dimanche 28 septembre 2014

Des avantages et inconvénients de la liberté

 
 Prestataire de lien social, Géorgie, 1864.

« Le nouveau système, qui faisait louer par les planteurs les services des nègres, et le montant des salaires à leur payer, en argent ou en nature, réclamaient à présent toute l'attention du commandant... Il était facile de voir qu'une certaine coercition était nécessaire pour obliger les nègres à travailler, et qu'il fallait une coercition encore plus énergique pour empêcher les maîtres d'abuser de leurs anciens esclaves.
Dans certains cas, il y avait un désir sincère de la part du maître de s'adapter au nouvel ordre des choses et de faire honnêtement l'expérience : le travail libre ne pourrait-il pas être même plus avantageux que l'ancien système ? 
Dans d'autres cas, l'entreprise paraissait sans espoir, au point de paralyser tout effort et, des deux côtés, tous étaient renfrognés et mécontents.
Le nègre, ami du changement et interprétant la liberté comme absence de tout travail, ne pouvait pas comprendre son obligation de respecter son contrat et le violait à son gré chaque fois que l'envie lui en prenait. Le maître, de son côté, habitué au règne de l'arbitraire, oubliait parfois que, d'après la loi militaire, le fouet ne pouvait plus être toléré...
Un planteur discutait un jour avec son serviteur sur la façon dont ce dernier pourrait arriver à gagner sa vie, quand l'homme s'exclama avec une bien pardonnable candeur : "Voyons, maître, vous savez bien, je peux charrier du bois et le vendre en ville. - Mais, dit le maître, ce bois, où le prendras-tu ? - Ma foi, sur notre terre." Mais ce n'était plus "notre" terre, aux yeux du maître, et il fallut faire comprendre au pauvre garçon que les intérêts du maître et du serviteur n'étaient plus identiques. Le bois appartenait au maître et il dit à son homme qu'il ne pouvait y trancher qu'à son propre risque.
Dans bien des cas, les esclaves abandonnaient leurs maisons sans prévenir, laissant tout le ménage à faire à des dames délicates, qui n'avaient jamais préparé un repas ou lavé un vêtement...
Un trait de plume avait réduit le propriétaire d'un état de supériorité reconnu à l'égalité politique avec son ancien esclave. L'esclave était soudain élevé au même niveau que son ancien maître. Et il y avait bien des blancs pour leur prêcher en paroles de miel la liberté, l'égalité et la fraternité. Ces théoriciens leur expliquaient qu'il était dégradant de servir leurs anciens maîtres, qu'il leur fallait à chaque occasion affirmer "la dignité de leur nouvelle situation" et ressentir avec indignation toute prétention de supériorité de leurs anciens maîtres. Il fallait bien s'attendre qu'un tel état de choses conduisît à des collisions entre les races... »

(Témoignage d'un ancien planteur - d'origine nordiste - de Caroline du Sud, après la guerre de Sécession, Mc Carter Diary, cité dans Hodgson, Carpetbaggers et Ku-Klux-Klan, 1966).

2 commentaires:

  1. Le salariat plus rentable que l'esclavage, donc l'esclavage abandonné.
    C'est-y pas beau les droits de l'homme...

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  2. Ce qui n'empêche que le salariat constitue un progrès, un progrès des contradictions. Et qu'il faut donc se battre, à chaque fois, pour le salariat contre l'esclavage, comme Marx le fit en son temps durant la guerre de Sécession aux USA.
    Allez expliquer ça, par les temps qui courent, à un gauchiste anti-"islamophobe" d'aujourd'hui pour qui la laïque et le conservatisme religieux de base (sans même parler du djihad), ça revient EXACTEMENT au même.
    Voir notre autre article " Prolégomènes à un dimanche de communion "...

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