jeudi 12 avril 2018

Éloge de la vérité


Quiconque d'un tant soit peu honnête, et point trop diminué intellectuellement, se sera intéressé, ces dix dernières années, à la soi-disant Affaire de Tarnac, conviendra aisément que toute l'affaire en question reposait sur une complète reconstruction factuelle, mensongère, des services « anti-terroristes » de l'État français : un tissage — maladroitement fourbi — de pseudo-preuves et témoignages de commande chaque fois censés, au fil du temps, confondre implacablement M. Coupat et ses camarades mais témoignant plutôt, de manière désormais avérée, de l'amateurisme impressionnant de la sécurité intérieure, comme l'on dit, exposée en l'espèce à la risée de l'univers. Sans reprendre le détail fastidieux de cette suite interminable de déboires policiers et juridiques d'exception (on se reportera, par exemple, ci-dessus à l'interview accordée récemment par MM. Coupat et Burnel à la deuxième chaîne de télévision), l'innocence — en termes juridiques — du groupe de Tarnac n'aura ainsi jamais soulevé aucun doute sérieux, que ce soit chez les ennemis ou les amis dudit « groupe », dont l'existence régulière même relevait (nous dit, ce matin du 12 avril, le tribunal correctionnel de Paris) de l'échafaudage policier. La relaxe judiciaire, intervenue ce jour, de la quasi-totalité de ses membres, apparaît donc, du point de vue de l'institution même, parfaitement logique. Ajoutons, par ailleurs, que cette humiliation publique de l'État et de ses sbires est une excellente nouvelle.

C'est moins cela qui nous importe et suscite ici nos réflexions que, justement, cette question plus générale de l'innocence juridique, que l'affaire de Tarnac et le système de défense particulier adopté par ses divers « mis en cause » auront permis de poser. Il n'aura, en effet, échappé à personne que M. Coupat et ses proches, depuis le début des persécutions ourdies contre eux, s'en seront globalement tenus (nous n'évoquerons pas ici le comportement plus nuancé de leurs comités de soutien), soit directement soit par l'intermédiaire de leurs conseils, à une double ligne de conduite consistant à contester, d'une part (et ce, de manière très efficace), la solidité des accusations portées à leur encontre mais également, d'autre part, à ne pas se présenter pour autant comme formellement innocents de ce dont l'État les accusait. Les motifs justifiant ce choix sont, revendiquèrent les prévenus, des motifs politiques. Il se serait agi là, pour eux, de ne pas se dissocier — du fait même de cette innocence revendiquée — d'autres camarades également engagés dans la guerre sociale ; eux et elles aussi, à ce titre, emprisonnés, persécutés ou menacés de l'être. Le but aurait été, en outre, de ne pas reconnaître à l'État la validité discursive de son intervention, de le considérer, pour ainsi dire, comme fondamentalement muet ou ne parlant à tout le moins en aucun cas la même langue que les accusés, cet État ne pouvant imposer, en sus de ses opérations de pure force déjà regrettables, une forme de conversation dont il aurait d'entrée choisi pour tout le monde l'élément textuel. En sorte que M. Coupat et ses camarades semblent avoir considéré la vérité elle-même (celle, en l'espèce, évidente, de leur innocence) à l'aune d'un enjeu a priori : directement politique, à l'exclusion de toute autre préoccupation, dépouillant ainsi cette vérité (dont la manifestation progressive leur donnait pourtant tendanciellement raison) de la moindre valeur objective. Notre analyse est singulièrement différente. La vérité revêtait à nos yeux, ici comme ailleurs, un intérêt en soi, par elle-même, en regard du mensonge perpétuel dont l'État procède, de ce mensonge sur lequel, par essence, il repose tout entier.

Ceux qui nous connaissent savent déjà où nous voulons en venir. À l'attention des autres, nous poserons une première très innocente question. Par quelle nécessité logique au juste le fait de clamer — arguments convaincants à l'appui — que l'on se trouve innocent de tel fait délictueux dont vous accuse l'État vous obligerait-il analytiquement à vous désolidariser d'autres individus, estimés par vous des camarades intéressés aux mêmes buts révolutionnaires, quoique jetés en prison dans le cadre d'affaires complètement différentes et ayant éventuellement adopté d'autres modes de défense ? Pour nous, la force d'une telle nécessité nous aura toujours échappé. La connotation normative archaïque du mot innocence serait-elle seule en cause, un communiste, un anarchiste ne pouvant décemment assumer un état d'innocence évoquant celui d'Adam, ni l'impeccabilité chrétienne garantie par l'État patriarcal, que ce mot suggérerait immanquablement ? Auxquels cas, le recours à tout autre terme plus adéquat, restant à déterminer, trancherait la question et basta. On s'adresserait plutôt, par exemple, à l'avenir, de la manière suivante au procureur anti-terroriste chargé par profession de vous expédier au gnouf pour conspiration terroriste : « Or, donc, ainsi que nous l'avons rationnellement démontré, on comprend bien que toutes vos accusations ridicules reposent sur du vent, que je n'ai pas fait ce que vous prétendez que j'ai fait, etc » ?

Il va de soi que des modes de défense différents assumés dans une même affaire poseraient évidemment problème, offrant matière potentielle à scandale en ruinant la solidarité minimale de règle entre camarades, chacun tentant le cas échéant de sauver sa peau comme il le peut, en catastrophe, aux mépris et détriment de l'intérêt collectif. Mais — encore une fois — dans l'histoire qui nous occupait, au cours de laquelle le mensonge policier antiterroriste aura à ce point révélé, chaque jour plus passionnément, ses prétentions à l'énormité, l'association maintenue d'un projet rigoureux d'exposition rationnelle de ce mensonge, d'une part, ET du refus, d'autre part, de défendre son innocence en tant que simple corollaire logique d'un tel mensonge d'État, nous paraît toujours aussi inconséquente. Nous souscrivons intégralement, en revanche et pour cette raison même, à la définition lapidaire donnée par M. Coupat dans l'interview de France 2 (voir la vidéo ci-dessus, à 19'09), selon laquelle cette magnifique « enquête » de la DCRI s'apparenterait toute entière à de la « haute voltige logique ». Pas mieux. C'est exactement ça. Nous voilà donc tout autant attachés que l'innocenté du 12 avril aux strictes exigences de la cohérence logique. Et, au-delà d'elle, sans doute, à ce dont la cohérence logique constitue le véhicule nécessaire. À savoir la production de vérité

Comment comprendre, alors, que M. Coupat, à l'instant précis de cette question essentielle posée par le journaliste — pourquoi ne pas clamer votre innocence ? — paraisse à ce point embarrassé ? Embarrassé, ou las. Peu importe. Car M. Burnel, présent sur le plateau, s'empresse (15'07) de lui venir en aide et de fournir aux spectateurs de France 2 l'explication politique de rigueur, explication que — politiquement ou pas — nous trouvons pour notre part toujours aussi absconse. Car quoi ! L'État ment, manipule, subordonne, trompe éhontément en nous reprochant des choses absurdes, des choses dont, cependant, nous ne serions pas pour autant innocents, du moins pas formellement : nous nous refusons à le dire pour des raisons politiques... La lassitude de M. Coupat nous semble d'un coup fort compréhensible. Car l'assomption d'une telle position au plan de la logique (dès lors qu'on prétendrait, bien entendu, expurger cette dernière de toute forme de voltige intempestive, qu'elle soit « haute », basse ou moyenne) ne laisse en vérité pas de lasser. Il existe, de ce point de vue, un fossé existant de longue date entre nos propres vues — il est vrai extrêmement conservatrices — en matière de vérité ou de logique, et d'autres, bien plus sophistiquées et novatrices, émanant d'un certain courant de pensée « ultra-radical », dont MM. Coupat et Burnel ne s'offusqueront pas de se voir ici rapprochés. 

Il fut un temps béni de la critique sociale où l'identification d'idéologies d'État et de classes sociales dominantes servait de manière assumée un projet de vérité. La bourgeoisie, l'État mentaient, voilà tout, et la critique sociale entendait dévoiler ce mensonge. Le mensonge consistait, pour les bourgeois, pour l'État, dans l'amalgame de leurs intérêts propres (historiquement contingents) et des intérêts de l'ensemble de la population, toutes classes (harmonieusement) confondues. Tel était le faux universalisme révélé par la critique anti-idéologique. La vérité de la bourgeoisie n'était nullement la vérité universelle, mais la sienne propre, et exclusive, autrement dit : une non-vérité, attendu que le principe de la vérité est de mettre tout le monde d'accord autour de son fait, quel que soit son objet. Dans le domaine des sciences dites «dures», par exemple, autant que dans celui des sciences dites «humaines». Un bourgeois et un prolétaire conviendront ainsi, en toute sincérité, que la Terre est ronde, que deux ajoutés à deux font quatre, ou, sur un autre plan, qu'ils vivent l'un et l'autre dans une société de classes opposant leurs intérêts de manière inconciliable, quelque parti qu'ils en prennent. Autant de vérités incontestables, par ailleurs, qu'on les atteigne ou non, car c'est là un autre principe des vérités qu'il en reste par définition toujours davantage à découvrir, avec le temps, que celles déjà disponibles à notre esprit. L'inaccessibilité éventuelle, provisoire ou durable (en regard de raisons, disons, techniques) de telle ou telle vérité ne fournissant évidemment aucune prévention contre l'existence de celle-ci. On peut très bien exister effectivement quoique caché de tous : dans l'ignorance, plus ou moins longue, plus ou moins maintenue dans le temps, de la majorité des hommes. C'est là le cas de nombre de vérités. 

Puis vint Michel Foucault. Michel Foucault est l'un des penseurs auxquels se réfèrent le plus régulièrement (ce fut encore le cas lors de notre interview de France 2, d'ailleurs ainsi conclue, à 27'02) MM. Coupat, Burnel, leurs amis et camarades de lutte, presque sans y penser, semble-t-il : de manière pour ainsi dire automatique. Foucault est l'intellectuel professionnel ayant, dans l'histoire contemporaine des idées, le plus consciencieusement ravagé l'idée même de vérité, de vérité objective possible, un ravage opéré chez lui par l'association fondamentale, portant sa marque, de cette notion à la notion de pouvoir. Savoir (savoir, c'est toujours savoir le vrai), chez Foucault (qui en forgea même un néologisme composé, à succès universitaire écrasant), c'est pouvoir : au sens d'une domination guerrière, stratégique, dont la production de vérité objective constitue essentiellement la trace (à moins que cela n'en soit la condition, les choses n'étant jamais très claires chez ce clerc extrêmement «littéraire», obscur ou simplement prudent, ainsi qu'en témoigne l'excellence sinueuse de ses parcours politique et universitaire). Dans le célèbre cours de 1971 délivré par lui au Collège de France, LA vérité est ainsi présentée par Foucault comme tributaire d'une certaine généalogie, d'une histoire tissée d'accidents, de luttes, d'intérêts opposés, de stratégies (Foucault aime beaucoup la guerre). En d'autres termes, la vérité n'a pas toujours été vraie. Idée étrange et contre-intuitive, qui provoque aujourd'hui encore la perplexité d'esprits aussi vigoureux, et rigoureux, que celui du positiviste Jacques Bouveresse, entre autres. Mais revenons aux exemples par nous cités un peu plus haut pour tâcher d'expliquer concrètement les choses. Le fait que deux plus deux égalent quatre, ou que la Terre est ronde, ces vérités n'auraient donc, aux yeux d'un foucaldien, pas toujours été vraies, ne seraient pas nécessaires, ne renverraient pas à cette liaison fatale (que nous pensions, naïvement, constitutive de la vérité) de l'être et de la pensée. Dire de l'être qu'il est, pensions-nous, et de ce qui n'est pas qu'il n'est pas, voilà ce qui définit la vérité. À cette conception s'oppose l'idée foucaldienne proprement sceptique ou relativiste attachant à chacun sa vérité, sans qu'une vérité objective unique puisse s'imposer là-dessus à tous autrement que par coup de force et violence. Un curé assurant, par exemple, que la Terre est plate au onzième siècle, soit avant que l'expérience fasse définitivement la preuve que non, et s'en tenant donc par là fidèlement à la vérité «scientifique» (ou au pouvoir : celui du discours chrétien) de son temps, se présenterait ainsi exactement dans le même rapport véridique associant un être (toujours contextualisé, historique) et sa pensée adéquate. Il n'y aurait donc que violence et autoritarisme inconscient à estimer après coup sa position particulière fragilisée en regard de nos propres positions «sphéristes». Elles-mêmes seraient relatives : à l'aune de progrès ultérieurs éventuels de la connaissance cosmologique, ou d'un nouveau discours de pouvoir officiel (mais ne serait-ce pas la même chose, en définitive ?)En sorte que ces positions-ci équivaudraient littéralement à celles-là. Le problème, c'est que la sincérité du curé en question, ou plutôt sa soumission aux « vérités » de son époque, n'empêchent en rien que lesdites «vérités» qu'il défendait alors n'en étaient pas, que le vrai qu'il défendait n'était pas le vrai mais uniquement ce que lui tenait alors pour vrai, quoique étant absolument faux. De même, la précarité historique de nos propres connaissances dans tel ou tel domaine n'empêche pas que, dans ce domaine, il y ait bien une vérité de l'état de l'être, et, en conséquence, qu'un discours vrai soit au moins possible : au moins potentiellement adéquat à cet état véridique du réel. La vérité objective de la sphéricité de la Terre existait donc (autant qu'elle existe aujourd'hui, et existera encore), quelque ignorance (nous ne parlons même pas ici de mensonge) que ce curé en eût, ignorance fallacieusement travestie en vérité. Or ce n'est jamais ce travestissement (nous dirions : cette idéologie) qu'a Foucault en ligne de mire. Sa cible n'est pas la fausse vérité, mais bien la vérité elle-même.

Revenons à nos moutons, à MM. Coupat, Burnel et autres foucaldiens très orthodoxes contemporains. Que de détours, nous dira-t-on, pour en venir à cette fameuse innocence juridique que tous se refusèrent donc farouchement à assumer au cours de leur procès, mais que nous reconnaissons, nous, simplement comme corollaire logique du mensonge symétriquement avéré de l'anti-terrorisme, et accessoirement comme occasion historique ou politique unique (une occasion, de fait, manquée) d'exposer massivement ce mensonge au public. Le lien est pourtant assez simple, et clair. Outre la vérité objective, assimilée par lui à un pur effet de pouvoir, Michel Foucault se reconnaît, en matière stratégique (il aime, on l'a dit, la guerre, au point d'en faire la vérité dernière de la politique), un autre ennemi décisif. Cet ennemi, c'est le Droit. Pas simplement le droit bourgeois (et sa fameuse justice de classe), non : le discours juridique dans son entier. Certes, les anarchistes ou les marxistes attaquent, eux aussi, le Droit mais, une fois de plus, s'en prennent à lui comme à ce mensonge (mensonge suprême, en l'occurrence) soutenant la société bourgeoise, formellement attachée à des idéaux universalistes qu'elle foulera aux pieds en pratique quotidiennement, tout en tirant d'eux sa légitimité politique. C'est au contraire le Droit en lui-même, la possibilité même d'un Droit, c'est-à-dire la possibilité anthropologique, précédant toute société de classe, de désigner un juste opposé à un injuste, un être insupportable à un devoir-mieux-être, que Foucault stigmatise. Le cours de 1971 attaquait la vérité. Son cours de 1976 attaque le Droit, et l'invasion soi-disant sournoise que le discours juridique aurait, selon Foucault, opéré sur les positions de ceux qui, dans la société, luttent de fait, bien que légitimement et sincèrement (les homosexuels, par exemple, ou les femmes, luttant pour l'obtention de droits nouveaux) contre un mauvais ennemi, un ennemi illusoire. Quel serait alors le bon ennemi au juste (on n'ose dire le vrai), si ce n'est ni l'État, ni le capital ? Les seules normes communes que le pouvoir tenterait d'imposer aux corps ? Mais d'où, dans quels buts, à quelles fins ? Une fois encore, les choses sont tout sauf claires, Foucault n'ayant explicitement aucun problème de fond avec ces deux monstres froids (État et capital) — lesquels présentent pourtant l'avantage d'être assez facilement identifiables par tout un chacun (par les pauvres, en particulier) —, leur préférant donc, comme objet stratégique et interlocuteur privilégié, ce fameux «pouvoir», qui est partout mais dont l'identification apparaît, pour cette raison même, beaucoup plus malaisée (et technique, nécessitant sans doute quelques solides compétences universitaires). L'erreur commune des gauchistes «freudo-marxistes» des décennies 1960-1970, selon Foucault (et l'erreur persistante de ceux qui seraient tentés de les suivre dans les années 2018, pour les foucaldiens d'aujourd'hui), est de toujours penser l'affrontement social en termes crypto-juridiques : juridiques-honteux, et donc de se placer, défavorablement, sur le terrain sémantique de l'ennemi avant même que la bataille (la guerre véritable) ne s'engage. La catégorie de «répression», par exemple, que quiconque ayant un jour goûté aux joies d'une charge de CRS aurait tendance à trouver parfaitement opératoire, est sévèrement bannie par M. Foucault, en 1976 et après (les gauchistes actuels persistant, côté face — « caisse anti-rep » — à l'employer tout en vénérant, côté pile, le Maître, se montrant là singulièrement inconséquents). Cette catégorie freudo-marxiste (l'«hypothèse répressive» de La volonté de savoir) impliquerait négativement, l'état originel pur, neutre, spontané d'un mystérieux complexe pulsionnel humain simplement désireux de s'exprimer, de s'épanouir librement (contre la société de classes et ses refoulements tyranniques), état pulsionnel originel qui, de là, se trouverait réprimé par l'État et le capital, pressés de faire trimer son sujet physique, sous forme de prolétaire crachant de la plus-value. Or, il serait absurde, pour Foucault, de contester ainsi l'injustice du pouvoir, le scandale qu'il représenterait, la chose obligeant, en effet, une fois encore, à supposer, par contraste, une essence humaine authentique, norme objective enfin libérée d'un pouvoir parasite, bref la justice finale (téléologique, millénariste, sourdement religieuse) d'un état social affranchi de tout rapport de domination, un état proprement inconcevable. C'est ce que Foucault reproche notamment aux anarchistes. Pas d'injustice du pouvoir. Pas de répression menée par lui sur quelque pure essence énergétique de la vie tentée de se déployer, ni de grand mensonge fondant, et protégeant ensuite, ce pouvoir injuste, mensonge que la critique anti-idéologique (freudo-marxiste, par exemple) prétendrait naïvement dévoiler. Tous ces éléments déterminants de la pensée «stratégique» de Foucault rejoignent évidemment, comme on le voit, sa critique sceptique générale de la vérité.

Finissons-en pour aujourd'hui. Nous avons autre chose à faire, et à penser. Le programme, en cette mi-avril 2018, apparaît étonnamment chargé. C'est une bonne nouvelle que la relaxe du «groupe» de Tarnac, dont l'inexistence régulière, rappelons-le, a aussi été prononcée dans le même mouvement, comme vérité évidente à laquelle le mensonge inverse des flics anti-terroristes aura pourtant grotesquement fait obstacle durant dix années. Dix ans d'outrances et de mensonges polymorphes, de la part d'un État se donnant pour seul pourvoyeur possible de démocratie, de liberté, de bonheur. Autant d'exigences humaines irréductibles qu'à chaque instant, pourtant, ses seuls existence, maintien et survivance interdisent par principe. Bonne nouvelle, oui, que celle de cette innocence enfin publiquement avérée, fût-ce au travers, comme ici, de l'inepte décision judiciaire d'un magistrat. Mais cette vérité, n'en déplaise à MM. Coupat et Burnel, n'aura quant à elle jamais cessé d'être et de valoir universellement : comme toute vérité, qu'elle ait été ou non connue et reconnue, au gré des fluctuations juridiques d'une institution seulement pressée d'éviter le discrédit total, de sauvegarder la cohérence spectaculaire fondant et refondant sans cesse, à coups de replâtrages foireux, sa légitimité « universelle », son « état de droit ». La vérité serait-elle en soi frappée d'inexistence du simple fait que tel pouvoir inquisiteur n'aurait que ce mot (vérité) à la bouche, employé dans son sens, suivant ses minables intérêts ponctuels déterminés ? Il est vrai que Michel Foucault, en 1971, osait un lien génétique (à l'aune d'une recherche soi-disant commune des preuves de vérité) entre l'Inquisition et ses bûchers et les protocoles d'enquête scientifique, ou juridique, de l'époque moderne. C'était là tirer un signe d'égalité parfaite entre délire et raison. En d'autres termes : de la « haute voltige logique », comme disait M. Coupat, l'autre soir, à la télévision. 

Il ne paraîtrait donc pas complètement inutile, une bonne nouvelle pouvant en amener une autre, voire beaucoup d'autres (et pourquoi pas au plan épistémologique, autant qu'au plan politique ou social), que la vérité elle-même, la vérité en général, se trouve un beau jour à son tour innocentée, sinon réhabilitée au sein de certains milieux, appelés, n'en doutons point ! à jouer, ici ou là, un rôle majeur dans l'histoire prochaine de l'émancipation humaine. 

30 commentaires:

  1. En d'autres termes, Coupat et ses camarades ont refusé de se hisser à la hauteur de leur propre vérité, celle qu'ils n'avaient de cesse pourtant de claironner un peu partout en France, pendant leurs tournées promotionnelles avant la fin de la récré. C'eût été plus simple pour tout le monde, en effet. Mais n'exigeons pas de gens qui aiment leur condition, qui la trouvent bien agréable à vivre, qui n'ont jamais fait un pas sur des questions sérieuses sans qu'elle ne leur soit garantie par tout un système familial d'assistance, qu'ils se comportent en desperados collés au mur. C'est d'une logique sociale à l'oeuvre dont il faudrait parler. Cette partie de cache-cache n'est-n'était, au fond, qu'une affaire de famille, un avertissement, une remontrance par les grandes personnes qui détiennent le grisbi. Personne n'a jamais cru un instant qu'ils feraient vingt ans de réclusion pour terrorisme, surtout pas le Renseignement et même pas la Justice. La Correctionnelle fut donc elle aussi très politique, mais dans le sens d'une relaxe d'évacuation. Tout s'est joué sur un rapport de force reposant sur des moyens de défense réservés aux puissants et tout s'est joué dans cette reconnaissance, entre pairs, détenteurs de cette puissance, en quelque sorte.

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  2. " Personne n'a jamais cru un instant qu'ils feraient vingt ans de réclusion pour terrorisme "... ça, c'est vous qui le dites ! On vous renvoie aux mines extatiques de Pépy et Alliot-Marie à l'annonce du coup de Tarnac.

    On vous renvoie aussi, accessoirement, et sur un plan plus pratique, à certaines considérations fort élégantes et fair-play de Engels, sur Dühring. Après l'avoir théoriquement atomisé, dans son bouquin (presque) éponyme, il lui déclare néanmoins son soutien personnel, tandis que le vieil idéologue bourgeois se trouve en butte aux persécutions d'état. La logique sociale est une chose. Elle n'est pas le tout logique des choses.

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    1. Je comprends votre position, charitable et prudente. Mais je maintiens que toute cette affaire ne pouvait être considérée comme une affaire sérieuse par ceux-là mêmes qui en sont à l'origine. Le but recherché était tout autre qu'une condamnation effective pour terrorisme. C'est un avertissement adressé à la jeunesse dorée française qui avait, à l'époque, des velléités d'agitation bien trop "exhibitionnistes". Ne vous fiez pas à l'amateurisme apparent des services, l'enfumage est un art. La logique d'Etat n'a jamais perdu de vue l'étroit rapport entre gain et coût s'agissant du traitement médiatico-politique de la jeunesse dorée capricieuse, de droite ou de gauche d'ailleurs. C'est, en quelque sorte, une affaire de parents d'élèves ou d'anciens de promo. Tout le monde se connaît. Cette affaire ne relève même pas d'une guerre sociale réelle ( avec l'irréductible étrangeté sociologique entre acteurs qu'elle comprend ) et donc de la répression administrée aux prolétaires. On quitte ici le domaine de l'histoire sociale pour une question d'entregent, de brouilles de voisinage, de non reconnaissance de l'étiquette, de disputes de copropriétaires. Sans doute, des historiens sérieux se chargeront un jour de le confirmer, en donnant à voir les véritables liaisons sociologiques et économiques qui ont largement surdéterminé toutes les phases de ce récit.

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    2. Il arrive aux bourgeois de faire des révolutions, vous savez. La bourgeoisie n'est pas le diable : c'est un acteur social - pour l'heure dominant, en l'espèce - parmi d'autres, dont le propre - il est vrai - est de tâcher par tous moyens (notamment via ses idéologues attitrés) de faire oublier son existence (comme le diable, en effet, d'où la tentation dangereusement subjectiviste et mythologique de les assimiler). Une révolte au sein même de la bourgeoisie, peut ainsi (ça s'est vu dans l'histoire) représenter un intérêt universel. Les bourgeois sont aussi pour partie des hommes, porteurs d'expérience et de subjectivité, fussent-elles aliénées (mais qui ne l'est pas dans ce monde ?).
      Considérer, d'autre part, téléologiquement, que tout est joué dès l'origine, que tout n'est jamais que péripétie spectaculaire pré-écrite, au sein d'une conversation scénarisée que le système (ou la structure sociale) organiserait avec lui-même, c'est là une vue cybernétique que nous ne partagerons jamais.

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    3. D'autant que si on aligne Tarnac avec Merah, Charlie Hebdo, et le 13 novembre (la faute aux Belges, rappelez-vous), ça évoque plutôt Dupond et Dupont que Sun Tzu et Machiavel.

      Concernant la vérité, les réticences dans cet entretien sont d'autant plus curieuses que Bye-bye Saint Eloi ! donne bel et bien une version où ils sont innocents (dans « LA VÉRITÉ SUR LES SABOTAGES », ils affirment ne pas être sur les lieux et ne contestent pas la revendication allemande de ceux-là).

      « Ce n’est pas parce que nous étions de meilleurs écoliers que nous sommes à chaque fois parvenus à humilier les enquêteurs en mettant à jour leurs mensonges et leurs combines, mais bien parce que nous jouissions d’un gigantesque avantage : contrairement à eux, au parquet et à vous, nous connaissons la vérité. Elle fut dans cette enquête notre seule mais fidèle alliée. À chaque nouveau témoignage bidonné, pour chaque pan “inventé” du dossier, nous bénéficiions de ce coup d’avance : nous savions que les policiers allaient mentir. De là, aucun besoin de les devancer, il suffisait de les laisser travailler. »

      http://2018.fragmentsduvisible.org/wp-content/uploads/2015/06/texte16.pdf (citation page 26)

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    4. Et/ou mauvaise conscience d'apparaître dans le spectacle, où l'innocence ne peut s'admettre que comme innocuité. Ce qui est raconté ici, c'est que l'État a monté avec acharnement une machination rocambolesque contre des gens qui n'ont jamais représenté aucune menace pour l'ordre économique qu'il incarne. On peut comprendre qu'il soit difficile aux auteurs de L'insurrection qui vient de convenir qu'ils n'ont en vérité pas la stature d'un ennemi public digne de calomnies et de persécutions, d'où leur coquetterie.

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    5. sur ce coup, il est vrai que durant ce procès, nous eûmes l'impression qu'ils étaient sociologiquement entre eux, et que tout était joué, et c'est pourquoi nous avons misé sur la relaxe dès le début, avec les larmes d'Yldune en pantine de Coupat

      à double-tranchant donc, pour la nébuleuse Comité invisible-lundi-matin, aujourd'hui accoquinée à Lordon-Friot-Ruffin, autrement dit à France Insoumise et PCF (sans parler d'Antonin Bernanos sorti de prison, et de sa maman familière de la Fête de l'Huma). La montagne de Tarnac accouche d'une souris : le magasin général et l'idéologie de l'épicier qui négocie son droit démocratique honteux

      il existe bel et bien un milieu d'ultragauche nonobstant sa qualification policière, et des pratiques gauchistes dont le contenu est classiquement réformistes sous un langage "plus radical que moi tu meurs"

      il n'empêche que ces gens-là sont on ne peut plus sincères, quoique parfois faux-culs, concernant "la vérité"

      ils ne l'emporteront pas au paradis du prolétariat, qui s'en branle, n'est-il pas ?

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    6. Votre commentaire est nul, à tous points de vue : moral, politique, humain. Il est, littéralement, dégoûtant sans parler d'être inutile.
      On s'est donc posé la question. Et on a décidé de laisser passer ces attaques anonymes (et ad hominem) une fois. Une fois seulement. Il n'y en aura pas d'autre. Va falloir sérieusement penser à relever le niveau, maintenant.

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    7. 1) "Il arrive aux bourgeois de faire des révolutions, vous savez. La bourgeoisie n'est pas le diable : c'est un acteur social" . Vous avez parfaitement raison, les seules révolutions qui ont été menées jusqu'à présent l'ont été pour le compte de la bourgeoisie, du nouveau personnel bourgeois et petit bourgeois ( renouvellement des élites politiques, des forces économico-sociales et culturelles, etc.). Et peu importe (immédiatement ) l'action de quelques transfuges sincères, qui amuseront la galerie, ils feront justement écran aux problèmes les plus cruciaux du moment, et finissent par tomber, quand ils ne sont plus d'utilité pour personne ( même pour les rêves des esclaves ) dans l'hagiographie ( Spartacus, Blanqui, Jesus Christ ) du mouvement qui lui-même finit au congélateur des belles histoire ( La Fabrique, Debord au musée ) des pères fondateurs de la république ( "sociale"), etc.

      2 ) "acteurs parmi d'autres, dont le propre - il est vrai - est de tâcher par tous moyens (notamment via ses idéologues attitrés) de faire oublier son existence (comme le diable, en effet, d'où la tentation dangereusement subjectiviste et mythologique de les assimiler"
      Non pas des acteurs "parmi d'autres" puisque précisément entretenant une entreprise de brouillage ( et le désir "révolutionnaire" en est un ) et de dérivation continuelle, vers d'autres cibles.

      3) "Une révolte au sein même de la bourgeoisie, peut ainsi (ça s'est vu dans l'histoire) représenter un intérêt universel."
      Vous soulevez des problèmes très sérieux, que la pensée gauchiste sophistique moyenne ( Lordon, Fakir, Comité invisible, Là-bas si j'y suis, Attac, etc.) ne pose jamais. Mais, que des contradictions, conflits, antagonismes internes à la bourgeoisie puissent apparaitre et se faire jour jusque dans la rue ( avec soutien populaire compris ), cela est constant et constitue comme pour toutes les autres classes une donnée historique et dynamique fondamentale : les classes dominantes sont traversées de luttes ( crises de reproduction des élites ) pour le monopole de la gestion du réel, du vivant, du jouir.
      Mais encore : a)Quelle est la nature ou le contenu de ces conflits, que visent-ils, matériellement, derrière les discours ? b) Qui définit l'Universel et sur la base de quels rapports sociaux produits ?

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    8. 4) "Les bourgeois sont aussi pour partie des hommes, porteurs d'expérience et de subjectivité, fussent-elles aliénées (mais qui ne l'est pas dans ce monde ?)."

      Nous n'en doutons pas en effet, ce qui restitue la noblesse de la petite histoire contre la grande, la médiatique et la militante qui entendent tout expliquer par une lutte d'idéaux, nobles et élevés, etc. De simples relations de voisinage entre le ( haut ) personnel d'une mairie à Neuilly ( Sarkozy, Alliot-Marie ) et ceux d'un syndic de co-proprios ( Coupat Mère ), entre hauts fonctionnaires et cadres sup ( Coupat Père et mère ) de l'industrie pharmaceutique mondiale peuvent déboucher sur des velléités d'en découdre du fiston Coupat ( Blanqui, Debord, Camille, n'importe qui), de mettre enfin son grain de sel dans des affaires d'adultes et de rappeler au monde son existence jusqu'ici confinée aux désidératas de ses géniteurs ( tu feras l'Essec mon fils ). Oui enfin, car il faut considérer sérieusement l'humanité de l'héritier qui lui, de toute sa vie, désire exister en se faisant coach de mouvements étudiants et es subversion ( acquérir des points de pratique, comme pour le permis de conduire ), et dont le seul soucis, historiquement nécessaire, est de vivre des aventures ( dangereuses jusqu'à un certain point ) grâce à l'argent, la protection de papa ( ce salaud ). Ne manque plus qu'un Balzac pour en faire le roman.

      5) "Considérer, d'autre part, téléologiquement, que tout est joué dès l'origine, que tout n'est jamais que péripétie spectaculaire pré-écrite, au sein d'une conversation scénarisée que le système (ou la structure sociale) organiserait avec lui-même, c'est là une vue cybernétique que nous ne partagerons jamais."
      Nous n'avons jamais affirmé une telle chose. Nous avons fait oeuvre d'archiviste. Car beaucoup d'éléments de compréhension des faits manquent encore, à l'esprit général qui présidé toute le récit de l'affaire ( par ex : l'image de la salle des fêtes Dhuisy réunissant juges et accusés est assez définitive ). Les pistes que nous évoquons l'ont été, non par monocausalisme réducteur, mais pour rendre toute l'importance à l'humanité des acteurs de Tarnac qui visaient si haut, mais très, très loin de la violence de l'Histoire, si je puis dire. L'Etat a atteint son but : dégonfler la baudruche. C'était le but de toute cette comédie.

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    9. Conclusion de toute cette logorrhée, que vous nous assénez virilement : la vraie position révolutionnaire consiste à NE RIEN FAIRE, à éviter tout piège d'appel au "casse-pipe", à combattre, même, effectivement, toutes les luttes qui pourront se faire jour, celles-ci étant forcément le fait exclusif de la petite-bourgeoisie en quête d'aventure et de transgression, etc. Aucune stratégie, aucune dialectique. Aucun espoir. Ou comment la contre-révolution essentialiste (fustigeant le "gène", la "race" de la petite-bourgeoisie) entend décidément gagner sur les deux tableaux : celui de la conscience la plus élevée, d'une part, et de l'inaction la plus totalement décomplexée. Nouvel éléatisme, équivalent à celui de la Structure 70's. Désolé, mais on ne marche pas davantage là-dedans. Ionesco nous l'a déjà fait, le coup, en 68 (beuglant aux étudiants " rentrez chez vous : dans dix ans vous serez tous notaires "). Non, beaucoup n'étaient toujours pas notaires en 78, et ne le seront jamais, car morts suicidés, en taule ou dehors, de désespoir solitaire, restés pauvres et/ou intègres, et bien d'autres cas de figure encore. Pour ce qui est des gauchistes actuels, nous verrons bien sur la durée (ce qui ne nous empêche pas d'avoir, bien entendu, notre petite idée). Rien n'est jamais SUFFISAMMENT écrit. Ce n'est pas parce que nos adversaires post-modernes tiennent en effet actuellement le bon bout, et le racket du mouvement réel, qu'en attendant, l'abstinence généralisée, telle que vous la prônez en pointillés (grossiers), devrait être célébrée. Ce n'est pas non plus parce qu'ils sont nos adversaires (et souvent, certes, bien ignobles) que l'on ne doit pas les soutenir par principe, le cas échéant, face à la répression d'état.

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    10. Si vraiment tout était si joué, à quoi rime-donc ce passage à Envoyé Spécial ? Il y a belle lurette que tout le monde dans les milieux de gauche sait que le dossier est vide (rien que Bye-bye Saint Eloi !, qui assassine la procédure aussi bien si ce n'est mieux que cette émission, date de 2015), on ne peut donc le comprendre que comme volonté d'interpeller l'opinion publique et ainsi mettre la pression sur les juges dans la dernière ligne droite. Ou alors, roués comme pas un et sûrs d'être absous, ils prendraient pour des nèfles le risque d'écorner leur image radicale ? Ça ne tient tout simplement pas debout.

      (Et faut-il également rappeler que ni Marx et encore moins Bakounine et Kropotkine n'étaient des prolos labellisés 100% pur cambouis... )

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    11. "Conclusion de toute cette logorrhée, que vous nous assénez virilement : la vraie position révolutionnaire consiste à NE RIEN FAIRE, à éviter tout piège d'appel au "casse-pipe", à combattre, même, effectivement, toutes les luttes qui pourront se faire jour"…

      Dois-je vous rappeler que toutes les classes sociales se battent, mais que les classes et les individus qui les composent, ne se situent pas tous au même niveau de combat, au même point d'exposition sur le champ de bataille dans leur existence ( il y a aussi inégalités de A à Z dans les prises de risques, dans les souffrances endurées, même les morts ne sont pas traités selon le beau désir d’égalité sociale, les anonymes prolétaires ne sont là que pour légitimer le leadership des classes intermédiaires et utilisés aussi bien post-mortem pour justifier l’action de quelques têtes de gondoles ). Puisque vous parlez de lutte, n'oubliez pas de mentionner ce fait stratégique important, pour ceux qui sont contraints au combat et qui ne considèrent pas la vie comme un jeu puisqu’ils en sont dépossédés : tout le monde ne se trouve pas en première ligne de front, et certains vivent carrément confortablement sur le front de derrière, en traversant la vie à faire la morale au "peuple" et au "prolétariat" ou, tout simplement, au monde. Nous rappelons juste ce déséquilibre structurel dans la division sociale, humaine et morale de la lutte ( division qui n’est pas une question que l’on pourrait régler ici et maintenant ), au cas où certains iraient jusqu’à prétendre à une égalité de tous et toutes dans l’adversité de l’existence car l’existence d’abord est à elle seule déjà LE combat pour les milliards de pauvres qui peuplent le monde. Le moment « politique », le moment de levée en masse consacre la lutte selon une vision étroite, temporellement retardataire et extérieure, car la lutte commence bien longtemps avant la « révolution » où vont s’affronter des état-majors plus ou moins organisés et conscients pour s’emparer du monopole de la définition des priorités stratégiques et tactiques du moment.

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    12. Notre "logorrhée" comme vous dites ne vise donc qu'à rétablir ce genre de vérités, ce que vous semblez vous garder virilement de faire. Que de temps à autres, des gosses de bourges fassent le coup de poing, on s'en moque, ce n'est pas notre histoire, car leur histoire est largement promue, exhibée, relayée, élevée en exemple, sacralisée, par la gauche du parti médiatique, l’université, etc. Donc nous n'aurons pas vos scrupules sur la publicité de ces banalités sociales de base et nous y allons franchement et ouvertement. Nous démontrons la justesse de notre constat sociologique et politique. Vous l'infirmez ? On vous écoute car vos arguments n’infirment rien. Vous affirmez un soutien inconditionnel aux réprimés bourgeois et petits bourgeois, nous vous disons que nous n’aurons jamais l'hypocrisie de commettre une telle chose au nom d’une solidarité qui n’existe pas entre les classes sociales. Ceux et celles qui jouissent d’une position de privilégiés tout en prétendant, politiquement, donc mensongèrement, à l’égalité sociale avec ceux d’en bas, sont des ennemis, on ne va pas les soutenir disons, gratuitement. Le préalable à toute forme d’unité d’action devrait être le dépouillement économique de leur privilèges individuels, ici et maintenant, et en tous lieux où se retrouveront des forces conscientes d’elles-mêmes et de leurs objectifs. Car personne, au nom d'une idée fumeuse de révolution, ne peut contraindre quiconque à se joindre sérieusement à des gens qui conservent individuellement ( compte en banque à l’appui, héritages, niveau d’intégration sociale, etc. ) une quantité de pouvoir social plus importante que celle dont vous disposez, car c’est précisément cette quantité de pouvoir social qui sépare, divise, entretient les divisions, les reproduit et il est donc pratiquement impossible d'agir révolutionnairement, en commun, sur la base d'inégalités sociales et économiques. Les inégalités n'engendrent pas de révolutions, elle se reproduisent tant qu’elles ne sont pas empêchées, c'est ainsi. Que les bourgeois, les héritiers, les larbins enrichis, arrivistes du capital rendent le pognon ( les passe-droits aux ressources vitales ) et après on verra.

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    13. " Spartacus, Blanqui, Jesus Christ" : autant de "transfuges sincères, qui amuseront la galerie" et "feront justement écran aux problèmes les plus cruciaux du moment".
      De la révolte, congédiée en elle-même, pour elle-même.
      CQFD.

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    14. " Que les bourgeois, les héritiers, les larbins enrichis, arrivistes du capital rendent le pognon ( les passe-droits aux ressources vitales ) et après on verra " dit l'anonyme.
      Euh...juste une question : comment ça va se passer, concrètement : dois-je rendre le pognon en euros, en dollars, possibilité d'exonérations fiscales pour bonnes oeuvres ? Dois-je m'adresser au soviet de mon quartier ? "après on verra" : des délais au niveau de la décision ? À quoi dois-je m'attendre pour ma famille : ma fille sera-t-elle exécutée tout de suite ? ma grand-mère également (elle est d'origine bourgeoise hélas aussi ?) bref, renseignez-nous sur les procédures et les conditions d'acceptation du dossier ! merci encore !

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    15. @L. Pour votre mal voyez ou revoyez, pensez ou repensez, éprouvez ou ré-éprouvez Charles mort ou vif. Ne vous fiez pas aux partisans de la saignée, du « pour que ça fasse du bien, il faut que ça fasse bien mal », Diafoirus qui n'ont jamais rien sauvé que la médecine qu'ils administrent. Pour une bonne purge, préférez les médecines douces, sans perdre de vue que la santé est dans l'acuité du dégoût des conditions existantes.

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  3. coracão independente13 avril 2018 à 10:46

    On n'est jamais l'abri d'une heureuse surprise. Foucault comme Carthage sera détruit, en attendant la fin de l'euphorie régressive qui sera plus courte mais bonne que l'annonce suivante :

    https://problemessocietesansclasses.tumblr.com/image/172887298438

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  4. Cher Moine,

    il est amusant de constater que l'anonyme cagot qui, allant tranchant, vitupère contre les gens de Tarnac, use du même vocabulaire soutenu que ceux qu'ils dénoncent comme "petits-bourgeois".

    En cela, notre (vilaine) vision d'un neo-prolétariat, pour la plupart, dénué de pensée critique n'est sans doute pas étrangère à cette appréciation - précisons, au cas où, que les autres classes sociales, identiquement "élevées aux lois du Spectacle", ne pensent pas mieux, et plus loin, pour autant. Dans l'abrutissement généralisé, il est difficile de ne pas être épargné (et découragé).

    Vieil argument enfin, mais qu'il est difficile de retenir à la lecture des intervention de l'écumant anonyme : cela pue quand même l'envie et le ressentiment.

    Vilaines pensées, on vous l'accorde, mais qu'il est difficile de ne pas avoir face à des saillies qui ne sont pas sans nous rappeler les grosses rodomontades pro-situ d'il y a bien longtemps.

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    1. "Vilaines" pensées, on ne sait pas. Penser, c'est penser. Le mouvement de l'esprit est toujours, par principe, non-coupable. Il prépare à la vérité, il est médiation, erreur réfléchie, etc. On a toujours le droit de penser, même à des choses atroces ou simplement incorrectes, du moment que c'est juste en passant. Celui qui est sûr de lui, nous sommes sûrs, nous, qu'il se plante largement. Le doute, et rien d'autre. l'auto-réflexion, appliquée à soi-même.

      Pas de vilaine pensée, donc, de votre côté. Mais pensée péchant, peut-être, par essentialisme, symétriquement, d'ailleurs, à celle de l'anonyme frénétique et obsessionnel anti-coupat. Il n'y a pas de "néo-prolétariat", par exemple, nous semble-t-il, qui formerait une sorte de bloc homogène (exactement comme la petite-bourgeoisie en constituerait un autre, absolument imperméable, abstrait, en tout temps, en tous lieux). Des mots, des pratiques, des références s'échangent entre bourgeois et pauvres. Des fluides, parfois. Pour ne pas dire plus : au gré des histoires et influences personnelles. Desquelles des haines farouchement subjectives, plus que politiques, surgissent aussi, bien entendu. Il faut donc garder la tête froide, même si c'est dur, évidemment, se nourrir à ses haines, en tâchant d'éviter qu'elles vous aveuglent épistémologiquement. Et vous transforment, au fond, en conservateur, en éléate : désireux par vengeance que rien ne bouge plutôt que cela bouge en risquant de servir vos ennemis.

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    2. Ah, certes, cher Moine, l'essentialisme n'est jamais loin d'un commentaire hâtivement rédigé et je reconnais que j'aurais dû, sans doute, être moins général quant à mes qualifications.

      Pas de bloc homogène des classes sociales bien sûr, même si l'on peut cependant distinguer des tendances générales, cerner, de façon toujours arbitraire (et qu'est-ce que penser sinon ?)des comportement, une doxa commune, et certes, c'est penser un peu avec des gros doigts.

      Ce dit, je vous accorde tout à fait, pour le vivre moi-même parfois, la perméabilité de certains groupes, les rencontres entre individus et les trouvailles, parfois réconfortantes qui en résultent.

      Vous m'accorderez quand même que notre organisation sociale tend, furieusement et douloureusement, à raboter l'individualité (pour aller vite : autonomie de pensée, faculté de se remettre en question, et partant, de remettre en question autrui, etc.) au profit de la constitution de la masse et de la grégarité. D'où cette tendances à assembler un peu vite mes paquets...

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  5. La vérité est une hypothèse dont nous n'avons (hélas) plus besoin.

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    1. La soif est une hypothèse dont l'alcoolique n'a plus besoin, mais il boit tout de même. De même que vous écrivez votre vérité sur la vérité.

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    2. Du crétinisme clérico-compatible, quant à la question de la vérité et du jugement :

      " La possibilité de juger, fondamentalement, est un attribut divin. Il faut pouvoir sonder les âmes, être supérieur moralement, il faut être infaillible et surtout le plus distant possible, dans les cieux, de ceux que l’on prétend juger. Juger sauf à être Dieu, c’est toujours quelque part un peu usurper. "

      ("Tarnac, dernières déclarations", in Lundi-Matin, 16 /04/18)

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  6. Oui Moine. Belle illustration de la mise en rétention de la vérité, qui, contrairement au scepticisme actif – lequel sait tenir son ivresse et la dire sans calcul mais non sans adresse autant qu'on le peut – fait fond aux mensonges déconcertants, exactement calculés, avec juste assez de vrai dans le faux. Et sans hasard, en effet, le refuge en est dit spirituel, exclusivement, donc religieusement.

    J'en profite, une fois n'est pas coutume, pour dire qu'au moins son comparse et modèle Julien Coupat avait su reconnaître qu'ils avaient eu les moyens, en termes de capital culturel et social, de retourner l'attaque de l'État et que ce n'est presque jamais le cas des autres prisonniers, qu'il a su saluer. Quand bien même, certes, il emploie le mot "privilège" pour le dire :

    “Nous sommes conscients d'avoir eu la chance de nous défendre, de pouvoir parler, d'avoir eu trois semaines pour le faire. Parce que l'on a combattu, on a joui de certains privilèges. Moi qui ai passé un peu de temps en prison, [...] je souhaiterais dédier ce procès à tous ceux qui n'ont pas les moyens de se défendre, qu'on n'écoute pas et que l'on condamne en silence."*

    * http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/03/30/01016-20180330LIVWWW00123-en-direct-proces-de-tarnac-la-derniere-journee-consacree-aux-plaidoiries-de-la-defense.php

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    1. Conjugaison.
      Incompétents, des cons pédants.

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    2. Merci Anonyme. Revers de la propagation de la subversion : une conversation privée, aux effluves clandestines même, se retrouve dans l'Obs.

      À relire cette anecdote, l'agon des ego m'intéresse bien moins que le propos que je suppute. Je suppose très fortement que la pertinence de la littérature comme registre de compréhension concernait “l’acte surréaliste le plus simple”.

      Et, si c'est bien le cas, je suis surpris que monsieur Meyronnis ne s'en souvienne pas. Tester l'impétrant putatif sous les fourches caudines de la réalisation, qui plus est au plus “simple”, du surréalisme, voilà comme je m'imagine l'enjeu du plat de nouilles épicées par Fight Club.

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  7. D'où l'expression : s'en laver (ou s'en battre) les nouilles. Sacré Agamben !

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