mercredi 30 octobre 2013

Stupeur au Mouvement Unitaire Progressiste (MUP) !

À six mois des municipales, Robert Hue vire sa cuti...



  

lundi 28 octobre 2013

Le silence des agneaux

 

« Quand une épingle tombe sur le parquet, dans une chambre vide, le bruit en semble disproportionné, démesuré : il en va de même quand le vide règne entre les êtres. On ne sait plus si l’on crie ou si plane un silence de mort. »

Robert Musil, L’homme sans qualités.

 


vendredi 25 octobre 2013

Villiers de l'Isle-Adam, un 25 octobre...


Dans le premier billet émis sur ce blogue, voilà deux ans, nous présentions une lettre de Villiers de l’Isle-Adam, et contions la fâcheuse et désespérante, quoique hilarante, aventure à laquelle  la missive en question faisait référence. Dans cette autre lettre, ci-dessous, datée d’il y a exactement 127 ans, jour pour jour, Villiers exhorte son ami Huysmans à venir partager, en compagnie de Léon Bloy, dernier des trois malheureux « Hypocondres », un repas de fête imaginaire. Villiers et Bloy sont alors dans une panade complète. Huysmans, seul, rentre quelque argent régulier. Le menu délirant que Villiers propose à son invité a de quoi ouvrir l’appétit. Le plus beau déjeuner du monde, en quelque sorte…

Les orthographe, syntaxe, grammaire et dispositions aberrantes diverses de Villiers ont été évidemment respectées, avec un plaisir intense. Les furtives notes intempestives explicatives sont de nous-mêmes ou de Daniel Habrekorn, éditeur, chez Thot, des Lettres, correspondance à trois (1980).




Ce 25bre 86

Venez, mon cher ami ; ce sera le déjeuner des trois Hypocondres. – Si nous rédigions d’avance, le menu de la conversation ?… Pourquoi, puisque tout est régulier de nos jours, ne pas mettre en regard de la carte des choses à manger celle des propos à tenir ? De cette sorte on aurait d’avance la couleur morale d’un repas.

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Essayons : – Potage queues-de-mots (Words-tails) – Entrées – Poissons et Venaisons. – 
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Wolf au vent, Scholl normande, bien claDelpicée (1) – Racot fumé. Abattages d’oies lyriques, aux Livets. Salade de museaux de muffles. Weiss de nonnes, – etc.

ASSEZ !
– Rôts –

1°) Pères de l’Église en daube, sauce exégèse, par le professeur de scatologie comparée, Jérémie Bloy, dit l’extatique Tombeur de-muffes ; – enfin je ne peux pas écrire le mot Tombeur de cons qui est le mot juste.
2°) Gamines à la petite liqueur, sauce sarcanthus (2), préparées par le professeur Huysmans l’Admirable, docteur ès-Tristesses, dilettante du découragement, en partie double, Virtuose de la désolation-névrosée, maî­tre-écrivain des côtés radieux de ces inutiles et doulou­reux phénomènes éternels, grand poète prochain du château de l’Ours (3).

Troisième service

Anas, ressassés et recuits dans leurs jus, sauce aux conserves de 1840, par l’éminent professeur Villiers, docteur ès frivolités littéraires, journaliste sans porte­feuille, grand déverseur de malices cousues de fil noir.

Légumes et dessert

1°) Fatras philosophique, à la Pascal, sauce Swift, par le même (4).
2°) Symboles confits au vinaigre, sauce verte ; Visées hyper-sublimes sautées sur le gril, frisant le schisme et sentant le fagot, – suivis d’un coulis de Sombres­-Aperçus, (sorbet) par Marchenoir (5) l’Illuminé.
3°) Pralines incrustées de pierreries, petits maque­reaux d’or, perles géminées à la gelée de Nidulariums, fromages d’Assyrie par les trois professeurs réunis.
Ca... (d’autoda)fé, par Léon Bloy, torréfié, et Eau de vie de St Marc ; (Girardin).
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Je suis à peine convalescent, et c’est avec un doux sourire, en remuant la tête de haut en bas, que j’écris tout cela tranquillement et avec le plus grand plaisir.

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Je reprends ma lettre : il est tard et j’y vois mal. Mon cher ami, n’omettez pas, je vous en prie, de m’apporter soit l’Homme de Hello, soit Rusbrock, puisque je ne puis me les procurer ni dans un seul cabinet de lecture, ni chez les éditeurs les plus illustres. – (chose naturelle, d’ailleurs.)
Notre déjeuner serait ainsi conçu : 3 litres d’excel­lente bierre de Müller, prise le matin, par mes soins. (A moins que mon quartaud de vin pur, vrai médoc du médoc, ne soit arrivé.) N’y comptons pas trop. – Une demi-langouste, avec bonne sauce, et un beau poulet, bien rôti, sauce moirée. – Café Corcelet, chester authentique.
Poires de Mouillebouche et bonne fine champagne.
Je pense que Mallarmé viendra nous serrer la main, car il déjeune si peu, le pauvre cher, que je n’ose guère l’inviter. Je vais lui en écrire tout de même.
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J’ai été bien, bien malade. Le Docteur Albert Robin m’a fait manger et boire – devinez ! Je copie son ordonnance que je vous montrerai samedi.
l°) Poudre d’yeux d’écrevisses (! ! !)
2°) Chlorhydrate de morphine.
3°)Teinture de fève de St Ignace.
Cela m’a guéri en trois jours. Notre pauvre Catulle (6), qui, déjà, me pleurait, va être

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Venez : Je vous dirai mon nouveau poème en un vers, intitulé Résumé de l’Histoire du Moyen-âge. - Au fait, le voici :
« Pour un oui, pour un non, les peuples écoppaient »
méditez-le.

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Est-ce que vous avez reçu quelque donnée sur la mélinite, le nouvel explosif, au ministère (7) ? ... J’espère que vous l’apporterez, alors. 
Je vous serre bien la main, ainsi qu’à Bloy.
Villiers de l’Isle Adam




(1) Jeu de mot laid construit sur les noms de Léon Cladel et Albert Delpit.
(2) Allusion à un parfum extrait de l’orchidée du même nom, utilisé pour des Esseintes dans A Rebours ; étymologiquement : « fleur de chair ».
(3) Allusion au château de Lourps (voir En rade, de Huysmans).
(4) Cf. A Rebours, p. 258.
(5) Célèbre personnage de Léon Bloy, et Léon Bloy lui-même.
(6) Catulle Mendès.
(7) Villiers prépare alors son récit L’Etna chez soi, sur une conspiration anarchiste visant à rayer Paris de la carte. Il demande des renseignements à Huysmans, scribouillard au Ministère de l’Intérieur.

mercredi 23 octobre 2013

Guy Debord à la BNF (suite logique)


 
 
« L’exposition EUROPUNK redonne un crédit artistique à toute une culture visuelle spécifique qui s’est pourtant bâtie en totale opposition à l’art. » 
(revue Cité musiques n°72)

Il faut toujours prêter la plus grande attention à ce que disent les commissaires d’exposition. La chose peut se révéler profitable, au cas où la compréhension du monde qui vous entoure – ou plus exactement : vous digère – représente à vos yeux un objectif valable. Certaines de ces bonnes natures sont d’une sincérité désarmante. Elles s’y mettent, d’ailleurs, à plusieurs pour vous désarmer d’une manière ou d’une autre, vous dépiter, vous stupéfier, vous détruire l’optimisme à force de coalitions invincibles ne doutant de rien, ou plus grand-chose. Ainsi du commissaire Éric de Chassey, préposé ces temps-ci au punk réfrigéré à la Porte de Pantin, et qui se répand longuement, au sein de l’organe central n°72 de la Cité de la musique, afin de définir culturellement avec faste, documents et même musiciens de soixante piges à l’appui, cette chose que nous considérions, étant plus jeunes, une simple et magnifique saillie sans phrases, n’accusant aucune trace suspecte, ô malheureux ! d’une prétention super-structurelle quelconque. Nous n’y eussions point alors, vous pensez ! mêlé aussi niaisement notre joie enthousiaste. Celle-ci était de révolte, assurément. Elle n’était même que ça. Nous avions autant à découvrir qu’à haïr. En sorte que nous étions, sinon nombreux, du moins quelques-uns à ne nous soucier que très misérablement de la mode des néo-dandys de mes deux frayant avec Vivienne Westwood, ou des ouvrages graphiques de Jamie Reid désormais consacrés. Nous nous extasiions davantage, par exemple – imbéciles – au retour de tel refrain calamiteux de Peter and the test tube babies. Le temps passa. Nous vieillîmes. Les punks ne disaient toujours rien qui fût susceptible de les identifier, d’une bande et d’une tribu à l’autre. Le terme persistait à ne rien signifier. Il eût fallu, pour lui, se montrer tellement plus précis, donc intolérant. Certains punks affirmaient n’être point morts. D’autres proféraient, furieusement, que si tel était bien le cas, quils nétaient en effet point morts, ils méritaient de lêtre, recouverts de leur bêtise et de toutes sortes de tares annexes, par eux si fièrement arborées. Mais les punks sont vivants. Nous sommes en 2013. On les dit, dans les musées, artistes. Notre mal véritable gît dans cette pensée pertinente qui est la nôtre, chaque fois que nous nous estimons confrontés à un monde exclusivement peuplé d’ennemis. 
 

 


mardi 22 octobre 2013

Boiseries

 On n'est pas de bois ! (Jan Van Eyck, à son épouse).
« Certes, elle avait la prétention d’aimer les « antiquités » et prenait un air ravi et fin pour dire qu’elle adorait passer toute une journée à « bibeloter », à chercher « du bric-à-brac », des choses « du temps ». Bien qu’elle s’entêtât dans une sorte de point d’honneur (et semblât pratiquer quelque précepte familial) en ne répondant jamais aux questions et en ne « rendant pas de comptes » sur l’emploi de ses journées, elle parla une fois à Swann d’une amie qui l’avait invitée et chez qui tout était « de l’époque ». Mais Swann ne put arriver à lui faire dire quelle était cette époque. Pourtant, après avoir réfléchi, elle répondit que c’était « moyenâgeux ». Elle entendait par là qu’il y avait des boiseries. »

(Proust, Un amour de Swann).

                    
(Merci à l'Ex-homme-âne-yack - infatigable archiviste  - pour la fort distrayante émission ci-dessus...)

lundi 21 octobre 2013

Le Moine Bleu a deux ans.

C’est la fête !

samedi 19 octobre 2013

Réforme des retraites


Klee Benally, ce soir sur la ZAD

Dans quelques instants - en principe - KLEE BENALLY, ancien membre du groupe Blackfire (punk-rock Navajo), jouant désormais en solo et armé de sa seule guitare sèche, commencera son concert sur la ZAD de Notre-dame-des-landes (à la Wardine, le long du bois de Rohanne, chemin de Suez). Ce concert devrait être suivi de celui des Haymarket (punk de France). Tous les fonds récoltés serviront à éponger, autant que possible, les nombreuses amendes reçues par Klee, plusieurs fois condamné par la Justice pour son implication dans les luttes sociales. La thune recueillie servira également à soutenir la création d'un centre mutimédia et de réunion pour la communauté indigène.
Tous indiens. 
Aujourd'hui et demain.





La voie (cyclable) de son maître

« Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? 
Pas toujours, mais qu'importe ?
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. »

La Fontaine, Le loup et le chien

 

vendredi 18 octobre 2013

Espagne : les martyrs de la guerre civile officiellement reçus au Paradis des Saints...

 

On va sen fourrer jusque-là,
da-da-dire-la-da-da...

Le banquier idéal : quand la phrénologie s'en mêle !

 
Est-il encore besoin de rappeler ici les règles de notre grand concours - ouvert à tous les habitants de cette galaxie et des autres (sous réserve bien sûr qu'ils se trouvent en situation régulière et aient donc, suivant le terme racist administratif adéquat, vocation à rester dans notre système solaire) ?
Quoi qu'il en soit, voilà ci-dessous la contribution du (ou de les, comme on dit en français) tenancier(s) de l'excellent blogue Hécatombes, que nous vous recommandons chaudement d'aller visiter si vous désirez rigoler un brin, entre deux ruptures d'anévrisme. 
Le (houla ! comme on dit en français) contributeur(trice) du jour semble fort passionné(e) de phrénologie, la science mythique du Dr Gall, aujourd'hui injustement oubliée (croyions-nous naïvement) et se rapportant aux multiples bosses, grosseurs, creux et aspérités présentés par tel ou tel crâne déterminé soumis à l'expérience. Hegel - certains s'en souviennent peut-être - conseillait dans sa grandiose Phénoménologie, à usage des physiognomonistes lavatériens, un traitement expéditif consistant en une gigantesque baffe dans la gueule,  laquelle eût présenté l'intérêt - déformant momentanément les traits de la savante victime - de démontrer  par là même l'inanité de sa splendide doctrine. Notre contributeur hécatombien aurait-il à son tour en tête, si l'on ose l'expression, quelque semblable programme thérapeutique ?
À vous de voir, lectrices, Lecter, Hannibal.
Voilà, en tout cas, une reproduction du banquier de ses rêves, précédée du petit mot amical qu'il nous a adressé :

Salut le moine,
Ma petite contribution à votre désormais fameux concours du "banquier idéal".
Ni voyez nullement une image morbide visant à discréditer cette noble profession : par les temps qui courent, banquier, ce n'est pas un métier facile; mais plutôt une illustration scientifique de ce qui fait le génie banquier (comme il y a eu un génie français).
A la recherche de la "bosse" du capitalisme...
Les phrénologues redeviennent à la mode, non?
Au plaisir,
Themroc.

Comme un petit frémissement, du côté du PEG...
 



Les mots et les choses

       Sur la droite de l'image : prieuré du grand foutage de gueule (XVème siècle)

« Les méthodes de la démocratie spectaculaire sont d’une grande souplesse, contrairement à la simple brutalité du diktat totalitaire. On peut garder le nom quand la chose a été secrètement changée (de la bière, du bœuf, un philosophe). On peut aussi bien changer le nom quand la chose a été secrètement continuée : par exemple en Angleterre l’usine de retraitement des déchets nucléaires de Windscale a été amenée à faire appeler sa localité Sellafield afin de mieux égarer les soupçons, après un désastreux incendie en 1957, mais ce retraitement toponymique n’a pas empêché l’augmentation de la mortalité par cancer et leucémie dans ses alentours. Le gouvernement anglais, on l’apprend démocratiquement trente ans plus tard, avait alors décidé de garder secret un rapport sur la catastrophe qu’il jugeait, et non sans raison, de nature à ébranler la confiance que le public accordait au nucléaire. 

Les pratiques nucléaires, militaires ou civiles, nécessitent une dose de secret plus forte que partout ailleurs ; ou comme on sait il en faut déjà beaucoup. Pour faciliter la vie, c’est-à-dire les mensonges, des savants élus par les maîtres de ce système, on a découvert l’utilité de changer aussi les mesures, de les varier selon un plus grand nombre de points de vue, les raffiner, afin de pouvoir jongler, selon les cas, avec plusieurs de ces chiffres difficilement convertibles. C’est ainsi que l’on peut disposer, pour évaluer la radioactivité, des unités de mesure suivantes : le curie, le becquerel, le röntgen, le rad, alias centigray, le rem, sans oublier le facile millirad et le sivert, qui n’est autre qu’une pièce de 100 rems. Cela évoque le souvenir des subdivisions de la monnaie anglaise, dont les étrangers ne maîtrisaient pas vite la complexité, au temps où Sellafield s’appelait encore Windscale. »

(Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle).


jeudi 17 octobre 2013

mardi 15 octobre 2013

Philosophie



« À ce dont l’esprit se contente, on mesure la grandeur de sa perte. » (Hegel)

Bon anniversaire, Friedrich !


« Nous avons inventé le bonheur, diront les derniers hommes et ils cligneront de l'oeil. » 
Also sprach Zarathoustra, Nietzsche (15 octobre 1844-1900)

lundi 14 octobre 2013

Famille nucléaire


« Le Progrès rapporte la naissance d’un veau bicéphale à Peyrieu, dans l’Ain. L’animal, qui n’a vécu qu’un quart d’heure, est conservé dans le congélateur de son propriétaire. »
(Actualités BFM-TV)

Brillants

 
 
« Les cités-dortoirs de la banlieue Nord de Paris (…), rendues à la vie par le chômage de masse, rayonnent plus intensément, désormais, que le Quartier latin. » (L’insurrection qui vient, Éditions de la Fabrique)

« Dans une chambre au sixième, je lui lirai des poèmes. On vivra sans travailler : je peux car je suis fou à lier. »
(Dany Brillant, Suzette)
 


Produit intérieur brut


« Ce que l’humanité a de poétique, c’est-à-dire de religieux, a disparu de nos États modernes. Les États qui cherchent à résoudre l’énigme du bonheur de l’homme en distribuant quelques privilèges, en favorisant l’expansion illimitée de l’industrie et du bien-être égoïste, qu’ont-ils à faire d’un poète ou d’un artiste... ? 
L’art social n’est plus et n’est pas encore. »

Franz Liszt, dans La gazette musicale (1837).

dimanche 13 octobre 2013

Éloge de la discipline

 
« C’est une erreur fatale de fonder la santé sur la partie animale de l’homme : la résistance physique prend bien plutôt sa source dans la noblesse de l’esprit et des mœurs. Si ce n’est pas toujours exact de l’individu, ce l’est d’autant plus de la masse : la force d’un peuple est la conséquence de ses bons sentiments, jamais l’inverse. C’est pourquoi Lindner avait donné un soin particulier à l’éducation de ses frictions : il évitait la brutalité de l’ordinaire idôlatrie virile et intéressait à l’opération l’ensemble de sa personne en associant les mouvements de son corps à de beaux devoirs intérieurs. Il abhorrait, en particulier, le culte dangereux de l’énergie qui, venu de l’extérieur, devenait déjà l’idéal de quelques-uns de ses compatriotes : l’un des premiers buts de ses exercices matinaux était de l’en détourner. Il lui substituait avec mille précautions une attitude plus politique dans l’usage athlétique de ses membres ; il accordait la tension de la volonté avec d’opportuns relâchements, la victoire sur la souffrance avec une intelligente humanité ; et lorsque son exercice final, destiné à éduquer le courage, l’amenait à sauter par dessus une chaise couchée sur le sol, il y mettait autant de circonspection que d’assurance. Un pareil déploiement de possibilités humaines faisait de ces exercices physiques, depuis quelques années qu’il s’y adonnait, de véritables exercices spirituels. »

Robert Musil, L’homme sans qualités.

jeudi 10 octobre 2013

De l'aventure conventionnelle

                  

« Le monde est une poupée russe. Vous ne me croyez pas ? Écoutez. En mai 68, barricades et tout ça, un pote apprend, dans une chambre d’hôtel, que l’on se bat dans Paris contre la police. L’homme plonge vers sa valise. « Allons-y », dit-il. De sa valise, il tire un flingue. Il veut sortir. Il veut descendre quelques flics, comme essaient de faire, dans le moment où j’écris, d’autres « irresponsables » (dixit le Nouvel Observateur) en Lorraine. Nous calmons l’homme. En France, ça ne se passe pas comme ça, disons-nous. C’est trop tôt. L’homme soupire et range son flingue. Il attendra la fois prochaine. L’homme, amis poteaux, était Nicholas Ray. Qui, à présent, est plus vieux de dix ans, et borgne. Le monde, amis poteaux, est une poupée russe qui commence à me porter sur les nerfs. »

(J.-P. Manchette, Charlie mensuel n°125, juin 1979).

« Il existe un western appelé Johnny Guitar dont tout le début est une frappante illustration de la dérive, et même, de l’avis de Michèle [Bernstein] et moi, image d’un personnage qui te ressemble assez dans la rencontre. Après un tiers environ, le film continue en aventure conventionnelle ».

(Guy Debord, conventionnel - à un tiers - 30 avril 1963).

mardi 8 octobre 2013

Bernanos à Brignoles


« C’est la brusquerie du contraste qui fait naître le rire. Vous voyez un dimanche, autour du kiosque à musique de Brignoles ou de Romorantin, tel vieux monsieur vêtu d’une jaquette d’alpaga et d’un pantalon damier, coiffé d’un chapeau de paille, vous n’en ressentez nul émoi. Transportez-le, après un dernier coup de brosse, au milieu des ruines de Shanghai, le pauvre type vous paraîtra grotesque ou sinistre – selon votre humeur. Les Ligues patriotes sont ainsi encombrées de fonctionnaires militaires ou civils, auxquels des journalistes roublards proposent chaque matin de sauver la France. Jadis ces innocents s’excitaient contre les Boches. L’ouvrier syndiqué a pris la place du Boche. Que diable voulez-vous que pensent des réformes sociales les plus légitimes des personnages inoffensifs qui ont toute leur vie tremblé devant leur chef de bureau, leur colonel ou leur inspecteur, et qui arborent à leur boutonnière avec une naïve fierté, pour prix de quarante ans de coliques, la même Légion d’honneur que le plus grand des hommes de guerre, au camp de Boulogne, tendait jadis à ses vieux soldats, dans le casque de François Ier ? S’ils ne sont pas sensibles à cette bouffonnerie colossale, comment espérer qu’ils aient, même au degré le plus bas, le sens de l’honneur, de la justice et de l’histoire ? Pour ces malheureux, l’ouvrier mécontent est « dans son tort » parce qu’il réclame. Quiconque risque de porter atteinte au prestige des commerçants et des propriétaires offense mortellement le bon Dieu. »

Georges Bernanos, Les grands cimetières sous la lune.

Journée de merde


Le voyez-vous, amis ?
Ne le voyez-vous pas ?
Toujours plus lumineux,
Comme il illumine,
Auréolé d’étoiles,
Et s’élève dans les cieux !
Ne le voyez-vous pas ?
Comme son cœur,
Se gonfle avec ardeur,
Sublime et plein,
Et s’exalte en son sein !
Comme de ses lèvres douces et délicieuses,
Un souffle suave
S’exhale, lentement !
Amis ! Voyez ?
Ne le sentez-vous pas ? Ne le voyez-vous pas ?

(Tristan und Isolde, Acte III, scène III).

lundi 7 octobre 2013

Cravan à l'entraînement

Allez donc faire un tour, quand vous aurez le temps de ne pas assassiner le temps, sur le site de l'excentré magnifique, consacré à Rigaut. Le petit film ci-dessous en provient. Vous pourrez y trouver également un compte-rendu assez alerte d'une rencontre récente organisée, à Paris, par divers gnomes littéraires, autour du géant- poète-aux-cheveux-les-plus-courts-du-monde : " ce grand lâche de blanc " ainsi que le surnommait fort amicalement le boxeur Jack Johnson qui se confronta à lui, à Barcelone, devant des milliers de spectateurs enthousiastes, au début du siècle dernier. 
Bonne chasse !


                            

Le socialisme, c'est les lunettes plus l'électricité !

 
« Dans l'immeuble ovale dessiné par l’architecte Roland Castro, Samsung a installé son siège français. La ministre Fleur Pellerin et la maire de Saint-Ouen, Jacqueline Rouillon, ont pu tester les lunettes qui permettent de regarder deux programmes sur la même télé, l’une des nouveautés de l’entreprise. »   
(Le Parisien, 5 octobre 2013).

Gangsters, malfrats et révolutionnaires (1) Louis Adamic enquête...

 
Louis Adamic

« Après 1929, alors que je commençais à travailler à cette étude, j’entrai en contact avec un grand nombre de racketteurs, de gangsters, petits et grands, de Chicago (ou de ses environs) et de New York. Presque tous étaient d’origine immigrée. Presque tous avaient eux-mêmes été des travailleurs dans les années suivant immédiatement la guerre. 
L’un d’eux était le fils d’un ouvrier polonais blessé lors de l’explosion de Haymarket en 1886. D’autres étaient issus de ce même type de milieu précaire, des classes les moins instruites, les plus effroyablement misérables et maltraitées. La prime jeunesse de ces hommes s’était déroulée au cœur des villes industrielles, dans leurs taudis et pensions minables, ces conditions difficiles entretenant à la fois, chez eux, un très faible degré de conscience sociale (la communauté ne pouvant être considérée comme un tout homogène) et une possibilité de contacts, et de rencontres, infinie. Je crois, au fond, que tous ceux dont je fis la connaissance représentaient, chacun à sa façon, le racketteur-type. Certains étaient sans aucun doute des individus corrects, régis par un strict code moral. Leur mépris du pouvoir en place était sans bornes. Leur statut de hors-la-loi ne les embarrassait nullement. Ils  étaient parfaitement conscients de leur supériorité vis-à-vis de la loi et du pouvoir policier. 
De fait, ils étaient souvent vifs et intelligents. L’une de mes connaissances, peut-être le meilleur d’entre eux tous, était un yougoslave, un de mes compatriotes. C’était un grand gaillard, membre d’un gang de Chicago, un type délicat et cultivé, ex-gauchiste aussi capable de tenir une discussion sur Marx ou Nietzsche que de diriger un business de trafic de bière ou un racket de protection. Pour tout dire, il fut l’un des individus les plus affranchis et (à sa manière) les plus honnêtes et de bonne foi que j’aie connus. À l’été 1930, il s’était mis dans la contrebande d’alcool, ce qui l’avait amené à d’autres types d’affaires (« Il y allait de ce bon dieu de respect de moi-même ! ») 
Comme « travailleur honnête », il gagnait la somme dérisoire de 4 à 6 $ par jour, et n’avait aucun avenir là-dedans. Il avait été socialiste, syndiqué, avait dégoté des petits plans et s’était débrouillé comme il avait pu jusqu’au moment de réaliser finalement (disait-il) que la plupart des leaders du mouvement socialiste, local ou national, étaient soit de franches crapules soit des démagogues illuminés, cependant qu’à l’extérieur du mouvement attendait une énorme masse stupide de prolétaires que le message du socialisme ne pourrait jamais atteindre et qui, peut-être, après tout, ne mériteraient jamais mieux dans la vie que leur situation actuelle. 
Après la guerre, sa foi dans le gauchisme l’abandonna complètement, tout cela n’ayant décidément été (jugeait-il) qu’âneries et sottises : Mencken (1) avait bien raison. Il continua à travailler pour ses 4 à 6 dollars quotidiens. 
Chôma, également. 
Et commença à se trouver vraiment idiot. 
Il se fit alors trafiquant d’alcool et, en 1921, s’étant entouré des bonnes personnes, accéda rapidement au pouvoir suprême de ce qui devait avec le temps devenir un gang important. Aujourd’hui, il était reconnu. C’était quelqu’un. Son nom apparaissait dans les colonnes des journaux. Il vivait avec style. Lui qui autrefois s’était fait rudement matraquer par la police lors d’une grève à Joliet (Illinois) avait maintenant celle-ci dans la poche. Les flics ne pouvaient plus le toucher. En fait, un bon paquet d’entre eux étaient désormais placés sous ses ordres directs. 
Sous couvert d’un accord implicite entre nous (je ne mentionnerais pas son vrai nom si je le citais) il se confia avec franchise, sur lui-même et ses agissements :

« Oui, on contrôle l’alcool, la bière surtout. C’est vrai que c’est notre gros truc. Comment ça se passe ? Eh bien, nous répondons à une demande, très importante. Des dizaines de milliers de personnes parmi nos clients apprécient nos bières et alcools, qui sont des produits de qualité, qu’on trouverait chez bon nombre de personnalités en vue, sans parler de ces juges honorables qui après s’être bien biturés le soir, rendront au matin de sévères jugements pour ivresse illicite sur la voie publique. Notre business est illégal, c’est vrai. Mais la loi qui en a décidé ainsi est considérée comme mauvaise par plus de la moitié de la population. Lis le Literary Digest ! Tu sauras ce que Thoreau pensait des mauvaises lois. Enfreignons-les ! Et bien nous, nous aidons à enfreindre la loi sur la prohibition. 
Quant aux autres rackets, comme tu pourrais les appeler - nous préférons, nous, le terme « d’affaires » (business), je les trouve sacrément plus moraux que la plupart des rackets portant le nom ordinaire de « corporations. » En admettant que nous, les soi-disant racketteurs, extorquions de l’argent aux soi-disant entreprises légales, n’est-ce pas ce que font, d’une manière ou d’une autre, tous les autres gangs de businessmen ? N’est-il pas vrai que tout ce qui est vendu aux États-Unis l’est toujours pour plus que sa valeur réelle : par le producteur, d’abord, puis le grossiste, et enfin le détaillant ? Le capitalisme est un vaste hold-up, organisé verticalement. Ceux qui sont en haut exploitent économiquement ceux qui sont en dessous. Le Capital exploite le Travail, et il faut voir comment ! Le gros business baise littéralement le petit. Bien entendu, ils ont fait en sorte que tout ceci soit légal, et moral, et ils parlent de « sens du service » avec un grand S, avant de filer s’amuser au Rotary, les exploiteurs autant que les exploités lesquels, comme je te le dis, exploiteront toujours eux-mêmes à leur tour quelqu’un, en contrebas. 
Oui, c’est vrai, nous utilisons la force. Et alors ? Sommes-nous là-dessus vraiment pires que les businessmen légaux ? Les grands capitalistes n’utilisent-ils pas la force pour écraser les grèves ? Ils ne s’interdisent, à ce que je sache, aucun moyen. Bien sûr l’exercice de la force, quand il s’agit d’eux, est légal, leurs mercenaires en armes arborent souvent des uniformes et des médailles rutilantes. Mais, honnêtement, Henry Ford n’est-il pas un authentique racketteur ? N’a-t-il pas obligé ses vendeurs, dans tout le pays, voilà quelques années, à commander un nombre de voitures plus important qu’ils ne le pouvaient, puis à s’acquitter des sommes que Ford exigeait en échange, sous peine de perdre leurs agences, et leurs licences ? Tu appelles ça comment, toi, au juste ? C’est vrai, et tu l’as mentionné, que les syndicats embauchent des dynamiteurs et des cogneurs pour arriver à leurs fins. Eh bien ! je suis sûrement un ignoble criminel rempli de perversité mais, franchement, je ne vois pas le problème. Comment les capitalistes traitent-ils les travailleurs ? Qu’est-ce qui est pire : le dynamitage d’un immeuble, ou le licenciement de milliers d’hommes au milieu de l’hiver, quand leur famille crève la dalle ? Je m’étonne, pour tout dire, qu’il n’y ait pas plus de dynamitage. Si les travailleurs étaient un peu plus conscients, je ferais en sorte que la classe laborieuse retrouve un peu de dignité. Mais là, vraiment, qu’ils crèvent ! Ces maudits prolos et leur fichue docilité face à la souffrance : tout ça me rend malade. Et si des gangs en viennent à exploiter quelques-uns de leurs syndicats, je m’en contrefous royalement. Aucun de ceux que je fréquente, d’ailleurs, parmi les plus importants, ne les exploite vraiment. Le syndicalisme est bien trop impuissant, trop faible : il n’y a rien à en tirer, ou si peu. Nous n’avons que faire de pressurer les faibles, nous ne venons vers eux – dans nos moments généreux – que pour leur venir en aide. Contre les gros capitalistes, c’est différent, nous renversons le processus. Nous exploitons surtout le gros gibier : les hommes d’affaires légaux, les éléments les plus puissants de notre société. Sans vouloir me vanter, je crois qu’à notre propre façon – et crois-moi, mon gars ! je connais la chose de l’intérieur – nous sommes honnêtes et droits sur ce terrain-là. Des hommes d’affaires utilisant l’action directe, voilà au fond ce que nous sommes. Des hors-la-loi, certainement, mais avec nos propres lois. Certains de nous sont enfouraillés : ils doivent bien se servir du matériel, de temps à autre. D’où les tueries et autres attentats dont tu as pu entendre causer. C’est vrai qu’on ne peut parfois pas faire autrement que de descendre des mecs. C’est bien dommage. Mais est-ce pire que de réduire des travailleurs et leurs familles à la famine, ou de flinguer des ouvriers sans défense, en grève pour de meilleures conditions de travail ou autre chose ? Je ne pense pas que les soi-disant racketteurs font la moitié du mal causé par les patrons. Seuls les richards nous intéressent. Eux, la loi les protège. Et si quelquefois nous prenons l’avantage - ce qui arrive - c’est à notre seul crédit. Nous n’exploitons pas les faibles. Cela, c’est à la portée de tout le monde. »

Louis Adamic, Dynamite ! Un siècle de violence de classe en Amérique, 1934.


1) Henry Louis Mencken (1880-1956) : journaliste et essayiste d’origine allemande, à l’humour acéré et - au choix - réactionnaire ou subversif. Un personnage en tous les cas extrêmement important pour Louis Adamic, puisque c’est Mencken qui publia ses premiers textes dans le journal American Mercury. Adamic se présentait lui-même, par dérision et auprès de ses amis wobblies notamment, comme un « Menckenite » plutôt que comme un socialiste orthodoxe. (Voir Mike Davis : Los Angeles, City of Quartz).

jeudi 3 octobre 2013

Demain, c'est aujourd'hui en pire

 

« Le désespoir est ce plat qui, invariablement, revient sur notre table. » (Adolf Rudnicki)

 

Le camarade Fazil dans la tempête