalence générale, une pensée capable (via ses concepts abstraits) de rendre identique le non-identique, commensurable l'incommensurable : de faire, en clair, violence au singulier sommé de rentrer dans le rang du comparable et du générique. Adorno resta stupéfié devant l'audace d'une telle thèse. Il dépouilla d'ailleurs, sans aucun doute et avec le manque de scrupules qui le caractérisa toujours, Sohn-Rethel de cette hypothèse terrible, qu'il fit fructifier à sa sauce, selon ses goûts encore plus compliqués et pessimistes, peut-être. Horkheimer, lui, ne voyait là (grand défenseur quand même : conservateur ! des Lumières et de leur destination émancipatrice) qu'«imposture théorique», selon sa propre expression. Quant à nous, nous ne savons quoi en penser au juste. Mais le soupçon demeure (avec l'ambivalence afférente, déjà présente chez Marx lui-même) d'une ignorance coupable, ici, de l'histoire concrète et de ses expériences infiniment diverses. On nous l'a tellement fait, faut dire, le coup de la structure indépendante, du mode de production chimiquement pur, essentiel dans l'idée, bref fondamentalement intemporel, survivant à ses modes successifs : non-affecté, au fond, par les irruptions, bouleversements et événements sauvages minant régulièrement ce monde scandaleux. C'est pour ça. On se méfie. Reste que sur la question de la mise en arpentage du monde, à compter du galiléisme appliqué, Sohn-Rethel est éblouissant. Et son texte, explosif.  

lundi 14 mai 2018

Un massacreur de génie


« Un artiste habile en cette partie, un massacreur de génie, M. de Moltke, a répondu un jour, aux délégués de la paix, les étranges paroles que voici : " La guerre est sainte, d'institution divine ; c'est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments : l'honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche en un mot de tomber dans le plus hideux matérialisme." (...)

Nous l'avons vue, la guerre. Nous avons vu les hommes, redevenus des brutes, affolés, tuer par plaisir, par terreur, par bravade, par ostentation. Alors que le droit n'existe plus, que la loi est morte, que toute notion du juste disparaît, nous avons vu fusiller des innocents trouvés sur une route et devenus suspects parce qu'ils avaient peur. Nous avons vu tuer des chiens enchaînés à la porte de leurs maîtres pour essayer des revolvers neufs, nous avons vu mitrailler par plaisir des vaches couchées dans un champ, sans aucune raison, pour tirer des coups de fusil, histoire de rire.

Voilà ce qu'on appelle ne pas tomber dans le plus hideux matérialisme. »

(Guy de Maupassant, Sur l'eau)

Ça se défend


dimanche 13 mai 2018

Dans les années 300


« L'homme n'accepte pas facilement que sa vie soit presque entièrement négative, ne soit composée que de malheurs, de défauts et d'absences : la plénitude est sa plus profonde loi. Dans les années 300, personne ne pensait plus à la justice, au devoir, à la vertu, au progrès : ce ne sont pas les valeurs des mondes désespérés. On voulait simplement être "sauvé". Ce qu'il y a de grand chez Épicure, c'est de ne point proposer, comme le christianisme le fera, un salut qui est une évasion vers le ciel, mais une entreprise terrestre. Il ne promet à personne une richesse céleste, une richesse succédant à la mort. Le salut n'est pas dans le ciel, dans l'esprit, dans la mort. Épicure apporte une sagesse matérialiste, qui ne demande qu'au corps et à ses vertus le secret de ne pas mourir désespéré. Il lève ce "drapeau du pain terrestre" dont parle Ivan Karamazov dans le mythe du Grand Inquisiteur.

L'époque d'Épicure est celle de l'oppression : il la décrit sachant qu'elle a ses racines dans la condition faite à l'homme. Il ne s'égare pas, il va vers l'essentiel et ne répète jamais que lui. La philosophie n'est pas un divertissement, un luxe de professeurs, un exercice spirituel, mais un travail sur le plus pressant des problèmes. Il ne faut pas faire semblant de philosopher : on ne fait pas semblant de chercher la santé, on la cherche. Il ne faut pas remettre cette recherche au lendemain : il n'y a pas d'âge pour la sagesse, qui est un acte orientant tout l'homme vers sa vérité, une conversion et un arrachement. L'homme total est en jeu : il n'y a pas une sagesse de la tête, et une sagesse de la rate et du foie. Il n'y a pas une sagesse pour tel ou tel âge : celui qui dit que le temps de la sagesse n'est pas venu ou est passé ressemble à celui qui dirait qu'il n'y a qu'un temps pour le bonheur. »

(Paul Nizan, Les matérialistes de l'antiquité)

Toute ressemblance, etc.


samedi 12 mai 2018

Check your Privilèges !

vendredi 11 mai 2018

Bien joué

   

« Les examens prévus à Arcueil vendredi et samedi sont annulés, communique ce vendredi à 10 h 30 l'université de Nanterre. Plusieurs centaines d'étudiants de cette université attendaient depuis 9 h de passer leurs partiels à la maison des examens d'Arcueil (Val-de-Marne). Mais l'accès était bloqué par des opposants aux nouvelles règles d'accès à l'université, a constaté une journaliste de l'AFP. Paralysée depuis trois semaines, la faculté de Nanterre avait acté l'impossibilité d'organiser des partiels sur le campus et décidé d'en délocaliser une partie au centre d'Arcueil afin de permettre aux étudiants de valider leur semestre. L'entrée du centre d'examen était toutefois bloquée vendredi matin par des opposants à la loi sur l'université, empêchant le début des examens prévu à 9 h (...). Présentes sur place, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser les manifestants et libérer l'accès aux bâtiments. A quelques dizaines de mètres de là, sur le quai du RER B, des étudiants leur lançaient des slogans hostiles : " Cassez-vous, cassez-vous ! ". Jeudi soir, le "comité de mobilisation de la fac de Nanterre" avait lancé un appel à "tous ceux qui aujourd'hui défendent le droit de grève, les étudiant.e.s, les enseignant.e.s, les postier.e.s, les cheminot.e.s, les salarié.e.s, les chômeurs et chômeuses" pour se rassembler devant la Maison des examens d'Arcueil. "Dans ce contexte de grève nationale (...), maintenir les partiels c'est vouloir casser la grève", arguaient les étudiants dans un communiqué. »

(20 minutes, 11/05/2018)

mercredi 9 mai 2018

Samedi soir (plutôt que Lundi matin)


Samedi prochain, des camarades reçoivent d'autres camarades, lesquels parleront, en présence probable de nombreux camarades vivants et vivantes, d'un camarade mort, quoique immortel (car tous les camarades le sont). Dit comme cela, bien entendu, la chose sonne mal, apparaît rébarbative, lourdement grevée, qui plus est, par cet universalisme niveleur dont nous sommes coutumiers, fleurant bon, ou mauvais, son impérialisme abstrait et honteux. Mais si l'on précise immédiatement que c'est à La Rétive, bibliothèque amie sise à Alès, que tout cela se passera, et que ces invités du soir n'y seront autres que les potos des éditions de l'Asymétrie, lesquels présenteront un livre récent consacré à un célèbre libertaire anti-colonialiste indien du siècle passé (voir ci-dessous), alors soudain ! convenez que les couleurs, nuances subtiles et chatoiements du temps (présent, passé, futur) et de l'espace surviennent au coeur de la proposition, ne pouvant plus, dès lors, que vous séduire. Et c'est ainsi que La Rétive vous aura happés. Précisons qu'on y fait aussi à manger, et bien d'autres choses encore. Aux couleurs s'y mêlent les parfums. De printemps.



« Le 12 mai 2018 à 19h00
Discussion “Pourquoi je suis athée”
Bhagat Singh, 1930, traduit de l’anglais (Inde)
par les éditions de l’Asymétrie, 2016, 128 p.
En présence des traducteurs/éditeurs.

Ce texte, écrit en prison en 1930 par celui que l’on a surnommé le "Che Guevara libertaire" indien alors qu’il est condamné à mort, constitue un brûlot malmenant à la fois les religions, les castes, et le colonialisme. Encore très diffusé aujourd’hui en Inde, et au cœur de nombreuses récupérations, il exerce une influence toujours déterminante sur les luttes contre tous les fanatismes, notamment celles des blogueurs, éditeurs et libres penseurs d’Asie et du monde arabe. Cette traduction est donc accompagnée des contributions de quatre d’entre eux, qui soulignent l’actualité de Bhagat et de ses combats.

Les bénéfices tirés de la vente de ce livre sont reversés au site internet Mukto-Mona (Libre pensée), qui héberge les blogs de plusieurs athées bangladais.

Les éditeurs partiront de cet ouvrage pour parler de l’athéisme à travers le monde (dont le blog Solidaires athées se fait l’écho). Nous pourrons aussi discuter du danger de la religion ; et de la nécessité d’appréhender le monde dans sa réalité pour combattre l’exploitation et toute forme d’oppression. »

La Rétive (écouter la présentation du lieu ci-dessous).

Tamam ?

Du bled


Le blédard, en tous temps et lieux de l'humanité, c'est le mec du bled, le nhà quê : le paysan ayant dû (et pu, le cas échéant) faire mouvement pour sauver sa peau, et celle des siens, en direction de la Marchandise Urbaine Opulente, de la métropole trans-nationale, dès que l'occasion s'en sera présentée. Bref, c'est le prolétaire. Tous les prolétaires sont au départ des blédards, plus ou moins conscients de cette origine historique, le plus souvent, certes, niée et refoulée par l'ultra-contemporanéité du prolétaire des villes, pendant aliéné du présent éternel capitaliste, en un mixte moderniste complexe de mépris et de tendresse (voir le clip ci-dessus). De fait, le blédard amène avec lui dans la jungle des villes cette origine paysanne qui ne le quitte pas : sa bléditude. Il la trimballe, semble-t-il, sans rémission. Et avec elle, l'ambivalence de cette chose qui nous intéresse, nous, communistes, et nous répugne en même temps. Ce qui nous intéresse, dans le blédard, c'est son rapport forcément plus sain aux ressources, à la vie qualifiée, à la célébration culturelle, rationnelle, de celle-ci. En d'autres termes : son retard indécrottable sur le mouvement général de l'univers marchand. Tout cela est hostile au capital indifférent et mortifère, mettant avant toute autre considération le monde en coupe réglée équivalente. Ce qui nous répugne, dans le blédard, c'est son conservatisme hérité indépassable, ses traditions inquestionnables et contre-révolutionnaires (les transcendances de sa religion, la violence stupide de son patriarcat, entre autres absurdités fondamentales). Désirez-vous apercevoir le blédard universel ? Vous le trouverez à la fois dans la Révolution française et chez les Chouans de Vendée, au fond commun de la commune russe originelle (mir) et des bourreaux Versaillais de 1871, parmi les Khmers Rouges de base autant que chez tous les immigrés de Paris à travers les siècles. Se dessine, en somme, dans cette figure transcendantale du blédard, tout ce qui aurait pu, chaque fois, tellement promettre de régénération mais qui, souvent, hélas ! sur le fil, aura immanquablement tourné à la catastrophe humaine désespérante. Le chant du bled, pour nous, est ce chant romantique, et mélancolique, du grand désastre annoncé, sans cesse recommencé, entonné vaille que vaille sur une note d'espoir. 

mardi 8 mai 2018

« Soyez très ferme avec tous ces gauchos »

Mai 1967

lundi 7 mai 2018

Comment des classes sont-elles possibles (2) Logique et ontologie individuelle


Suite de nos interrogations intempestives, à l'ombre et au soleil de Mai 2018. On s'amuse. On réfléchit. On vit.
***
N'en déplaise aux post-modernes, tout ce qui pense juge. Juger, émettre un jugement, consiste à soumettre un cas particulier, extirpé du reste du réel, à un certain ensemble auquel il se rapportera. Nous pensons, et donc jugeons ainsi, des centaines de milliers de fois par jour, sans doute : nul besoin pour cela de brandir une pancarte, d'assurer qu'attention ! nous nous préparons à perpétrer tel acte logico-scientifique spécial ou extraordinaire. Lorsque je pense, par exemple, que je suis bien, là : que cette situation dans laquelle je me trouve présentement, ici, à boire une bière fraiche au soleil, et à ne pas travailler, durant ce temps, pour un patron, à flemmarder, plutôt, et jouir suivant mon goût, lorsque, donc, je ressens tout cela, et le pense, je soumets simplement cette situation particulière à une classe générale d'états identifiée comme celle du plaisir, de la jouissance, ou tout ce que vous voudrez d'autre procédant en tous cas de l'intégration d'un grand nombre de cas particuliers d'états comparables. Je suis bien, là : ce jugement serait ainsi graphiquement représentable sous la forme d'un cercle désignant le Bien entourant le cercle, plus petit, de ma situation individuelle (Je, là) à l'instant t. Il existe bien entendu une foultitude de types de jugements, séparés par des variations infinies d'objets (matériels, intellectuels, affectifs, etc). Ces différents types de jugements, néanmoins, pourraient se voir amalgamés à plus d'un titre fondamental, par exemple par l'intérêt qu'ils prétendent (chacun, suivant des modes différents, certes) attacher à l'émission de vérité, à assumer, chacun diversement, une certaine forme d'authenticité. Je puis juger, par exemple, que l'animal qui traverse la rue en courant devant moi est un chat. Je puis juger que j'aime cette fille, à laquelle je pense, ou que tel camarade, décidément, m'exaspère ces temps-ci. Dans les trois cas, abstraction faite de toute communication externe de tels jugements, ma prétention à l'atteinte d'une certaine vérité rassemble ces types de jugements. Plus radicalement, lorsque je me trouve face à une source de beauté quelconque, une oeuvre d'art, une merveille de la nature, il semble que ce soit encore à la vérité que j'aie affaire, puisque je puis me dire dans mon for intérieur soit que vraiment, ce que je vois là est beau, soit, de manière un peu différente, plus réflexive, moins spontanée, que pour moi, vraiment, cette chose-là est belle, qu'elle me touche. Dans les deux cas, c'est beau, en ce qu'il est vrai que c'est beau, ou en tous cas en ce que moi, je me trouve impressionné esthétiquement. À quelque distance réflexive, donc, que l'on se trouve de cet élément de vérité, qu'on décide ou non de l'identifier, il semble bien que tout jugement ait à voir avec la vérité, et de même, toute pensée, et donc que cette soumission, chaque fois, d'un particulier à un universel auquel je crois fournisse le cadre indépassable de la pensée. Les Grecs, Aristote en particulier, essayèrent de recenser, exhaustivement, les formes de la pensée, régies par le syllogisme : cette soumission d'un singulier casuel à un ensemble, à une classe logique englobante ou à un universel, peu importe les mots. Kant tenta, des siècles plus tard, lui aussi, de parvenir à une nomenclature achevée des formes possibles de jugements. L'idée est, dans les deux cas, la même : réduire tendanciellement l'individu à la classe, la diversité (ou la différence) à l'unité. Ou plutôt : ne pouvoir penser l'une que par l'autre. C'est là le coeur de l'opposition fondatrice d'Aristote, premier biologiste encyclopédiste, rappelons-le en passant, de l'histoire, à Platon, ce dernier voyant entre le divers, le mobile, l'éphémère du réel naturel, physique, et l'unité de l'idée (de la science) un abîme absolument infranchissable. Aristote, lui, ne peut penser l'unité que par le multiple. Ην κατά πολλών, dit-il : l'Un par (ou via) le multiple. Ην παρά πολλών, disait, inversement, son maître Platon (l'Un contre le multiple : subsistant à côté, indépendant de lui) comme diront, à sa suite, tous les curés monothéistes et transcendantalistes de ce monde. 

Il existe, certes, une infinité de jugements possible sur tout. Mais n'y aurait-il pas, en définitive, qu'un nombre limité, fini quoique énorme, de types de jugements, correspondant aux divers états de l'être tel qu'on morcelle ce dernier en s'intéressant, à l'instant t, davantage à telle fraction A de cet être, plutôt qu'à telle autre B, sur laquelle, en attendant, retombera une certaine obscurité indifférente, comme lorsqu'on fait focus sur tel point de l'espace, laissant alors, retomber tout ce qui n'est pas ce point, tout ce qui ce contente de l'entourer (et auquel on ne s'intéresse pas, pour l'heure) dans ce genre d'obscurité pré-consciente ? Le jugement et la pensée procèdent, semble-t-il, nécessairement ainsi : on ne peut percevoir d'un coup tout l'être, tout le réel, au gré de quelque intuition intellectuelle gigantesque. L'être est en effet composé d'objets discontinus, juxtaposés dans l'espace ou se succédant dans le temps. En sorte que le jugement subjectif, usant de composition d'éléments catégoriques, correspond bien, de ce point de vue, à l'état objectif de l'être, lequel n'en connaît pas d'autres. Penser un rapport à quelque être pur, un être-avant-la-détermination-et-le-fractionnement-en-objets-de-l'expérience, paraît par définition absurde. Penser, c'est toujours penser un état déterminé de l'être. Le néant, de même, n'est pensable que comme néant de quelque chose, comme négation déterminée. Le génie d'Aristote, ce qui le rend, pour nous, à ce point précieux, c'est d'avoir, de manière certes ambiguë et problématique, semblablement identifié, contre tout irrationalisme immédiatiste (l'être sans médiation, l'être pur), l'Être avec une simple catégorie du langage, et d'avoir, symétriquement, toujours refusé de le considérer comme Genre suprême. Penser, donc juger, donc intégrer un cas individuel à tel ensemble logique, tel genre, signifierait ainsi, pour lui, rapporter cette individualité en paroles, en logos, à l'ensemble en question : pas réellement. En d'autres termes, il n'y aurait entre tout ce qui EST qu'une identité nominale, pas une identité réelle. Serait fallacieuse, par exemple, la proposition selon laquelle un bâtiment participerait de l'être (comme genre suprême) autant qu'un insecte ou qu'un sentiment amoureux, du fait qu'en dernière instance, tous SONT. La tension vertigineuse existant dans la pensée d'Aristote tient à sa double position imposant d'un côté la logique scientifique d'une réduction progressive du divers de plus en plus soumis à l'intégration dans des classes et familles de fait progressivement de moins en moins nombreuses (et virtuellement elles-mêmes réductibles à Un genre suprême : celui de l'Être, auquel se réduisent, en effet, tous les objets imaginables), mais, de l'autre côté, l'existence, donc, purement nominale, purement logique et catégoriale, d'un tel Être. Un simple exemple : ce qui EST réellement, pour Aristote, c'est la substance ultra-déterminée (ce qu'il appelle la substance première dans ses Catégories), autrement dit : tel individu, là, à cet instant précis, et pas un autre. Socrate. Socrate EST, pas en tant qu'il participerait d'un Être général, à titre simplement d'incarnation ou d'exemplaire indifférent, contingent, négligeable. Non, c'est l'inverse qui est vrai : c'est ce Socrate-là, ultra-déterminé, qui est l'être, et tout ce qui dépasse cette réalité-là, ultra-précise, ultra-exclusive et déterminée, n'est qu'une construction de l'esprit, une abstraction, une substance seconde. La tension est donc maximale entre une ontologie de l'individualité (seul l'individu est) et une nécessité générique du discours scientifique, du discours de vérité. Seul Socrate est vrai (dans sa chair, dans son unicité de vivant) mais pourtant je ne pourrai tenir sur lui aucun discours vrai, la seule possibilité d'un tel discours imposant l'usage d'abstractions, de pensées, de jugements, impliquant à leur tout cette réduction logique d'un individu (Socrate) à un genre (Homme, par exemple). Il n'y a que Socrate qui soit réel, son humanité n'existe pas : elle ne flotte pas dans l'air, et cependant je ne pourrai rien dire de vrai sur Socrate (qui n'est donc pas en premier lieu un être de vérité logique) tant que je ne l'aurai pas intégré à un ensemble logique quelconque. 

Il serait vain, ici, de tenter de contourner le problème par simple retournement du syllogisme. Socrate est un homme : par cette phrase, par ce jugement, je mets en rapport deux éléments (Socrate et l'humanité) via une copule logique (est). Je provoque une coïncidence entre un singulier (Socrate) et un universel (l'humanité), coïncidence faisant écho à une autre, objective, celle-là, mais dont la réalité fait paradoxalement problème : Socrate-individu vient bel et bien, pour ainsi dire, se ranger lui-même automatiquement dans une catégorie-homme, cela que j'effectue ou non ce jugement de coïncidence. On pourrait alors, comme évoqué à l'instant, tenter de renverser ce rapport de soumission automatique de l'individu à l'universel, et ruser ainsi avec la logique syllogistique. Je pourrais dire, par exemple : cela (faire ou dire telle chose), c'est très Socrate ! Imaginons un acte bas ou ignoble quelconque, un tel acte ne serait pas Socrate. Cela ne lui ressemble pas, comme on dit souvent. Ici, le syllogisme se conclurait donc sur une forme de victoire du singulier : la bassesse ne serait pas Socrate, ne serait pas cet être singulier. Mais, comme on s'en aperçoit rapidement, il ne s'agit là que d'un subterfuge. Qu'on doive en effet développer ou non le pourquoi d'une non-assignation possible de semblable bassesse à Socrate, les raisons de celle-ci existent bel et bien, qu'on choisisse ou pas de les passer sous silence. La soumission à l'universel demeure, quoique déguisée. Penser, c'est toujours juger. La condition logique de la pensée est toujours cet aller-retour, cette mise en rapport d'un singulier et d'un universel, qui ne sauraient survivre, chacun, indépendamment de l'autre. Le jugement intellectuel reflète donc l'être, dans la nécessité imposée à celui-ci, pour être autre chose qu'un simple nom, de se répartir, de se fractionner, de s'objectiver et, par là même, de se réduire tendanciellement, suivant un procès l'inscrivant au sein de catégories toujours numériquement plus réduites.    

(prochain épisode : La matière, c'est de l'idée)         

Dis bonjour

Régime sévère


samedi 5 mai 2018

vendredi 4 mai 2018

Terre plate, Docteur Marsh et effet Pac-Man

   Merci à C. 

Précision : L'article, récemment transmis par un camarade et dont nous reproduisons un extrait ci-dessous, tout édifiant (et terrifiant) soit-il, se trouve néanmoins être rédigé en novlangue orthodoxe. Il appelait donc, de notre part, afin d'être parfaitement lu et compris de tous, moult corrections formelles, notamment orthographiques, et au moins une explication lexicale à usage de notre lectorat le plus âgé : celui contemporain de ce temps, lointain, où la Terre était encore sphérique, et qui sera ainsi bien heureux d'apprendre que l'acronyme WTF, renvoyant à l'expression anglaise What the fuck !, désigne par là même avec emphase quelque chose d'énormément aberrant, de particulièrement spectaculaire et estomaquant dans le délire total...

***  

« Ce qui est bien avec les platistes c’est que je n’ai pas besoin de les parodier, ils viennent avec des théories du complot complètement WTF prêtes à servir. Plus de 200 d’entre eux se sont donc réunis à Birmingham en Angleterre pour tenir leur conférence annuelle. Comme on pouvait s’y attendre de leur part, il ont exposé beaucoup de théories étranges. Quand vous prétendez que la Terre est un grand cercle plutôt qu’une sphère, votre théorie a besoin de beaucoup d’autres sous-théories pour l’étayer. C’est pourquoi les platistes pensent qu’il y a un mur de glace autour de la Terre, ou que les lancements de fusées sont truqués en les tirant à l’envers comme lors du tir de SpaceX. Cette conférence n’a pas fait exception. Un conférencier a même expliqué comment nous vivons tous dans un monde Pac-Man. Un orateur à la conférence a déclaré qu’il avait prouvé que la gravité n’existe pas. "Ma recherche détruit la cosmologie du Big Bang", a déclaré le président David Marsh, rapporte le Telegraph. " Il soutient l’idée que la gravité n’existe pas et que la seule vraie force dans la nature est l’électromagnétisme." Oui, la seule chose qui vous garde attaché à la planète, ce sont les aimants. Marsh affirme que c’est basé sur des "expériences" qu’il a menées dans son propre jardin, tout en étant tenu dans son jardin par gravité (?). Il a expliqué, lors de la conférence, qu’en utilisant un appareil photo Nikon et une application mobile, il suivait les mouvements de la Lune à travers le ciel et réfutait les lois du mouvement planétaire.
Maintenant, si vous pensez que c’est tiré par les cheveux, accrochez-vous, car c’est là que ça devient vraiment bizarre. Le platiste Darren Nesbit a expliqué au public que les gens n’ont peut-être pas rencontré un mur ou le bord de la planète lors de leurs voyages à cause de "l’effet Pac-Man". "Nous savons que les voyages continus Est-Ouest sont une réalité", a-t-il dit, reconnaissant que cela nécessite une explication dans le modèle de la Terre plate.. "Une possibilité logique pour ceux qui sont vraiment des libres penseurs est que l’espace-temps enveloppe et que nous obtenons un effet Pac-Man." Fondamentalement, à la fin de la Terre, l’espace-temps se termine. Plutôt que de tomber du bord du monde, vous êtes placé à l’extrémité opposée de la carte, tout comme les fantômes de Pac-Man ou Pac-Man (lui-même).
Ailleurs, une vieille théorie platiste a refait surface et est relayée sur Internet. Pour expliquer les gens qui vivent de l’autre côté de la planète, il semble que les Flat-Earthers (platistes) continuent de croire que l’Australie n’existe pas. Dans un post sur Facebook (supprimé depuis), un platiste a affirmé que tous les Australiens ne sont pas réels (qu'aucun Australien n'est réel). 

Traduction  :

Êtes vous déjà allé en Australie ? L’Australie n’existe pas. C’est un hoax (un faux), fait pour nous faire croire que la Grande-Bretagne a déplacé ses criminels quelque part. En réalité, tous les criminels ont été balancés à la mer et coulés avant qu’ils aient pu voir la Terre de nouveau. C’est une couverture pour l’un des plus grands massacres de masse de l’histoire, fait par l’un des plus empires les plus importants. L’Australie n’existe pas. Toutes les choses que vous appelez des "preuves" sont en réalité des mensonges et des documents fabriqués par les gouvernements du monde entier. Vos amis Australiens ? Ce sont tous des acteurs et des personnes générées par ordinateur, ils font partie du complot pour tromper le monde. Si vous pensez que vous êtes déjà allé en Australie, vous êtes dans le faux. Tous les pilotes d’avion font partie du complot, et tous vous ont en réalité emmené dans des îles non lointaines – ou dans certains cas, en Amérique du Sud, où ils ont dégagé un espace et engagé des acteurs qui prétendent être de vrais Australiens. L’Australie est l’un des plus grands hoax qui aient jamais été inventés et vous avez tous été trompés. Rejoignez le mouvement aujourd’hui et faites savoir que l’on vous a trompé. »

(La dernière théorie WTF des platistes exposée lors de leur conférence annuelle, 3 mai 2018, article à retrouver dans son intégralité ICI).

jeudi 3 mai 2018

J'ai deux amouuurrrrs...


Validistes, hors des luttes !


Gestion, transactions

Montpellier (France), spring 2018.

We'll be back ! (id.)

mercredi 2 mai 2018

France is back !


« L'histoire de notre pays, 
c'est une histoire d'absolu. » 

(Emmanuel Macron, fustigeant les 

Élections, pièges à ours !


Un attrait rétrospectif

Ci-dessus : la tombe de Hegel (détail).

« Il faut, pour prendre la mesure du monde, de vastes horizons. C'est dans la plaine allemande, sous les auspices conjugués de la solitude et de la guerre, de l'exil et de l'hiver, que Descartes a posé les principes de la connaissance vraie. On ne se sait être, un jour, ce que nous sommes, que pour avoir délaissé les îles parfumées, les clairières, les petites villes auxquelles des collines douces ont passé leur anneau. La réalité, quand on finit par l'envisager, afflige et désenchante. L'illusion qui en tenait lieu, d'abord, se pare d'un attrait rétrospectif d'autant plus sensible qu'on l'a perdue sans retour. Le vrai, dit quelque part quelqu'un dont on peut visiter la tombe, au cimetière de la Dorotheestrasse, à Berlin, c'est le tout et le tout, le vrai.  »

(Pierre Bergounioux, L'empreinte)

Karl Marx a 200 ans

Paris, 1er mai 2018.

Et il ne les fait pas.

mardi 1 mai 2018

« Venez comme vous êtes »

                                                                                         

Solidarité internationale des Travailleurs

Surréalisme arabe

Le surréalisme arabe à Paris, 1973-1975.
Textes traduits de l’Arabe et de l’Anglais. 
Réunis par Abdul Kader El Janabi.
Introduction par Marc Kober.
Éditions de l'Asymétrie (salut les aminches !)
Sortie : 26 avril 2018 - 12 euros.


Présentation de l'éditeur : 
Le Désir libertaire dont nous allons lire un choix de textes et d’illustrations, n’est autre que "la revue du surréalisme interdit chez les Arabes". Ainsi peut-on lire dans le Manifeste de 1975 : "Nous crachons sur la patrie arabe jusqu’à la noyer dans la fumée de la mort non seulement parce que nous combattons l’idée de patrie, mais aussi parce que l’affirmation d’une patrie est une insulte à l’universalité de l’homme". Ou encore : "Nous ferons exploser les mosquées et les rues par le scandale du retour du sexe au corps qui s’enflamme dans chaque rencontre jusqu’ici restée secrète". La "fin de l’ère islamique" annoncée sur une couverture du Désir libertaire fait écho à la "fin de l’ère chrétienne" annoncée en couverture du troisième numéro de La Révolution surréaliste, le 15 avril 1925. L’anticléricalisme surréaliste, son antipatriotisme, se déplacent vers l’orient arabe, à partir d’un groupe qui, pour la première fois, revendique un "surréalisme arabe", sans pouvoir être considéré comme des marginaux parce qu’ils sont chrétiens ou minoritaires dans leur nation.
***

Sommaire
Abdul Kader El Janabi : Point de repères – Introduction : Une révolution poétique sans fin – Face à la réalité arabe – Positions : Le Désir libertaire, revue du surréalisme interdit chez les arabes – Manifeste de 1975 – Où en sommes-nous avec le surréalisme ? – Ne construisez pas d’édifices, érigez des toits ! – Éditorial pour la deuxième série – L’Âge de la vie – De la mémoire, brûlant de tous ses oublis – Visa aux lectures – Une voix hérétique : Qorrat al-Aïn (1814-1854) – Jeux surréalistes Vers la libération du langage – Cadavres exquis – Anti-proverbes – Lexique : Imagination – Blasphème – Désir – Manifestes personnels : Ghazy Younes : Soupir – Mohammed Awadh : Cet aboiement ne suffit-il pas ? – Farid Lariby : Mes écrits – Tract : Fermez le Livre et ouvrez la fenêtre – Maroine Dib : L’umour : testament, L’autre nous-mêmes Edouard Jaguer : Flash pour fantômes – Jimmy Gladiator : Ni dieu ni maître, sauf maitre Kanter ! - Pierre Peuchmaurd : Black canary, Billets, slogans, aphorismes ! Quatre étranges cavaliers : Farid Lariby – Ghazi Younes – Abdul Kader El Janabi – Maroine Dib – Annexe, Le Nil du surréalisme : le groupe Art et Liberté (1938-1952).