jeudi 10 octobre 2013

De l'aventure conventionnelle

                  

« Le monde est une poupée russe. Vous ne me croyez pas ? Écoutez. En mai 68, barricades et tout ça, un pote apprend, dans une chambre d’hôtel, que l’on se bat dans Paris contre la police. L’homme plonge vers sa valise. « Allons-y », dit-il. De sa valise, il tire un flingue. Il veut sortir. Il veut descendre quelques flics, comme essaient de faire, dans le moment où j’écris, d’autres « irresponsables » (dixit le Nouvel Observateur) en Lorraine. Nous calmons l’homme. En France, ça ne se passe pas comme ça, disons-nous. C’est trop tôt. L’homme soupire et range son flingue. Il attendra la fois prochaine. L’homme, amis poteaux, était Nicholas Ray. Qui, à présent, est plus vieux de dix ans, et borgne. Le monde, amis poteaux, est une poupée russe qui commence à me porter sur les nerfs. »

(J.-P. Manchette, Charlie mensuel n°125, juin 1979).

« Il existe un western appelé Johnny Guitar dont tout le début est une frappante illustration de la dérive, et même, de l’avis de Michèle [Bernstein] et moi, image d’un personnage qui te ressemble assez dans la rencontre. Après un tiers environ, le film continue en aventure conventionnelle ».

(Guy Debord, conventionnel - à un tiers - 30 avril 1963).

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